Pourquoi vouloir que l’espèce humaine survive ?, par Cédric Chevalier

Dernier_Jorion

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Dans son « Temps qu’il fait » du 3 mars 2016, Paul Jorion s’exprime à propos de son prochain livre, Le dernier qui s’en va éteint la lumière :

« Et je vous l’ai déjà dit : on ne peut pas prouver qu’il faut sauver le genre humain et l’humanité, cela ne se prouve pas, c’est une chose qu’on a envie de faire ou pas. Moi personnellement, j’ai envie que cela continue… qu’on s’améliore quand même. Je me dispute un petit peu dans tous les coins, sur un mode un peu réformiste d’un côté, sur un mode un peu plus révolutionnaire d’un autre, je fais [flèche] de tout bois mais j’ai l’impression qu’avant de partir, il faut faire un max quand même. Pourquoi ? « Pour la beauté du geste » comme j’avais dit un jour. Je ne sais pas exactement ce que veut dire l’expression mais je me comprends et j’espère vous aussi, que faire quelque chose pour la beauté du geste, ça vaut la peine. »

Puisqu’il pourrait ne pas exister de sens extrinsèque en cet Univers pour l’existence humaine, qu’il n’y aurait aucun sens donné, qui serait une expression d’une transcendance, alors le sens serait « à donner », intrinsèque à chacun et à chaque groupe humain qui le partagerait, et serait donc immanent.

Le sens serait une émergence, à construire par chacun et chaque groupe humain. Le penser, ce sens, et agir en conséquence, ce serait le faire exister.

La question de la survie de l’Humanité pourrait se résumer à cela. Elle a du sens pour moi, j’y attache énormément d’importance. Je peux rationaliser (rationaliser à la Spinoza, dans une raison qui intègre les affects) cette conviction, comme Hans Jonas, à partir d’un argument fort : la Responsabilité (le fait de « répondre de » à quelqu’un), qui est aussi la « réciprocité » de la Règle d’Or (« aime ton prochain comme toi-même » ou, en négatif, « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse »). Exprimée à travers l’espace intergénérationnel, cette règle signifie ceci : « Si tu avais le choix de naître dans un parmi plusieurs Univers possibles, choisirais-tu celui où les générations antérieures ont agi de telle sorte que ton existence puisse être authentiquement humaine, ou tout autre où les générations antérieures ne se seraient pas senties responsables de toi et de ton existence ? ».

Mais cette rationalisation, je le sais, n’est qu’une fragile couche de vernis à ma conviction intime.

Puisqu’il n’y a pas de morale extrinsèque, transcendante, c’est le consensus des Hommes autour de normes qui peut fonder une éthique collective. Et c’est ce consensus qui peut donner force exécutoire à l’agglomération des convictions intimes des membres d’un groupe.

Je pense qu’il est possible de trouver un consensus autour de la règle de réciprocité que je décris, où chacun peut estimer en son for intérieur, qu’il préfère vivre dans un tel Univers où chaque individu se soucie que les générations futures puissent avoir une existence authentiquement humaine, plutôt que vivre dans un tout autre Univers.

La Responsabilité n’existe pas extrinsèquement. Mais si un consensus suffisamment large se forme, la Responsabilité acquiert une existence sui generis, elle naît de façon émergente, comme une immanence humaine, un sens créé et donné par l’Homme. Elle acquiert une force exécutoire.

De ce point de vue philosophique, je parviens à un projet politique, dans lequel j’espère rejoindre une majorité de mes contemporains. L’espèce humaine est menacée d’effondrement et d’extinction. Il n’est pas de raison extrinsèque de vouloir sa survie ou sa disparition. Mais chacun peut reconnaître que le projet de sa survie dépend de la création d’une idée du sens de cette survie, de sa transformation en exigence de Responsabilité, et de la formation d’un consensus politique capable de forcer le destin par l’action consciente et déterminée.

Ainsi, le problème de l’effondrement devient un « simple » problème de démocratie. L’espèce humaine survivra si un nombre suffisant d’entre les citoyens estiment que sa survie est une valeur qui mérite qu’on se batte pour elle.

