Avenir du Blog de Paul Jorion, avenir des intellectuels, avenir de la démocratie ? par Cédric Chevalier

Billet invité.

Le blog Jorion est-il anémié ?

En tant que lecteur régulier et contributeur occasionnel, j’ai cru pouvoir observer trois tendances qui émanaient du blog de Paul Jorion ces derniers mois :

– une difficulté apparemment grandissante à réunir les 1500 euros mensuels de dons, nécessaires pour soutenir la production intellectuelle de François Leclerc et les coûts opérationnels du blog public ;

– une baisse apparente de régime de la production sur le blog public, notamment de la production de contributions externes et de débats ouverts aux commentaires des internautes ;

– une quasi absence d’activités sur le forum privé des Amis du Blog de Paul Jorion.

De façon contrastée, il m’a semblé cependant que Paul Jorion publiait en parallèle et coup sur coup plusieurs essais, et participait à de nombreuses conférences et interviews.

Un tableau mitigé de la situation du blog pourrait donc être brossé. Il ne serait pas surprenant  en principe que la baisse des activités « Internet » soit le contrecoup d’une intense activité d’écriture et de prise de parole dans le chef de Monsieur Jorion. Mais cela suffit-il à expliquer cette baisse de régime de la production intellectuelle en ligne autour de lui ?

Quel est le problème ?

Comment distinguer, parmi les ingrédients de la recette qui a fait le succès du « système Jorion » (Paul Jorion lui-même, son audience, ses co-auteurs et ses contributeurs associés, le blog public, le forum privé ABPJ, les commentaires en ligne, les essais, les conférences, les interviews, les tribunes, les auditions, etc.), ceux qui seraient aujourd’hui manquants à l’appel ? Y a-t-il un effet « Jorion », un effet « audience », un effet « technologie médiatique » (blog, presse écrite, etc.), voire un effet « sociétal », qui expliquerait une certaine désaffection pour le blog ?

Cette désaffection est-elle un événement localisé ou généralisé ? On peut émettre plusieurs hypothèses non-mutuellement exclusives :

  • Hypothèse 1 : les thématiques abordées par Paul Jorion et ses contributeurs sont « has been » (pour certains). Son audience l’a (partiellement) abandonné pour aller chercher ailleurs de la nourriture intellectuelle sur d’autres thématiques qui l’intéressent davantage.
    • Y a-t-il un effet « présidentielles Macron » sur le désamour pour la gauche/Jorion/les blogs de gauche ?
    • Les citoyens se sont-ils résignés à ne plus s’intéresser à la crise financière de 2008, ni à la crise économique et politique qui a suivi depuis 10 ans ?
    • L’accumulation de mauvaises nouvelles quant aux crises systémiques (Soliton) a-t-elle conduit à une résignation d’ampleur sociétale chez les citoyens ?
  • Hypothèse 2 : Paul Jorion est « has been » (pour certains). Son audience l’a (partiellement) abandonné pour aller chercher chez d’autres sa nourriture intellectuelle.
    • Est-ce le passage de la septantaine ? L’usure de toujours mettre sur la table les problèmes de notre époque ? La barbe grise ? Ecouter Paul Jorion à l’heure de la téléréalité et de ONPC, « hallo quoi !? hallo ! »
  • Hypothèse 3 : les blogs sont « has been » (pour certains). Jorion n’y peut rien, les audiences désertent (partiellement) les blogs pour d’autres médias.
    • Hypothèse 2.1 : les audiences se tournent vers Facebook, Twitter, et d’autres médias dits « douteux » pour s’informer.
      • « Marre des institutions médiatiques qui prétendent dire « la » vérité. Tous pourris et manipulés. On préfère s’informer auprès de ses amis et sur des sites alternatifs et rebelles. » Fake news et post-vérité ?
      • Hypothèse 2.2 : les audiences reviennent vers les médias traditionnels : presse écrite, radio et télévision.
        • Après une période faste où bloguer était à la mode, aujourd’hui, c’est fini. Trop lent, trop de texte pour le cerveau moderne. Twitter et ses 140 caractères conviendraient mieux à l’instantanéité exigée.
      • Hypothèse 4 : les médias écrits sont « has been » (pour certains). Les audiences se tournent vers des médias non écrits.
        • Plus que les blogs, c’est carrément l’idée de média écrit qui prend du plomb dans l’aile. Le poids des mots, terminé. Ne resterait que le choc des images et du son.
      • Hypothèse 5 : la réflexion intellectuelle et politique est « has been » (pour certains). Quel que soit l’intellectuel ou le medium, les audiences ne s’intéressent (presque) plus à cette réflexion.
        • Hypothèse 5.1 : les citoyens sont (re)devenus des consommateurs aliénés et sans réflexion politique
        • Hypothèse 5.2 : les citoyens sont toujours aussi critiques mais sont (re)devenus résignés par rapport à la réflexion et l’action politique.
      • Hypothèse 6 : les hypothèses 1, 3, 4 et 5 sont spécifiques à la sphère francophone mais pas à la sphère anglophone.
        • Faut-il analyser différemment la situation au Royaume-Uni lors du Brexit, où le « fact checking » semble avoir échoué, la situation des Etats-Unis, où on peut être élu président en mentant et en étant vilipendé par quasiment toute la presse, et la situation francophone européenne, où l’on se débat avec une tradition ancienne de l’intellectuel public ?
      • Cette désaffection est-elle un creux provisoire qui va se résorber (Hypothèse 7), un retour à la normale après une période faste (Hypothèse 8), ou une tendance de dégradation à long terme (Hypothèse 9) ?
        • Si cette baisse de l’intérêt citoyen pour la réflexion intellectuelle était avéré, quelles en seraient les conséquences pour la démocratie et comment devrions-nous réagir ?
        • Corrolaire de l’hypothèse 9 généralisée : Notre société évolue-t-elle vers un populisme anti-intellectuel comme dans l’Europe fasciste des années 30 ?
      • Etc.

Ces nombreuses questions me viennent à l’esprit, qui je pense peuvent intéresser ceux qui tiennent à ce blog et surtout, aux missions qu’il remplit. Comme souvent, une problématique spécifique (ici la situation et l’avenir du blog de Paul Jorion et du forum des ABPJ), permet d’ouvrir la réflexion sur une perspective plus générale : l’avenir de tous les blogs et partant, l’avenir de l’interface intellectuelle entre les citoyens et les décideurs, qui est un des dispositifs qui permettent à une population de choisir son avenir au sein d’une démocratie (cf. argumentaire plus bas).

Je ne prétendrai pas avoir inventorié correctement toutes ces questions ni vous proposer des réponses exhaustives mais il me semble important que ceux qui se soucient de la chose publique ne cessent jamais de se les poser, ensemble. Permettez-moi d’apporter ma contribution au débat, en l’esquissant en quelques traits. J’aborderai d’abord les caractéristiques du « système Jorion » pour les relier à la problématique générale de « l’interface intellectuelle entre citoyens et décision politique », qu’on appelle couramment « 4e pouvoir », pour terminer avec quelques questions à débattre.

