Un répit de neuf mois : le temps d’accoucher d’un monstre ou d’espérances, par Zébu

Billet invité.

« Finalement, cela aurait pu être pire … Accélérons les réformes (quitte à lâcher un peu de lest) ! »

La tentation de l’exécutif pourrait se voir résumée entièrement en cette phrase fictive, car si défaite il y a, une défaite sévère, la débâcle fut évitée : en lieu et place de ne conserver ‘que’ 20 départements, le PS et ses alliés en conservent quand même une trentaine (en attendant le ‘troisième tour’).

Mieux, certains ‘frondeurs’ comme M. Guedj ont été mis sur la touche dans le département de l’Essonne et le pouvoir tout virtuel de Martine Aubry a été remis dans sa perspective locale-localiste, avec la perte du département du Nord par le PS.

C’est avec ces éléments que l’exécutif se présentera au congrès de juin du PS, arguant avoir pesé dans la bataille de tout son poids (c’est le credo de M. Valls) pour freiner un mouvement qui ne pouvait être évité ‘les élections intermédiaires sont toujours néfastes au pouvoir en place’), arguant aussi que les ‘frondeurs’ et les contestataires de tous poils, au sein du PS comme sur sa gauche, n’ont pas su démontrer qu’ils incarnaient une alternative non seulement crédible mais aussi existante au plan électoral. Et comme un remaniement gouvernemental interviendra entre-temps, intégrant des écologistes qui ne veulent rien tant qu’un maroquin avant la grande débandade et sans que leur parti EELV ne puisse s’y opposer, l’exécutif pourra alors y présenter le visage fané de l’exercice du pouvoir national mais élargi en façade pour y apposer un plus grand sourire de circonstance.

La stratégie de destruction des bases localistes du PS entamée par M. Valls ne pourra donc pas être poursuivie à court terme, laissant un résidu de pouvoir à certains barons locaux mais ceux-ci seront aussi affaiblis que l’exécutif et sauf imprévu toujours possible au PS, le risque de se faire renverser avec la table en juin sera faible pour l’exécutif. On laissera passer l’été puis on préparera les élections régionales qui s’en viendront.

 

C’est pourtant bien un dernier répit qui est offert à l’exécutif avant les élections de décembre.

 

Car si le Front National n’a pas pu concrétiser sa victoire politique par la prise d’un département (à 2 cantons près, dans le Vaucluse par exemple), il n’en reste pas moins que ce FN est parvenu à dépasser la contrainte de l’absence d’enracinement local pour s’implanter dans plusieurs régions.

Il dispose ainsi de plusieurs dizaines de cadres, qui pourront cette fois-ci se présenter aux électeurs aux élections régionales avec l’adoubement du suffrage électoral, mieux, avec une étiquette ‘locale’.

Aussi, le système électoral n’aura rien à voir avec celui de ces élections départementales : en lieu et place d’un système majoritaire à 2 tours, système défavorisant le FN dans la concrétisation d’un victoire politique, les élections régionales seront organisées avec un nouveau système qui permettra bien au contraire cette fois d’amplifier les bases électorales du FN, avec un système à la proportionnelle et avec une prime de 25% des sièges au premier parti arrivé en tête lors du second tour. Dans ce cadre, ‘la droite’ et ‘la gauche’ n’auront alors non seulement pas d’autre choix que de pratiquer des alliances dès le premier tour mais aussi, afin de bénéficier de cette prime contre le FN, soit de s’allier, soit de se retirer et de disparaître.

Dans le premier cas, le FN aura beau jeu de crier à la concrétisation de l’UMPS, un an et demi avant 2017 : une union régionale potentiellement mortifère au niveau national. Dans le second cas, ce sera tout simplement la disparition pure et simple de l’une ou l’autre force politique du paysage régional pour 6 ans. Or, après une telle défaite aux départementales, il y a fort à parier que le retrait pur et simple de la gauche au bénéfice d’une droite arrivée devant elle pour faire face à la menace du FN sera beaucoup plus difficile à effectuer, d’autant plus que l’UMP avec son ‘ni-ni’ refusera ce type de positionnement qui lui a plutôt réussi électoralement aux départementales et continuera, comme une prime à celui qui surfe sur le rejet de l’exécutif, à lui réussir au niveau régional.

Plus profondément, il est surtout nécessaire d’observer que le nombre de voix et les pourcentages des voix exprimés dans bon nombre de départements ‘ciblés’ par le FN a progressé fortement, atteignant et même dépassant la barre des 40% au second tour, quand au premier tour le FN atteignait déjà plus de 30%. La politique de la peur de M. Valls, si elle a pu remobiliser le faible pourcentage d’électeurs qui était nécessaire pour le maintien d’un nombre plus conséquent de départements dans le giron PS, a donc atteint ses limites : même face à un tel engagement, les électeurs de gauche sont restés abstentionnistes ou le sont devenus.

Pour preuve, le désormais ex-président du Département du Gard, M. Denat, grand ami de M. Valls qui a pu bénéficier de sa présence vendredi dernier à Vauvert, son canton, a été battu par le FN, comme un message de défiance profonde directement envoyé des électeurs de gauche à M. Valls.

L’exécutif n’a donc plus, hormis le classique remaniement gouvernemental qui ne changera rien politiquement (puisqu’il ne saurait y avoir de modifications quant à la politique menée), plus de cartouches électorales, à l’inverse de l’UMP et du FN, car la gauche de la gauche semble toujours refuser l’idée d’une alliance avec le PS, le PCF ayant par ailleurs sauvé l’essentiel pour lui, à savoir un dernier département en gestion quand il ne gère aucune des régions actuellement.

 

Le piège se referme donc, avec cette défaite sévère et cette débâcle évitée de justesse, sur l’exécutif.

 

Certes, il pourra donner le change pendant encore 9 mois, en entretenant l’illusion que la division est la seule source de son échec, quand dans le même temps l’abstention continuera structurellement de persister et le FN de progresser.

 

À moins d’un miracle… car en décembre, Noël n’est jamais loin …

 

Ils en sont là, et nous avec : un répit de 9 mois. Le temps d’accoucher, d’un monstre ou d’espérances.

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