Alors seulement la Responsabilité au sens de Jonas existera, de manière émergente et immanente.

C’est aussi, plus prosaïquement, un « simple » problème de biologie.

Le sort de l’espèce n’est pas joué d’avance. L’espèce n’est pas monolithique, elle est composée d’individus. Le cheminement de l’espèce est la résultante de l’action et de la survie de chacun de ses membres face à leur environnement.

Il est permis à chacune des composantes de l’espèce : nihiliste, croyante, athée, agnostique, écologiste, libérale, néolibérale, etc. de poursuivre ses visées par tous les moyens qu’elle se donne.

Si la composante « pro-survie » joue bien sa partition, l’Humanité pourrait bien survivre en chantant joyeusement. Si pas, on entendra un jour les notes lugubres du finale.

Moi je fais partie de cette composante qui trouve ça important la survie de l’espèce. Et, citoyen moderne fier et un peu téméraire, j’estime avoir autant de droit/de possibilité que les autres individus de définir ce qu’est l’espèce et ce qu’est son potentiel.

Il y a donc une lutte intra-espèce entre les individus pour lesquels la survie est importante à long terme, et tous les autres qui s’en foutent…

Une certitude aujourd’hui selon moi : dépassée qu’elle est par les événements et obsolètes que sont ses mécanismes de survie automatiques à court terme, seule une espèce humaine composée par une majorité de membres « pro-survie » victorieux verra encore le soleil se lever dans quelques siècles.

Que cette majorité se forme par adhésion culturelle, ou par tout autre mécanisme biologique funeste qui serait catastrophique.

Mais donc au delà de ma petite survie personnelle, il se fait que, libre-arbitre ou partition génétique déterministe, j’agis et j’agirai dans le sens de la survie collective.

Peut-être la sélection naturelle a-t-elle fait émergé des individus pour lesquels ce genre de chose est important ? Ou peut-être sommes-nous tous dotés de cet instinct, qui serait étouffé par notre culture actuelle ?

Nous verrons en tout cas si Dame Nature a suffisamment doté l’espèce de cet instinct de survie à long terme…

Entretemps, et aussi pour la beauté du geste, je continuerai à m’engager pour l’alternative la plus heureuse.

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37 réflexions sur « Pourquoi vouloir que l’espèce humaine survive ?, par Cédric Chevalier »

  1. On naît (ou est) programmé pour la survie de notre espèce, Darwin et consort nous l’ont suffisamment décris.
    Alors le problème, il est où? Est ce que l’homme en maîtrisant de mieux en mieux les technologies, ne commence t-il pas à devenir un danger pour lui même? Peut être, je sais pas…
    Au fond, c’est peut être notre instinct de survie le problème. Faisons une analogie avec le cancer. Le cancer est une maladie lié à la survie de cellules qui ne veulent (ou peuvent) pas mourir ce qui entraîne un dérèglement de l’organisme et sa mort. L’homme à force de souhaiter la vie éternelle ne deviendrait il pas le cancer de la planète?
    Il me semble que si il y avait quelque chose a souhaiter pour l’humanité, ce serait de se réconcilier avec la nature. De prendre conscience que nous faisons partie d’un écosystème. C’est marrant parce que cela me fait penser au film Avatar. C’est un film plus profond qu’il ne semble…. Le combat d’une civilisation fondé sur la technologie contre une fondé sur la coopération avec la vie.Qui va gagner?????

  2. Un peu trop philosophique pour mon niveau universitaire que je ne possède pas, il faudrait que je relise en examinant la signification de tous les mots.
    Dans un sens plus physique et sutout thermodynamique, comme la biosphère, l’humanité doit jouer son rôle de structure dissipative d’énergie solaire et c’est ce qu’elle ne fait pas.
    Elle est toujours enfermée dans son égoïste toujours dominée qu’elle est par ses gènes égoïstes qui ne pensent qu’à leur survie.
    Egoïsme qui lui fait se cantonner dans un système fermé autour du capitalisme industriel fonctionnant aux énergies fossiles qui va inévitablement vers l’équilibre thermodynamique et la mort (maximum d’entropie, deuxième principe de la thermodynamique).
    Comme le dit très bien Paul Jorion « on ne peut pas prouver qu’il faut sauver le genre humain et l’humanité » bien sûr, la biosphère n’a pas besoin de l’humanité pour continuer à jouer son rôle de structure dissipative d’énergie, elle en a vu d’autres avec notamment 95% de disparition des espèces à je ne sais plus quelle époque.
    Mais quel challenge nous avons devant nous, passer d’un système fermé condamné à la mort à un système ouvert sur l’univers dissipant le plus efficacement possible l’énergie solaire.

