France Inter, Revenu universel d’existence – revenu de base – gratuité, émission le 31 juillet 2017, compte-rendu par Emmanuel Rousseaux

Ouvert aux commentaires.

Invités : Jean-Éric Hyafil, membre du Mouvement pour un revenu de base, Marie-Aleth Grard représentante d’ATD Quart Monde, Mickaël Mangot, directeur général de l’Institut de l’économie du bonheur, et Paul Jorion.

Introduction du sujet : il s’agit de mesures, parfois prônées par la gauche et par la droite, qui ne poursuivent pas les mêmes objectifs : la droite voudrait une « simplification » du système des allocations sociales, visant notamment à lutter contre la bureaucratisation ; la gauche voudrait principalement un moyen de lutte contre les inégalités et la pauvreté. À ce sujet, le présentateur évoque que certains à gauche voudraient mettre fin au fameux principe de « tout travail mérite salaire » (sic).

Le principe d’un « revenu annuel de base » a été évoqué historiquement en 1967 dans un discours prononcé par Martin Luther King, comme un moyen de lutte contre la pauvreté, touchant notamment des catégories les plus défavorisées aux US, en particulier la population noire.

Pour ATD Quart Monde, il s’agit avant tout de poursuivre un objectif de dignité humaine et de lutte contre la pauvreté. Sa représentante rappelle les chiffres en France : 2,5 millions de personnes en situation de très grande pauvreté, soit percevant un revenu mensuel inférieur à 500 euros par mois; et 9 millions de personnes en-dessous du seuil de pauvreté, soit avec un revenu inférieur à environ 900 euros par mois.

Paul Jorion propose lui une voie différente qui est celle de promouvoir la gratuité des services indispensables pour vivre décemment : nourriture, transport, soins, éducation, connectivité. Il pense qu’allouer des sommes aux personnes dans le besoin risque d’exposer à la prédation de la finance et de détourner cette aide.

Lors de sa campagne, Benoît Hamon avait d’abord évoqué le principe d’un revenu garanti, par l’allocation d’un chèque pour tous, quel que soit son revenu, estimé à environ 500 euros par mois. Le coût de cette allocation, soit 50 millions de personnes majeures multiplié par ce montant, représenterait donc un budget de 600 milliards d’euros par an pour l’Etat. Mais ce montant serait compensé par une fiscalité modifiée, notamment par ceux percevant les revenus les plus importants.

ATD Quart Monde prône en quelque sorte une augmentation du revenu de solidarité active (RSA) à hauteur de 750 à 800 euros par mois (le RSA est d’environ 537 euros par mois aujourd’hui pour une personne seule), estimant qu’il s’agit d’un minimum pour permettre de vivre dignement en France.

ATD Quart Monde rappelle qu’en l’état actuel, 35% des ayant droit du RSA n’en font pas la demande, car le système est trop compliqué.

Le principe d’un revenu universel est celui d’une allocation d’un revenu de base égal pour tout le monde quel que soit son revenu. Il pose en effet les questions de (i) son montant, (ii) son financement, (iii) ce qu’il remplace. Il n’est concevable qu’assorti d’une réforme fiscale, nécessaire à son financement.

Une réforme du système actuel est fortement justifiée par la complexité administrative, la bureaucratisation et l’effet d’empilement des mesures (RSA, APL, Prime d’Activité, allocations familiales, etc.).

Le risque d’un revenu de base garanti est de créer une « trappe à inactivité », selon le principe que jusqu’à un certain seuil il serait plus avantageux pour une personne de ne pas travailler étant assuré d’un revenu de subsistance, que de travailler pour un salaire fournissant un revenu un peu près équivalent.

La proposition de Benoît Hamon au cours de la campagne a évolué vers une sorte de « super RSA », pouvant notamment bénéficier aux jeunes.

PJ prône donc un système de gratuité, sous-jacent à un système de redistribution de l’ensemble de la richesse créée. Par là, il s’agit de rétablir et de prolonger ce qui existe déjà partiellement dans les secteurs de la santé et de l’éducation, en l’étendant à d’autres services de base. Les paroles de Robespierre ont été rappelées à ce sujet. PJ associe une telle mesure à celle de la mise en place d’une « taxe robot », compte tenu des prévisions actuelles de l’évolution du travail et de sa raréfaction.