Quelques sont caractéristiques du « système Jorion » ?

Le blog de Paul Jorion est un OVNI au sein de la noosphère (la sphère des idées). Il est le fruit des amours interdites entre un chercheur-praticien anthropologue-sociologue hors des sentiers battus et de simples citoyens à la recherche ou à l’initiative d’une pensée alternative. Certains de ces citoyens acceptent d’apporter une contribution financière ou argumentaire à ce blog, en échange de l’accès à une production intellectuelle régulière et de qualité, sur nombre d’enjeux sociétaux de notre époque. Au meilleur de sa forme, le « blog Jorion » a drainé hebdomadairement des dizaines de milliers de lectures d’internautes, de contributions externes et de commentaires d’internautes et d’amis du blog, sur les fils de discussions du blog public et du forum privé. D’abord focalisé sur les thèmes de la crise financière, le blog a progressivement élargi son spectre d’analyse pour couvrir la politique européenne, française et belge et la crise de civilisation – le fameux Soliton de Paul Jorion qui recouvre notamment la crise économique, la crise environnementale, la crise sociale, la crise du nucléaire civil, la question du remplacement de l’emploi humain par les automates, la crise de la pensée économique et, en parallèle, les courants de pensée qui pourraient nous aider à dépasser cette conjonction de crises. Accessoirement, Paul Jorion a régulièrement agrémenté le blog de billets éclectiques sur l’art, la pensée et la philosophie. De l’avis de nombreux commentateurs, simple citoyens, professionnels, décideurs et experts, les contributions et les échanges sur le blog sont parfois passionnés mais souvent de haute tenue intellectuelle. La plus-value du blog réside dans l’apport d’informations et d’analyses inédites dans le champ médiatique, l’indépendance, la pertinence, la pédagogie, l’éthique et la transversalité disciplinaire, que la presse généraliste et les revues spécialisées échouent souvent à réunir systématiquement.

La forum privé des Amis du blog de Paul Jorion (les ABPJ) est un autre OVNI de la noosphère, qui complète bien le « système Jorion ». Au départ seul le blog public existait. Paul Jorion fonctionnait à partir de billets ouverts systématiquement à tous les commentaires et à partir des nombreux mails qu’il recevait des lecteurs, Ensuite, pour maîtriser cette masse d’information et quelques débordements qui nuisaient à la performance du blog, tout en conservant sa convivialité et son caractère participatif, Paul Jorion s’est vu forcé d’une part de limiter l’accès aux commentaires à certains  billets et certaines périodes, et d’autre part de créer une enceinte privée où les contributeurs les plus disponibles pourraient former ensemble ce que les ABPJ ont appelé le « cerveau collectif ». Loin d’être un salon VIP où l’on se gausse de se vautrer auprès du « maître », le forum des ABPJ est constitué de plusieurs dizaines « d’intellectuels amateurs », qui y relaient les informations glanées dans leurs champs respectifs, les décortiquent et concoctent en peu de temps des analyses personnelles qui sont souvent traduites en contributions externes venant nourrir le blog public. Un esprit critique collectif passe à la moulinette chaque proposition, y compris celles de Paul Jorion, primus inter pares (premier mais parmi ses égaux). Paul Jorion n’étant pas membre d’un corps académique ni entourés d’assistants et de doctorants, j’ai la conviction que les ABPJ jouent pour lui un rôle de caisse de résonnance indispensable à la qualité de son travail et … à sa santé mentale (le monde intellectuel pouvant être très dur et les retours de réalité parfois long à venir).

Cette conception inédite du « système Jorion », faite de la publication d’essais, de la présentation de conférences à tous niveaux, d’interviews dans les médias d’un chercheur-praticien-intellectuel indépendant, d’un blog public et d’un forum privé où contribuent de simples citoyens, et … de dîners spaghetti dans des cafés très démocratiques, tranche fortement avec le traditionnel monologue ex-cathedra de l’intellectuel public classique, qu’on peut apercevoir de loin quand il sort de sa tour d’ivoire. On peut je crois l’affirmer : en créant son blog et son forum, et en concevant une importante ouverture à la participation de tous via ses « billets invités », Paul Jorion a créé un concept qui fait oeuvre de « salubrité publique » dans le débat démocratique francophone. Le blog est devenu une sorte d’université ouverte, au service du renforcement de la réflexivité, de l’autonomie et de la responsabilité politique des citoyens-lecteurs-décideurs. Bien sûr, certains académiques estiment sans doute que Paul Jorion est une imposture, que le fait de populariser la réflexion intellectuelle avec parfois un style outrecuidant est un compromis néfaste, que donner la parole au plombier et au facteur sur la crise financière confine au populisme. Trouver la bonne approche est un défi constant. Je crois que, malgré quelques errements ponctuels, la recette a prouvé sa valeur. Le « système Jorion », qu’on soit d’accord ou pas avec les idées qu’il produit, est une « interface intellectuelle » qui a permis de diffuser effectivement des questionnements essentiels avec l’ambition de changer le cours de la société.

Quel serait le rôle des intellectuels dans le fonctionnement démocratique ?

Je voudrais maintenant élargir la réflexion sur le blog à la réflexion cette « interface intellectuelle entre les citoyens et les décideurs ».

D’autres plus éminents que moi ont théorisé l’importance de cette interface intellectuelle, en affirmant schématiquement que : les idées dominent l’existence et le monde ; les idées adéquates permettent une existence et un monde adéquats ; l’apprentissage, la diffusion et la création des idées adéquates rend les hommes libres et plus heureux ; le devoir et le métier des intellectuels est d’optimiser en toute époque la diffusion des idées adéquates. Le devoir et le métier des citoyens (ceux qui n’ont pas l’envie, la capacité ou l’opportunité d’initier eux-mêmes une contribution intellectuelle inédite) est de consacrer le temps nécessaire à s’imprégner des idées qu’ils jugent les plus adéquates pour diriger la Cité, c’est-à-dire pour exercer leurs droits et devoirs politiques de citoyens. Une société où tous les citoyens seraient omniscients (tout savoir) et omnipotents (tout pouvoir) est impossible. Chacun se consacre à ses activités, avec sa volonté, sa capacité et ses opportunités. Il est impossible que chaque citoyen soit expert en tous les sujets, assiste à tous les débats publics ou lise seulement tous leurs comptes-rendus. Pour se forger une opinion et exercer ses droits politiques en connaissance de cause, il est indispensable de passer par une interface intellectuelle entre le monde politique et le monde citoyen. Cette interface remplit une fonction essentielle de nos démocraties, au point qu’on l’a appelée « 4ème pouvoir », aux côtés des 3 pouvoirs classiques du Législatif, de l’Exécutif et du Judiciaire. Je proposerai ici une conception large de ce « 4ème pouvoir » : il comprend la presse traditionnelle et les journalistes (presse écrite et audiovisuelle, en ligne, etc.), les intellectuels publics traditionnels bien sûr mais aussi, de plus en plus, une galaxie « d’intermédiaires médiatiques », de « prescripteurs d’opinion » : blogs, sites Internet, syndicats, think tanks, associations de citoyens, chercheurs, intellectuels amateurs, … et encore plus récemment : Facebook, Twitter, et autres où chacun peut devenir lui-même prescripteur d’opinion, à l’échelle de sa sphère d’influence. Qu’on apprécie ou non cet état de fait.

