La Bourse a la gueule de bois le 16 janvier 2016 – Retranscription

Retranscription de La Bourse a la gueule de bois le 16 janvier 2016. Merci à Cyril Touboulic !

Bonjour, nous sommes le samedi 16 janvier 2016, et d’habitude je ne fais pas une vidéo le samedi, tout particulièrement parce que j’essaye d’en faire une tous les vendredis – et je crois que je l’ai pratiquement toujours fait –, et il y en a une, hier, que j’ai consacrée au dépôt du rapport du Haut comité pour l’avenir du secteur financier belge.

Mais alors, ce matin, je regarde un petit peu ce qui se passe, et en particulier je regarde les statistiques du blog et je découvre la chose suivante – alors je vais vous la montrer, voilà, alors – : 3900, c’est le nombre de gens qui ont regardé le blog jeudi, et 7800, c’est le nombre de gens qui ont regardé le blog hier. Alors, eh bien, vous voyez, c’est pratiquement doublé, alors ça attire mon attention et je me dis : « Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qui se passe pour qu’il y ait des gens qui, voilà, ne regardent pas le blog d’habitude, qu’ils l’ont regardé hier ? », et je me dis : « Eh bien, c’est une chose dont on n’a pas parlé (et dont on ne parle pas ces jours-ci d’ailleurs), c’est la catastrophe qui est en train de s’esquisser sur les marchés boursiers. » Pourquoi ? Eh bien, parce qu’on a répété ici sur le blog de Paul Jorion, on répète depuis des années (depuis 2009) qu’injecter de l’argent dans la finance, qui ne communique jamais avec l’économie, eh bien, ça produit une bulle boursière, et que ces bulles boursières elles finissent par s’effondrer un jour, et du coup, eh bien, quand elles s’effondrent, je fais un billet – je ne sais plus quand c’était, il y a 7, 10 jours – en disant : « Eh bien, on vous l’avait bien dit ! », et vous êtes très nombreux à regarder ce billet et vous le faites circuler, je l’ai vu, il y a un nombre de like, je crois, très impressionnant ! Je crois qu’il y en a de plus 1000 [1107], si j’ai bon souvenir. Donc, voilà, vous faites circuler ça, et puis, nous, on passe à autre chose parce que, eh bien, on l’avait dit. On l’avait dit. Mais il y a les gens qui viennent sur le blog de Paul Jorion uniquement quand, eh bien, quand ça va mal à la bourse, et ce qui explique ce gonflement.

Alors, je vais quand même, voilà, en dire un mot : les marchés boursiers ont la gueule de bois. Les marchés boursiers européens et asiatiques ont perdu en moyenne 10% depuis le début de l’année, on est la mi-janvier, donc c’est quand même assez rapide, il n’y a pas de raisons que ça s’arrête, je l’avais signalé l’autre jour. Pourquoi ? Eh bien, parce que, voilà, ce qui s’est passé c’est qu’on s’est dit : « On va créer de l’argent. Cet argent va se répandre dans l’économie et ça va, voilà, relancer l’économie », mais ce n’est pas ça ce qui s’est passé : cet argent est resté calé dans les milieux financiers qui ne savaient pas quoi en faire, parce que l’économie n’est pas en bon état. Pourquoi est-ce qu’elle n’est pas en bon état ? Parce qu’il n’y a pas de pouvoir d’achat de la part des consommateurs. Pourquoi est-ce qu’il n’y a pas de pouvoir d’achat ? Eh bien, c’est parce qu’on les vire de leur boulot ou bien on essaye de faire baisser leur salaire, ce n’est pas comme ça qu’on crée une masse de ce qui constitue la demande.

Je vous le rappelle, la théorie qui dit : « Faut créer l’offre et la demande se fera automatiquement », c’est de la propagande, je veux dire, c’est de la propagande de droite, ça se trouve dans l’économie depuis le début du XIXe siècle et c’est la droite économique qui nous a toujours essayer de vendre ces salades. Ce n’est pas comme ça que ça marche, non : les produits doivent être achetés. Évidemment, ils doivent être produits aussi, ils doivent être fabriqués, mais si il n’y a personne pour les acheter, eh bien, il ne se passe rien et c’est ce qu’on voit. On voit l’économie, on nous a dit : « L’économie américaine repart, il y a de nombreux jobs et tout ça », mais ce sont des jobs qui ne sont pas payés, il n’y a pas de véritables augmentations, les nouvelles positions, les nouveaux emplois créés dans les entreprises américaines ne sont pas à la hauteur en terme de qualité de ce qui existait précédemment. Alors, qu’est-ce qui se passe ? Eh bien, Les marchés financiers, eh bien, ils partagent l’argent qu’il y a, eh bien, ils se partagent ça entre dividendes (les investisseurs) et entre salaires exagérés, bonus invraisemblables des dirigeants d’entreprises. Ce n’est pas ça qui relance une économie.

La Chine a été la machine, comme on dirait, la « locomotive de l’économie » depuis 2009. C’est en train de s’achever. La Chine a essayé le capitalisme débridé et elle récolte ce qu’elle a semé : il y a 65 millions d’appartements qui sont vides, qui ont été créés par des gens qui ont fait des économies et qui ont placé ça dans des appartements pour les louer, et ces 65 millions d’appartements sont vides, ils ne peuvent pas être revendus non plus. Les familles, comme l’indiquait un article que j’ai lu hier, en général, se cotisent à plusieurs pour acheter un appartement, pour acheter une petite maison, et par conséquent, il n’y a pas la possibilité de, voilà, d’écouler cela. L’argent déménage, est allé un petit peu se mettre sur la bourse et ceux qui sont allés là, eh bien, ils l’ont perdu ou ils sont en train de le perdre, ceux qui essayent de mettre ça dans la brique, dans la pierre, eh bien, ils se retrouvent avec des choses qui sont invendables, qui perdent de la valeur et il y a donc une richesse qui disparaît en fumée.