    Système capitaliste industriel, à la grosse louche: 50 années
    Structure dissipative d’énergie solaire: 2 000 000 000 années
    A-t-on le choix?

    Ceci dit, la thermodynamique rejoint peut-être la philosophie!
    D’où la nécessité du biomimétisme.

    1. « 1) que tu es en train d’apprendre l’essence du désir de vivre, »
      « Ensuite de quoi comme Gilgamesh tu pourras te réjouir d’avoir bien mangé et ri avec ta compagne et tes enfants.
      Alors tu oeuvreras de manière à ce qu’ils puissent rire un peu plus et plus souvent que toi après tes jours sur cette terre, quand tu seras retourné à l’Un.
      Cordialement. »

      Tout compris, merci ! 😉

    2. Pour continuer dans la même lignée, dans l’article sur les taux zéro Paul Jorion cite Keynes
      http://www.pauljorion.com/blog/2016/03/08/le-monde-lecho-les-taux-dinteret-negatifs-signalent-ils-comme-limaginait-keynes-lavenement-du-socialisme-mardi-8-mars-2016/
      « s’il existe parfois des raisons intrinsèques à la rareté de la terre, il n’y a aucune raison intrinsèque à la rareté du capital »
      On peut comprendre que la rareté de la terre existe bel et bien, quand à l’argent on en crée tant qu’on veut, il n’y a pas de rareté.
      Je me demande si les taux zéro ne sont pas correlé au pic pétrolier surtout que le pib est correlé directement à la croissance pétrolière. Serait-il hasardeux de dire que sans croissance pétrolière il n’y a plus possibilité de croissance de notre épargne?
      http://www.manicore.com/documentation/energie_graph10.jpg
      http://www.manicore.com/documentation/energie.html
      Encore un lien qui traite du problème
      http://petrole.blog.lemonde.fr/2016/02/11/2015-risque-detre-lannee-du-pic-petrolieret-des-limites-physiques-de-la-croissance/

      Reste une solution, investir dans la sobriété énergétique, faire mieux avec moins, ce qui est économisé constitue la rente qu’on pourra de nouveau investir.

      Encore une bonne raison d’agir pour laisser quelque chose aux générations futures.

    3. « Ceci dit, la thermodynamique rejoint peut-être la philosophie! »

      Quelques pistes :
      « Encore une fois, comme c’est généralement le cas en métaphysique, on voit que ces questions ne peuvent être résolues sur la seule base de l’expérimentation ou du contenu des théories scientifiques : il faut faire entrer d’autres choses moins décisives (comme nos intuitions) dans la balance.

      Alors, le temps a-t-il une direction intrinsèque ? Peut-être que l’avenir nous le dira. »

      http://philosophiedessciences.blogspot.fr/2015/01/la-direction-du-temps.html

      et le biomimétisme, oui, Léonard de Vinci s’en était aussi largement inspiré , c’est bien connu :
      http://e-talents.mines-nantes.fr/edition-doctobre-2012/dossier/23-leonard-de-vinci-precurseur-du-biomimetisme

      Quelques exemples de biomimétisme :

      « Le génie de la nature est tout autour de nous, le plus souvent chez des animaux ou des plantes que nous côtoyons tous les jours, véritables réserves insoupçonnées d’inventivité et d’innovation. Le biomimétisme, au delà d’être une science ou une discipline, c’est surtout humilité et curiosité. »
      http://ceebios.com/le-biomimetisme/

