En attendant l’immortalité, nous préférons tuer le temps

Ouvert aux commentaires.

Si nous ne croyons pas à l’immortalité de l’homme, il n’est de diversion qui ne soit capable de nous faire dérailler d’un véritable idéal car nous faisons feu de tout bois pour tenter d’oublier que nous sommes mortels. Et si nous croyons au contraire à l’immortalité future, nous ne savons trop, en attendant, comment occuper le temps qui nous est donné ici-bas. Si bien que l’observation du genre humain révèle une espèce qui, pour une raison ou une autre, s’active fébrilement à tuer le temps.

Nietzsche écrit ainsi dans « Schopenhauer éducateur » :

« … car l’objectif de tous les agissements humains est par le biais de la distraction de ses propres pensées, de cesser d’être conscient de la vie. » (Nietzsche [1873-76] : 50)

Et, plus haut déjà dans cette même « considération inactuelle », il écrivait :

« [Schopenhauer] nous apprend que ni les richesses, ni les honneurs, ni l’érudition ne peuvent tirer l’individu de la dépression profonde qu’il ressent devant l’insignifiance de la vie et comment l’aspiration à ces biens recherchés n’acquiert de sens qu’à travers un but global qui élève et transcende : acquérir du pouvoir pour aider l’évolution de la physis et pour être un temps le correcteur de ses folies et de ses inepties » (ibid. 28-29).

Même rectifier le monde ne permet peut-être donc pas d’échapper à la dépression qui demeure le lot le plus commun de l’espèce.

Freud, grand lecteur de Nietzsche, écrirait un demi-siècle plus tard dans Malaise dans la civilisation :

« L’être humain cherche alors à ses tourments des diversions par l’usage des drogues, la production d’illusions collectives rassurantes comme la religion [P. J. : Freud qualifie celle-ci de « déformation chimérique de la réalité » générant des « délires collectifs », ibid. 25] et, de façon plus positive, par la sublimation qu’autorise l’expression artistique ou intellectuelle. » (Freud [1929] 1970 : 25).

Il n’y a donc eu jusqu’ici dans l’histoire humaine selon Freud que de la dépression avec deux manières de tenter de s’en secouer : d’une part, l’anesthésie par la drogue ou le refuge dans l’illusion, et de l’autre, l’agitation, qui existe alors sous deux formes qu’il distingua d’une manière qu’on peut juger assez artificielle : la forme « pas très chic » que représente par exemple le football et la forme « chic » que constitue l’art, mais il faut se souvenir pour ce dernier, de ces photos de l’atelier des grands sculpteurs du XIXe siècle, et observer ces hommes à barbiches, pipes et lorgnons, mêlés à des filles nues pour comprendre qu’il était davantage question ici de copulation – fantasmée dans le meilleur des cas – que d’élévation de l’âme.

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Friedrich Nietzsche, Schopenhauer éducateur, in Considérations inactuelles [1873-76], Mercure de France, 1922 (Å’uvres complètes de Frédéric Nietzsche, Vol. 5, tome 2, pp. 7-43)

Sigmund Freud, Malaise dans la civilisation, trad. Ch. et I. Odier [1929], Revue française de psychanalyse, t. XXXIV, janvier 1970 : 9-80

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110 réflexions sur « En attendant l’immortalité, nous préférons tuer le temps »

  1. Buvons une bière en regardant l’océan, ou la montagne, ou la ligne épurée des collines…
    PS : ne pas oublier de jeter les contenants dans la benne appropriée

  2. “L’homme est adossé à sa mort comme le causeur à la cheminée.”
    Paul Valéry
    transmettre la vie c’est donner la mort
    nous sommes tous des mourants qui s’accompagnont mutuellement , quelle force à part l’amour peut nous faire tenir ?