ATD Quart Monde fait savoir que sa proposition ne devrait surtout pas se substituer aux autres systèmes d’aide que sont les aides au logement ou les allocations familiales notamment, et prône son expérimentation.

Un intervenant fait savoir qu’une enquête avait fait ressortir la « dimension statutaire » du « niveau de bonheur ». Entre une personne inactive et une autre ayant un emploi précaire, le second ressent un « niveau de bonheur » nettement supérieur. Sur une échelle de 1 à 10, le niveau de bonheur moyen en France est d’environ 6,5. Cet indice du bonheur ressenti diminue par exemple quand des gens vivent dans une zone où se trouvent à proximité des voitures de luxes : cela crée des sentiments de frustration et diminue l’indice de bonheur ressenti par les gens.

PJ attire l’attention sur le fait que procéder à une allocation de base à des effets économiques induits, d’alignement des prix en conséquence. Il cite un cas observé dans le secteur de la pêche, où le fait d’avoir établi un prix-plancher pour les captures lorsque les pêcheurs n’ont pas pu les écouler, a eu pour effet immédiat un alignement du prix de chacune des espèces avec son prix-plancher.

A noter que les propositions de Benoît Hamon lors de la campagne électorale ont été « torpillées » par d’autres membres du PS, les considérant comme irréalistes.

Le risque est de créer un système à plusieurs vitesses.

Une question se pose également de la manière de gérer un tel dispositif, et d’un risque de bureaucratisation étatique.

PJ est un défenseur de l’Etat-providence. Il pense en effet qu’il faut envisager ces questions dans le long terme, avec l’amplification de la robotisation au sens large. Il ne pense pas que des mesures telles que celle de la diminution de la durée hebdomadaire du temps de travail soient à la hauteur des enjeux. Il donne en exemple le cas de la société Snapchat qui avait généré 8 milliards de dollars de CA avec seulement 250 emplois créés.

Un autre intervenant évoque le fait que l’institution d’un revenu universel est susceptible de permettre aux personnes de refuser un emploi indigne, et de contrer une certaine tendance du marché du travail de ce que l’anthropologue David Graeber appelle les « bullshit jobs ».

Un autre intervenant fait savoir que ces nouveaux enjeux vont nécessiter des politiques d’accompagnement et de formation. Il note également que se présente actuellement un enjeu démographique du départ à la retraite des « babyboomers », qui menace l’équilibre financier du système social dans sa forme actuelle. Dans ce contexte, il s’agit de maintenir un taux d’emploi élevé. Il indique qu’un test dans le passé (dans le Manitoba au Canada), allant dans le sens d’un revenu universel, aurait eu pour effet de baisser le taux d’emploi en diminuant l’incitation au travail.

ATD Quart Monde insiste sur l’enjeu prioritaire de lutte contre la pauvreté et de la précarisation croissante, qui fait, en particulier, qu’une personne dans une telle situation est dans l’incapacité de faire des prévisions pour le lendemain. C’est le cas par exemple, de plus en plus de personnes en situation de chômage longue durée.

Partager :

20 réflexions sur « France Inter, Revenu universel d’existence – revenu de base – gratuité, émission le 31 juillet 2017, compte-rendu par Emmanuel Rousseaux »

  1. Paul a notamment cité le fait que les déclarations de Piketty visant à « enchâsser » le revenu universel dans e système fiscal avait abouti à donner l’impression d’une usine à gaz (« il faudra prendre un peu plus ici, et puis là aussi… »),
    … dans un contexte où la comparaison au CICE comme étalon de la marge fiscale ne suffit pas à rassurer grand monde, ajouterais-je personnellement.

    1. « usine à gaz »
      oui, mais l’idée de la gratuité (généralisée) est une idée naive. Elle est née au 16ième siécle, fut reprise vers la fin du 19ième par les socialo-communistes. Cela ne peut pas marcher, impossible, c’est contre la nature humaine. Et puis la mise en oeuvre, au point de vue opérationnel, demanderait une organisation monstre, n’oublions pas les coûts – surtout ce dernier point serait utilisé par les adversaires de la position défendu par Paul Jorion.