Dans ce paradigme (vision théorique du monde), il faut s’entendre sur le sens « d’intellectuel ». Intellectuel ne devrait pas être une insulte (les « intellos ») ni constituer à nos yeux la marque de la domination par une élite technocratique, inaccessible au « citoyen lambda », qui se réserverait le privilège d’influencer les décideurs dans des salons feutrés. Je voudrais défendre une acception plus noble et plus humaniste du terme « d’intellectuel », qui renverrait à plusieurs réalités complémentaires. Avant tout : à des valeurs, des attitudes et des comportements, qui constituent le cœur vivant de la démocratie. Dans l’absolu, on ne devrait pas être intellectuel par naissance, éducation, formation ou profession mais par adhésion à des valeurs, adoption d’attitudes et pratique de comportements, qui formeraient en quelque sorte un « ethos intellectuel », soit une manière de vivre en intellectuel. On est intellectuel parce qu’on chérit les valeurs de justice, de vérité, de liberté, d’autonomie, de réflexivité et de responsabilité, notamment. On est intellectuel parce qu’on considère a priori que l’exercice et la diffusion de la pensée sont non seulement des droits humains fondamentaux mais aussi ce qui définit notre commune humanité et parce qu’on sait qu’au niveau collectif, la pensée forge des outils au service de tous. On est intellectuel enfin, parce qu’on pense, écrit ou parle régulièrement au service de cette société dont nous sommes membres. Ainsi potentiellement chacun peut être « intellectuel ». Ainsi, est selon moi « citoyen-intellectuel » tout citoyen qui pense, écrit ou parle pour contribuer à l’existence de la Cité, c’est-à-dire pour contribuer au débat démocratique et au fonctionnement de la chose publique. Et cela recouvre bien des comportements courants comme : des parents qui initient leurs enfants au débat d’idées, des « camarades » qui tiennent une conversation de comptoir sur leurs élus, le vote aux élections ou la réflexion personnelle sur l’exercice éthique de sa profession d’enseignant.

Bien que tout citoyen puisse se faire intellectuel plus ou moins régulièrement, je crois qu’il faut malgré tout faire le deuil d’une démocratie totale à court terme : les citoyens ne sont malheureusement pas égaux en volonté, capacité et opportunité d’exercer le rôle d’intellectuel au sein de notre société. C’est pourquoi on peut distinguer parmi les citoyens-intellectuels de la population qu’émerge de façon systémique une « classe d’intellectuels », un groupe qui, par son éducation, sa formation et sa profession, a une vocation intellectuelle « a priori ». Je dis « a priori » car nous savons bien que certains boulangers sont de grands philosophes et d’habiles élus locaux quand certains chercheurs sont des incultes apolitiques, seulement préoccupés par la technicité de leurs tâches (et je ne parle pas seulement des économistes académiques…). Parmi les professions qui génèrent une vocation intellectuelle « a priori » on trouve notamment celles d’enseignant, de journaliste, de fonctionnaire, d’artiste, de politicien, de chercheur, les professions libérales, etc. Statistiquement, au sein de cette classe, la chance de trouver des « intellectuels en exercice » est à mon avis plus grande. Cette classe forme à mon sens l’ossature essentielle d’une démocratie. Ni détentrice du pouvoir, ni dénuée de la capacité de l’exercer, elle constitue, par son existence même, un contrepouvoir vivant contre toute tentative de dictature ou d’oligarchie. La preuve en est que les intellectuels sont parmi les premières victimes, avec les artistes, des dictatures et oligarchies en devenir. Enfin, parmi cette « classe d’intellectuels a priori », on peut encore distinguer un sous-groupe, celui des « intellectuels publics », dont l’existence toute entière est consacrée au métier de « penser la Cité », et qui connaisse, par chance, intérêt ou talent, une diffusion large de leurs idées auprès des citoyens et/ou des décideurs. Les membres de ce sous-groupe des intellectuels publics sont souvent des « maîtres à penser » pour la classe des intellectuels et partant, pour l’ensemble des citoyens-intellectuels. On les voit, on les lit ou on les entend régulièrement dans toutes sortes de médias. Leur influence est considérable. Leur responsabilité, à la mesure de leur influence.

Certains peuvent avoir l’espoir que nous pourrions tous devenir au moins des « citoyens-intellectuels ». Malheureusement, nous n’en sommes pas là aujourd’hui. Il faut bien avouer en toute honnêteté que certains citoyens (est-ce une majorité ou une minorité actuellement ?) ne pensent pas la Cité, ne lisent pas, ne débattent pas, ne participent pas à l’exercice démocratique et ne font pas usage de leurs droits politiques. Encore une fois, certains par manque de volonté et/ou de capacité et/ou d’opportunité. En outre, je dois bien avouer que si je souhaite à l’avenir une société de citoyens-intellectuels, c’est-à-dire de citoyens capables d’utiliser leur esprit pour contribuer au fonctionnement de la Cité, je ne crois pas à une société faite d’une unique « classe d’intellectuels ». Penser, parler, écrire requièrent une éducation et une formation pointue, et un temps d’exercice considérable. Or, tant que les robots et les logiciels ne s’en chargent pas, l’action pratique reste indispensable au fonctionnement de la société. Et depuis bien longtemps, les individus ont tendance à se spécialiser progressivement dans certaines fonctions, par nécessité : pratiques et/ou intellectuelles. On ne peut pas être Albert Camus, consacrer son existence, des nuits entières, à la pensée, à l’écriture et au discours, et être en même temps père de famille nombreuse au foyer, plombier, et travailler de ses mains 10h par jour. Devenir un intellectuel voire un intellectuel public requiert un apprentissage très long qui, dans une mesure significative, est incompatible avec certains modes de vie essentiellement « pratiques ». Un boulanger « citoyen-intellectuel », c’est tout à fait possible. Mais, par exemple au XIXe siècle, on ne peut pas simultanément élever 10 enfants comme femme au foyer et courir tous les foyers de pensée en Europe comme Victor Hugo. Si l’accès à la formation et l’Internet démultiplie aujourd’hui les opportunités de jouer un rôle d’intellectuel public pour de nombreux praticiens (je pense à certains ouvriers-philosophes comme Pierre Rhabi), il reste des contraintes rédhibitoires (je pense par exemple à la nécessité de forger l’esprit intellectuel durant quasiment deux décennies d’études dans les enseignements primaires, secondaires et supérieurs, ce qui empêche de facto la pratique d’une activité manuelle à plein temps).

