Turquie : réponse à François Leclerc, par Abel Musard

Billet invité. À une critique que lui a adressé François Leclerc à titre privé, Abel Musard répond ce qui suit.

I stand by my deduction. Elle ne s’appuie pas sur des ragots d’un officiel turc que je ne connais pas mais sur des déclarations officielles de MM. Kerry et Ayrault. Kerry a fait connaître au public un entretien privé qu’il a eu avec le ministre des affaires étrangères turc. Ce dernier n’a pas proféré, que je sache, d’accusations publiques, il a réservé son mécontentement à Kerry qui lui décide de s’en servir pour menacer la Turquie devant tout le monde. Cela même est révélateur. Il y a plus que de la psychanalyse là-dedans, de la logique.

Erdogan lui-même, sans preuves, pour l’instant, cherche la voie moyenne pour impliquer les Américains sans les accuser frontalement en demandant seulement l’extradition de Gülen, et en disant qu’il l’a déjà demandée et qu’on ne l’a pas écouté. Cela encore est révélateur. Quel intérêt aurait-il à chercher querelle aux US ? Quel dirigeant, autocrate ou non, organiserait une purge massive interne dans son pays tout en se donnant le défi dans le même moment d’irriter un « allié » aussi dangereux que les US ?

Le coup, organisé ou soutenu par l’OTAN, avait deux débouchés possibles. Il réussissait, et alors il n’y avait plus qu’à saluer la chute d’un autocrate et souhaiter le prompt rétablissement du processus démocratique, « à l’égyptienne… ». Il échouait, et alors c’était la provocation que l’on voit se dérouler sous nos yeux et dans laquelle Erdogan en bon autocrate donne à plein.

Les Américains ne dénoncent jamais un autocrate qu’ils soutiennent, c’est un des principes les plus fermes de leur politique étrangère. Et que tout le monde connaît. (Sauf François Leclerc ?) L’opprobre massivement jetée à l’encontre d’Erdogan le lendemain d’un putsch à son encontre alors qu’il a été, quoi qu’on en pense, démocratiquement élu indique que c’était préparé à l’avance.

Ils veulent se débarrasser de lui et il le sait : « M. Kerry a pressé les autorités turques de « respecter les institutions démocratiques de la nation et l’État de droit ». Emboîtant le pas au président Barack Obama, qui avait évoqué, en avril, le « chemin très inquiétant » emprunté par le président Erdogan, M. Kerry a même spontanément souligné que « l’OTAN aussi a des prérequis en matière de démocratie ». » Tout cet article qui ne contient que des insultes à l’encontre des Turcs et de la Turquie le montre, il y a une manoeuvre d’ensemble pour le faire tomber : Après le coup d’état, Bruxelles joue les équilibristes face à la Turquie

Erdogan est antipathique. Qui le nie ? Il en profite pour ratisser large ? L’histoire a montré que tous les autocrates qui l’ont précédé ont fait de même, Staline le premier. François Leclerc l’ignore-t-il ?

C’est à un incident de Mandchourie auquel on assiste. L’avenir le montrera.

PS : Je trouve singulièrement étrange que l’on mette sur le même plan Santiago, Pékin et Prague pour appuyer une démonstration quelle qu’elle soit.

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