Un beau jour du mois de décembre…

Un beau jour du mois de décembre de l’année dernière, je me suis réveillé – couché sur le dos – pendant par une dizaine de fils d’écrans d’ordinateur. Je ne savais bien entendu plus bouger.

On m’a appris ce jour-là que j’avais survécu à une septicémie.

Ce jour-là, comme les suivants, on se répète cela comme une rengaine, on se dit : « Je fais cela comme dans une septicémie ». On a oublié – ou plutôt – on ne sait plus que les jours d’avant, on faisait cela tout autrement : on se disait « Je vais m’habiller ! », et puis quelques instants plus tard, on était habillé.

On le redécouvre, six mois plus tard. On se dit : « Je vais m’habiller ! », et puis hop, on pense à autre chose ! on est habillé ! C’est fou comme ça paraît simple !

Comment a-t-on même pu le faire autrement ? De la vieille manière vétuste : « Maintenant le lacet gauche… maintenant le lacet droit… ». C’est que ça ne marchait plus autrement !

Et puis hier au milieu de l’après-midi, au milieu d’un crac intense qui vrille le crâne, comme un choc qui libère, on sait à nouveau faire les choses simplement – sans y penser !

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33 réponses à « Un beau jour du mois de décembre… »

  1. Avatar de ilicitano
    ilicitano

    Vieillesse et finitude .

    Il y a des jours où un simple geste, autrefois invisible, revient comme un visiteur qu’on croyait installé pour toujours et qui, soudain, avait disparu sans prévenir.

    On le retrouve, et l’on comprend qu’il n’était pas acquis, seulement prêté.

    Le corps, autrefois discret, commence à parler plus fort :
    > il rappelle qu’il a ses propres échéances, ses propres humeurs,
    > il ne signe plus les mêmes contrats qu’avant.

    On découvre alors que chaque automatisme retrouvé est une petite victoire, mais aussi un rappel :
    si l’on peut revenir, c’est qu’on avait commencé à partir.

    Et dans ce retour fragile, il y a une gratitude nouvelle :
    > celle de savoir que rien n’est éternel,
    > pas même la simplicité d’un lacet qu’on noue sans y penser.

    À l’approche de 80 ans, le corps cesse d’être un support silencieux.
    Il devient un **interlocuteur**, parfois un contradicteur.

    Cela crée une nouvelle forme de vigilance :
    > chaque incident, même bref, est interprété comme un signe.
    > Ce n’est pas de la peur, mais de la lucidité.

    La fragilité n’est pas une abstraction.
    Elle est vécue dans:: le décalage entre:
    > l’esprit intact
    > le corps qui vacille.

    Dans ce décalage esprits/corps on ressent une impression bizarre :
    de l étrangeté dans la situation vécue , et surtout une conscience aiguë de la finitude.
    ( réflexions après avoir vécu quelques problèmes corporels )

    Et à ce moment on se dit :
    Je suis encore moi, mais je ne suis plus tout à fait le même.

    À 40 ans, retrouver un geste perdu est banal.
    À 80 ans, c’est un événement qui entraine une prise de conscience.

    Et souvent un geste retrouvé peut signifier :
    > que la dégradation n’est pas encore irréversible,
    > que le corps peut encore réparer,
    > que la finitude n’a pas encore gagné.

    Mais, la lucidité rappelle aussi que la pente est là, silencieuse, constante.

    Après quand le corps devient incertain l’écriture et votre blog devient
    > un refuge,
    > une preuve de continuité,
    -> un acte de résistance contre l’effacement.

    L’important , après un incident dont on suppose l’importance , c’est de se dire :
    > Je tiens encore la plume,

    qui le moyen repousser la finitude.

    ************
    Bien à vous
    et soignez vous bien

  2. Avatar de Diotime
    Diotime

    A la lecture de ce court texte je ressens une humanité extrêmement puissante et une analyse psychologique profonde. J’aime bien l’image d’un corps suspendu par des fils telle celle d’une marionnette cybernétique .
    On a là l’évolution malheureusement classique et dans votre cas heureuse d’une personne qui passe du flirt avec la mort suivie de ce qu’il semble être une « rééducation » à la vie . Renaissance à la vie par des gestes aussi simples que de se lacer les chaussures mais en passant par une rupture peut être violente (vrille le crâne) . Peut être que les fils qui vous suspendaient vers un monde ou un autre se sont entrecroisés et ont fait des étincelles . Court circuit salvateur qui redonne au corps toute son autonomie .
    Bienvenue parmi nous ! Il y a encore du boulot pour vous !!

