Reconstituer la démocratie européenne en France, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

La présente démonstration de possibilité réelle et immédiate de reconstruire la démocratie perdue en France et en Europe par le fait de la mondialisation libérale, actualise De l’Esprit des Lois de Montesquieu et Du contrat social de Rousseau dans le contexte nouveau du marché mondial unique numérique de la connaissance.

Tyrannie de la liberté sans la réalité

La Vème République est actuellement démocratique au sens où la Loi pose et considère les Français comme des citoyens. Les Français s’appliquent les lois qu’ils ont écrites dans la société politique qu’ils ont et veulent former. La formulation textuelle des lois est publique ; la matière des lois a été discutée par les représentants des citoyens élus au suffrage universel. L’exécution des lois est intégralement confiée à des pouvoirs représentatifs directement ou indirectement contrôlés par les citoyens.

La loi de la République Française est donc commune, publique et délibérée. Mais l’iniquité et l’injustice ont été libérées par l’ajout de superstructures technocratiques déclarées européennes. Une certaine idéologie de la liberté a permis de remplacer les droits universels de la personne et du citoyen par la primauté de certains intérêts particuliers privés. La liberté de quelques-uns prime sur la réalisation effective de l’intérêt général. Par l’insertion de la République des Français dans un espace européen sans État, tous les citoyens n’ont plus les mêmes moyens d’être libres et responsables de ce qu’ils veulent et font.

L’économie des faits dans le Droit a été abstraite du prix des actes que chacun assume dans la réalité économique. La distribution du capital et des revenus n’est pas déterminée par la réalité positive des services effectivement produits et rendus. Tous les ayant-droit de la Loi ne sont pas tenus par le même degré d’obligation envers leurs concitoyens. Le libéralisme financier a donné l’existence à une économie hors-sol de bénéfices virtuels détachés de la satisfaction des besoins humains exprimés dans les réalités incarnées.

Puis la numérisation de l’information a permis la production libre d’illusions objectives négociables contre argent. La réalité totalement virtualisée se règle en monnaie entièrement spéculative. L’économie de la connaissance numérisée peut produire des richesses absolument invérifiables ni matérialisables dans la société humaine vivante. La rémunération des dirigeants politiques et économiques est devenue parfaitement arbitraire : parfaitement indépendante des biens et services effectivement livrés à des humains réels. Contre les promesses légalement formulées envers leurs créanciers, les spéculateurs financiers ont le droit absolu de rembourser en paroles vides.

Les lois du vivre ensemble subverties par la virtualité financière

La dissymétrie entre le fait économique et la réalité démocratique est manifestée par la dette publique et privée non proportionnable à la solvabilité réelle des citoyens en société. L’État et les banques peuvent emprunter sans publier le prix réel vérifiable de leurs obligations. Après soixante-dix ans de paix civile dans l’Europe unifiée, les dettes publiques et privées comptabilisées représentent plus de quatre fois la richesse annuellement produite : comme si la deuxième guerre mondiale n’avait jamais cessé.

Les citoyens ne peuvent vérifier le respect de tous leurs droits par le prix calculable de leur travail et des biens qu’ils produisent effectivement. L’État, les banques et les propriétaires du capital financier ne sont pas responsables du remboursement de leurs dettes en biens et services réels économiquement mesurables. Par le marché européen unifié au-dessus des États nationaux, les citoyens français n’ont aucun compte-rendu réel intelligible de l’efficacité des représentants qu’ils élisent et qui sont leur gouvernement.

Dans la mondialisation libérale, la démocratie française est, comme toutes les autres, exclusivement nominale. Ce qui est annoncé dans la loi et les institutions n’est pas vérifiable identiquement par tous les citoyens. Le droit de la même chose n’a pas le même prix pour tous les citoyens de la même nation nominalement souveraine. L’égalité formelle devant la loi n’est pas transformable en égalité réelle. Vivre dignement de son travail au service de ses concitoyens n’est pas une obligation générale partageable ; une obligation qui incombe à tous les rôles économique et sociaux par rapport à un même bien public.