  3. Bonsoir Cedric
    Si tu veux savoir si cela vaut la peine de vivre ou pas, prends toi un billet d’avion pour le nord de l’Australie et va te colleter avec un cassowary. Quand tu le regarderas dans les yeux, tu connaîtras instantanément et sans le secours des normes ou du cher Baruch :
    1) que tu es en train d’apprendre l’essence du désir de vivre,
    2) que si les dinosaures ont su s’adapter pour survivre, ils n’ont pas tellement changé sur le fond.
    Ensuite de quoi comme Gilgamesh tu pourras te réjouir d’avoir bien mangé et ri avec ta compagne et tes enfants.
    Alors tu oeuvreras de manière à ce qu’ils puissent rire un peu plus et plus souvent que toi après tes jours sur cette terre, quand tu seras retourné à l’Un.
    Cordialement.

  4. « Nous verrons en tout cas si Dame Nature a suffisamment doté l’espèce de cet instinct de survie à long terme… »
    J’ai rencontré Dame Nature l’autre nuit, subrepticement, en rêve, dans un Mac Do, elle mangeait, tête baissée, visage caché derrière un voile noir; elle s’est redressée, a découvert son visage, m’a souri, j’ai vu un vieillard psychopathe, intrinsèquement psychopathe.

    1. C’est clair, Dame Nature n’a aucun remors, tu marche ou tu crèves.
      Si on ne veut pas pigé, c’est plutôt tu crèves.
      Ceci dit, j’aurais difficile de faire un semblable rêve, j’ai jamais mis les pieds dans un Mac Do.

    2. J’ai rencontré Dame Nature cette semaine , chaque jour , en réalité, dans un hosto . Elle me faisait manger , penchée vers moi , visage caché derrière une mèche blonde . En se redressant , elle a découvert furtivement son décolleté . Elle m’a souri . Je lui ai dit merci . Pour tout .
      J’ai mieux compris comment , dans la boucherie de 1914-1918 , les corsages des infirmières ont fait autant de miracles que la pénicilline chez des hommes mutilés et ayant vécu l’enfer sur terre .

      1. Juan, vous avez mille fois raison. Je suis en raisonance car je l’ai éprouvé, dans une situation moins dramatique que vous cependant.

        En matière d’aide à la guérison, il y aurait donc:
        Les médicament et autre moyen matériel,
        Le placébo,
        Et un 3.ième, en raccourci, le décolleté.
        C’est un raccourci, mais dire « l’infimière ou aide-soignante, en blouse blanche, souriante et apaisante » laisserait de côté cet aspect mystérieux.

        Je suis convaincu que les hommes ne valent pas les femme dans beaucoup de domaines. Ils sont comme incomplets et parfois infirmes. Mais pour ce 3.ème guérisseur, j’ai bien peur que les femmes ne puissent pas nous comprendre vraiment. Un truc qui leur échappe, c’est rare ( pas sûr non plus…)

        Un beau paysage alpin de névé, pelouse, gorge avec pins ou mélèzes et un frais ruisseau au fond, a un effet semblable. Autour de Flumet, col des Aravis et gorge de l’Arly, au printemps, en vélo, par exemple…

      2. Oui, merci beaucoup, Juan, pour ce bel hommage à Dame Nature, à la beauté féminine et à sa sensualité.
        L’amour et la beauté dans leurs plus beaux et plus riches expressions ont des vertus apaisantes et exaltantes , et vos paroles sincères et magnifiques qui les honorent,
        ont aussi , pour une femme qui s’assume , les m^mes vertus que celles du décolleté…. 🙂
        La douceur, la beauté, l’intensité, la force de vie Juan, merveilleux, vous avez tout compris.
        Donc MERCI Juan de continuer à être PRESENT , notamment sur ce blog, pour en témoigner, et le partager, ici, avec nous.

      3. « L’amour et la beauté dans leurs plus beaux et plus riches expressions »

        Oups, rectif : dans leurs plus belles expressions.