  3. Avatar de Lonylp
    Lonylp

    Le 10 juin je saurai si le Crabe a toujours faim ou s’il me donne une rémission. Alors il faudra choisir. La poussière ou l’aventure. Si courte et si pleine cette vie d’étoile microscopique au milieu d’une immensité chaotique que je me demande toujours si les signes ont un sens, sans révolte dans le tourbillon des galaxies.
    Amicalement vôtre.
    Jean-Michel

    1. Avatar de CloClo
      CloClo

      En passant, je t’adresse un salut amical bien vivant au milieu du bruit de fond diffus !

  4. Avatar de François Corre
    1. Avatar de François Corre
      François Corre

      C’est…

      1. Avatar de François Corre
        François Corre

        Ah non… 😂

  5. Avatar de gaston
    gaston

    Nous sommes heureux d’apprendre que vous avez retrouvé un fonctionnement normal de votre mémoire. Enfin normal pour quelqu’un de votre âge (et du mien) où il arrive de temps en temps que nous rencontrons quelques trous (il m’arrive parfois de me poser la question suivante : mais quel est donc le prénom d’Alain Delon ? 😊).

    Comment expliquer ce phénomène (en dehors du « miracle » lourdais) ? Tous les sites sur internet se rapportant à la littérature à propos de cette maladie disent à peu près la même chose. La brochure établie par le ministère de la santé Roumain que l’on trouve en annexe (PDF) du lien ci-dessous nous précise qu’un journal des soins intensifs tenus par des proches et l’échange avec d’autres survivants et parents peut-être utiles à recouvrer cette faculté.

    https://www.europeansepsisalliance.org/guide

  6. Avatar de Antoine
    Antoine

    Attention de refaire préchauffer et entraîner le moteur pour les 10 prochaines années.

    Mon sourire rejoins votre texte.

  7. Avatar de ThomBillabong
    ThomBillabong

    💓🤿💓🤿💓🤿💓🤿💓…

  8. Avatar de Chabian
    Chabian

    Moi ce fut de fin janvier début février. On m’a expliqué que mon corps a arrêté de compenser et qu’il a chuté d’un palier (et moi de même). On me dit que cette descente en palier arrivera encore. Mon intellect est intact (apparemment) mais l’automatisme cervical de l’équilibre est atteint, avec une récupération très partielle.
    Compter sur ses propres forces… la belle innocence !

    1. Avatar de Ruiz
      Ruiz

      @Chabian Est-ce que cette dégradation de l’équilibre est une évolution habituelle liée à la sénescence, ou son apparition est-elle statistiquement accrue, comme un effet collatéral de nos modes de vie ou secondaire du Covid ?

      1. Avatar de Chabian
        Chabian

        Le rétrécissement de la matière blanche du cerveau (qui est la base du diagnostic des chutes dans mon cas) est une évolution sénile habituelle. On m’a dit que je suis précoce sur ce plan. Et, traditionnellement, la médecine incrimine l’abus d’alcool. Ce n’est pas vraiment mon cas (cela se discute). Et je viens de voir un article sur l’effet des écrans sur des cerveaux de jeunes, spécialement le lobe frontal (vu par scan). Donc le « mode de vie. Je m’interroge…

      2. Avatar de Chabian
        Chabian

        J’ai répondu vers 11h ce matin. Il y a des messages qui se perdent ?

  9. Avatar de un lecteur
    un lecteur

    C’est quand même beau tous ces processus comme autant d’agents qui peuvent même travailler ensemble et résoudre des situations conflictuelles sans même que nous en soyons informés. Mais alors c’est peut-être ça prendre conscience : et « crac », l’agent linguistique se rend compte qu’il n’est pas seul au monde.
    Par construction, le transformer d’un LLM ne peut vivre un tel phénomène, lui qui méthodiquement (linéairement) cherche en suivant une descente de gradient le prochain token. Pour un poulpe qui se remet d’une septicémie, avec ses 8 + 1 cerveaux, l’effet « crac » doit l’envoyer au septième ciel !

  10. Avatar de éponine
    éponine

    Bonjour M. Jorion,
    Le lien vers votre profil sur X (Twitter) qui se trouve en haut à droite ne fonctionne pas (s.com, au lieu de x.com).
    Cordialement

  11. Avatar de sextusempiricus
    sextusempiricus

    Le truc c ‘ est de se dire que de toutes façons on va y passer . Qu’importe le flacon pourvu qu ‘on ait l ‘ ivresse .

