Des mains qui tremblent et qui ont désormais peur de caresser ceux qu’ils aiment, par Pascal

Billet invité.

Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent
Ils se croyaient des hommes, n’étaient plus que des nombres
Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés.

Je n’y peux rien, ces paroles me sont revenues sans que j’aille les chercher et je ne les renie pas.

Ce DRH d’Air France mis à nu (torse nu) aura de quoi se racheter de nombreuses chemises avec la prime qu’il recevra pour avoir réussi son « plan social ». Il pourra se prévaloir dans son curriculum vitae de chiffres qu’il saura mettre en valeur pour justifier son efficacité car pour lui n’existent que des chiffres, sinon comment pourrait-il faire ce métier ?

Mais la violence faite aux salariés, elle, n’est pas que symbolique : elle est psychique. Violence empreinte de mépris quand les arguties économiques vont jusqu’à nier la souffrance de ceux qui perdent leur emploi et voient leur vie s’effondrer quand ils rejoignent la déjà longue file des exclus sociaux.

C’est aussi une violence physique comme le savent tous ceux qui après la perte d’un emploi se sont demandés ce qu’ils allaient devenir. C’est une pression insoutenable dans la poitrine, qui vous pousse à hurler la colère comme le désespoir. Ce sont les jambes qui ne parviennent plus à supporter ce corps que la société condamne à être reclus dans l’indifférence. Ce sont des mains qui tremblent et qui ont désormais peur de caresser ceux qu’ils aiment, qui ressentent la honte de devoir expliquer à leurs enfants que le monde est brutal et qu’ils ne sont pas sûrs de pouvoir encore les protéger. Voilà ma colère.

Dans le dos des medias qui n’écoutent que la belle langue « pragmatique » et « offusquée » des dirigeants, la parole directe et sincère de la population en souffrance s’exprime en sous-main via les réseaux sociaux comme dans cette vidéo d’une salariée d’Air France qui a déjà été vue plus d’un million de fois. Tout cela se passe dans le dos des medias, car la société du spectacle n’aime que la misère scénarisée : celle qui ne flatte que le voyeurisme. Elle ne supporte pas la sincérité qui rend mal à l’aise le spectateur et indispose son temps de cerveau disponible.

Dans le dos des medias-spectacle, la souffrance se répand plus puissante qu’un torrent de boue.

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