Ainsi, par nécessité, il ne me paraît pas anti-démocratique que certains fassent profession d’intellectuel au sein d’une classe sociale particulière, voire d’intellectuel public, au sein de nos sociétés tandis que d’autres soient des praticiens pouvant aspirer à jouer le rôle de citoyens-intellectuels, davantage consommateurs et utilisateurs, que producteurs de la pensée sur la Cité. Il ne sera jamais acceptable à mon sens que demeurent au sein de la population de purs praticiens sans aucune volonté, capacité et opportunité intellectuelle et citoyenne minimale. Ne pas savoir lire dans nos sociétés modernes, par exemple, est un obstacle rédhibitoire à l’exercice de ses droits politiques. Cet état a-intellectuel me semble équivalent à l’aliénation pure et simple au niveau sociologique. Viser un objectif de 100% de citoyens-intellectuels, me semble demeurer un horizon souhaitable de la démocratie, vers lequel doivent tendre tous les intellectuels de classe et tous les intellectuels publics.

Nous l’avons vu lors des événements politiques récents, savoir manier la pensée, les idées et les diffuser est un grand pouvoir. Et ce grand pouvoir requiert de grandes responsabilités. Pour qu’une masse de citoyens a-intellectuels et de citoyens-intellectuels puissent se fier au travail de la classe des intellectuels et des intellectuels publics, un élément est fondamental : la confiance et l’éthique. La confiance que les citoyens peuvent avoir dans l’éthique des intellectuels producteurs et diffuseurs des idées. Voilà pourquoi l’éthique des intellectuels et des intellectuels publics en particulier est sans doute leur qualité la plus essentielle, au-delà de leur ingéniosité mentale.

Quel lien entre les blogs et la démocratie ?

Je ne ferai ici que réassembler les éléments de la démonstration qui précède : les blogs, parce qu’il relient à faible coût un grand nombre de citoyens avec un grand nombre d’intellectuels publics ou non, font partie de cette « interface intellectuelle » qui épanouit les démocraties en diffusant des idées adéquates, pour peu que leurs concepteurs soient de véritables intellectuels. La presse écrite et audiovisuelle garde toujours une importance à ce niveau mais n’apporte pas actuellement la plus-value de ces blogs. Il reste à démontrer que les nouveaux médias (Facebook, Twitter, sites alternatifs, etc.) peuvent remplir le même rôle, alors que l’actualité prouve le contraire à ce stade.

Quelques derniers questionnements ?

L’interface intellectuelle, le 4ème pouvoir, est à mon sens une fonction essentielle de nos démocraties. Depuis la campagne pour le Brexit, pour la primaire et pour la présidentielle menée par Donald Trump, et pour les primaires et la présidentielle française, cette interface intellectuelle a été secouée. Alors qu’elle avait connu une forme particulière ces 10 dernières années avec le blog, l’information médiatique tend aujourd’hui à passer par Facebook, Twitter et des médias alternatifs/rebelles dont certains sont notoirement indignes de confiance. Etant donné ces évolutions récentes, comment devons-nous maintenir la fonction d’interface intellectuelle ? Avec quels technologies médiatiques ? Avec quelles méthodes d’acquisition, de diffusion et de production des idées ? Faut-il vilipender Facebook et Twitter ou y batailler ? Comment renouveler aujourd’hui une fonction d’intellectuel, en utilisant les formes de communication qui fonctionnent, pour continuer à assurer cette interface indispensable, qui est, je crois, l’ossature des démocraties ? Et en particulier pour les lecteurs, amis et contributeurs du blog de Paul Jorion, comment relancer son activité ?

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212 réflexions sur « Avenir du Blog de Paul Jorion, avenir des intellectuels, avenir de la démocratie ? par Cédric Chevalier »

  1. Le problème est que Paul JORION a tout compris et comprend tout, c’est très embêtant, on ne peut plus jouer les intellectuels comme on le faisait auparavant, il est incontournable.
    Dans mon tout petit coin, il advient que ma pensée rejoint la sienne depuis des années en tant que simple observatrice de la vie et de ce (et ceux) qui m’entoure.
    Il est pessimiste et personne ne veut plus de son pessimisme, c’est peut-être une explication : chantons sur le navire qui coule (la nave va…), buvons du bon vin, amusons nous, achetons n’importe quoi, dansons et remplissons les restaurants, c’est bientôt la fin du monde et on s’en fout…Triste espèce autodestructrice, anomalie animale, singe dément, peut-on dépasser le mépris ?

  2. Bien que devenu, pour une période de 30 jours, « tricard » sur un site participatif « d’information chapotée par un célèbre moustachu « , je me risque encore à placer, ici ou là, quelques commentaires moqueurs, sincères et bien intentionnés.

    Je félicite donc Cédric Chevalier pour sa minutieuse analyse mais ne livrerai pas la mienne qui pourrait être malvenue. Je puis, en revanche, apporter une suggestion concernant le problème des ingrédients.

    Comment distinguer, parmi les ingrédients de la recette qui a fait le succès du « système Jorion », ceux qui seraient aujourd’hui manquants à l’appel ?

    En accommodant plutôt les spaghettis, autrefois bolognaises, aux fruits de mer, puis en délaissant le Vicomte pour le Duce, la reconstitution rapide d’un nouveau tissu amical des amis du blog de Paul Jorion pourrait être, bien qu’extrême, un des remèdes possible à la désaffection de la clientèle.

    https://www.tripadvisor.fr/Restaurant_Review-g187849-d2258884-Reviews-Ristorante_Da_Oscar-Milan_Lombardy.html

    1. Ma première réaction tenait en un mot « Gné ? »
      En traduction : « Que voulez-vous dire au juste, je ne vous suis pas »

      A visiter le site que vous indiquez, vous semblez suggérer de prendre son repas dans un restaurant milanais qui semble assez folklorique puisque décoré de citations, portraits, etc. de Mussolini.

      … A bien y réfléchir, ma première réaction était correcte, en fait. C’est du lard ou du cochon ? Que voulez-vous dire PRATIQUEMENT ?

      En un mot : « Gné ? »

  3. Déjà merci à @Timiota et @2Casa de penser que la technique … etc. 2+1=3 c’est peu !

    Certains ici commentent qu’ils ne suivent plus ou pas parce qu’ils ne sont pas en accord avec TOUS les contributeurs. Fadaise ! Rêvent-ils d’une société univoque, genre dictatoriale : « je ne veux voir qu’une seule tête ».

    Justement un des intérêts de ce blog est qu’il y a plusieurs points de vue.

    mais ces reproches sont intéressants car ils caractérisent une paresse intellectuelle peut-être dans l’air du temps, ou dans tous les airs des temps passés et présents (et futurs) ?

    L’humain aurait-il besoin de ne jamais être dérangé dans sa pensée plane, sans questionnement, sans ouverture ? S’il en est ainsi on peut comprendre pourquoi nous en sommes là.