La propriété privée comme droit de soustraire au jugement public le prix de certains biens laisse à certains individus la possibilité d’user pour leur bénéfice exclusif d’un capital qui pourtant ne peut pas exister sans le travail de tous. L’économie du mensonge et de l’iniquité est dissimulée dans la monnaie grâce au dogme libéral de la banque indépendante des lois politiques. La monnaie, en l’occurrence le franc puis l’euro pour les Français, ne peut plus être un outil de la rationalité humaine qui permette de compter le prix de toutes les réalités désirables afin de les échanger dans l’égalité des droits.

Pas de monnaie réelle sans société constituée

Pour que la monnaie fonctionne conformément à sa finalité réelle, il faut délimiter la réalité humaine par les sociétés qui la composent. A l’intérieur d’une même société, la monnaie produit l’équité morale si tout ce qui s’échange est régi par une loi commune, un capital commun, un gouvernement commun et un espace physique propre exclusif. L’actuel régime de l’oligarchie repose au contraire sur l’anonymat, la titrisation de certaines paroles institutionnelles exemptées de la Loi et le crédit financier à des personnes dites morales qui ne sont responsables de rien.

La justice à l’intérieur d’une société signifie qu’une même réalité concrète relative à une quelconque personne est déclarée au même prix d’échange par tous les membres de la société. Une société politique est juste quand les prix en monnaie sont calculés de telle façon que personne n’a intérêt à refuser de travailler effectivement pour rembourser ce qu’il peut emprunter ; que personne ne prête à des débiteurs dont tous les droits ne sont pas offerts et demandés selon une même loi nationale commune.

Le prix de tout objet n’a de sens qu’en rapport à une société donnée. Le prix peut et doit être tellement légal que personne ne sera lésé de produire la chose ; que personne ne sera lésé de l’acheter ou d’être simplement témoin de la livraison contre règlement en monnaie. Dans l’économie réelle de la démocratie, le prix en monnaie est non seulement le signe d’une adhésion collective à la Loi mais la vérification sociale collective de la réalité du bien servi.

La justice entre les citoyens vient de la justesse des prix dans un espace de réalité donné par une société. L’État réel d’une société est à la condition de la frontière politique. Un espace de justice vérifiable n’est pas concevable sans la conjugaison d’une même loi dans une seule société. Par l’identification monétaire qui ne soit pas juste verbale mais incarnée, les citoyens sont solidarisés sur un même ensemble réel d’objets moraux.

L’unité sociale dans la réalité commune et collective est différentiable par la frontière. Mais au lieu de marquer la frontière dans la géographie physique, la monnaie propre à chaque société marque la frontière dans la géographie politique des personnes solidaires. La frontière délimite les responsabilités différentiables des personnes libres et distinctes les unes des autres.

Dans un régime de liberté qui ne soit pas l’oppression d’une oligarchie, chaque personne physique est libre des régimes de loi applicable. Mais elle est nécessairement obligée par les lois de toutes les sociétés où elle agit. Il ne doit pas être possible d’échanger des biens sans une identité politique socialement incarnée qui en réponde. La monnaie est le titre économique de la responsabilité politique efficiente de toute société qui rend des services à des citoyens qui sont ses créanciers en droit.

Le système fou de négation de l’existence nécessaire des biens communs

Si les sociétés politiques, industrielles et juridiques par lesquelles les personnes achètent, produisent et vendent ne sont pas identifiées par des unités monétaires propres, alors non seulement la qualification réelle des biens flotte dans une souveraineté indéfinie mais la justesse du prix effectivement réglé n’est pas rapportable à un intérêt général identifié et responsable.

Un Français réglant ou calculant en euro applique virtuellement 18 Droits du travail et droits sociaux différents. La multiplicité des juridictions concurrentes en euro fait qu’en pratique aucun gouvernement national ou local n’est effectivement impliqué dans la légalité d’un paiement. En dépit de la multiplicité des origines des biens achetés et vendus, aucune responsabilité politique unifiée ne vient coordonner la juridiction de l’intérêt général.