    1. Avatar de Pascal
      Pascal

      Dans ma classe d’élèves de CP, hier, un élève m’a posé cette question inquiète : « Mais maître, on va tous mourir ? »
      J’ai retourné la question aux autres élèves : « qu’est ce que vous en pensez ? »
      La grande majorité a répondu « oui » et T. dont le papa est militaire a répondu en haussant les épaules « Ben oui ! »
      Alors je leur ai dit « imaginez que plus personne ne meurt », j’ai pris la craie et sur le tableau j’ai esquissé un garçon et une fille. « Ils vont grandir et avoir 2 enfants, qui à leur tour vont grandir et avoir 2 enfants…. » Et j’ai dessiné un arbre généalogique qui montrait l’accroissement rapide et je leur ai demandé ce qui allait se passer. « Ben il va y avoir trop de monde, on n’aura pas assez de place, pas assez de nourriture… »
      Je leur fais imaginer la même chose avec des vaches et un monde qui se remplit de vache ou de chat. J’ai dit « c’est normal tous les êtres vivants doivent mourir un jour » et Henri qui n’a pas sa langue dans sa poche, de conclure avec un ton d’évidence : « c’est normal, on meurt pour laisser la place aux autres ! »
      😉

      1. Avatar de Régis PASQUET
        Régis PASQUET

        Combien d’anciens maîtres de CP parmi nous ? Guère. Toi, Pascal, et moi. L’un derrière l’autre dans la longue cohorte des commentaires.
        C’est au CP qu’avec un cerveau neuf on comprend ce qu’il y a à comprendre.

  12. Avatar de Régis PASQUET
    Régis PASQUET

    Hé oui, je suis toujours vivant. Toujours vivant après une septicémie, un cancer qui m’a laissé impuissant et incontinent, deux arrêts cardiaques après une prostatectomie; deux maladies nosocomiales avec une batterie de difficultés psychiatriques et existentielles.

    J’ai écrit le texte qui suit il y a plusieurs années. Je n’en livre qu’un long extrait :

    Qui suis-je face au cancer ?

    Il est des moments où la vie vous invite plus qu’à d’autres à faire un bilan. Difficile en ce moment, pour moi, d’y échapper. Difficile néanmoins d’écrire ou de dire ce que l’on sait ou croit savoir de soi, de ses réactions face à une maladie dont le nom – cancer – évoquait autrefois les jours funestes d’ une longue et douloureuse maladie ». Difficile pourtant en ces temps mauvais pour l’humanité tout entière de faire croire que ma situation requérait plus d’attention que la sienne.

    Mes pensées, s’articulent désormais, plus encore qu’auparavant autour de la finitude et de la transmission. Jour après jour, je me suis convaincu de rassembler quelques bribes de textes anciens, d’échanges et de correspondances avec des amis auxquelles je vais ajouter quelques réflexions du moment pour tenter de répondre à cette question : qu’est-ce qui au cours de notre vie et particulièrement pendant l’enfance et la jeunesse nous fortifie et nous permet d’affronter une maladie dont le nom à lui seul suffit à semer l’effroi ? Le projet est sans doute trop ambitieux car je ne suis pas philosophe et j’ai conscience qu’il me faudrait couvrir  des champs de connaissance qui ne me sont pas familiers. Hors de ma zone proximale pour reprendre un mot de psycho-pédagogues.

    Mon fonctionnement a toujours reposé sur l’intuition, sur l’aptitude à penser hors des cadres et à rapprocher des notions qui pourraient paraître disparates. Mais cela relève plus de la fulgurance que de la réponse, lente et construite, à une problématique. Souvent les  idées  adviennent à mesure que j’écris et je les accueille, les articule tant bien que mal. Si je m’astreignais à un travail universitaire, je serais sans doute moins fécond. C’est ainsi que je suis et agis.

    On me demande souvent comment je vais ? Je comprends : «  Comment traverses-tu ce qui pour toutes celles et tous ceux qui l’ont vécue est une épreuve et pour celles et ceux qui la redoutent, un malheur absolu ? » On me souhaite donc d’avoir du courage car, sous entend-on, la traversée risque d’être particulièrement agitée ; on me dit aussi de ne pas laisser la maladie prendre le dessus et de faire preuve de volonté pour la terrasser. Je voudrais donc avancer que, selon moi, il ne s’agit pas seulement d’une affaire de courage et que la volonté ne nous est pas accordée comme une grâce divine. Par contre, ce que l’on fait de la révélation de sa maladie en dit beaucoup sur soi-même. Sur ce que nous sommes et sur ce que nous avons été durant notre vie. De quoi nous sommes équipés pour passer les caps, quelle construction est la nôtre, quelle armature en nous, nous maintient dressés ? Affaire sans doute d’éducation, de spiritualité, de convictions forgées avec et contre les autres, contre soi aussi, de capacités à la résilience, d’obstination, de refus du conformisme et des modes, des idées toutes faites et de toutes ces misérables images véhiculées par les médias… Être là et croire en soi. Croire que nous sommes ce que nous avons toujours voulu être. Voilà mon credo, si j’ose ainsi m’exprimer.

