SYRIZA VEUT MARQUER DES POINTS, par François Leclerc

Billet invité.

La victoire de Syriza continue de surprendre, une fois enregistré son accord avec le parti souverainiste de droite des Grecs indépendants afin de disposer d’une majorité parlementaire. Le nouveau premier ministre Alexis Tsipras ne veut pas perdre de temps et adresse un message aussi bien aux Grecs qu’à leurs créanciers : il a l’intention d’accomplir ce qu’il a promis. L’accord de gouvernement semble s’être fait sur la base du programme de Thessalonique de septembre dernier de Syriza, qui prévoit de nombreuses mesures sociales, dont certaines devraient être vite proposées à l’adoption du nouveau parlement, dont l’augmentation du salaire minimum. De premières nominations de ministres devraient intervenir, dont celle de Yanis Varoufakis comme ministre des finances, et de Panos Kamennos (le leader des Grecs indépendants) à la défense.

Le message a été reçu par des dirigeants européens un peu bousculés et désarçonnés, et il réclame un temps de digestion. Sur le même terrain que Martin Schulz, le président du parlement européen qui va se rendre à Athènes, François Hollande cherche à se positionner pour être l’artisan d’un futur compromis, et la seule décision qui a émergé de la réunion de l’Eurogroupe est de donner du temps à la négociation. Mais toute réduction de la dette est à ce stade considérée comme impensable…

En s’alliant avec les Grecs indépendants, Syriza a déçu les attentes de ceux qui attendaient une coalition avec To Potami. Mais cela aurait introduit le loup dans la bergerie, en raison des conditions mises par ce dernier parti. Reposant sur cette hypothèse déçue, la perspective d’un compromis qui avait pris corps s’est éloignée, comment pourrait-elle revenir ? Syriza a déjà montré qu’il avait choisi son terrain prioritaire : l’adoption des mesures sociales prévues à son programme. Raison pour laquelle il s’est opposé à tout ce qui pourrait y faire obstacle, en premier lieu la poursuite des discussions dans le cadre fixé par la Troïka. Une fois cet horizon dégagé, la négociation sur la dette pourra ensuite prendre son temps, s’il est accordé. Son réaménagement sans procéder à sa réduction – le compromis qui était en général évoqué – est politiquement attractif pour les dirigeants européens, mais est irréaliste car il suppose la réalisation d’un important excédent primaire pendant une très longue période, au prix de l’accentuation de la crise sociale, durant laquelle il ne servira qu’à rembourser la dette. En vérité, les principaux créanciers de la Grèce – les membres de la Troïka – n’ont le choix, tels qu’il s’y prennent, qu’entre un défaut négocié et un défaut accidentel. Comme ils ne veulent pas se résoudre à l’une ou l’autre de ces deux options, craignant le prix politique qui en résulterait, ils cherchent une solution repoussant au plus tard possible ces extrémités, pour se cantonner à un simple réaménagement de la dette.

Les mesures destinées à favoriser la relance et à dégager un excédent budgétaire substantiel permettant de rembourser la dette ayant échoué, vu la faiblesse de ses résultats, les dirigeants européens devraient admettre qu’il faut en changer et ne pas se réfugier derrière des prévisions optimistes à chaque fois démenties. Leur homme à Athènes n’étant même pas parvenu à réaliser le programme qui lui était imparti, peut-être le moment serait-il venu de changer la donne et de permettre au nouveau gouvernement de réaliser celui sur la base duquel il a été élu, en lui en laissant les moyens. Ceux-ci réclament 12 milliards d’euros, et pourraient être trouvés si le FMI transformait en ligne de crédit les versements qu’elle a suspendus, et si la BCE faisait rouler ses créances de l’été. Une nouvelle approche pourrait être adoptée pour le remboursement de la dette, le faisant dépendre de la croissance économique, une fois rallongées les maturités et diminués les taux de la dette. Un pourcentage maximum de l’excédent primaire y serait consacré, afin de laisser au gouvernement les moyens d’agir.

Un tel dispositif permettrait à la Grèce de s’affranchir de sa mise sous tutelle et d’engager des réformes attaquant les nombreux parasitages de son économie, ainsi que la fraude fiscale ou les avantages indus, au lieu d’induire une crise sociale profonde. Il sera temps, plus tard, de reprendre la négociation sur l’effacement de la dette, une fois montré que le pays est en mesure de faire face à une partie d’entre elle, ce qui n’est pas le cas actuellement. Tôt ou tard, le tabou de la réduction de la dette devra tomber.

Pour ceux qui n’en sont pas convaincus, il suffit de lire l’article de Reza Moghadam dans le Financial Times, un connaisseur. Avant d’atterrir chez Morgan Stanley, celui-ci a été le directeur Europe du FMI, de 2011 à 2014, à ce titre étroitement impliqué dans les négociations de la Troïka

Yanis Varoufakis est partisan de faire dépendre le remboursement de la dette de l’évolution du PIB. Voir notamment cette interview dans La Tribune.

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