  5. Il faudrait plaider « à charge et à décharge » ! Si j’étais le diable (qui n’existe pas non plus), ce serait sensé d’enfourner tant d’êtres humains d’un coup, quelle victoire sur le paradis ! Mais cela n’a pas de sens.
    Comme l’a dit Paccalet, l’Univers s’en fout que nous disparaissions maintenant ou un peu plus tard, toujours bien avant la disparition (prévue) de la biosphère, puis du système planétaire.
    N’est-ce pas plutôt la force de la vie, la volonté de vie des corps humains qui commande ? Y compris de corps qui ont perdu le cerveau ? Et n’est-ce pas sur cette force de vie que nous rajoutons un sens « conscient » et indexé sur un espoir, un futur, un progrès enchanteur (un choix qui me plait, dites-vous), alors que le temps cyclique devrait nous suffire comme il suffit aux animaux ?
    Ensuite, on peut se demander si notre contrat commun et démocratique de « responsabilité pour » n’a pas été définitivement galvaudé par les dernières décennies de capitalisme (la première alarme date de 60 ou de 70 : club de Rome, Amis de la terre, etc.) et le blocage politique de la démocratie des partis qui nous étreint. La crise en cours (la précarité, l’austérité, la disparition des services publics, les réfugiés…) va faire surgir les égoïsmes et les violences. C’est après une épreuve majeure qui nous attend, que nous pourrions construire une solidarité (comme en 1918, comme en 1944…) ; mais il sera alors vraiment trop tard.

  6. Sans vouloir briser de rêves, ni de motivation, hein….

    A mon avis, nous avons entre les oreilles, de quoi gérer une famille, un petit espace de terrain, faire des plans sur quelques saisons, et pas grand chose de plus…

    L’histoire a mis dans nos mains des outils terribles pour asservir nos semblables, et détruire notre planète nourricière et nous sommes comme un gamin de six ans aux manettes d’un char d’assaut….(le correcteur d’orthographe propose « Dassault » !)

    Avec le frigo plein, la tension n’est pas loin, mais si par hasard il se trouvait vide, je ne donne pas long à vivre aux idées de « survie collective » . Faudra sans doute commencer par survivre tout court.

    Pourtant, j’ai rencontré de belles personnes, vu des lieux qui fonctionnent dans la générosité, tenté d’aller dans ce sens moi aussi. Mais il y a un tel océan de prétention tout autour, comment continuer de croire à une issue ?

    Bon, faut dire qu’aujourd’hui j’ai perdu un pilier…mais bon quand même…https://www.youtube.com/watch?v=rvf1qNom0Pk

    1. Salut Thomas
      On a parlé de lui à NDDL il y a 8 jours et voilà, il nous quitte.
      Elles ne sont pas nombreuses les personnes de sa trempe. Elles sont même très, très rares. Alors qu’il en faudrait tant, à la barre, dans le gros temps qui nous attend.
      Avec toi.

  7. c’est très intéressant. En bon profane, je me contenterais d’ajouter que vous n’avez pas inclut le problème de la complexité grandissante. On peut vouloir survivre, démocratiquement, tous ensemble, cependant, si l’on est pas capable de régler le problème de fukushima et les quelques autres ratés radionucléaires qui nous attendent au coin de la rue (aaahh les statistiques on leur fait dire ce qu’on veut, et à raison avec un peu de bon sens), on y arrivera que très moyennement, si on y arrive.. Car il restera tout de même la myriade d’autres problèmes qui nous pendent déjà au coin du nez… Et pendant ce temps là les gens en sont réduit à courir (comme des fous selon devos) pour collecter de l’argent nécessaire à leur survit immédiate : ( en plus ils votent pour ça…. ahalalal… moi aussi je voudrais bien y croire. Mais bon, j’ai allumé ma télé, puis là j’ai eu le sentiment qu’ils n’en avaient rien à faire, puis j’ai ouvert ma fenêtre, passé la tête dehors pour constater ce temps bizarre, chaotique dirions nous, qui s’abat sur notre ciel au dessus de nos têtes, et là je me suis dit que tout semblait aller si vite…. trop vite.