    Autre sujet Robespierre.
    à moitié endormie allongée sur mon canapé hier soir devant le 2 je m’éveille car il s’agit des femmes durant la Révolution englobant Mme de Staël bien après… extra… cependant les protagonistes décrivaient Robespierre comme le pire sanguinaire de toute l’Histoire de France et qu’enfin on put s’en libérer grâce à l’intervention de l’amoureuse de Tallien, etc. Juste qu’ils omettent le suivant Napoléon 1er !

    En fait tout est prétexte pour démolir Robespierre et sur une chaine publique ! Vive la désinformation et la propagande. Je me demande ce qui est écrit dans les livres scolaires sur ce sujet, j’en ai froid dans le dos.

    1. Y’a meilleur angle que les femmes de la révolution comme la de Staël, la de Gouges, la Corday ou la Cabarrus pour tresser de nouveaux lauriers au Maxou, faut bien dire…

      1. le vigneron ne suit pas. Y’a meilleur angle que les vigneron pour entendre quelque chose à ce qui n’est pas mâle.

      2. Non, effectivement, bernique, je suis pas un follower de Bern de première bourre, mais je sais néanmoins qu’un bon moyen d’accabler le Maxou est de causer des « Femmes de la Révolution » en question, pour sûr, Bern ou pas.

  4. Tous les effets de la crise sont gommés, comme effacés par le discours politico-médiatique. Du coups, lire tous les jours des articles sur l’effondrement démocratique moral, économique, intellectuel sans en voir les effets concrets sur le quotidien font qu’à l’usure l’intérêt diminue. C’est un peu comme une douleur persistante, au bout d’un moment elle fini par s’estomper d’elle même, le cerveau finissant par l’inhiber en mode « oui je sais que tu as mal à cet endroit là, plus la peine de me le faire ressentir, je suis au courant !!!! ».
    Une fois la prise de conscience effectuée sur un certain nombre de sujets, le sentiment d’impossibilité, à titre individuel, de faire bouger les lignes entraine une lassitude et un possible désintérêt.
    Ce qui m’intéresse le plus à la lecture quotidienne du blog, ce sont les articles qui traitent et commentent l’actualité. En complément des radio, Tv et media mainstream (auquel je n’échappe pas) France culture et LCP principalement, j’effectue une revue web matinale d’actualité.
    Celle-ci débute par le site d’Acrimed, se poursuit par le blog de PJ, puis par legrandSoir.info, puis le mondediplo, puis le sakerFrancophone et enfin les sites d’infos russes (sputnik et RT). Je m’adonne parfois même, je le confesse, à des sites dits « peu recommandables » dont je ne citerai pas les noms ici.
    Je ne saurais trop vous suggérer de multiplier les points de vues alternatifs et les contrepoints à la doxa ambiante afin d’apporter de la nuance et de la complexité aux évènements.
    Continuez le plus longtemps possible vos vidéos et les articles sur le blogs, il s’agit moins de changer le monde que de nous donner des clés de compréhension et déceler les mensonges et les intérêts partisans là ou ils se trouvent.
    Encore merci, j’en profite aussi pour faire une petite contribution financière et invite tous les lecteurs à en faire de même.
    PS: et le TED alors, nous sommes impatient de voir la vidéo !?

    1. « … puis le sakerFrancophone et enfin les sites d’infos russes (sputnik et RT). Je m’adonne parfois même, je le confesse, à des sites dits « peu recommandables » dont je ne citerai pas les noms ici. »

      Pire que ceux que vous citez, vous plaisantez ?

      1. 🙂 ces sites ont au moins 1 avantage ; ils ne se dissimulent pas, ils avancent à visage découvert. Dans un cas c’est de la propagande Russe, dans l’autre de la contre-propagande Américaine, ils apportent un autre éclairage sur l’actualité internationale. Le tout est de savoir à qui on a à faire, ensuite tout est affaire de discernement. Pensez-vous réellement qu’il y a moins d’idéologie et de propagande sur les sites de radio France ou leurs jumeaux privés comme RTL ou europe 1 ? Souvenez-vous de votre matinale chez Patrick Cohen pour la sorite du « dernier qui s’en va… » !?!

      2. Je parcours parfois ces blogs (saker, RT etc …) que je trouve intéressants, même si, comme toujours sur internet, il faut filtrer ce que l’on lit (y compris sur ce blog, d’ailleurs 🙂 ). Je connais un site encore pire, mais que j’aime bien dans le genre alternatif: dedefensa.org. Celui-là, il décoiffe vraiment. Ce qui est intéressant, c’et la tendance qui ressort, par delà des infos brutes qu’on peut trouver contestables. Un site pour rire: geab.eu, les pieds-nickelés de l’européisme mondialiste.

      3. « Pensez-vous réellement qu’il y a moins d’idéologie et de propagande sur les sites de radio France ou leurs jumeaux privés comme RTL ou europe 1 ?  »

        La dernière couverture en date de l’Express : « Ces tyrans qui nous défient »
        Avec la liste, confondant ensemble Kim Jong Un, Bachar El Assad, Nicolas Maduro et Rodrigo Duterte…

        « No comment » 🙂 !

  5. Il s’agit d’un phénomène général, les sites personnels et les blogs sont en perte d’audience… on peut l’observer dans le domaine de la musique que je connais un peu pour avoir un site personnel depuis 1996, les webzines indépendants ferment faute d’audiences et de soutiens. A mon avis, c’est en partie du au fait qu’Internet s’utilise de plus en plus sur smartphone et que la lecture de longs articles de fond y est moins aisée. Le format vidéo (youtube) est aussi en augmentation selon ce que je constate.

    Sur le fond du Blog de Paul Jorion, je suis et ait soutenu financièrement (de temps à autre et très modestement) depuis pas mal d’années. J’avoue à titre personnel que la prise de position sur la France Insoumise lors des élections m’a bien refroidi et que je ne lis plus le blog de la même façon depuis.

      1. « la preuve : ils ont quasiment tous disparu »

        Il faudrait voir si ces bloggeurs disparus finançaient eux-mêmes ou s’ils poussaient jusqu’à faire payer leurs lecteurs (et encore faut-il trouver des lecteurs prêts à payer, ce qui n’est pas évident). Par contre, votre ténacité à toujours produire du contenu, même si souvent répétitif, est admirable.

        Sur le fond des sujets abordés, la narration de l’épisode Enron est à mon avis remarquable. Beaucoup moins, les billets sur la crise économique, crise dont il est permis de douter quand on voit l’imperturbable chassé-croisé entre juilletistes et aoutistes, les stations-service toujours aussi fréquentées, les caddies bien remplis au supermarché, etc. De même avec les billets sur les migrants, beaucoup de complaintes et au final peu d’action concrète (si les photos de Paul Jorion en conférence ne manquent pas, on l’a toujours pas vu chez lui servir un repas chaud à un migrant hébergé à ses propres frais).
        Les « idées » visant à neutraliser la spéculation vont plutôt dans le bon sens, de même ce qui pourrait être fait pour calmer l’évasion fiscale. Ce ne sont pas des choses partisanes, je pense que beaucoup seraient d’accord.