    1. Sur le thème Paul Valéry a fait beaucoup mieux .

      Le vent se lève !… il faut tenter de vivre !

      http://feelingsurfer.net/garp/poesie/Valery.CimetiereMarin.html

      Sans oublier Lamartine qui m’a offert , au « Toi » près, la force de résister quand tout semble vain :

       » Toi qui fis la mémoire , est ce pour qu’on oublie?…
      Non c’est pour rendre au temps à la fin tous ses jours,
      Pour faire confluer, là bas, en un seul cours ,
      Le passé , l’avenir , ces deux moitiés de vie
      Dont l’une dit jamais et l’autre dit toujours . »

      1. Traduction: la mémoire sert à se rappeler le passé.
        Mais y savaient pas être concis, ou quoi ?
        Surtout pour dire des banalités pareilles…

    2. « quelle force à part l’amour peut nous faire tenir ? »

      ————————
      Fastoche: La connerie. C’est la force la plus répandue, et d’une puissance infinie. (Kennedy a dit un truc du genre avant moi)

  3. « En attendant l’immortalité, nous préférons tuer le temps  » : j’ai parcouru les annales du bac de philo depuis 1803, je n’ai pas trouvé ce sujet. Je l’envoie à Najat illico presto.

    Il me parait difficile de faire un commentaire pertinent en complément de Freud & co. Tout a été dit, redit. Chaque génération s’initie au sujet, tente d’y répondre et retourne à nos chers ancêtres, Freud & Co.

    Je ne vois pas quelle innovation nous pourrions proposer sur le sujet, à moins que ? De toute façon, le marché n’est pas solvable. Plus de clients ?

    En attendant Godot, parlons d’autre chose.
    Bonne nuit

  4. Faut-il attendre l’immortalité ? De même faut-il attendre Godot dans la pièce de Becket ?
    La vie, elle nous tombe dessus. La mort aussi. Entre les deux, il faut vivre et chacun le fait comme il le peut, en gérant au mieux les contingences.
    Il est généralement possible pour un acteur de quitter volontairement la scène mais très peu le font.
    En fait, la vraie question est : « dans quel sens faut-il que j’aille, pour trouver moi-même un sens à ma vie ». Il n’y a pas de sens unique à respecter. Certains tournent en rond et se retrouvent toujours mentalement au point de départ. D’autres font n’importe quoi selon l’interprétation qu’ils donnent aux courants d’air. D’autres encore se sont trouvés un sens et s’y attachent, malgré parfois de grosses difficultés.
    Ce sont ces derniers qui ont raison : ils peuvent alors inscrire un sens dans le temps qui coule, avec leurs pas, se retourner pour voir d’où ils viennent et se poser la question de savoir s’il faut ou non infléchir leur route. Ce qui compte pour eux, ce n’est pas d’atteindre un objectif, c’est d’avoir le sentiment d’avancer, et de savoir pourquoi ils avancent. Ont-ils une agitation fébrile ?
    Au bout de la route, que trouverons-nous, le Néant, l’Enfer ou le Paradis? Nous verrons bien. La foi en l’immortalité n’a pas de réponse logique, c’est un « acte de foi ».

    La réponse à la question posée n’existe pas, ou tout au moins ne peut pas être établie par une logique humaine.

    1. Il est généralement possible pour un acteur de quitter volontairement la scène mais très peu le font.

      Un personne sur cinquante qui meurt en France tous les ans que le bon dieu fait est une personne suicidée, sans compter les suicides masqués, sans parler des manqués.
      Très peu, pour sûr.

      1. Ayant traversé une période de crise éprouvante, durant laquelle j’avais des idées suicidaires, je me souviens bien de la perte des repères que j’ai vécu à ce moment là. En cas de détresse, rester dans la souffrance et l’isolement est particulièrement préjudiciable. C’est trés important de comprendre qu’une vie a beaucoup d’importance et qu’un individu en détresse a besoin d’un soutien , de savoir qu’une personne qui l’aime et qui l’apprécie est là pour elle , présente et attentive . Non pas pour la bousculer, mais simplement pour entendre sa souffrance, l’aider à regarder en face cette souffrance, son désespoir et lui dire ne t’en vas pas, j’ai besoin de toi, tu es aimé car à mes yeux et à mon coeur : tu es un être formidable.

        «  »Life is not about waiting for the storm to pass…. It’s about learning how to dance in the rain. »

      2. Dans les pays sous développés, on laisse crever.
        Dans les pays développés, on pousse au suicide. Qui deviendra la première cause de mortalité.
        Finit les guerres, car trop coûteuses.

        C’est le moyen de réguler les populations, propre au Système (capitaliste des rentiers).

