Le capital au XXIe siècle de Piketty terrorise le théâtre politique, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Cette conférence de Thomas Piketty à propos de son étude économétrique historique du capital montre parfaitement ce que signifierait son immixtion dans la comédie politique française.

L’hypothèse première de Piketty est qu’il n’y a pas d’économie sans politique. Donc que la politique est une discussion économique si tant est que faire de la politique ne soit pas une pantomime de dissimulation de la capacité d’agir dans la réalité de tous les humains. En substance, Piketty montre que la politique a deux objets dans le champ de l’économie : quelle est la répartition du capital entre les acteurs de l’économie par quoi ces acteurs disposent d’un pouvoir de produire quelque chose dans les sociétés politiques ? quelle est la distribution des revenus issus du capital par quoi les acteurs de l’économie travaillent à la transformation des réalités communes pour satisfaire leurs besoins ?

Derrière l’analyse historique de la répartition du revenu en fonction de la concentration du capital, Piketty pose le débat de l’économie politique : la finalité humaine du revenu. Quelles sont les natures du capital selon l’utilisation du revenu qui en découle dans les mains des différents propriétaires effectifs réels du capital ? Quels rapports doit-il y avoir entre les natures de revenu et les natures de capital pour que la croissance économique produise une stabilité politique des sociétés ? Piketty prend position sur les termes qui doivent formuler ces questions pour qu’en émergent des réponses politiques.

L’étude exposée dans le Capital au XXIème siècle n’a pas de conclusion politique pratique. Mais elle débouche sur un accomplissement théorique décisif à l’encontre du paradigme libéral qui structure actuellement la discussion et la responsabilité politiques : l’outil économique du pouvoir structurant de la politique est la fiscalité du capital. Autrement dit la politique est vide de contenu sans délibération ni mise en œuvre d’une fiscalité universelle basée sur la mesure du capital par les revenus du capital, et par les revenus de la transformation du capital par le travail.

L’immense retentissement du travail de Piketty n’est pas dans le champ de la science économique dont il souligne l’état manifestement balbutiant, mais dans le champ du débat politique mondial. L’économie des humains va vers des chocs et des dislocations violentes de même ampleur que les deux guerres mondiales du XXème siècle. A moins que ne s’invente un ordre politique nouveau mondialisable fondé sur des règles internationales rationalisées de fiscalisation du capital. Piketty en pose le principe incontournable mais reconnaît que tout reste à inventer au-delà de la taxe Tobin qui n’en est qu’une prémisse.

Si comme l’envisage Paul Jorion, Piketty décidait d’exposer sa réputation scientifique et sa notoriété médiatique au jeu politique français et européen, il ne fait aucun doute que nous assisterions à un séisme politique. Le vide actuel de la pièce de théâtre jouée par la classe politique serait brutalement envahie par un récit véridique et consistant. Le sujet de la politique ne serait plus la divination du tiercé gagnant aux prochaines compétitions électorales, mais la vraie vie, dans notre monde tel qu’il est actuellement, des gens de chair et d’os.

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