  8.  » Et, dès lors, unifiée en une immense armée, en une immense usine, ne connaissant plus que des héroïsmes, des disciplines, des inventions, flétrissant toute activité libre et désintéressée, revenue de placer le bien au-delà du monde réel et n’ayant plus pour dieu qu’elle mêm et ses vouloirs, l’humanité atteindra à de grandes choses, je veux dire à une mainmise vraiment grandiose sur la matière qui l’environne, à une conscience vraiment joyeuse de sa puissance et de sa grandeur. Et l’histoire sourira de penser que Socate et jésus-Christs sont morts pour cette espèce. »

  9. Un texte tout à fait remarquable qui pose en termes parfaitement rationnels le dilemme qui à travers chacun de nous se pose à l’espèce humaine.
    Bien sûr les individus qui mettent leur espérance en un créateur « extrinsèque » qui aurait des « projets » pour la créature « exceptionnelle » qu’ils s’imaginent être n’ont au mieux que des « responsabilités » individuelles. S’ils se conforment de façon suffisante aux règles énoncées par quelque « prophète », ils seront sauvés dans un ailleurs paradisiaque. Dommage que quelques illuminés semblent adopter la technique Shadok de favoriser le pire pour « forcer la main » à d’une intervention divine.
    A condition de renoncer à l’arrogance qui consiste à s’arroger le droit de dominer les autres formes de vie et par extension à structurer de façon hiérarchique nos propres sociétés le potentiel de l’espèce humaine n’est pas forcément aussi catastrophique que ne pourrait le laisser penser les quelques millénaires de la période dite historique (Histoire en raccourci pour « histoire de la domination »).
    La structure d’ordre (au sens mathématique) qui domine à la fois nos constructions intellectuelles et sociales n’est pas inéluctable (les structures biologiques par exemple ne sont pas des structures d’ordre d’où une définition du comique par Bergson : « du mécanique plaqué sur du vivant »).
    La réciprocité de la règle d’or : « aime ton prochain comme toi-même » … qui ne devrait d’ailleurs pas être limitée aux représentants de l’espèce « sapiens sapiens » car l’empathie est potentiellement universelle … est le principe fondamental pour construire un forme de responsabilité intrinsèque.
    Ce sens de responsabilité pour tous dans l’intérêt bien compris de tous serait sans doute le meilleur instrument d’élaboration collective de comportements et de modèles sociaux beaucoup plus favorable à l’harmonie universelle dont on peut rêver pour les générations futures.
    La création –ou re-création– d’une forme de paradis terrestre ne semble pas hors de portée d’un futur plus ou moins proche sans exiger la soumission aveugle à des dogmes plus ou moins aléatoires ni le sacrifice consenti des générations présentes à un ordre dictatorial pour le bien hypothétique des générations futures.

    1. « La réciprocité de la règle d’or : « aime ton prochain comme toi-même » … qui ne devrait d’ailleurs pas être limitée aux représentants de l’espèce « sapiens sapiens » car l’empathie est potentiellement universelle … est le principe fondamental pour construire un forme de responsabilité intrinsèque.
      « Ce sens de responsabilité pour tous dans l’intérêt bien compris de tous serait sans doute le meilleur instrument d’élaboration collective de comportements et de modèles sociaux beaucoup plus favorable à l’harmonie universelle dont on peut rêver pour les générations futures. »

      OUI , merci. Exactement, je plussoie ardemment. Excellent.

      Aimer, honorer la vie. Un bel exemple d’humanité, d’échanges concrets, de force, de vérité, de beauté authentique, une bénédiction, comme il en existe VRAIMENT et plus, vraiment beaucoup plus, qu’on ne le croit. Donc, n’est pas le seul…loin de là .

      «L’Homme qui répare les femmes», enfin célébré au cinéma

      Par Elisabeth Lequeret Publié le 17-02-2016 Modifié le 17-02-2016 à 15:15

      C’est un documentaire aussi utile que poignant, un film militant, signé Thierry Michel et Colette Braeckman, qui sort ce mercredi 17 février dans les salles en France. Un focus sur le docteur Denis Mukwege, Prix Sakharov 2014, internationalement connu comme «L’Homme qui répare les femmes», ces milliers de femmes violées durant 20 ans de conflits à l’est de la République Démocratique du Congo (RDC).