      1. Les gratuités visées ( où a-t-il été écrit qu’elles étaient généralisées ?) sont toutes atteignables et finançables , même si le logement y est sans doute la plus complexe à gérer sur la durée . Les pays développés ( voire ceux qui ne le sont pas du tout ) ont déjà fait des choses plus difficiles et dépenser des sommes plus importantes pour des conneries moins basiquement vitales .

        Le problème n’est donc pas principalement technique . Humain , oui .

  2. Comment concilier deux points de vu (celui de ATQ Quart monde et de M. Paul Jorion) qui semblent converger vers un même objectif, quand les deux intervenants ont des visions de termes seulement (selon ma modeste lecture)… différentes… ?

    Celui ci objectif se résume par la lutte contre les inégalités (redistribution et partage des richesses, ailleurs qu’envers seulement les propriétaires privés d’entreprises d’actions, etc : CICE, pacte de responsabilité, POLITIQUE DE L’OFFRE et austérité, « réforme fiscale » d’exonérations généralisées des bénéfices, investissements, « secrets d’affaires », etc, immorale optimisation, et abandons de luttes contre les fraudes fiscales, etc, par le verrou de Bercy, la « raison d’Etat » et la « compétitivité », derrière l’explosion des dettes publiques illégales illégitimes… avec la socialisation continue des dettes privées casinos pourries : Subprimes, Dexia, Libor, affaire Kerviel et Sociaté Générale, etc)… mais est d’une telle ampleur, et lenteur dans les mécanismes à actionner, que seul le long terme sera juger de leurs efficacités… quelques soient les points de vus choisis…

    Dans une autre mesure… moins distincte (car suivant le type d’aides attribuées et les moyens engagés : soit ce sont les pauvres d’aujourd’hui qui sont aidés… soit ce seront ceux de demain qui le seront – quoique que dépendant de ce que le type d’aide consumera plus de « croissance » inutiles futiles et de ressources se raréfiant, au bénéfice de la prédation financière, des GAFA qui par exemple, rêvent de privatiser des services publics d’aides sociales, etc derrière l’attribution d’un revenu universel de base – parce qu’ils seront, censés être moins nombreux et dans le besoin) celui objectif de lutter contre la pauvreté et précarisation se généralisant avec « l’ubérisation, et l’ordinisation » du travail et de l’emploi… se raréfiant pour l’un et se transformant pour l’autre en de sombre perceptive d’emploi (en CDI à temps plein, bien rémunéré, et qualifiant), qui avec les NON RECOURS touchant encore trop de personnes démunies (entre autre par la complexification et de la numérisation et informatisation des services publics de l’aide sociale… et par la déshumanisation, désensibilisation du rapport sociologique des la citoyenneté au rôle protecteur, fondement du vivre ensemble, de l’Etat providence) et discriminées (à l’embauche, à l’accès aux droits sociaux – contrôles aux faciès, dérives de « l’Etat d’urgence », et de la fin de l’Etat de droit – droits sociaux attaqués par des 49.3, ordonnances, « réformes structurelles » etc, discriminés-es par rapport aux faciès à l’âge, au sexe au poids, aux handicap, au chômage longue durée, aux idées politiques, etc), cette non redistribution d’aides sociales aux ayants droit, rajoute aux urgences de court-terme un danger imminent (abstention votes blancs, nuls, etc mettant en péril une quelconque légitimité se prétendant « démocratique ») , tout en freinant une ambition d’économie politique (celle de la gratuité au sens large) de long terme…