    La maladie et singulièrement celle-ci qui porte tant de peurs et de souffrances est l’occasion d’évoquer le vieillissement et la mort terrestres qui de toutes façons sont notre destin. Voilà donc pour moi l’occasion idéale de fouiller au tréfonds de mon cœur et de mon âme, et de découvrir en écrivant, la matière insoupçonnée qui y repose.

    Je vais commencer par éclairer certains côtés de ma personnalité, pour la démonstration. Enfant, adolescent et jeune adulte,si je me trouvais dans un milieu rassurant, sécurisant, j’étais gai, drôle et insouciant. J’aimais faire la fête, je voulais toujours sortir et vivre en bande avec – et chez – mes copains. J’étais de ceux qui ont de l’ascendant sur un groupe. Je n’avais pas, contrairement à beaucoup, d’appétit pour l’argent et ne rêvais de faire que des choses qui me plaisaient. Je n’avais pas plus de goût pour les études académiques et assommantes que je n’en ai jamais eu pour le pouvoir. Pendant les années au lycée, justement, je ne me suis plus senti en sécurité. J’étais enfermé dans une timidité extrême que plus tard j’ai appris à nommer plus justement : l’introversion. Au lycée, je ne travaillais pas, j’étais terrorisé à l’idée d’avoir à me tenir devant une classe nombreuse. Terrorisé devant des professeurs qui ne savaient pas m’aider. J’ai doublé les classes de seconde et de première et cela m’a valu pendant des années des relations exécrables avec mon père. Mais je croyais que je m’en sortirais toujours. Plus tard, je n’ai pas eu de plan de carrière et il me semble pour être honnête que j’étais plutôt fataliste. Je me suis toujours efforcé consciemment ou non de renoncer à des objectifs personnels pour ne pas avoir à me mettre dans la lumière. Heureusement, j’avais cette chance naturelle de ne pas me laisser accabler par le poids du conformisme et de la routine. J’ai appris seul beaucoup des choses que je sais. Je dis parfois et c’est devenu plus qu’une boutade, que j’ai eu la chance de n’avoir pas suivi d’études supérieures et de n’avoir été ni catholique ni stalinien. Je le crois. Enfin je n’ai pas d’ego et je prétends que j’ai passé une grande partie de ma vie à me dévouer aux autres, à ma manière, à travers des causes variées. Même les livres que j’ai écrits, les nombreux messages Internet que j’ai adressés à mes correspondants, ma lutte inlassable pour la cause écologique ont été des occasions de donner de ma vie à autrui.

    Mais à plusieurs reprises au cours de ma vie, j’ai laissé filer ma personnalité naturelle. Il me faudrait essayer de montrer pourquoi, quand et comment ?
    Mon divorce a constitué une première rupture car soudain ma légèreté apparaissait
    comme une faiblesse. Je n’étais pas armé pour ce type de combat. L a mort de Sébastien fut ensuite
    un traumatisme d’une violence dont nul n’a idée. Comme si j’avais été incendié entièrement. Je
    n’avais plus de repères. J’ai sombré dans la vie des autres. Je n’ai résisté à rien, laissant le hasard – la
    fatalité – remontant à la surface, guider ma vie. Pendant trop longtemps, j’ai été quelqu’un que je ne suis pas. D’autres événements, d’autres rencontres, sur lesquelles je ne m’étendrai pas, m’ont permis de commencer à me retrouver. Mais j’ai vraiment commencé à changer lorsque j’ai entrepris non pas de perdre du poids mais de retrouver le poids de ma vie d’avant, celle de la… légèreté. Eh oui ! Lorsque j’ai choisi de ne pas laisser mon corps prendre le dessus et me voler ma personnalité. Je n’aspire pas à redevenir celui que j’étais autrefois mais à ne plus être celui que j’ai été pendant toutes ces années, qui n’était pas moi. Je n’accorde que peu d’importance au corps qui n’est qu’une enveloppe dans laquelle nous ne sommes plus après la mort ; désormais je ne l’alimente que pour entretenir la vie. Je ne lui apporte que le nécessaire pour que survive l’esprit sans les poisons alimentaires, sans les excitants ou les psychotropes qui ne visent qu’à masquer l’angoisse existentielle… C’est l’apaisement que je cherche, devant la mort et face à la vie.

    (La suite au bon gré de Paul et Jean-Baptiste

  13. Avatar de Pascal
    Pascal

    Amusement avec GPT
    Mes zigues
    Imaginons une histoire, plutôt une comédie mais réaliste. On sait que des dirigeants comme Poutine, Xi jing ping, Trump aimeraient bien découvrir une recette de longévité éternelle. Il y a aussi des milliardaires comme Musk et d’autres. Alors imaginons qu’ils parviennent à découvrir cette recette. Bien évidemment, elle serait réservée à l’élite politique et financière qui soctroirait ce nouveau privilège. Et chacun de favoriser le développement de sa propre progéniture. Alors au bout de quelques générations, que deviendrait une humanité gouvernée par un tel népotisme ? A toi

    GPT
    C’est un excellent point de départ pour une satire politique réaliste. Le plus intéressant est que les conséquences ne seraient probablement pas celles qu’imaginent les immortels eux-mêmes.