La BCE émet la liquidité en euro des contrats français et européens ; mais elle estime la solvabilité de leurs débiteurs obligataires par rapport à tous les débiteurs fermes ou optionnels en euro, lesquels sont dispersés dans le monde et non nécessairement engagés dans la loi française ou européenne. Cette escroquerie intellectuelle est entrée en vigueur dans les années quatre-vingts avec le régime de la libre circulation du capital instituant l’extraterritorialité des banques puis la supra-nationalité de l’euro.

L’absence de surveillance étatique du capital circulant en euro donne aux dirigeants politiques et économiques le pouvoir de contourner les lois. Par la mise en concurrence des lois et des pouvoirs législatifs nationaux et locaux, le capital échappe à l’impôt qui finance la justice. Par l’unicité monétaire qui nie le risque de change entre des responsabilités distinctes du droit des citoyens, le calcul des prix s’effectue hors du prix commun de la Loi. Or la Loi est ce par quoi il peut effectivement exister un lieu de rencontre marchand pour l’échange entre des personnes physiques et morales solidaires par les mêmes biens.

L’unicité monétaire évite au capital d’assumer le prix du risque de change en supprimant la souveraineté des hommes sur les choses. Les choses s’échangent mais les droits politiques, sociaux et personnels des hommes qui demandent, conçoivent, inventent et produisent ne peuvent plus avoir un prix en soi hors de la chose. Ce qui dans le travail est purement humain, pure satisfaction du besoin de justice dans la relation à l’autre, à l’autre qui est donné indépendamment de moi-même, n’a pas de prix calculable. L’assurance du bien vivre ensemble n’est pas financée. Les États sont mis en faillite dans leur imprescriptible raison d’être.

Revenir à la représentation des sociétés politiques libres par des monnaies propres

Les conséquences de l’euro-dollar monnaie unique sans parité de change régulée par les États sont massivement visibles depuis le krach des subprimes. Les balances commerciales entre États sont en déséquilibre croissant entre des pays massivement excédentaires et des pays massivement déficitaires. Le système bancaire mondial produit des signes monétaires à flots continus pour masquer l’impossibilité de rembourser toutes les dettes publiques. La production réelle « privée » de biens et services n’intègre pas dans ses prix de vente effective le coût des services publics et du bien commun effectif. L’infrastructure publique collective de la croissance économique n’est plus financée.

La misère et la précarisation, donc l’anarchie, explosent sous les flots de liquidité monétaire. La dette n’est plus objectivement limitée par les lois. Le remboursement des dettes exige que le capital des biens réellement détenus et produits soit massivement dirigé vers les détenteurs de titres financiers pour le seul paiement des primes de crédit et des dividendes. Le capital financiarisé tend mécaniquement à concentrer le capital réel sur quelques noms. Les droits de propriété sont accumulés sur une réalité absolument virtualisée, c’est à dire dématérialisée, désincarnée et asociale.

Pour arrêter la course folle de la République Française, de l’Europe et du monde vers le néant de la finance libre, la monnaie aujourd’hui unique doit devenir commune. Il faut que la monnaie des Français soit une subdivision de la monnaie des Européens ; que la monnaie des Européens, des Britanniques, des Etatsuniens et des Chinois soit une subdivision de la monnaie du monde. Pour que la monnaie finance l’économie des humains, il faut rendre le pouvoir d’émission monétaire aux sociétés politiques constituées et effectivement instituées.

Donc il faut que chaque société politique ait son unité monétaire propre convertible dans les autres unités par des primes de change qui soient un impôt versé aux États de droit. La raison d’être d’une prime de change est d’assurer le crédit du débiteur dans une monnaie si son créancier agit dans une autre monnaie. Le risque de change existe bien en réalité par la pluralité des formes du Droit entre des sociétés politiques différentes.