    1. Suite et fin.

      Reste donc en sous-jacent la question épineuse du choix de quelle urgence choisir de résoudre en premier (par exemple le cas du manque de logements sociaux, des dérives des privatisations des parcs de logements sociaux, etc – corruptions, conflits d’intérêts, clientélisme, carriérisme d’élu-e etc) et de quel moyen pour agir et aider quel type de pauvreté, de précarité, en priorité et à quelle échéance, derrière une autre urgence, celle de l’accueil… ou non… déplorons nous de constater… de la misère du monde, dont les « politiques publiques/privées de l’offre », la « conquête » des dernières ressources énergétiques, de matières premières de terres arables (déforestations, spoliations, monoculture intensive, « externalités négatives », pollution, etc etc déréglant le climat, saccageant la biodiversité), et autres idées du « transhumanisme » contribuent à aggraver, et dont on à une part collective et individuelle de responsabilité, que le déni, mépris, du vote abstentionniste, des votes blancs nuls, ne suffira pas à rendre démocratique les décisions prises par une minorité « élitiste », et présumée « méritante », bureaucratique, technocratique (dont le fascisme en col blanc semble guider l’idéologie dominante)…

  3. Je note que parmi tous les échanges et toutes les propositions discutées, UNE ET UNE SEULE est applicable directement et rapidement.

    ATD Quart Monde demande de passer le niveau du RSA de 537 € par mois à une fourchette de 750 à 800 € correspondant suivant leur évaluation à une « vie digne ». Disons 250 € de plus par bénéficiaire et par mois, donc 3 000 € sur un an.

    Compte tenu de 2,5 millions d’ayant-droits dont 1,8 million qui ont fait la demande, nous parlons d’un différentiel de coût de l’ordre de 1,8 million * 3 000 + 0,7 million * 787 * 12 = 12 milliards par an.

    Un élément de comparaison : le total des bénéfices des entreprises du CAC40 dépasse les 75 milliards, lesquels sont taxés à moins de 10% du fait de l’ « optimisation fiscale » à laquelle ces grands groupes ont accès, à comparer avec 33% pour le taux normal que doivent payer par exemple les PME qui n’ont pas accès à ces entourloupes… pardon, procédés. Un effort déterminé pour faire payer à ces groupes ce qu’ils doivent, éventuellement en utilisant des solutions législatives d’urgence pour passer les blocages par exemple au niveau du droit de l’UE – il suffirait que le président et la représentation nationale soit prêt à utiliser envers les respectables institutions internationales non pas l’index, non pas l’annulaire, mais bien le doigt qui se trouve entre ces deux-là – permettrait donc de récupérer la différence entre 33 et 10%, soit 23% * 75 milliards = 17 milliards par an, rien que sur le CAC40. Le financement des 12 milliards du « RSA amélioré » serait immédiat.

    Nous parlons d’une mesure qui pourrait d’une année sur l’autre procurer au moins le minimum de dignité aux 2,5 millions de personnes vivant dans ce qu’ATD Quart Monde appelle « l’extrême pauvreté ». Et notamment, entre autres, mettre fin au scandale des SDF, ces centaines de milliers de personnes en déshérence errant dans nos rues en quémandant de quoi survivre.

    Scandale qui dure depuis trente ans au bas mot, auquel nous nous sommes peut-être habitués, mais qui reste un scandale dans un pays riche comme la France.

    La réflexion sur l’augmentation de la productivité et les moyens de la partager (« taxe robot » par exemple) est certes utile, mais dans une autre temporalité. Cette augmentation de la productivité – si et dans la mesure où elle aura lieu – prendra de nombreuses années voire des décennies. Les idées de « revenu universel », « gratuité des produits et services de base » seront éventuellement à mettre en pratique dans la même échelle de temps.

    Or, c’est aujourd’hui que des centaines de milliers d’hommes et de femmes, Français et étrangers, sont à la rue. C’est aujourd’hui que plusieurs millions au total sont dans une version dégradante de la misère.

    Penser et préparer l’avenir à cinq, dix ou vingt ans ne doit pas mener à négliger ce qui peut, ce qui doit être fait en urgence.

    1. Juste un point de vue très personnel pour compléter.

      Enfant dans une grande ville de province dans les années 70, je connaissais de vue plusieurs clochards. Dont il était évident – au risque de schématiser quelque peu, et sans négliger les drames sous-jacents – que leur mode de vie découlait de leurs propres choix, en relation par exemple avec l’alcool, et souvent à des drames personnels les ayant brisés. Non à une société qui les aurait refusés.