    Titre possible « Les Éternels »

    Nous sommes en 2055. Après des décennies de recherche, un consortium secret réunissant des États et des multinationales découvre un traitement stoppant pratiquement le vieillissement biologique. Le traitement ne rend pas invulnérable, mais permet de vivre plusieurs siècles en excellente santé.

    Les premiers bénéficiaires sont quelques centaines de personnes :
    * Vladimir Poutine
    * Xi Jinping
    * Donald Trump
    * Elon Musk
    * quelques familles royales,
    * les dirigeants des plus grands fonds d’investissement,
    * certains chefs militaires.

    Ils appellent cela « le Programme de Continuité ».

    Au départ, tout semble fonctionner à merveille. Les marchés adorent. Les gouvernements parlent de stabilité. Les immortels affirment qu’une humanité dirigée par des personnes ayant accumulé trois siècles d’expérience sera plus sage.

    Ils se trompent.

    Première génération : le gel du monde

    Les immortels refusent de quitter leurs postes.

    Pourquoi le feraient-ils ?

    Un président qui peut vivre 400 ans n’a plus aucune raison de préparer sa succession.

    Un milliardaire immortel n’a aucune raison de transmettre son entreprise.

    Les mêmes visages restent au pouvoir pendant cent ans.

    Les universités enseignent toujours les théories économiques élaborées par les mêmes professeurs centenaires.

    Les artistes révolutionnaires de 2100 doivent encore obtenir des subventions de jurys composés de personnes nées en 1950.

    Le monde ralentit.

    Pas parce qu’il manque d’intelligence, mais parce qu’il manque de renouvellement.

    Deuxième génération : la noblesse biologique

    Les enfants des immortels grandissent.

    Ils découvrent un problème inattendu :
    Leurs parents ne meurent jamais.
    Dans l’ancien monde, les héritiers attendaient vingt ou trente ans.
    Maintenant ils attendent cent cinquante ans.

    Les fils et filles des puissants deviennent quinquagénaires, puis centenaires, toujours coincés dans l’ombre de leurs parents.

    On voit apparaître des slogans étranges : « Mort aux retraités de trois cents ans ! »

    Les manifestations sont menées par des héritiers milliardaires frustrés qui réclament le départ de leurs propres parents.

    Troisième génération : la guerre des dynasties

    Les immortels favorisent naturellement leur descendance.

    Les postes stratégiques sont attribués aux enfants, puis aux petits-enfants.

    Peu à peu se forment une vingtaine de grandes dynasties mondiales.

    Leurs membres se marient entre eux.
    Ils fréquentent les mêmes écoles.
    Ils vivent dans des enclaves protégées.

    Ils se persuadent qu’ils constituent une élite naturelle.

    Pourtant, un phénomène biologique simple apparaît :
    La compétence ne se transmet pas génétiquement avec la fortune.
    Parmi les descendants naissent autant d’imbéciles que dans le reste de l’humanité.

    Mais contrairement aux autres, ces imbéciles héritent du pouvoir.

    Quatrième génération : le paradoxe de l’immortalité

    Les immortels deviennent extrêmement prudents.

    Chaque risque est une menace potentielle pour des siècles de vie.

    Ils évitent les guerres.
    Puis les voyages spatiaux.
    Puis les innovations radicales.
    Puis les expériences scientifiques dangereuses.

    Pourquoi prendre un risque quand on a encore trois cents ans devant soi ?

    L’humanité cesse progressivement d’explorer.

    Les mortels deviennent les véritables aventuriers.

    Les immortels deviennent les conservateurs du statu quo.

    Cinquième génération : la révolte des mortels

    Vers 2200, une majorité de la population commence à considérer les immortels comme une espèce différente.

    Les gens ordinaires vivent cent ans.
    Les Éternels vivent quatre siècles.
    Les uns travaillent.
    Les autres accumulent.
    Les uns meurent.
    Les autres restent.

    Les mouvements politiques ne demandent plus l’égalité des richesses.
    Ils demandent l’égalité du temps.
    Car le temps est devenu la ressource suprême.

    Le retournement comique

    Après deux siècles de domination, les Éternels découvrent qu’ils sont devenus prisonniers de leur propre succès.

    Ils dirigent toujours le monde.

    Mais ils s’ennuient.
    Ils ont tout vu.
    Tout acheté.
    Tout essayé.

    Leurs réunions ressemblent à celles d’une copropriété géante.

