Les alliances ou mésalliances de Syriza : Alea jacta est !, par Zébu

Billet invité.

Au lendemain de sa victoire, Alexis Tsipras devait faire un choix : faire un gouvernement d’alliance avec les grecs indépendants (ANEL) ou avec To Potami.

Le choix de gouverner seul, bien qu’il le puisse avec 149 sièges, ne se pose pas en fait. La nécessité politique d’obtenir un gouvernement stable et pérenne, au moins à court terme, s’imposait à lui, afin d’élargir la base politique de son action, en atteignant ainsi 41% des votants, face à une extrême-droite toujours présente et à une Nouvelle Démocratie toujours en embuscade.

Ce choix devait s’effectué selon ses priorités : internes ou externes. Internes, s’il souhaitait privilégier les réformes structurelles en Grèce d’abord, avec un To Potami plus proche de ses positions sociales mais plus sujet à questionnements sur son positionnement face à la Troïka, ou externes, s’il souhaitait privilégier la question de la dette, avec l’ANEL.

Syriza a finalement conclu un accord de gouvernement avec l’ANEL, privilégiant ainsi un gouvernement ‘d’union nationale’ contre les politiques d’austérité. Ce choix ‘interroge’, pour le moins, puisque l’ANEL et son fondateur, Panos Kammenos, ont des positions aux antipodes des positions sociales et sociétales de Syriza, que ce soit sur l’immigration, les homosexuels ou l’Église Orthodoxe, par exemple. On imaginerait mal, pour le moins, qu’un gouvernement de ce même type entre un Front de Gauche et ‘Debout la France’ de M. Dupont-Aignan puisse s’établir, voire, étant données les positions de l’ANEL sur l’immigration, avec le FN …

C’est pourtant le choix qu’a fait M. Tsipras à ses risques et périls, ou plutôt en fonction des risques et périls que telle ou telle alliance pouvait faire courir à son futur gouvernement et en fonction donc des priorités définies : la dette est bien sa priorité et il a jugé que l’ANEL, sur ces bases là, était plus solide que To Potami, formation politique plus récente et sans doute plus sujette à fluctuations face à une Troïka qui tactiquement a opéré un retrait sur ses positions affichées mais qui ne lâche rien.

Il faudra donc suivre de près ce qu’un tel attelage, tirant à hue et à dia, pourra donner, mais il n’est pas interdit non plus de penser que M. Tsipras fasse évoluer son gouvernement une fois sa priorité de la dette traitée, vers un remaniement, avec l’intégration de nouveaux partenaires comme To Potami, quand il abordera d’autres priorités sur lesquelles il ne manquera pas de se confronter avec son allié actuel l’ANEL.

En ce sens, il y a une leçon à tirer de cette expérience inédite en Europe : la ‘crise’ a profondément bouleversé le champ politique, imposant des ‘solutions’ politiques non durables par définition, à géométrie variable, ‘contractualisées’ en quelque sorte. Un des effets de cette ‘crise’ aura donc été de contaminer jusqu’à l’éthique pour imposer sa dure réalité jusque dans le champ politique.

La perversité des politiques menées par la Troïka au nom des citoyens européens n’a pas fini de diffuser son poison : raison de plus pour que les citoyens européens refusent collectivement et dans leur propre pays que les politiques d’austérité ne se perpétuent, dans le risque de devoir être contraints in fine à accepter de tels effets pervers politiquement.

L’autre alternative pour Syriza aurait été de gouverner seule, au risque de se retrouver aussi seule face à cette même Troïka mais néanmoins plus cohérente quant à ses positions politiques et éthiques. Ce choix n’a pas été fait, ‘Alea jacta est’.

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