Un même bien ne peut pas avoir le même prix dans deux sociétés politiques différentes : parce que les lois sont différentes, interprétées par des citoyens, des gouvernements et des juges distincts qui évoluent dans des histoires collectives libres et propres, même si c’est dans un même univers pour un monde potentiellement commun.

L’hypothèse libérale monétariste qui fonde actuellement le système financier impérial des États-Unis et de l’Europe est incompatible avec la liberté vivante, individuelle, sociale et politique des humains. Pour restaurer la possibilité d’une vie humaine libre dans la réalité, il faut reconstituer dans des unités monétaires propres, les sociétés politiques incarnées dans les États nationaux. Mais les États nationaux doivent aussi se constituer en sociétés politiques supra-nationales matérialisées et actives par des monnaies communes.

Condition démocratique d’une finance stable en euro

Concrètement : ou bien la zone euro se mue en confédération d’États responsable de la convertibilité des unités monétaires nationales par l’euro commun, ou bien l’euro disparaît au jour très prochain où les Allemands décident de ne plus prêter sans limite à leurs concitoyens non allemands.

Si la Confédération de l’euro est créée pour gouverner la compensation européenne des prix en euro dans le Système Européen des Banques Centrales déjà existant, alors ce nouvel État a pour fonction d’appliquer la loi commune des citoyens européens à tous les mouvements de capitaux en euro. L’euro matérialise alors le capital par la loi des différentes sociétés politiques et commerciales où il est investi.

L’euro doit régler les échanges de biens et services à la condition de la loi commune ordonnée aux lois nationales et locales où le capital est transformé. Si aucun pouvoir politique n’est identifié compétent pour juger de la conformité aux lois d’un capital employé, alors l’efficience économique du capital n’est plus fondée. Le capital sans contrôle politique ne peut servir à rien.

L’Etat confédéral de l’euro est nécessaire pour prélever les primes de change sur les règlements inter-étatiques à la place des banques privées. Les primes de change entre l’euro allemand et l’euro français ne doivent pas être reversées aux actionnaires et créanciers des banques mais capitalisées dans une réserve de change inter-étatique commune dont la fonction unique soit d’assurer l’État de droit démocratique commun des Allemands et des Français.

Le capital cambiaire commun aux Allemands et aux Français doit être public, étatique et confédéral afin de mutualiser l’assurance du crédit des États nationaux allemand et français ainsi que l’assurance du capital des banques agissant sous la juridiction de la Confédération de l’euro, ou de l’Allemagne ou de la France ou de l’Italie ou de l’Espagne.

La communauté publique du capital cambiaire de l’euro confédéralisé ne signifie nullement que la liquidité de l’euro soit à la main d’une technocratie supra-nationale. Elle signifie que tout créancier d’un droit quelconque mesuré sous la juridiction de l’euro soit assuré d’être totalement et réellement remboursé par la société des États de l’euro. Mais pas remboursé en monnaie de singe émise par des banquiers systémiquement irresponsables ; remboursé en biens et services véritables garantis et vérifiés par une responsabilité politique commune matérialisée dans une monnaie commune définitive de droits partagés dans la réalité.

Conditions financières démocratiques de la liberté responsable

La confédéralisation de l’euro rend réalisable une responsabilité financière d’État par quoi tout prix de toute dette en euro soit adossé à des lois efficientes dans les sociétés politiques responsables des biens qu’elles engendrent. L’État confédéral doit être représenté par un président, une commission gouvernementale, une assemblée législative, des juges et une administration exécutive avec un budget propre de dépenses et de recettes fiscales.

Les dépenses du gouvernement de l’euro doivent pourvoir aux intérêts mis en commun : délibération et écriture des lois communes aux États, aux citoyens, aux travailleurs, aux producteurs et consommateurs européens ; indemnisation des préjudices réels infligés aux personnes morales étatiques par de quelconques débiteurs des lois communes en euro ; assurance du règlement en droit effectué de tous les prix compensés en euro selon les lois confédérales, nationales et locales.