    1. @Podj (4/8 à 11h34)
      … » J’avoue à titre personnel que la prise de position sur la France Insoumise lors des élections m’a bien refroidi et que je ne lis plus le blog de la même façon depuis« .
      C’est très exactement cela , les mots que je cherchais.. Merci.
      L’impression d’un échec espéré..

  6. Quoi qu’il arrive Monsieur Paul Jorion, continuez à irriguer les gens de vos idées. Que ce soit par le blog et tous les autres canaux possibles. Votre blog est toujours très bien, la vidéo très utile pour faire passer les messages les plus importants. Continuez vos efforts inlassablement, ce que vous faites est très important. Il en va de la survie de l’humanité, plus que jamais! Et oui, Thomas Picketty président est une idée merveilleuse pour la France et le Monde! Peut être se présentera-t-il la prochaine fois ? Espérons. Merci de nous donner de l’espoir en tout cas.

    1. Je viens de voir la vidéo de PJ. Je dois dire que la tirade sur Piketty m’a laissé sur le cul.

      C’est sur qu’on va contribuer à la sauver l’espèce en soutenant des non-candidats, puis voyant son poulain ne pas prendre le départ, se reporter sur un 1000 contre 1 ! De la haute voltige analytique ça c’est sur, stratosphérique même, du grand art, bref de l’intello quoi. Mais c’est pour ça que je viens moi ça me transporte dans les cieux quelques instants puis je retombe les deux pieds dans la merde.

      Vraiment très drôle pour démarrer le week-end Paul ! 😀

      Merci.

  7. Après avoir visionné « le temps qu’il fait » du jour, je suis assez patagé: je partage l’avis de PJ en considérant que l’essentiel de l’érosion vient du format blog. Je ne peux toutefois pas écarter d’un revers de la main l’immense potentiel qu’aurait été un accompagnement critique de la campagne de Mélenchon (je précise tout de suite pour vigneron et cie que j’étais partisan d’une candidature Piketty, et signataire de la pétition de PJ). La puissance du mouvement populaire autour de cette campagne aurait eu besoin de quelques relais intellectuels.
    Dans sa vidéo, PJ utilise un argument très puissant, à savoir qu’une victoire de Mélenchon était très risquée car il aurait eu les marchés financiers sur le dos. Comment ne pas partager cet avis? On propose alors Poutou pour râler, parce qu’il ne peut pas gagner. Reste que c’est le raisonnement d’une personne qui a quelque chose à perdre. Beaucoup de gens autour de moi avaient le sentiment de n’avoir plus grand chose à perdre et étaient prêtes au « risque » Mélenchon. Amusant de constater par ailleurs que PJ défend dans cette même vidéo le « risque » Robespierre pour son époque. J’en conclus que l’humain PJ est plus prudent que l’intellectuel 🙂
    Je tiens toutefois à conclure ce commentaire par un remerciement à PJ et ses amis pour le travail fourni ici toute ces années, en espérant qu’ils fassent encore un pas vers les mouvements populaires.

    1. @SebU
      ma position est proche de la vôtre : une critique (dans le sens en voir les mérites et les défauts) de JLM se serait faite ici eut été structurant, dépoussiérant, démystifiant, ce fut un grand manque durant cette campagne fanatique ; aucune demi-mesure n’était acceptée il fallait est pro ou out, et c’est ça que je n’ai pas supporté de la part des FI, et m’a fait les rejeter totalement, quand ça transpire une volonté de dictature d’un groupe sur les autres je vomis.

      J’avais décidé de voter Poutou début 2016, mais les évènements ayant tournés comme on sait, je n’ai pu voter selon mon projet, mais n’ai pas voté Macron au 2ème pour autant, j’ai préféré l’abstention. Ouf, on se sent plus léger dans ce cas ces jours-ci.

      j’ai signé aussi pour Piketty, sans grande conviction d’un quelconque succès de la démarche, et pourtant tous les arguments que PJ donne dans sa vidéo sont justes. Certains Humains sont trop modestes (Mendès et d’autres) la plus grande part péchant par excès inverse.

    2. « J’en conclus que l’humain PJ est plus prudent que l’intellectuel »

      C’est aussi mon impression 🙂 et l’explication que je choisis au report sur Poutou bref sur un vote protestataire pur et dur suite au refus de Piketty d’être candidat.

      A noter que nous avons tous nos petites contradictions… J’ai un peu de mal à comprendre la colère exprimée contre le fondateur d’un blog sous prétexte qu’il n’a pas les mêmes choix électoraux que soi.

  8. Reconnaître la capacité à Paul Jorion, Lordon, Piketty et autre de saisir le fond du problème, c’est acté selon moi.
    Se perdre en solutions inaudibles (interdiction de la spéculation, revenu universel), qui ont certainement des vertus, mais qui créent des chicaneries, et qui n’aboutiront certainement pas, c’est peu ou prou renoncer au combat.
    Pourquoi ne pas prendre de front, tous ensemble ligué, un des travers les plus monumentaux de notre système, comme le sport business, et porter ses capacités pour que ça cesse?
    Vous gagnerez à vous solidariser sur un thème porteur à mon avis.
    Les blogs et les échanges de pensée, aussi fulgurante soit elle, ne sont que de l’entre soi.

    1. « interdiction de la spéculation »

      L’interdiction de l’agiotage – c’est sauf erreur le nom d’origine du type de spéculation que Paul Jorion propose d’interdire – serait une mesure très salutaire, l’agiotage étant dépourvu de toute fonction économique utile, et anciennement formellement interdit pour cette raison, comme PJ l’a utilement rappelé. Et réprouvé y compris par des économistes libéraux tel Frédéric Bastiat (quoique je n’aie pas la référence sous la main)

      On a certes le droit de douter qu’il devienne politiquement possible à court terme de l’interdire. Cependant, un pas en avant très important dans cette direction est lui discuté largement, et sa faisabilité est prouvée puisqu’il a déjà été appliqué réellement en 1933 (le « Glass-Steagall Act »), c’est la séparation des banques de dépôt et des banques d’investissement. Cette séparation aurait entre autres pour conséquences :
      – Assécher TRES sérieusement les fonds à disposition de l’activité spéculative
      – Protéger largement l’activité économique utile en cas de nouvelle crise bancaire provoquée par la spéculation

      En ce qui concerne la dernière présidentielle, les deux seuls candidats à ne pas évoquer le secteur bancaire et proposer des mesures fortes pour limiter ses risques étaient Fillon et Macron.
      http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/taxer-scinder-nationaliser-les-banques-dans-le-viseur-de-nombreux-candidats-691646.html

      Hélas, c’est l’un d’entre eux qui a été élu…

  9. Il me semble que le blog se portait mieux quand Julien Alexandre écrivait des billets.
    Ne faudrait-il pas le refaire participer ?