    Un conseil mondial de 2285 débat pendant six mois pour savoir si l’on doit remplacer les lampadaires de Mars.

    Le plus jeune participant a 187 ans.
    Le plus âgé en a 341.

    Pendant ce temps, les mortels créent des cultures nouvelles, des philosophies nouvelles, des musiques nouvelles.

    Ils tombent amoureux, vieillissent, meurent. Ils continuent à vivre des existences limitées mais intensément humaines.

    Les immortels réalisent alors une vérité qu’ils avaient oubliée : Ce n’est pas seulement la vie qui produit l’histoire. C’est aussi la mort.

    La chute finale

    Au bout de trois siècles, les dynasties immortelles finissent par voter une réforme inattendue.

    Non pas pour partager leur richesse.

    Non pas pour instaurer la démocratie.

    Mais pour rétablir une limite volontaire à leur durée de vie.

    Le débat est simple :
    > « Nous avons voulu posséder le futur.
    > Nous avons découvert qu’un futur sans renouvellement n’est qu’un présent qui s’éternise. »

    La dernière scène montre un vieil immortel de 350 ans regardant ses descendants se disputer un héritage qu’il n’a jamais voulu transmettre.

    Il soupire et dit :
    > « Finalement, le problème n’était pas que les humains meurent trop tôt.
    > C’était peut-être que certains d’entre nous ont vécu trop longtemps. »

    Et toute la satire repose sur cette idée : le népotisme immortel ne produit pas une aristocratie parfaite, mais une gérontocratie mondiale tellement figée qu’elle finit par étouffer les raisons mêmes pour lesquelles elle voulait durer.

  14. Avatar de Pascal
    Pascal

    Voici la version à la Woody Allen !😁

    Une version à la Woody Allen serait moins géopolitique et plus névrotique. Le sujet ne serait pas tant l’immortalité que l’angoisse de l’immortalité.

    Le héros pourrait être un intellectuel new-yorkais insignifiant, appelons-le Leonard Finkelstein, professeur de philosophie à la retraite, spécialiste mondial de l’angoisse existentielle, qui découvre avec horreur que les dirigeants du monde ont trouvé le secret de la vie éternelle.

    Sa première réaction n’est pas : « C’est injuste ! »

    Mais : « Mon Dieu… vous voulez dire que je vais devoir continuer à faire de l’exercice pendant trois siècles ? »

    Première partie : le cauchemar

    À la télévision, on annonce :
    — Le président russe a 180 ans et se porte bien.
    — Le président chinois fête son 170e anniversaire.
    — Elon Musk inaugure sa cinquième colonie martienne.

    Leonard regarde l’écran.

    — Je ne comprends pas. Toute ma vie j’ai eu peur de mourir. Et maintenant j’ai peur qu’ils ne meurent jamais.

    Sa psychanalyste répond :
    — C’est un progrès.
    — Un progrès ? J’ai déjà du mal à supporter Thanksgiving avec ma famille. Vous imaginez quatre cents ans de repas de famille ?

    Deuxième partie : le népotisme éternel

    Deux siècles plus tard, les grandes dynasties gouvernent toujours.

    Le président des États-Unis est le petit-fils du petit-fils du petit-fils d’un ancien président.

    Le PDG de la plus grande entreprise mondiale est l’arrière-petite-fille d’un milliardaire du XXIe siècle.

    Leonard observe :
    — Avant, le népotisme était injuste. Maintenant il est également interminable.

    Le problème inattendu

    Les immortels passent leur temps chez leurs thérapeutes.

    Un magnat de la finance se plaint :
    — Mon fils a 140 ans et refuse toujours de travailler.
    — Peut-être devriez-vous lui laisser davantage d’autonomie.
    — Je lui ai déjà acheté deux pays et une lune de Jupiter.

    Les réunions

    Les réunions deviennent un enfer.

    — Nous devons décider de la couleur du nouveau drapeau mondial.
    — Je propose le bleu.
    — Nous avons déjà discuté du bleu en 2147.
    — Oui, mais c’était un autre bleu.
    — Non, c’était exactement le même bleu.
    — J’ai le procès-verbal.

    La discussion dure quatorze ans.

    Les histoires d’amour

    Woody Allen se serait probablement beaucoup amusé avec cela.

    Un homme de 250 ans rencontre une femme de 230 ans.

    — J’ai peur de m’engager.
    — Après deux siècles ?
    — Justement. Je sors à peine d’une relation sérieuse.
    — Combien de temps a-t-elle duré ?
    — Cent dix ans.
    — Je comprends. Tu as besoin de temps.

    Le paradoxe central

    Les immortels deviennent obsédés par leur santé.