Le krach des subprimes a démontré l’instabilité du système financier libéral qui ne s’adosse à aucun capital systémique. Le capital systémique est la réserve financière qui puisse éponger les pertes d’imperfection de la régulation systémique. Aucune stabilité systémique n’est réalisable par les acteurs purement financiers eux-mêmes ; il n’y a que les États qui puisse produire les règles et les règlements de la régulation de l’équilibre général.

Les règles de cohérence et de séparation des pouvoirs qui font l’équilibre politique des lois du vivre ensemble sont aussi celles qui font l’équilibre systémique financier. La fonction financière de l’État de droit est le dépôt-conservation de l’objectivation de tous les biens et services licitement négociables. Déposer et conserver un objet de droit pour le rendre négociable contre un prix, c’est en faire un titre financier. Le titre financier matérialise les droits qui donnent pouvoir libératoire des dettes à la monnaie.

La banque de dépôt garantit l’adéquation du prix à la loi dans le bien réglé en monnaie. Le banquier dépositaire est un juge du pouvoir judiciaire. Il est seul légitime à émettre et comptabiliser la monnaie au montant négocié entre acheteur et vendeur du titre qui représente le bien actif. L’acheteur d’un titre est une personne physique, une banque de crédit, une banque d’investissement ou une banque d’assurance.

L’achat d’un titre s’exprime dans la réalité pour la personne physique, dans le prix pour le prêteur, dans la prime de risque pour l’investisseur et dans la prime d’assurance pour le garant de la valeur en droit servi. La séparation financière des pouvoirs qui garantit la liberté du citoyen consommateur épargnant entrepreneur assuré exige la séparation radicale visible du capital et des gestions alloués au dépôt, au crédit, à l’investissement et à l’assurance.

Démocratie politique et démocratie commerciale en euro

La désignation des représentants exécutifs de la citoyenneté en euro doit obéir aux principes de la démocratie représentative : élection au suffrage universel des détenteurs du pouvoir exécutif, séparation des pouvoirs législatifs, judiciaires et exécutifs, unité et équilibre budgétaires de chaque degré de souveraineté sous l’euro, responsabilité financière personnelle limitée par le capital nominal social. La révolution de l’euro confédéralisé est l’allocation publique vérifiable du capital de toute personne morale à la couverture du risque de crédit des personnes physiques qui la représentent.

Le crédit personnel du chef du gouvernement confédéral de l’euro est la garantie de la dette publique confédérale, elle-même couverte par le capital public de l’État confédéral européen. Le Chancelier d’Allemagne, le Premier Ministre de la République Française, le président de la BCE sont couverts par le capital en euro dont ils sont responsables alloué spécifiquement à la République Fédérale d’Allemagne, à la République Française et à la BCE. Tout dirigeant de personne morale en euro de nature étatique ou commerciale est responsable sur son patrimoine personnel et sa rémunération personnelle du remboursement de tout crédit contracté par la personne morale sous une loi politique de l’Eurozone.

Tout dirigeant exécutif de personne morale en euro doit agir sous le contrôle d’un organe délibératif. La poursuite des finalités sociales est vérifiée par une assemblée générale des actionnaires qui sont les citoyens dans une société politique et les salariés dans une société commerciale. Le salaire n’est plus la rémunération d’une compétence de travail ou d’une durée de travail marchandisées mais d’une responsabilité de transformation du capital. Le travail ne peut plus être vendu par celui qui l’effectue que sous forme de capital apporté en matière de décision, de conseil, de savoir faire ou de liquidité monétaire déposé dans la personne morale pour en acheter des biens.

Le travail dans la confédération des citoyens de l’euro ne peut plus être une marchandise mais la réponse d’une personne physique responsable de sa production à la demande de ses concitoyens solidairement rassemblés dans des sociétés politiques. La demande des sociétés politiques rémunère l’offre des sociétés commerciales. Les individus cessent de posséder les sociétés. Un titre de capital devient un titre de responsabilité du crédit sur l’ensemble des obligations de justice des membres citoyens identifiés dans une société étatique ou commerciale.