      Visitant adolescent la capitale dans les années 80, je constatais avec stupéfaction la présence dans les rues de pauvres sans toit ni rien à eux, sans qu’ils soient « de la cloche ». Et en se promenant toute la journée à pied à Paris… on en croisait plusieurs, figurez-vous !

      Aujourd’hui bien sûr, les « SDF » – cette manie de créer des sigles pour les réalités qui nous dérangent ! – sont incomparablement plus nombreux. On ne peut faire un pas à Paris ou dans quelque autre grande ville sans en croiser plusieurs. Et même si l’on se fournit en monnaie avant de sortir dans la rue… chacun sait bien que ce n’est pas l’aumône qui pourra les sortir de la prison à ciel ouvert où ils sont coincés.

      Ah oui… y aurait aussi comme un petit caractère d’urgence.

    2. « mais bien le doigt qui se trouve entre ces deux-là – permettrait donc de récupérer la différence entre 33 et 10%, soit 23% * 75 milliards = 17 milliards par an, rien que sur le CAC40. Le financement des 12 milliards du « RSA amélioré » serait immédiat. »

      Sans harmonisation fiscale, ie sans volonté politique concrète des intervenants aux manettes, cette bonne idée risque de n’être qu’un voeu pieu. Quand on voit que m^me l’OCDE s’y casse les dents et que seule Me Vestager soutenue par l’UE a , au mieux fait payer une amende à Google après 7 années de procédure…
      https://www.challenges.fr/high-tech/la-guerre-entre-bruxelles-et-google-ne-fait-que-commencer_485687

      « L’OCDE a mis en place il y a quelques années de nouveaux outils pour lutter contre l’évasion fiscale. Ces outils peuvent-ils servir dans ce cas ? »

      « M. A. : Sur Google ça ne changera rien. La grande maladie du système fiscal c’est que des filiales de multinationales peuvent être vues comme des entreprises indépendantes, et ainsi transférer leur bénéfice entre filiales pour payer le moins d’impôts possible. »

      « L’OCDE est face à un problème insoluble. Je rappelle que sont présents à la table de négociation des paradis fiscaux qui défendent leurs intérêts dans un contexte de concurrence fiscale accrue. En matière fiscale, l’enjeu aujourd’hui, c’est la coopération entre États. Les difficultés dans l’Union européenne pour harmoniser les fiscalités sont notables, notamment à cause de l’Irlande, du Luxembourg ou des Pays-Bas qui sont des paradis fiscaux notoires. »
      http://www.la-croix.com/Economie/Entreprises/Google-Notre-systeme-fiscal-nest-adapte-leconomie-2017-07-13-1200862725

    3. « Si Google transige avec Bercy, le précédent pourrait faire tache d’huile. Les autres géants de l’Internet, réunis sous l’appellation Gafa (pour Google, Apple, Facebook, Amazon) usent plus ou moins tous des mêmes acrobaties fiscales. »

      « L’année dernière, Bercy avait indiqué, sans citer de nom – secret fiscal oblige – que les cinq plus gros redressements notifiés, et évidemment contestés, atteignaient la somme cumulée et colossale de 3,3 milliards d’euros. »
      http://www.la-croix.com/Economie/Monde/Face-Google-Bercy-pret-transiger-2017-07-25-1200865412

    4. C’est bien la difficulté d’une action politique éventuelle : la gestion des temps et des urgences .

      Ce que j’ai compris du « désaccord » entre la présidente d’ATD quart monde et Paul Jorion , c’est qu’elle privilégie comme vous l’urgence
      ( mais n’est ce pas ce qu’on essaie de faire depuis des décennies avec le succès que l’on voit ? ) , et que lui avance que mettre « immédiatement » en œuvre de fausses solutions ne fait que torpiller la vraie solution et éterniser le problème .

      Quand je vois l’aventure des restos du cœur , j’incline plutôt du côté de Paul Jorion .

      Mais il s’agit de détresse humaine . L’une et l’autre partagent cette « philia » et le but à atteindre .