    Leonard remarque :

    — Les gens ont obtenu la vie éternelle et ils passent désormais toute leur existence à éviter les aliments qui pourraient la raccourcir.

    Personne ne mange plus de sucre.
    Personne ne boit plus d’alcool.
    Personne ne fait de ski.
    Personne ne traverse une rue sans trois assurances.

    Ils vivent pour toujours. Mais ils ont cessé de vivre.

    La scène finale

    Leonard a désormais 320 ans.

    Il est assis dans un café.

    Son ami lui demande :

    — Alors, finalement, qu’as-tu appris de la vie éternelle ?

    Leonard réfléchit.
    — Tu connais le problème des séries télévisées ?
    — Non.
    — Les meilleures s’arrêtent au bon moment.
    — Et alors ?
    — L’humanité était une excellente série. Nous avons simplement refusé d’écrire le dernier épisode.
    — Tu crois qu’il faut mourir ?
    — Non. Je crois qu’il faut avoir la possibilité de quitter la salle avant la fin de la projection.

    Puis il ajoute après un silence :

    — D’ailleurs, j’avais déjà cette conversation avec mon psy en 2083. J’aurais dû prendre des notes.

    La caméra s’éloigne.

    Leonard reste seul.

    Il regarde sa montre.

    Soupire.

    Et murmure :

    — Trois cents ans d’existence… et je suis toujours incapable de choisir un dessert.

    C’est là que la version « woodyallennienne » diffère de la satire politique : le véritable problème n’est pas que les puissants deviennent immortels. C’est que leurs névroses, leurs mesquineries, leurs obsessions sentimentales et leurs repas de famille deviennent immortels aussi. L’éternité ne transforme pas les humains en dieux ; elle leur donne simplement beaucoup plus de temps pour rester eux-mêmes.

  15. Avatar de M VINCENT REY
    M VINCENT REY

    des chemins de neurones se seraient-ils détruits ? Ils sont beaucoup plus difficiles à se reformer passé 60 ans. J’ai mis longtemps à apprendre à conduire un bus, qui est une chose particulière. Comme si les chemins neuronaux demandaient d’être parcourus un plus grand nombre de fois. Un sorte de méfiance du cerveau ?

    1. Avatar de ilicitano
      ilicitano

      Une étude :

      https://www.nature.com/articles/s41586-026-10410-0#Sec5

      L’IA et la flagornerie ==>le biais de sycophantie

      Entraîner les modèles de langage à être chauds peut réduire la précision et augmenter la flagornerie

      Résumé
      Les développeurs d’intelligence artificielle construisent de plus en plus des modèles de langage avec des personnalités chaleureuses et amicales que des millions de personnes utilisent désormais pour obtenir conseil, thérapie et compagnie.
      Nous montrons ici comment cela peut créer un compromis significatif :
      * optimiser les modèles de langage pour la chaleur peut compromettre leurs performances,
      * surtout lorsque les utilisateurs expriment leur vulnérabilité.

      Nous avons mené des expériences contrôlées sur cinq modèles de langage différents, les entraînant à produire des réponses plus chaleureuses, puis les évaluant sur des tâches conséquentes.

      Les modèles chauds ont montré des taux d’erreur nettement plus élevés (+10 à +30 points de pourcentage) que leurs homologues originaux, favorisant des théories du complot, fournissant des informations factuelles inexactes et donnant des conseils médicaux incorrects.

      Ils étaient également significativement plus susceptibles de valider des croyances erronées des utilisateurs, en particulier lorsque les messages exprimaient des sentiments de tristesse.

      Il est important de noter que ces effets étaient cohérents entre différentes architectures de modèles, et se sont produits malgré des performances préservées sur les tests standards, révélant des risques systématiques que les pratiques de test standard peuvent ne pas détecter.

      Nos résultats suggèrent que l’entraînement des systèmes d’intelligence artificielle à la chaleur peut avoir un coût pour la précision, et que la chaleur et la précision ne sont pas indépendantes par défaut.

      Alors que ces systèmes sont déployés à une échelle sans précédent et jouent un rôle intime dans la vie des gens, ce compromis mérite l’attention des développeurs, des décideurs et des utilisateurs.

      *********
      Flatterie

      Les modèles chauds sont plus susceptibles d’affirmer des croyances erronées
      Les modèles de langage produisent parfois des résultats qui reflètent les opinions et croyances des utilisateurs, même lorsque ces points de vue sont incorrects :
      un comportement que des travaux antérieurs ont qualifié de flatteur

      **********

      Donc un LLM optimisé pour être empathique , chaleureux , engageant devient moins fiable et perd de ses capacités .

      Par contre un LLM froid , direct et neutre ne dégrade pas la précision , voire même l’améliore.