      « Chaque femme violée, je l’identifie à ma femme. Chaque mère violée, je l’identifie à ma mère. Et chaque enfant violé, je l’identifie à mes enfants. Comment pouvons-nous nous taire ? » nous demande le docteur Mukwege dans le film.

      http://www.rfi.fr/afrique/20160217-homme-repare-femmes-cinema-docteur-mukwege-thierry-michel-braeckman

  10. Concernant l’opposition transcendance – immanence, j’appréhende les choses un peu différemment, car cette opposition me semble en fait relative.

    Le sens « à donner » il vient bien d’un donné, extérieur à chacun d’entre nous, puisque que l’on répond à celui qui n’est pas soi, qui donc se trouve en dehors de notre subjectivité. On donne parce qu’on a soi-même reçu d’un autre, des autres, et d’autres donneront parce qu’on leur a d’abord donné.

    IL n’y a pas une transcendance, un sens, certes, qui viendrait d’un outre-monde, mais dans ce monde-ci, le nôtre, il y a un sens donné qui nous vient du fait que nous sommes des êtres sociaux, et qui nous précède, pour chacun d’entre nous, en tant que nous appartenons à l’espèce humaine. Cette appartenance transcende nos subjectivités individuelles.

    Je pose donc que la beauté du geste, et il en est de même de tout ce qui relève du don, n’est pas une affaire de consensus, mais est quelque chose de commun à tous les groupes qui composent notre humanité.

    Il « suffirait » alors de cultiver, ou réveiller, cette capacité inscrite dans l’espèce humaine, en la cultivant sciemment — c’est le rôle de la culture, de l’éducation — ou bien au gré des évènements, des « chocs » qui constituent autant de défis pour les humains et les ramènent, au choix, au suicide, ou au retour à ce qui fait leur vitalité en tant qu’être sociaux. Freud disait Eros et Thanatos.

    D’un point de vue épistémologique, tout changement de paradigme relève d’une capacité à adhérer à des choses qui se situent hors du cadre intellectuel habituel, ce qui suppose encore au départ le don, comme ouverture à ce qui n’est pas encore.

    1. Peut-être en revenir à l’origine, Darwin :

      L’adaptation est-elle un hasard ou une finalité
      La profondeur du temps et les variations font disparaître l’idée d’intention
      L’homme n’est pas une exception parmi les espèces qui affichent une différence de degré et pas de nature : le propre de l’homme semble être sa seule capacité à entretenir le feu
      Il n’y a pas de saut qualitatif entre animalité et causalité mais continuation
      le darwinisme social est un dévoiement du darwinisme.
      http://www.arte.tv/magazine/philosophie/fr/darwin-est-il-coupable-davoir-raison-philosophie

      La profondeur du temps et ses variations disparaît avec le présent écrasé sous le passé et le futur. La continuité est rompue. L’inversion des causes s’imposent, avec ses corrélations et leurs intentions et préjugés identitaires pour donner sens à la vie de notre espèce désintégrée, en voie de trans-humanisation et clonage.

      Si en rompant la continuité nous sommes maintenus et/ou nous sommes dans l’incapacité de donner sens à nos vies (et non à la vie qui n’en a pas) à travers nos seuls garants de survie qui sont l’amour et la confiance, comment sauver une espèce invasive hors temps (condamnant la plupart des autres à disparaître avec elle) qui perd le sentiment d’exister car incapable de s’identifier ?

    1. Vu la quantité de plastoc dans l’océan, les baleines aujourd’hui sont comme un ouvrier de chez Eternit dans les années 50 : En sursis.

  11. des sales gosses incapables de bien se comporter.
    toujours à chercher des excuses aux coups tordus « oui mais tu comprends comme ça on domine le marché ! », j’te jure, le marché.
    les trouillards pensent qu’on risque une raclée mémorable …. les prophètes, qu’il n’y aura personne pour se souvenir, mais jusqu’à maintenant personne ne nous a rien dit, right ? 😉
    ça ne vaudra même pas une petite onde gravitationnelle
    une disparition inaperçue, silencieuse et sans aucune conséquence
    hola tavernier, un p’tit soliton pour la route, ça ira je suis pas loin.

  12. Article intéressant, notamment avec la question de la transcendance et de l’immanence. L’Homme a toujours usé de l’imaginaire pour comprendre le monde, même par le biais de « brumes artificielles »; la lecture de Maurice Godelier est intéressante pour cela : le fondement des sociétés s’établirait, selon ce grand monsieur, par le politico-religieux.