      La résolution de l’équation passe sans doute par l’exigence de mise en œuvre ,dès maintenant, d’une politique publique institutionnelle s’appuyant sur des visées à terme répondant aux attendus de Paul Jorion ,et d’une meilleure efficacité et cohérence des actions « au présent immédiat  » de l’ensemble des associations humanitaires qui interviennent sur deniers privés .

      1. Pour illustrer le débat entre Gratuités et RUS , via un détour par la « valeur » d’un smic :

        Un smic vient d’être inauguré en Suisse ( canton de Neufchatel) . C’est une première dans la Confédération . A 20 francs suisses de l’heure et une semaine de 41heures , les travailleurs à temps plein pourront toucher au moins 41759 francs suisses soit 36 303 euros soit 3025 € mensuels . Par comparaison le smic , en France est de 1480€bruts /mois , pour 35 heures .

        Cependant ce smic version suisse permet difficilement de vivre localement sans aides sociales….

        Smic et RUS mêmes illusions dans un environnement maîtrisé par « d’autres » ? RUS pitance d’assignés à résidence ?

  4. Je vois un problème en ce qui concerne « la gratuité ».
    Cela existe déjà par endroits aux Etats-Unis. Ce sont des communes et organismes caricatives, souvent chrétiennes, qui s’occupent des pauvres, car si vous comptez dans ce pays parmi les démunis, vous êtes vraiment pauvre, et cela au milieu de richesses débordantes.
    Il existe en Allemagne une organisation nommé « Die Tafel »: on y distribue gratuitement des aliments (il existe en France une initiative similaire). Certaines villes allemandes offrent des facilités (transports, entrées aux musées etc. pratiquement gratuits).
    Le problème: l’état pourrait se complètement dérober de ses devoirs, puisqu’il y a gratuité. Il dira que désormais, le social ne fera plus partie de son rôle, ce sera une affaire du privé.

  5. il m’apparait très difficile d’avoir un point de vue clair sur chacune des propositions. Ne pourrait-on le faire par des sortes de plan comparatifs ?

    Parmi les non-demandes de RSA n’y a-til pas des refus par les A.S. ? C’est ce que j’ai vécu moi-même vers l’âge de 60 ans, fin des années 1990, après 10 ans de chômage, surendettement (BdF), saisies. Pour survivre j’ai fait les puces, jusqu’à mon droit à la retraite quelques années plus tard.

    il faut donc impérativement que quelque demande que ce soit ne soit dépendante d’un individu. Ma faute ? ma très grande faute pour elle Assistante sociale ? j’avais été commerçante et j’avais donc forcément de l’argent caché. Les preuves de mes dettes, de mes découverts, mes relevés bancaires ? elles ne les croyaient pas. Je croyais cet état esprit datant de la guerre et de l’après guerre des années 40-50, et bien non !

  6. Salut à tous,

    C’est marrant mais j’ai l’impression que ceux qui s’expriment sur le revenu universel, à part deux ou trois que j’ai pu cerner au fil des ans et des commentaires – salut Octobre, salut Pierre, camarades de galère ! – ne sont pas concernés par ce dont ils dissertent. En gros, soit leurs revenus sont suffisants, soit leur boulot leur plaît et ils jugent, c’est selon, inutile, immoral, injuste, de droite, gauchiste… le revenu universel.

    Alors on peut être d’accord avec M. Jorion et se dire que cela serait immédiatement capté, comme le reste, par les prédateurs qui se gavent, que la gratuité vaut mieux. On peut être d’accord avec Lepage et se dire que c’est une mesure de droite, qu’il vaut mieux, avant, assurer la juste redistribution des richesses et ne pas se cacher une nouvelle fois derrière une énième allocation, préservant et le système en l’état et la rente mais qui ne résoudra rien sur le long terme.