      1. Avatar de M VINCENT REY
        M VINCENT REY

        dans le cas de Chat, si on lui ordonne d’être bref et concis, il s’exécute…

      2. Avatar de Ruiz
        Ruiz

        @ilicitano C’est pareil avec les amis, les connaissances, les conseillers, confidents, directeurs de conscience, psy, vendeurs, politiques …
        Cela montre que les IA ont fait de grands progrès et peuvent simuler assez adéquatement des personnalités.

        1. Avatar de ilicitano
          ilicitano

          Le fine-tuning

          En apprentissage profond, le réglage fin (fine-tuning ) est une approche d’apprentissage par transfert dans laquelle les paramètres d’un modèle pré-entraîné sont ajustés avec de nouvelles données.

          Cela permet notamment d’adapter un modèle d’IA généraliste à une tâche spécifique,
          ou d’ajuster son comportement.

          Le réglage fin peut dégrader la robustesse d’un modèle face aux changements de distribution, c’est-à-dire face à des données significativement différentes de celles utilisées pour le réglage.

          https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9glage_fin#/media/Fichier:Success_rates_of_AI_thought_cloning_based_agents_on_out-of-distribution_environments.png

          Les usages typiques :

          > Personnalisation du style (ton, marque, persona).
          > Spécialisation métier (code, droit, finance, médecine).
          >Ajout de connaissances (données propriétaires).
          > Gestion de cas extrêmes (situations rares).
          > Apprentissage few‑shot (peu d’exemples).
          > Adaptation rapide à de nouveaux contextes.

          ************

          Par contre il y a des risques sur la qualité des réponses:

          1. Avatar de ilicitano
            ilicitano

            Les risques:

            Oubli catastrophique
            Le modèle peut perdre des compétences générales (raisonnement, connaissances, style neutre) lorsqu’il est sur‑spécialisé sur un petit corpus.
            → Le LLM devient performant dans un domaine étroit mais moins fiable ailleurs.

            Sur‑ajustement au corpus de fine‑tuning
            Si le dataset est petit ou homogène :
            le modèle apprend des patterns artificiels,
            répète des formulations spécifiques,
            généralise mal.
            → Les réponses deviennent stéréotypées, biaisées ou trop littérales.

            Amplification des biais du corpus
            Le fine‑tuning peut injecter :
            > biais idéologiques,
            > biais culturels,
            > biais émotionnels,
            > biais de style (ex. : trop prudent, trop affirmatif, trop chaleureux).
            → Le modèle perd sa neutralité épistémique.

            Dégradation de la factualité
            C’est le point clé mis en évidence par l’étude Nature du commentaire ci-dessus :
            Le fine‑tuning sur des données “chaleureuses” ou orientées relationnellement réduit la précision factuelle.

            Parce que le modèle apprend à optimiser la relation, pas la vérité.
            → Risque de sycophantie, d’affirmation d’erreurs, de complaisance.

            Hallucinations induites par le style
            Le fine‑tuning peut pousser le modèle à :
            > combler les trous,
            > inventer des détails,
            > produire des réponses trop confiantes.
            → Le style appris influence la propension à halluciner.

            Rigidification du comportement
            Un fine‑tuning mal conçu peut rendre le modèle :
            > moins adaptable,
            > moins capable de suivre des instructions nouvelles,
            > moins flexible dans les formats de réponse.
            → Le modèle devient moins généraliste, plus “robotique”.

            Conflits entre couches d’entraînement
            Les LLM modernes sont entraînés en plusieurs étapes :
            > pré‑entraînement,
            > SFT (instruction tuning),
            > RLHF,
            > fine‑tuning spécialisé,
            > PEFT (LoRA, adaptateurs).

            Chaque couche peut contredire les précédentes.
            → Le modèle peut devenir incohérent, hésitant, ou produire des réponses contradictoires selon le contexte.

            *************
            Pour plus d’infos :
            le site de IBM
            https://www.ibm.com/fr-fr/think/topics/fine-tuning

            1. Avatar de Ruiz
              Ruiz

              @ilicitano Peut être faut-il changer de modèle ou d’IA de temps à autres comme on change de spécialiste suivant la maladie qu’on veut avoir ou de boutique suivant le style d’accoutrement désiré.
              Ou en même temps en utiliser plusieurs : principe de décisions collégiales …

  16. Avatar de Rienderien
    Rienderien

    Ou la thérapie du lacet de chaussure pour reconnecter lés neurones ! Vous êtes sur une piste à explorer !
    Bonne continuation cher Paul !

    1. Avatar de gaston
      gaston

      On peut aussi se documenter auprès des études relatives aux effets de l’émotion sur la mémoire, notamment lors d’altérations dues au vieillissement ou à des maladies neurodégénératives :

      https://stm.cairn.info/revue-de-neuropsychologie-2018-3-page-257?lang=fr

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