LES FAUX-SEMBLANTS, par François Leclerc

Billet invité.

Schengen en péril, la construction européenne continue à se démantibuler. La BCE ne sera pas cette fois-ci le sauveur, comme elle l’a été pour l’euro, et les autorités européennes sont à nouveau placées devant leur irresponsabilité collective. Elles se révèlent incapable d’accueillir la vague de réfugiés et tentent piteusement de négocier avec le régime autocratique turc son endiguement avant qu’elle n’atteigne l’espace Schengen. Car, une fois celui-ci atteint, la tentative en cours de maitriser le flux en triant les « bons » et les « mauvais » réfugiés va vite se révéler insuffisante, renforçant la dynamique de fermeture des frontières et signant l’arrêt de mort de Schengen.

Paniquées, ces autorités tentent de se défausser sur la Turquie. Un sommet bruxellois a été organisé hier la sauvette, avec comme objectif de présenter comme acquis un « plan d’action » qui reste à mettre en musique. La routine, pourrait-on désormais remarquer. Au prétexte d’améliorer le sort des réfugiés sur le sol turc afin qu’ils y restent, il a pour principal objectif de rendre étanche la frontière maritime de la Turquie avec la Grèce.

Ce plan aurait été « activé » dimanche, mais cette formulation positive vise à masquer qu’il n’existe encore que dans son principe. Trois milliards d’euros seraient débloqués, mais ils ne sont pas réunis et ne représentent que la moitié de la somme demandée. Enfin, des négociations vont être réactivées à propos de l’adhésion à l’Union européenne, ainsi que sur les visas, ce qui a permis au premier ministre turc de saluer « un jour historique ». Il n’est toutefois pas certain que tous les participants du sommet l’aient vu ainsi, les réfugiés encore moins. On est dans les faux-semblants.

Passant plus inaperçu dans le contexte actuel, un autre épisode rend compte du même processus de délitement. Il s’agit cette fois-ci de l’un des fleurons de l’aggiornamento européen, l’union bancaire, et plus précisément de son troisième et dernier pilier, le fonds de garantie des dépôts. Conformément au projet, la Commission a tenté de faire prévaloir un plan visant à progressivement donner une dimension européenne à ce fonds, qui reposerait au départ sur des bases nationales. Mais le magazine Der Spiegel fait état de la constitution d’un front du refus au sein du Conseil européen, sous la forme d’une minorité de blocage qui regrouperait derrière l’Allemagne, qui en est à l’origine, ses alliés les plus proches – les Pays-Bas, l’Autriche et la Finlande – ainsi que la France et l’Italie. Cette fuite dans la presse allemande n’aurait pas d’autre objectif que de faire reculer la Commission pendant qu’il est encore temps.

Le respect du pacte budgétaire est de plus en plus problématique. Le premier ministre portugais a perdu le pouvoir en raison de son respect intransigeant, tandis que Mariano Rajoy préserve celle de son parti en tête dans les sondages – mais pas nécessairement la sienne pour satisfaire Cuidadanos avec lequel une coalition serait possible – pour au contraire l’avoir sérieusement écorné. En Italie, Matteo Renzi obtient dérogation sur dérogation de la Commission afin d’exclure ses dépassements budgétaires du calcul du déficit, et Michel Sapin prétend pour l’instant les éviter en dépit des nouvelles mesures dédiées à la « sécurité » de François Hollande. Tout cela fait désordre.

En Grèce, où le gouvernement peine à mettre en œuvre les mesures liées à son nouveau plan de sauvetage, une nouvelle crise politique est engagée sur fond d’approfondissement de la récession. Les sondages font état de la dégringolade de Syriza – mais pas de la cote personnelle d’Alexis Tsipras – la majorité parlementaire sur laquelle s’appuie le gouvernement ne tenant plus qu’à un fil. Un soutien de l’opposition recherché par le premier ministre refusé, la crise politique rebondit alors que Nouvelle-Démocratie est en crise de leadership et ne remonte pas dans les sondages. Si des élections devaient avoir prochainement lieu, quel gouvernement pourrait en sortir ?

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