    Mais, pour parler de ma situation, que je connais pas mal, je peux vous dire que, premier concerné par la chose, ce serait pour moi une véritable libération, une renaissance comme celle que je vis en ce moment ! Sans avoir à frôler la mort ou risquer de finir complètement gaga et impotent dans un petit fauteuil.
    Pour l’heure, en arrêt maladie longue durée, je m’en sors pas mal et si j’ai perdu quelques neurones, faut croire que cela a permis à l’information de mieux circuler ! Je fais face cependant à la culpabilisation par mon patron ou certains de mes collègues du type : « ah ouais, t’es arrêté tout l’été, quoi ! » – effectivement au plus fort de la saison mais j’avoue ne pas avoir choisi vraiment… – ça c’est mon boss et c’est sans compter sur les heures que je n’effectuerai pas cet été et qui me permettent dans le cadre de l’annualisation de ne pas trop bosser l’hiver – ou « En gros, t’as juste pas le droit de travailler ! » – à part que j’ai plus le droit de conduire, plus de clopes, plus de café, plus d’alcool, plus de petits pétards, plus de sel, etc, ça c’est pour les collègues… Et puis tributaire d’un flux de revenu, qu’est déjà pas balèze, je suis en train de cramer les trois cacahuètes que j’avais mises de côté en cas de… pépin de santé justement. Culpabilisation, donc. Pourtant je n’ai jamais fait mystère de mon peu de goût pour le travail, ni avec mon boss, ni avec mes collègues !
    Toutefois, le système est ainsi fait que je ne peux malheureusement pas me passer de travailler mais que, moyennant une restriction drastique de ses désirs, on peut, roulant dans une caisse pourrie, vivant dans moins de 30 mètres carrés et bouffant de la merde quand on a le temps, s’en sortir et vivre à peu près correctement. En dessous du seuil de pauvreté, sans demander ni le RSA, ni le logement social, ni la CMU. C’est un choix de ma part, je ne vais pas demander plus que ce à quoi chacun à droit. La curatelle du RSA – vous avez vu les questionnaires ?! À quand le droit de perquisition ? Ou la fouille rectale ? – très peu pour moi, idem pour la CMU et CMU-C, quant au logement social, je sais pas si vous avez vu la gueule des tours mais je ne céderai pas ma courette de
    cinq mètres sur cinq où s’ébattent tous les chats du quartier pour aller m’enfermer dans un crevoir – over my cold dead body ! Bref, une fois les charges payées il me reste 200 boules pour vivre avec les pourboires et ça le fait. Pas de projets, pas de vacances, pas de restos, pas de cinoche, pas de sorties, mais je suis libre, putain, LIBRE, de mon temps, de lire Jorion, de glander, de scotcher et de ne rien foutre si je veux ! Je pratique l’attrition à l’égard du capitalisme : je lui coupe les ressources ! Il ne tirera de moi que le minimum, ma force musculaire et pour le minimum d’extraction de valeur, pas une seconde de plus, pas un souffle de plus et je ne lui rendrai que le minimum nécessaire à assurer mes conditions matérielles de subsistance dans le chantage quotidien qui est le sien. Pour le reste, ses mirages, son ostentation et le bousillage de la planète, il peut crever !

    Cela fait 45 ans que je me fais chier dans la compétition scolaire, dans des boulots de merde, et enfin, alors que j’ai failli calancher, je revis. Un peu du même ordre que les périodes de chômage, le stress en moins, ou que ma schadenfreude à moi, quand, chaque mois, je touche la prime pour l’emploi ou les allocs logements et que j’imagine Jduc pester sur les impôts qu’on lui prend dans le pays cubano-soviéto-décadent qu’est devenu La Fraaaaaance éternelle ! Putain, c’est bon, raaaah lovely !!!
    Enfin, je ne suis plus obligé d’aller entretenir l’alcoolisme de cette bande de poches au QI d’huître qui m’abreuve, elle, de ses poncifs télévisuels et de sa mémoire qui remonte à 24h max, je ne suis plus obligé d’aller me faire exploiter pour 10 balles de l’heure et enrichir un petit capitaliste qui exploite les gens – dont sa propre famille – jusqu’à la hernie discale pour certains ou l’AVC pour d’autres, enfin, pour la première fois depuis 2009, j’écris à nouveau, je lis à nouveau, je fais d’immenses ballades sur la côte et ce, dans la plus parfaite bonne conscience… Allez-y de votre couplet culpabilisant, je m’en cogne : je suis vivant et comme dirait Philippe Katerine… Je vous laisse chercher sur le net !