      3. Ne vous attendez pas à ce qu’on explique ça à l’école, même à l’ENA, sciences po, polytechnique, les Mines…

        (Je dis ça pour ceux qui se préparent à faire partie de « l’élite ». Ce que l’on attend de vous est que vous soyez les parfaits larbins du Système, qui saura vous choyer…)

    2. Attendez, Beckett n’a pas fait qu’écrire En attendant Godot, il a aussi écrit Cap au pire. Beckett a beaucoup lu Schopenhauer et Shakespeare, mais avant, ou plutôt un jour, il a eu une vision très nette : ce que lui-même nomma comme une indécence ontologique et qui allait devenir le sublime vertige de l’écriture d’un homme.

  5. Ça manque de tripes ces certitudes qu’on proclame tant que l’échéance reste lointaine (et théorique parce que La Belette est éternelle !!! … enfin, j’espère), n’empêche qu’à l’ultime seconde (la seule qu’il faudrait tuer) où l’on réalise que son coeur s’arrête et que « Meeeeerde, je … ». Assez logiquement, on arrête aussi de philosopher.

    et puis ça aussi du même :

    Le Temps Qui Reste

    Combien de temps…
    Combien de temps encore
    Des années, des jours, des heures, combien ?
    Quand j’y pense, mon coeur bat si fort…
    Mon pays c’est la vie.
    Combien de temps…
    Combien ?

    Je l’aime tant, le temps qui reste…
    Je veux rire, courir, pleurer, parler,
    Et voir, et croire
    Et boire, danser,
    Crier, manger, nager, bondir, désobéir
    J’ai pas fini, j’ai pas fini
    Voler, chanter, parti, repartir
    Souffrir, aimer
    Je l’aime tant le temps qui reste

    (La suite est là : http://musique.ados.fr/Serge-Reggiani/Le-Temps-Qui-Reste-t3054.html)

    1. Ouais, bon. Il en faisait un peu beaucoup…
      Moi je mange, je bois, j’ai beaucoup désobéi, je ris quand je vois Sarkozy, Hollande ou Vals, mais à part ça, je me fait quand même chier grave dans ce monde de merde.

  6. Je me souviens d’une chronique d’Albert Jacquart où il expliquait que la sensation du temps qui passe est logarithmique :
    « la densité du temps  » -souvenirs , experiences apprentissages entre 0 et 10 ans est aussi importante que de 10 à 90 ans . Et que malgrè cela à chaque moment on peut agir et expérimenter chacun à son niveau et à son physique .
    l’accéleration du temps qui passe est ce une protection psychique, un effet physiologique ?
    -la journée parait avoir toujours la même durée que l’on ait 10 ou 90 ans mais les saisons passent plus vite –
    par la pensée , on peut faire des experiences physiques reversibles : le temps est il vraiment reversible ou orienté (flèche du temps ) , objectivement physique si c’est une dimension quantifiable projetable -independante d’un referentiel- avec d’autres dimensions homogènes de l’univers ou bien un simple effet variable de l’existence de la matiere une sorte de fluage ?

    1. @Juannessy
       » Moi par contre , ça ne s’est pas arrangé . « 

      Quand-même 😉
      … par contre votre commentaire listant les lois, reste un excellent canevas, durable !
      Ajoutez-y la loi du paradoxe universel pour mettre toutes ces lois en cohérence et on pourra mieux assimiler le paradoxe Attali:
      autant ses descriptions et analyses sont pertinentes, autant ses objectifs ne me paraissent pas aller dans le sens de l’émancipation de chacun…
      Enfin… c’est « vu de ma porte » 😉

      1. PS : si c’est la loi de Murphy que vous appelez loi du paradoxe universel, pas besoin de l’ajouter , elle y était déjà dans une version plus soft .

        …Quand même !

      2. Attali! Il a fait je ne sais combien de « grandes » écoles, et était même le premier de la classe! C’est tout dire…
        Ce fut donc le premier larbin des « grands » de ce monde.

      3. Demander à Jean-Pierre Dupuy ce qu’il pense du sieur Attali, comment il en rigole encore, rire jaune gris évidemment.
        Depuis 2007 ? vous me décevez.