La restauration du gouvernement des choses par les personnes physiques dans les personnes morales signifie la fin de la circulation virtuellement libre du capital en euro. La monnaie revient dans les limites des sociétés politiques responsables des biens produits au service réel des humains qui sont légalement des citoyens. Le nouveau droit constitutionnel pose la règle que la Confédération de l’euro est garante de toute personne morale étatique contractant des obligations et des dettes dans une des nationalités de la société politique européenne.

Déposer la réalité vérifiable des biens réglés en euro

La condition du retour de la finance dans la réalité économique de la démocratie est le dépôt légal des biens et services réglés par des paiements en euro. Un objet de paiement en euro doit être déposé dans une banque capitalisée en euro. Le dépôt a pour but d’établir la responsabilité personnelle de tous les prix en euro. Un bien déposé est nécessairement rattaché à une société commerciale représentée par un citoyen membre d’une société étatique identifiée de la Confédération de l’euro. La propriété n’est plus négociable sans l’identification de la loi et de l’autorité politique qui la définissent.

Régler en euro l’achat d’un bien non défini dans une loi européenne et non déposé dans une banque opérant exclusivement en euro doit être interdit et impossible. Pour ce faire, la monnaie scripturale des chéquiers ou des cartes bancaires remplace toute circulation de monnaie fiduciaire en billets et pièces d’euro. Plus aucun paiement ne peut échapper au contrôle de légalité des transactions financières. Le magistrat-banquier devient juge de la réalisation économique des lois politiques par tout propriétaire ressortissant d’une souveraineté en euro.

Tout paiement en euro doit passer par le système de compensation interbancaire en euro. Les banques en euro sont des agents du pouvoir judiciaire confédéral. Elles sont garantes par leur capital de l’accomplissement des lois de la citoyenneté européenne. Tout règlement en euro donne alors lieu selon l’objet déclaré de la transaction au paiement d’une prime de crédit par le vendeur s’il emprunte à la banque ; et au paiement d’une prime de change par l’acheteur à l’État qui assure effectivement sa citoyenneté.

La prime de change systématiquement prélevée dans un paiement en euro devient donc une taxe sur la valeur ajoutée versée à la personne morale étatique garante des droits de l’acheteur consommateur travailleur. Le taux de la TVA cambiaire est réparti entre les degrés local, national et confédéral de la société européenne des États de l’euro. Le taux de TVA est fixé par chaque degré d’État selon l’objet déposé dans les banques de dépôt intervenant dans la compensation des paiements en euro.

La TVA cambiaire est donc un impôt sur tout achat en euro selon la nature et selon l’origine du service consommé. S’agissant d’un impôt, le taux en est voté par les représentants des citoyens de la société politique qui le prélève. La fiscalité ne porte plus sur du capital ou du travail mais sur des objets de consommation par des citoyens solidaires de leurs droits et propriétés dans leur bonne vie collective.

La TVA confédérale est calculée sur les souverainetés juridiques, donc sur les différentiels de coût économique des différents systèmes de droits sociaux. La fonction des députés confédéraux de l’euro est l’évaluation des différentes juridictions selon les normes communes de la démocratie en euro. Les gouvernements nationaux conduisant les politiques les plus efficientes eu égard aux standards adoptés dans la politique confédérale, sont garantis par des taux de TVA confédérale plus élevés que dans les pays les moins socialement efficients.

Efficacité systémique de la TVA confédérale européenne

La TVA confédérale devient un modulateur du niveau des prix selon le lieu de production. La production des pays faiblement rémunérateurs en droits réellement servis se retrouve grevée d’une TVA confédérale plus élevée que dans les pays assurant un haut niveau de solidarité sociale. La consommation réelle bancairement mesurable des biens produits par du vrai travail de service devient base fiscale de financement de la dépense publique d’assurance du bien être pour tous.