Voilà. Voilà, où on en est. Donc, il est normal que les marchés baissent, les marchés boursiers baissent, la valeur, la cote des actions atteint un niveau qui ne peut pas représenter d’une manière ou d’une autre les dividendes qui seront payés un jour parce que, eh bien, effectivement, on peut faire comme certaines entreprises font maintenant, c’est-à-dire d’emprunter pour distribuer cet argent-là dans les dividendes, mais un jour, eh bien, l’économie réelle attend ça au tournant puis ça s’effondre comme en 2008. Voilà pourquoi, eh bien, on ne s’étend pas là-dessus sur le blog, c’est des choses qu’on a expliquées 100 fois, on a dit que ça allait se passer et c’est en train de se passer. Mais, vous êtes, voilà, vous êtes nombreux et il y avait un doublement de jeudi à vendredi, et jeudi était tout à fait dans la norme. Alors, vous venez voir ce qu’on va vous dire et malheureusement, les nouvelles ne sont pas bonnes : ça va continuer à baisser. Le fait que le pétrole ne coûte pas cher, il est tombé maintenant en-dessous des 30 dollars. Pour vous donner un chiffre de comparaison, le baril de Brent, de crude Brent, de pétrole valait 115 dollars en juillet 2008, il vaut moins de 30 maintenant. Donc, une évolution comme ça, ce n’est pas lié au fait que l’on a découvert plein de gisements, c’est lié au fait que l’économie va mal et que dans cette économie qui va mal, eh bien, il y a des pays pétroliers qui essayent quand même de se faire de l’argent comme ça, parce que leur économie en a besoin, enfin, elle dépend énormément de la vente de pétrole, et ces gens ne peuvent pas faire autrement que d’essayer de le vendre.

De plus, il y a un autre vendeur qui vient de réapparaître sur les marchés, un vendeur important, c’est l’Iran (l’Iran a été banni et il y avait un blocus). L’Iran s’est rangé aux arguments sur la prolifération nucléaire, il a droit à nouveau à vendre sur les marchés. Il y a, vous le savez, une tension très très grave à nouveau entre chiites et sunnites, l’Iran représente le grand centre de défense du chiisme, l’Arabie saoudite, du sunnisme, et il y a une guerre non seulement sur le terrain, mais aussi une guerre économique entre ces pays qui fait baisser le prix du pétrole, ça fait baisser les chiffres des pays qui dépendent de la vente du pétrole et, malheureusement, dans une économie atone, le faible prix du baril de pétrole ne suffit pas à relancer l’économie.

Pourquoi est-ce que, je dirais, les employeurs peuvent se conduire comme ils le font ? Eh bien, parce que nous sommes dans une économie, on le sait – et c’est le facteur qu’on ne mentionne pas dans les analyses globales qu’on fait – où il est de plus en plus facile de faire pression sur les salariés parce qu’ils sont nombreux par rapport à un nombre d’emplois qui est en train de diminuer : emplois qui diminuent dans le secteur industriel parce qu’on remplace le travail manuel par des robots, et dans les autres secteurs des services où on remplace massivement, massivement en ce moment, les salariés par des logiciels, regardez les chiffres sur le nombre de fermeture d’agences de banque, c’est massif, on peut trouver des chiffres de licenciement dans ce secteur en France, en Belgique, dans tous les pays occidentaux. On est en train de délester : les employés, ça coûte cher, les logiciels, ça ne coûte rien, et on est aussi dans une logique où on demande de plus en plus au consommateur de faire autrefois ce qu’un travailleur faisait : c’est vous qui gérez votre compte en banque maintenant sur un écran d’ordinateur et on vous dit que c’est formidable puisque ça vous donne une liberté extraordinaire ! Et c’est vrai, c’est vrai, vous donnez de votre temps pour lequel vous payiez autrefois des employés de banque, vous l’utilisez maintenant vous-mêmes, vous êtes libre de faire ce qu’on payait autrefois à un employé de banque pour faire, et ce n’est qu’un exemple, pratiquement partout, maintenant, on vous demande d’intervenir de cette manière-là : vous achetez des choses en ligne, voilà, le libraire est mis entre parenthèses quand vous passez des commandes par Amazon, et vous avez vu sans doute ces petits robots qui dans les entrepôts d’Amazon maintenant, vont chercher des livres un peu partout et puis, voilà, jusqu’à l’emballage.

Bien, voilà, une petite explication, tout spécialement pour les gens qui sont venus entre vendredi et jeudi sur le blog de Paul Jorion. Les autres, les habitués, eh bien, ils savent tout ça, mais, voilà, un petit « bonjour » à ceux qui sont venus inquiets sur le blog de Paul Jorion hier. Voilà, un peu une explication rapide de ce qui est en train de se passer.

On ne vous oubliera pas, on vous tiendra au courant, voilà, puisque vous venez voir, c’est gentil, eh bien, on vous tiendra au courant !

Bien ! Au revoir !

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