      4. @Octobre :
        Si nous parlons bien du même Jean Pierre Dupuy ( X philosophe ;guère plus vieux qu’Attali ) , c’est effectivement une bonne lecture aussi , même si j’ai un peu de mal avec le « sacré » quand il est révélé par autre chose qu’un sourire ou une peine :
        https://questionsdecommunication.revues.org/314

        Pour le reste : si vous voulez démolir un architecte , faîtes appel à un architecte . Si vous voulez démolir un X , faîtes appel à un X .Si vous voulez démolir un philosophe , prenez un philosophe . Si vous voulez ridiculiser un artiste , faites appel à un artiste .Si vous voulez finir d’humilier un pauvre , pas de meilleur bourreau qu’un autre pauvre .
        Pour les Sciences Po , je ne sais pas , mais Vigneron doit savoir .

         » Et si tu es déçu , n’en veux pas à ton père ,
        Qui en fut un longtemps , modeste mais sincère,
        Pour que tu sois un homme ,
        Mon fils ( puis ma fille)
        Simplement .
        Infiniment . »

  7. Créature en prière
    en rage contre la brume
    écrit
    au crépuscule
    contre l’opacité
    je ne veux plus aller
    nulle part
    qu’au tréfonds
    oh vie
    oh langage
    oh Isidore

    Alejandra Pizarnik, septembre 1972

  8. Ouais, cela pourrait faire un peu, le jeune bourgeois qui s’apprête à faire un braquage pour avoir des sensations, ou Montag qui au lendemain de la tentative de sa femme s’aperçoit que c’est un non-sujet.
    Mais, c’est tout simplement l’incapacité à modifier le réel.
    Pour la matière le temps est quelque-chose entre le zéro absolu et la vitesse de la lumière, l’information du temps importe peu.
    Mais pour les humains ayant des informations humaines passés (par l’histoire, les religions, la philosophie et les cultures), des outils et des principes scientifiques permettant de capter des informations biologiques présentes et passés (au niveau des gènes, des ossements, des modifications des gaz dans des calottes, ou dans des fonds sous marins) et bien sur des maths et des observations physiques pour capter les informations présente et imaginer l’origine, le temps est tout autre chose, il nécessite une certaine croyance au lendemain.
    La matière ce contenterai bien d’un temps discontinu ou le néant borderai ce présent.
    Demain pour ses deux pieds.

    1. NB: demain pour ses 2 pieds, ça doit être en partie dérivée d’une chanson de Boby lapointe, histoire de changer de ton.

      1. J’ai retrouvé (merci Google, même si t’es evil et si il y a d’autres moteurs de recherches et que tu pourrais prendre au sérieux la « catégorisation » de Stiegler, plutôt que tes Glass dont tout le monde se fout) Aragon et Castille: « en parlant de pied chantons jusqu’à demain »

    2. « Demain pour ses deux pieds. »

      ——————————————

      Si ce que je dis vous est aussi incompréhensible que , pour moi, cette phrase, il faudrait faire appel à un traducteur.

      Blague à part, j’ai du mal à comprendre ces effets de style.
      Cela vous dérangerait il de parler comme tout le monde, ou faut il absolument que votre prose ne soit comprise que par des initiés ? pfffttt….

      1. Sinon je traduis ce que j’ai cru comprendre:
        La matière est insensible au temps, ce qui n’est pas le cas pour nous. (le passé, les religions et le reste, le présent, l’avenir, tout ça…)

        (le jeune bourgeois et Montag, j’ai rien compris, c’est grave?)

      2. 🙂 et y à pas de mal, y à pleins de choses que je ne comprend pas. Sinon cela donne:
        Distinguer la mélancolie d’un sentiment Bourgeois.
        Lire Farenheit 451.
        Sortir d’une conception humaine du temps en ce basant sur des principes physiques.
        Amener la conclusion ennui/capabilité.
        Inclure la spécificité humaine par la culture (cf enfant sauvage).
        Distinguer la modernité captation.
        Comparaison homme/matière sur le besoin de continuité du temps.
        Nécessiter de la projection, les pieds symbolisant mieux le de-venir que le simple a-venir.
        Pour la suite conclusion ouverte avec un autre ton, sortir du schéma technologique pauvre de à-venir pour devenir.
        Et mon propre émerveillement à découvrir que le lien fait par mon cerveau à Boby Lapointe soit une chance qui distingue l’utopie de la capabilité spatial (même si on pourrait ajouter temporel, si la Aragon était la ville de Castille 1000 ans plus tard).
        Voilà, je sais pas si vous auriez osé poser une question à cette suite de sentence, au moins cela rend sensible (moins catégorique) le sujet.