Comme la solvabilité de toutes les sociétés étatiques et commerciales est le bien commun de tous les détenteurs de droits mesurés en euro, la politique confédérale de change s’érige en assurance mutualisée de la liquidité de toute dette comptabilisée en euro. Le droit de la démocratie est la garantie ultime du crédit, le capital investi et la réserve de qualification de la valeur ajoutée.

Les sociétés trop endettées par rapport à leur production réelle sont faiblement taxées afin d’améliorer leur compétitivité en travail. Les sociétés trop excédentaires en production par rapport aux droits effectivement servis aux personnes sont au contraire plus taxées afin qu’elles travaillent moins et consomment plus la production de leurs débiteurs.

La confédéralisation de l’euro est le système d’économie politique de la démocratie européenne réelle. Elle instaure une économie du bien commun par la subordination de la valeur ajoutée à la réalisation des droits de tous les citoyens. Pour qu’un bien ait un prix qui soit liquide en euro, il faut qu’il puisse réellement exister par la production engagée d’une société commerciale. Il faut qu’il soit reconnu comme bien par le dépôt bancaire dans une souveraineté politique. Il faut qu’il soit demandé par des citoyens consommateurs solvables dans tous leurs droits sociaux. Il faut enfin que la propriété du prix soit justement partageable entre toutes les personnes physiques et morales qui participent à la production.

Les systèmes de compensation bancaire numérique actuellement déployés dans l’Eurozone contiennent toutes les fonctionnalités d’identification des personnes, de leurs droits, de leurs actifs et de leurs solidarités juridiques et financières. La mutation du système financier européen actuellement spéculatif en chambre de compensation et de règlement des droits de tous les citoyens de la société européenne des démocraties n’est ni un problème juridique, ni un problème technique, ni un problème économique mais une question politique.

Le triomphe de l’individualisme libéral sur la politique des fins humaines partageables a complètement escamoté l’origine socialiste et démocratique du bien-être humain. Par la règle nominaliste désincarnée, le capitalisme libéral sans État instaure une compétition sans arbitre et sans justice possible. Au lieu de mobiliser le travail de tous à identifier, inventer, fabriquer les biens universels individuels et collectifs au service de la bonne vie de tous, quelques individus s’attribuent par la magie de la finance hors sol le pouvoir de dicter leurs intérêts particuliers comme seul critère de direction commune.

Restaurer la monnaie de responsabilité personnelle sociale et politique

La réalité n’est pas visible, ni lisible, ni transformable si les humains n’en assument pas personnellement la responsabilité. Le capitalisme libéral précipite l’humanité dans l’abîme parce qu’il empêche la responsabilité personnelle. La monnaie y est adossée au capital spéculaire sans objet vérifiable. Le capital libéral est un machin sans intelligence, ni programme, ni pilote. L’élection d’un nouveau président de la République Française en 2017 offre de reconstituer la finalité politique d’un système mécaniquement voué au chaos.

La fonction présidentielle française est l’incarnation de la République par une personne. Élu au suffrage universel direct, le président est porte parole de chaque citoyen en même temps que de l’unité morale nationale d’un même peuple. Le président porte sur la durée de son mandat le capital de volonté nationale, celui qui fait les biens par tous au service de tous dans une même Loi. La fonction du Président Français est de nommer et surveiller les gérants politique du capital de communauté.

Le capital national est le seul qui puisse garantir la valeur de la monnaie qui compte et calcule le prix des biens réellement servis aux personnes ; des personnes physiques moralement rassemblées qui ne soient pas réductibles à des actifs financiers dans des modèles économétriques ou des manipulations médiatiques.

Si les Français forment une même personne morale nationale, alors ils sont nécessairement en relation solidaire d’échange et de crédit avec toutes les autres personnes en Europe et dans le monde. Le prochain président de la République Française aura donc pour mission de recréer les conditions de possibilité d’un vivre ensemble européen sur les décombres du chaos libéral. Ce vivre ensemble n’a pas d’autre réalité que celle des sociétés intermédiaires librement constituées selon les finalités que les citoyens conviennent de poursuivre ensemble dans l’égalité de leurs droits personnels.

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