    De plus, le blog a atteint son pic de fréquentation, en 2012, quand Monsieur Jorion a été contacté par Jean-Paul Fitoussi.
    Peut-être que mettre en place une collaboration entre ces 2 géants de l’économie ferait bouger les choses…

    Enfin, je pense que vous devriez relancer le débat sur la création monétaire. Cela faisait beaucoup réagir à l’époque et n’oublions pas que ce débat est loin d’être clos…

    PS: j’offre un prix spécial à celui qui traduira correctement mon speudo !

    1. Je suis toujours là. Mais l’honnêteté commande de rappeler que les quelques billets que j’ai signés ici n’ont pas eu le moindre impact sur la bonne santé du blog. Le seul fait d’armes dont je puisse m’honorer est d’avoir été l’un des principaux protagonistes (qui plus est du côté de la vérité) du débat sur la monnaie… et le principal modérateur du blog depuis maintenant de longues années (j’assume donc la – relative diront les frustrés – bonne tenue des commentaires, c’est déjà pas mal) et architecte des plateformes pour les ABPJ. C’est bien peu et ça n’a évidemment pas d’influence sur la fréquentation du blog qui obéit à des cycles tout à fait prosaïques.

    2. Urukagina était un roi(peut-être un usurpateur) de Lagash, un coin paumé du côté de Sumer.

      Qu’est-ce que je gagne?

  10. L’avenir du blog ? Je ne me souviens plus de la date exacte de l’appel en détresse de M. Paul Jorion concernant l’ultimatum de parvenir à un don mensuel de 1 500 € afin de subvenir aux besoins techniques et à la rétribution des chroniques de M. François Leclerc.
    C’est à partir de cette période que j’ai contribué d’une façon modeste mais régulière à soutenir financièrement le blog.
    Les chroniques de M. François Leclerc sont remarquables. En quelques chapitres claires et concis; il expose la situation politique, économique, et financière actuelle nécessaire à notre réflexion.
    Les nouvelles de Grèce émanant du blog de M. Panagiotis Grigoriou permettent de ne pas oublier ce pays en graves difficultés. Honte à l’Europe.
    Le blog a pris un virage malsain à la période pré-électorale qui a entamé fortement son intérêt et sa crédibilité. De l’espoir de sortir du « cadre » par une « utopie » politique, il me semble qu’un clou a été enfoncé à l’intérieur du « cadre » pour y rester durablement. Dommage.

    1. « Le blog a pris un virage malsain à la période pré-électorale qui a entamé fortement son intérêt et sa crédibilité. »

      Je n’admets pas ce reproche, j’y avais d’ailleurs répondu par avance dans ma vidéo ce matin.

      1. Ce n’est pas la période pré électorale qui a entammé sa crédibilité mais le culte de votre personnalité qui s’est intauré au fil du temps et a transformé ce blog en page de pub.
        Il est claire que vos amis ne vous aideront pas en vous flattant.

        1. Pour le culte de la personnalité, voir Donald Trump. Ce dont vous parlez, ça s’appelle « la reconnaissance », et la reconnaissance, c’est une très belle chose parce que ça permet à vos idées de se diffuser.

          Mais ça devrait être ouvert à tout le monde, aussi, faites-moi plaisir, signalez-moi ici une de vos idées dont vous considérez qu’elle mérite d’être davantage diffusée, et je vous promets de la commenter ici.

      2. Par exemple, l’idée que votre interprétation de la parabole des talents est un contre-sens. De plus prétendre que vous avez raison contre des millions de gens est la signature de l’arrogance qui vous monte à la tête.

        1. Vous ne trouvez pas plutôt étonnant que des millions de gens aient pu croire que le message du Christ ait été : « N’oublie pas de mettre tes sous à la Caisse d’épargne ! »

          … alors qu’il a chassé les banquiers du Temple ?
          … alors que Mathieu ET Luc spécifient que la morale de l’histoire est « Et à celui qui n’a rien on lui volera encore le peu qu’il a » ?

          Et en 2005 et 2006, Greenspan et toute son équipe de génies de la Federal Reserve, qui est-ce qui avait raison, eux ou moi ?

          Non, un milliard de gens qui se trompent pour des raisons évidentes ne m’impressionnent pas.

          La vérité, c’est probablement que si vous cessiez de croire que le Christ a dit : « N’oublie pas de mettre tes sous à la Caisse d’épargne ! », votre monde s’écroulerait.

      3. L’explication de Paul Jorion sur la parabole des talents et la plus limpide et la plus claire et juste qu’il m’ait été donné de lire !

        Seb, t’as tout faux !

  11. Le monde est fait de balourds, on en côtoie tous les jours et ils s’expriment sans honte ici aussi. Ils se reconnaitront. Là, y’a rien à faire… faut laisser pisser.

  12. Depuis la parution du livre de PJ « Se débarrasser du capitalisme est une question de survie », j’éprouve une certaine frustration. Maintenant, puisqu’il en va de notre survie, à part constater, prier, voter ou s’indigner, qu’est-ce qu’on peut faire ?

    1. Vers un nouveau monde, un manifeste, publié en Belgique par Solidaris, en librairie le 23 août. Il sera débattu par moi à la Fête des Solidarités à la citadelle de Namur le dimanche 27 août, et le lendemain, le lundi 28 août, à la libraire Graffiti à Waterloo.

  13. Ce blog étatiste attirait à la fois ceux qui craignaient que le système économique pétât et ceux qui le souhaitaient. Du fait qu’un sarcophage régulateur multi-étatique a canalisé la crise, au risque du développement du shadow banking, les pétochards s’en sont éloignés. Mais ils reviendront bientôt crier « Maman bobo ! » à lire, par exemple, l’excellent article, très pédagogique, de Vittorio De Filippis dans le Libération d’aujourd’hui.

    1. Effectivement. Je suis convaincu que les 3/4 de ceux qui regardaient le blog en 2012 essayaient de savoir s’ils devaient acheter de l’or, certains m’écrivaient d’ailleurs directement pour me le demander.

      1. Yep, les amateurs d’or et de fake news trébuchantes ont suivi Béchade chez BFMbusiness, RT ou E&R…
        Hhhhhh…

    2. De quel côté était Schizosophie , les craintifs ou les « espérants » ?

      Enfin , il est encore là et c’est tant mieux .

  14. Les 22117 mots de ce billet m’évoquent cette citation d’Einstein « Si vous ne pouvez pas le dire simplement, c’est que vous ne l’avez pas tout à fait compris. »

    1. J’en ai une autre :

      Si vous n’avez que les citations d’Einstein pour régler vos avis , c’est que vous ne connaissez pas Einstein et que vous n’avez pas d’avis .