  9. @Juannesy
     » Si votre porte était celle du temps , ça aurait pu nous aider . « 

    J’ai bien une photo de ma porte, à la fois ouverte et fermée, mais la publier risque de créer quelques désordres 😉

    Ce qui me fait penser à Salvador Dali: j’essaie de l’imaginer poster sur ce billet 🙂

    1. Les interprétations critiques de ses  » montres molles » ne manquent pas !

      Pour moi , tous les artistes , et spécialement les surréalistes , ont cette faculté , qui est à la fois leur faiblesse et leur force , de pouvoir être  » hors temps  » , au moins suffisamment pour capter avec plus ou moins de bonheur, ce qui « ne va pas de soi » .

      Ce qui les rend bien utiles et nécessaires à la vie de l’humanité , tant qu’ils ne tombent pas dans l’exclusivité exhibitionniste et boudeuse .

      1. Bonjour Juannessy
         » Ce qui les rend [les artistes] bien utiles et nécessaires à la vie de l’humanité « 

        Effectivement, les artistes nous offrent cette invitation à « sortir du cadre » et ce d’autant plus que leurs œuvres sont souvent « encadrées »… par des tiers, sans doute pour nous éviter de les suivre de trop près au risque de perturber le « bon fonctionnement » de la société !

        Soyons « tordus » 😉 plutôt que mous…

  10. Tuer le chien, pour se reconnaître le maître. Tuer le temps pour ne pas connaître la mort, sa mort.
    Communautariser les moribonds pour externaliser les vivants, communautariser les vivants en isolant les morts tout en pleurant nos origines et filiations perdues. Massification de la vie, massification de la mort, dilution. Sept jours pour atteindre l’incinération, rite funéraire productiviste d’un proche maintenu dans un tiroir en état de congélation pour retarder la putréfaction d’un corps laissé à l’abandon du confort matériel.

    Apprendre à connaître la mort serait la fréquenter pour connaître le temps, discerner sa propre voix pendant la durée de sa vie, entendre la petite musique intérieure de son entre-aille, s’entendre, re-sentir la mort et re-connaître la vie en ce qu’elle est, devrait être pour chaque un, une, une chance inouïe.

    Éloigner la mort, tuer le temps, tuer la mort en l’état revient à tuer la chance, la vie, animée, telle que nous l’avions sublimée.

    1. l’actualité cinématographique ( le fils de Saul) semble montrer que vos pensées sont dans l’air du temps .

  11. ou intemporel comme ….

    Alice au pays de l’inconscient – Laissez-vous glisser dans le terrier ! Isabelle Rialet-Meneux

    « Le succès des Alice « tient plutôt à la conjonction de l’esprit scientifique et du merveilleux qui nous met sur la voie des limites de la science et du langage ainsi que de la division du sujet de l’inconscient qui fait notre humanité ».

    « Tout comme la psychanalyse vit le jour en une période marquée par le triomphe de la science, l’œuvre carrollienne interroge le discours même dont elle émerge. Elle fut produite par un mathématicien qui « rédigea une vingtaine de traités d’arithmétique et de logique, participants du mouvement qui conduisit à ce que les mathématiques s’appuient sur une langue logique entièrement formalisée. Le souci du logicien marque l’écriture même de l’œuvre littéraire. Elle véhicule des intuitions anticipant sur les indications des logiciens ultérieurs » .

    « Les dialogues truculents entre Alice et ses partenaires dont le chat, ou le ver à soie, mettent en évidence comment Lewis Carroll, bien malgré lui, introduit le sujet de l’inconscient que la logique classique ou formelle ignore. La prétention à rationaliser la langue s’en trouve ainsi démentie. Lewis Carroll anticipe l’enseignement de Saussure sur l’arbitraire du signe marquant la rupture entre le mot et la chose et de ce fait il anticipe également sur le signifiant tel que Lacan l’a formalisé. »
    « Alice pose la question de son être d’où le malentendu n’est pas exclu. Son expérience rappelle celle qui a présidé pour Lewis Carroll, à l’écriture des contes. Le nonsense ouvre à l’intuition du sujet de l’inconscient.
    Alice est donc une œuvre de son temps qui n’a pas perdu de sa modernité. »

    http://www.lacanquotidien.fr/blog/2012/02/alice-au-pays-de-linconscient-laissez-vous-glisser-dans-le-terrier-isabelle-

