LES ALGORITHMES SONT-ILS NOS MEILLEURS JUGES ? par François Leclerc

Billet invité.

Les juges ont-ils un avenir lorsque la justice à rendre concerne les petits conflits ? En lançant pour ses propres besoins un service automatisé de règlement des 60 millions de ceux qu’il suscite annuellement, le site d’achat aux enchères eBay en fait douter et suscite des vocations.

Des services en ligne utilisant des algorithmes pour guider leurs utilisateurs dans la résolution de leur conflit ont émergé dans plusieurs domaines, notamment les divorces ou les conflits entre propriétaires et locataires. Ils dispensent d’aller en justice et d’avoir recours à des avocats, conduisant par le jeu de questions/réponses à trouver une issue négociée au conflit, ne dirigeant les humains vers la justice qu’en dernière instance.

Les Pays-Bas, le Royaume-Uni et le Canada ont lancé des services en ligne sur lesquels il est possible de négocier un divorce, la garde des enfants et une pension alimentaire. La Colombie britannique prévoit de lancer cet été un service destiné aux conflits de copropriété. Le mouvement lentement fait tache d’huile.

Contrairement au service de eBay, ces sites ne génèrent encore qu’un usage limité et font pratiquement office d’expérimentation en grandeur réelle. Afin de combattre les freins à leur utilisation, leurs promoteurs font valoir qu’ils donnent un accès à la justice à tous ceux qui n’en ont pas les moyens financiers, ne portant pas préjudice aux professionnels.

Pour autant, la justice n’en a pas fini avec le déploiement des algorithmes. Aux États-Unis, des juges utilisent un algorithmique prédictif pour estimer le risque qu’un prévenu passe à nouveau à l’acte avant de le condamner à une peine de probation. Les défenseurs de ce système s’appuient sur le fait que la subjectivité du juge ne peut plus s’exercer, et ses critiques, sur le fait que les algorithmes ont des biais cachés…

Instituer un contrôle de ces boîtes noires envahissantes est décidément une urgence.

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