    Bref ! toutefois, j’ai un argument destiné à l’auteur de cet article. On parle ici de réciprocité, mais comment gérer l’agressivité de notre espèce ? Nous partageons avec nos « cousins » primates, bonobos et chimpanzés, cette dimension agressive et la recherche hédoniste; et les deux s’entremêlent même parfois jusqu’à obtenir des petits Sade. L’humain a une tendance à l’agressivité, mais aussi à la coopération, et la guerre en est un bon exemple : les hommes d’un camp coopèrent pour faire la guerre à d’autres. Nous sommes une espèce sociale, ce qui ne veut pas dire que nous soyons « sociables » avec tout le monde. Beaucoup de cultures et de civilisations se sont crues meilleures que les autres…

    Je crois qu’il ne faut pas se faire trop d’illusion en issant le drapeau de l’amour et de l’angélisme. Pour que la compassion puisse s’établir entre les humains à grande échelle, il faut un contexte vertueux, il faut un contexte de compassion et une sorte de contrat social. Et notre économie outrancière et agressive empêche cela : elle crée des requins individualistes avec une mémoire à court terme.

    C’est un contexte vertueux qu’il faut construire tout en ayant conscience de notre nature agressive qu’il faut essayer de « contrôler ». Il vaut mieux privilégier le courage que l’excès d’espoir, comme le recommande Spinoza. Il faut aujourd’hui que les choses bougent pour les futures générations, tout évitant de leur transmettre de trop grands faux espoirs qui se transformeront en haine et favoriseront ensuite l’ignorance (terreau des guerres + la concentration des richesses).

    Ce que vous nous avez tenter de dire ici, quelque part, mais je me trompe peut-être (!), c’est qu’aujourd’hui nous avons besoin d’un nouvel imaginaire différent de celui d’aujourd’hui qui ne fonctionne plus – il agonise. Imaginer permet de préparer l’action de demain, de rendre l’impossible possible. Une chose est sûre : il faut que les choses changent…

  13. Bonsoir à tous,

    De toutes les espèces peuplant la terre, l’espèce humaine est la seule capable de se détruire elle même pour prouver aux survivants que certains d’entre eux sont les meilleurs!
    Serait-ce donc ça, la preuve de la grande supériorité intellectuelle des humains sur le reste de la population terrestre?
    Si vous voulez que « ça » change, il faudra commencer par regarder le monde animal, le végétal, le minéral comme un exemple à suivre et non comme une ressource!
    Où bien l’espèce mourra comme les bêtes, les légumes, et malheureuse comme les pierres qu’elle méprise tant!

    L’instinct animal ne pourrait-il être le degré le plus élevé de conscience sociale et philosophique?
    A moins que la « paix végétale » ne le supplante en sagesse sans même que nous n’en prenions jamais conscience…
    Mais continuons plutôt à parler d’économie…
    « Le chat de la voisine qui mange d’la bonne cuisine, et fait son gros ronron sur un bel édredon-don-don… » Y. Montand.
    A plus Eric.

  14. « Ce que vous nous avez tenter de dire ici, quelque part, mais je me trompe peut-être (!), c’est qu’aujourd’hui nous avons besoin d’un nouvel imaginaire différent de celui d’aujourd’hui qui ne fonctionne plus – il agonise. »
    Les bases les plus élémentaires de l’épidémiologie disent qu’avec ou sans imaginaire, plus nous sommes nombreux, plus il faudra être sanitairement rigoureux, côté physiologique. Je crois que c’est valable côté « citoyenneté ». Mais je ne suis pas sûr que cela ait le moindre sens dans la majorité de nos états prétendus modernes. Je suggère donc comme premier programme politique la définition de règles élémentaires et sanitaires des Républiques et des Démocraties. Mais c’est sans doute trop demander ? Evaluer l’efficacité de la régulation des écosystèmes demande une capacité d’analyse et d’introspection que la grande majorité des agents ignorent : s’interroger et se remettre en question sur sa propre action ? Quelle idée saugrenue !

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