  12. Tuer le temps, tuer le temps de peur qu’il ne nous tue…, voilà que Paul Jorion nous invite au crime ?

    # Espace

    Pourtant, le choix (certainement mûrement réfléchi) de cette expression, ne devrait pas réellement nous surprendre, quand on sait la relation qui lie le temps au blog de Paul Jorion. Pensons seulement à ses vidéos du vendredi, “Le temps qu’il fait”…

    # Espace

    Cette métaphore, semble indiquer par analogie, que nous invoquons le temps comme s’il s’agissait d’un être vivant. Car, si l’un dit tuer le temps pour tromper son ennui, l’autre dit tuer pour ôter la vie, effacer, détruire l’empreinte laissée par le temps… ou une personne. Personnification, entre réel et imaginaire, car en existe-t-il une et une seule qui pourrait rassembler en elle les trois principaux traits caractéristiques du temps… passé, présent, futur ?

    # Espace

    Voudrions-nous prendre une revanche contre le temps, ou, contre quelqu’un ? Serions-nous jaloux du temps présent ? On dit que l’amour tue le temps, aussi bien que le temps peut tuer l’amour.

    # Espace

    Aussi, on pouvait penser autrefois que le principal but de l’humanité était d’asservir la nature. Voilà qu’aujourd’hui, notre nouvelle ambition serait celle d’asservir durablement le temps à nos fins ? Entre heure d’été et heure d’automne, tout imprévu doit être aussitôt mesuré, compté en nanoseconde, car le temps, c’est de l’argent. Maîtres de la nature, nous voilà désireux de devenir aussi les Maîtres du temps… C’est que l’éternité ne peut plus attendre : devenir immortels, il nous faut d’urgence, si nous voulons survivre face aux machines intelligentes, comme y réfléchissent les biologistes, mathématiciens et informaticiens du Singularity Institute.

    # Espace

    Or, la cause majeure de notre ennui, justement, c’est que nous ne savons tout simplement plus où nous en sommes… dans le temps… dans l’espace… dans l’espace-temps, ou dans quelque illusion à jamais insondable ? Force est de constater que nous ne pouvons pas sortir des dédales modernes du temps. C’est la donc LA CRISE, jusqu’à ce que nous trouvions LA SOLUTION… Le temps : quel labyrinthe !

    # Espace

    Alors, à défaut de ne pouvoir se priver d’espace, comme de mère, reste donc à tuer le père : le temps. Le problème, c’est qu’il se cache, tel le minotaure, dans les couloirs obscurs du labyrinthe. Comment après s’en réchapper ? Déambuler dans les innombrables chemins de notre mémoire à la recherche d’une sortie. Revenir en arrière, repasser plusieurs fois aux mêmes endroits, explorer de nouvelles directions, puis retomber sur de nouvelles impossibilités à la recherche, à la recherche toujours de la moindre *“espace fine”*…

    (Espace fine : dans le vocabulaire spécialisé de la typographie, le nom espace est traditionnellement de ‘genre féminin’. Blanc servant à séparer les mots)

  13. « Agora des savoirs – François Jullien : De près, de loin » à voir sur la plateforme vidéo de votre choix (y en a au moins 2).

  14. J’aimerais réagir en retranscrivant la fin d’un « Le temps qu’il fait » :

    « Euh alors voilà on est là-dedans… on est dans une belle … on est dans une belle merde, je vais le dire alors ce que fais toujours je m’arrête au bord d’un mot qu’il ne faut pas dire, on est dans une belle merde mais il faut qu’on en sorte, il faut qu’on en sorte, pour nous même, pour le temps qu’il nous reste à vivre, pour nos enfants et parce qu’il faut, il faut reconstruire… on ne sortira pas de cette planète comme ça, hein ça va pas s’arranger tout de suite, on ira peut être dans d’autres étoiles mais là non, même si on va sur d’autres étoiles, même si on est sur Uranus ou sur Titan et ainsi de suite, il faudra encore qu’on donne un sens à notre vie, et ce sens ce sera pas de dire qu’on vivra éternellement, ni de dire que dans l’autre monde c’est beaucoup mieux que maintenant, qu’ici, et ça s’arrange de toute manière non, il faudra qu’on invente une manière de comprendre, d’apprécier cette terre sur laquelle on est, d’apprécier ces 100 années au maximum qui nous sont données, et de vivre ça d’une telle manière que quand on ferme les yeux on se dise… c’était splendide… et je n’ai rien raté … et j’ai eu bien de la chance … bonsoir, aller, à la semaine prochaine. »