    Alors voilà, tout ça pour dire que le revenu universel, si c’est ça que ça permet, ben moi je signe direct ! Le reste, les privations, la modestie du train de vie, la fin des leurres de la société de consommation c’est déjà acté en ce qui me concerne, le couplet sur la réalisation dans l’emploi ça ne prend pas, la satisfaction d’une discussion comme celle avec Cloclo ou les textes bidons avec lesquels je vous abreuve depuis quelques temps, ça vaut toutes les bagnoles de course du monde et tous les voyages de merde où j’irai, par « ma simple présence, abîmer tous les paysages » ! La décroissance, en ce qui me concerne, elle est là, de fait. Et le revenu universel je l’appelle de mes vœux les plus ardents ! Lâchez-moi avec votre idéologie du travail, votre dolorisme et votre moraline. Est-ce que c’est glander ? Est-ce que je ne fais rien quand je me forme intellectuellement en vous côtoyant, tant de « beaux esprits », ou en me saoulant des paysages du coin, de la beauté naturelle et du contact des animaux ? Je sais pas.

    Mais quand on n’est pas concernés, et c’est le cas pour nombre de ceux qui la ramène sur le RU, on ferait bien de s’appliquer les paroles du sage Colucci : « ben quand on n’a rien à dire on ferait bien de la fermer… » 🙂

    Et je vais de ce pas m’appliquer mes propres conseils ! 😉

    1. Bravo 2Casa,
      j’adhère en bloc à ton discours.

      Certes, ta vie comme tu la décris serait plus facile avec un RU.
      Mais ne serait-elle pas encore plus facile avec la gratuité ?

    2. « Est-ce que c’est glander ? Est-ce que je ne fais rien quand je me forme intellectuellement en vous côtoyant, tant de « beaux esprits », ou en me saoulant des paysages du coin, de la beauté naturelle et du contact des animaux ? Je sais pas. »

      Si vous savez ! Bonnes nourritures , surely. Je vous souhaite quand m^me un peu plus de beurre pour vos zépinards, m^me si bien d’accord zavec vous : ce n’est pas « ça » qui fait le bonheur, ça y contribue un chouilla…
      Bonne « renaissance » !!! ;-))) mdrrrr
      Welcome ! 😉

    3. Et pourquoi pas, 2Casa, un RU transitoire, le temps qu’un long processus démocratique inscrive dans la constitution (constituante…?) la gratuité du minimum vitale pour tous-tes (nourriture, logement, transport, connectivité,santé, éducation, etc), et qu’il soit déconnecté du rôle indispensable du vivre ensemble, de l’Etat providence, la « croissance » du PIB, la disparité monétaire et « guerre économique », énergétique, de « civilisation » de même que les « aléas moraux » du capitalisme, du marché du travail « ubérisé », des faillites frauduleuses, des « politiques de l’offre » « inefficaces » (propos de Valls) et de la délinquance en col blanc ou bleu… de leurs trous noirs de la finance copulant avec les mafias vertes (optimisation fiscale, « externalités négatives », etc), la mafia de la drogue, des ventes illégales d’armes…, des trafics d’organes, et de la traité d’être humain, de la prostitution enfantine comprise, du travail non déclaré… ?

      1. Pour la vente d’organe, rapport aux reins, j’peux pas faire beaucoup plus, n’en reste pas beaucoup, et sinon en double, les poumons ça va, bizarrement ! Le coeur n’est plus à vendre, et l’cerveau… Pfff, demande à vigneron, ça vaut pas trois kopeks sur le marché de l’occase !

        Mais je le disais, le RU, pour moi c’est quand ils veulent, peuvent bien continuer à régater, jouer au polo ou courir les rallyes dans le plus parfait entre soi, je leur laisse !

        A condition qu’ils accaparent pas trop le littoral et certaines îles… Misère, la propriété n’a donc aucune limite ?!

Les commentaires sont fermés.