    1. 1000 ans , ça fait combien de semaines ?!
      Sur la même période le montant cumulé des dotations mensuelles ça fait pas loin de 18 M€ si je compte bien .
      Et les 111 M€ de l’euro-millions , pas loin de 60 000 ans de blog !
      Si on se retourne un peu , je crois que 60 000 ans , c’est le moment où homo sapiens quitte l’Afrique via l’Arabie .
      Pourquoi est ce que je sens plus proche de ce mal foutu que du transhumaniste dont certains rêvent ?

    2. @LePierrot
      « il faudra encore qu’on donne un sens à notre vie, et ce sens ce sera pas de dire qu’on vivra éternellement, ni de dire que dans l’autre monde c’est beaucoup mieux que maintenant, qu’ici, et ça s’arrange de toute manière non, il faudra qu’on invente une manière de comprendre, d’apprécier cette terre sur laquelle on est, d’apprécier ces 100 années au maximum qui nous sont données, et de vivre ça d’une telle manière que quand on ferme les yeux on se dise… c’était splendide… et je n’ai rien raté … et j’ai eu bien de la chance … bonsoir, aller, à la semaine prochaine. »

      Bravo, je plussoie le Pierrot et c’est là aussi où je précise à juan que pour moi commele dit Octobre ce n’est pas le mot , même si je le perçois clairement, qui m’impacte le plus mais l’intention, l’émotion, le message et l’intensité du propos de l’auteur du commentaire qui font le plus sens.

      Et là je trouve que Le Pierrot exprime simplement et avec un belle émotion toute la beauté et la complexité de nos questionnements , du sens ?, apprendre, s’ouvrir pour dé-couvrir et MALGRE TOUT « quand on ferme les yeux on se dise… c’était splendide… et je n’ai rien raté … et j’ai eu bien de la chance »
      Merci le Pierrot vous êtes BEAU !

      1. Merci mais si vous avez lu ma première phrase c’est un texte de Paul Jorion issu de la fin d’une vidéo « le temps qu’il fait ». J’avais retenu ce passage et réécouté plusieurs fois et là il me semblait devoir remettre cette réflexion retranscrite à la disposition de tous. C’est Paul Jorion qui a dit cela.

        Merci Paul Jorion, votre réflexion est magnifique.

      2. Allons bon , un de plus ! Quelle dragueuse .

        Pour les yeux qui se ferment façon Hollywood , avec musique planante et soupir de bonheur , je n’ai pas l’expérience d’un tel aller retour sur ce trajet , mais de ce que j’ai compris de celles et ceux que j’ai accompagnés dans la phase aller, avant de les quitter sur le quai , j’ai plutôt le souvenir d’une pensée qui s’évanouit avant que les paupières ne se ferment ( quand elles se ferment ) définitivement .En somme la nature fait les choses dans « son » ordre .

        Ce qui est bien reposant .

         » Et que les yeux se ferment ,
        comme pleurent les femmes ,
        de souffrances données ,
        d’énergie en offrandes …
        Happy end ? « 

      3. @LePierrot:

        Gudule n’a pas besoin du climat pour « s’emballer » , mais c’est pas grave , elle trouve Paul Jorion beau aussi .

  15. @le pierrot et juan

    Merci Lepierrot, autant pour moi….
    Oups, voili voilou….et bien il y a eu une résonance forte parmi nous sur cette belle réflexion, et, portée par mon enthousiasme, j’ai zappé l’info, et bien M Jorion a une belle âme, mais mon coeur est déjà occupé et suffisement azimuté….comme ça , d’ailleurs tout ça c’est la faute à juan….et julien….. 🙂

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