  15. Monsieur Jorion, le nouveau cadre est en construction, c’est l’internet. Il est déjà occupé par la finance, la sclérose politique, l’exclusion des défavorisés, le marketing, les banques, la monnaie, les réacs, les malfrats et j’en passe. Tout ça sous la coupe des « GAFA »
    Alors continuez svp à nous dessiner un mouton.
    Ainsi je pourrai poursuivre la liaison entre réflexion et réalités de la vie non virtuelle, les mains dans le cambouis. Merci à vous et à François Leclerc pour tout ce que j’apprends ici grâce aux débats que vous lancez.

  16. Ma frequentation du blog, que je suis je crois depuis 2008, est proportionnelle a la quantite d’articles publies par pj. Elle est donc decroissante. Certains articles de PJ m’ont fait comprendre des choses que je ne comprenais pas alors qu’en 2008 je vivais la crise depuis les Etats-unis . Au fil du temps, pj s’est mis a publier beaucoup de livres , a aller sur les medias et ses articles sont devenus plus rares, d’ordre promotionnel, moins riches en idees et ont ete remplaces par les articles d’autres contributeurs qui ne m’ont jamais apporte de lumiere nouvelle (opinion tres personnelle, je ne doute pas de leur qualite). Les citations par pj de ses propres livres n’ont pas l’aspect percutant, simple, clair mais dense de ses blogs adhocs.Si c’est vrai pour moi, c’est peut etre vrai pour d’autres.

    1. « Oh ! moi ! je continue. Dans l’ensemble – entre le blog et les livres, conférences, radio, télé – j’ai l’impression que le nombre des gens qui m’entendent et qui m’écoutent est à la hausse, pas à la baisse. »
      cqfd
      « Au fil du temps, pj s’est mis a publier beaucoup de livres , a aller sur les medias et ses articles sont devenus plus rares, d’ordre promotionnel, moins riches en idees et ont ete remplaces par les articles d’autres contributeurs  »
      ben oui. C’est vrai pour moi aussi.
      Auto publicité et pillage de part et d’autre… PJ se sert de ses amis pour faire « vivre » le blog et fait sa pub à leur dépend…
      Les amis se servent du blog pour obtenir le statut de « rédacteur sur le blog de PJ »..
      … quelques insultes en sus vers les commentaires non conformes…
      la sensation que le plus clair des interventions de PJ ressemblent à la chanson de Dutronc
      https://www.youtube.com/watch?v=3GmNh9R2Deo&list=RD3GmNh9R2Deo#t=0
      je ne finance plus, d’ailleurs Paul n’a plus besoin de sous.
      Je suis partie ailleurs.
      « Moi, Moi, Moi,Moi, Moi »
      c’est triste, agaçant et attristant.
      je sais, ce n’est pas agréable à lire, Monsieur Paul.

      1. J’écris autant de billets qu’avant, mais c’est un sentiment sûrement très partagé par certaines personnes comme vous, que quand j’écris un billet qui ne permet pas de juger s’il faut vendre de l’or ou en acheter, il compte pour du beurre et devient invisible.

        J’avais déjà écrit à votre intention une petite note il y a très longtemps :

        La période présente est une période de grande incertitude financière. Certains commentateurs mentionnent dans leurs interventions consulter le blog de Paul Jorion à la recherche d’informations relatives à la manière de gérer au mieux leurs économies. Je précise à leur intention que le blog de Paul Jorion est consacré à une réflexion générale sur les questions du monde contemporain et n’aborde les questions financières – parmi une multitude d’autres – que sous ce seul angle. Quiconque prend dès lors une décision d’ordre financier en fonction de ce qu’il a pu lire ici sous la plume du blogueur ou de ses lecteurs, le fait sous sa seule responsabilité.

      2. Une conversation que nous venons d’avoir par mail ALCB et moi éclaire ce point qui me semblait mystérieux d’ « auto-publicité ». Lorsque je relaie sur Facebook un billet du blog, Facebook va chercher automatiquement sur mon blog une illustration et tombe en général sur la vignette de mon dernier livre. Je n’y suis en tant qu’utilisateur absolument pour rien, je n’ai aucun accès à cette fonctionnalité.

  17. Bonjour,
    J’étais un lecteur assidu du blog de PJ depuis plus de 10 ans et il m’arrivait de donner un ou deux euros.
    J’ai essayé de comprendre les raisons, le processus, les impacts des crises successives depuis celle de 1987. A l’époque j’étais consultant dans une banque en Suisse et je participais à la réorganisation du système d’information du back office et des bourses de Genève et je pouvais discuter avec les traders et autres acteurs. J’étais donc sur le terrain quand les bourses ont chuté. J’ai été particulièrement sensible et étonné, à cette époque, des réactions et des émotions des gens de la banque . J’ai été surpris que ce monde « lisse », à priori « stable » et respectueux des conventions, bascule en quelques heures aux pires frayeurs. Le personnel de la banque était « comme paralysé  » et l’on voyait de gros investisseurs venant du monde entier arriver en urgence à la banque. La « Montagne magique » de Thomas Mann se réveillait. Brutalement le monde chavirait. et je me faisais la remarque suivante. Les marocains du Haut Atlas ou les péruviens de l’altiplano que j’avais rencontrés, tous très pauvres, pouvaient ils être informé de ce qui se passait et quels seraient les répercussions sur leur quotidien.
    Puis en 2000, j’ai « vu » la crise arriver et je n’ai pas a été surpris quand les bourses se sont effondrées en 2002. Je suivais la montée des dettes mondiales à travers beaucoup d’articles qui prévenaient de ce qui pouvait sûrement se passer. J’ai trouvé les écrits de Paul Jorion et la pertinence de ses explications. En 2007 je m’attendais à la survenue de la crise. Par la suite j’ai continué à lire régulièrement ce que disait Paul Jorion. J’ai acheté 2 de ses livres (Keynes et la Lumière que l’on n’éteint pas).
    J’ai décroché progressivement du blog pour essentiellement 2 raisons.
    La première est que je consacre beaucoup de temps à mes nouvelles activités.
    La deuxième raison porte sur le parti pris politique du blog lors des dernières élections.
    J’ai trouvé slors que le blog perdait de pertinence dans ses explications et dans les compréhensions de ce qui se passait. Le blog entrait dans la bataille en prenant parti pour Piketty et les joutes des personnes du blog combattant dans l’arène ne m’intéressent pas vraiment.
    Le blog, comme les personnages de la Montagne Magique qui, à la fin, les uns en arrivent aux mains et les autres se retrouvent enrôlés dans la guerre de 14-18, me ramène de trop à ce caractère vil, stupide, limite violent du genre humain.

  18. Quand pense Zébu celui qui nous a traité de tous les noms « fascistes, attardés,qui ne comprenez rien. La gestapo est en bas de chez vous et vous ne voulez quand même pas voter Macron au deuxième tour! Il a disparu le Zébulon?

      1. M Jorion, ne pas voter Macron ne veut pas dire voterMPL. Vous faites une erreur importante car j’ai voté blanc.

      2. Avec ton analyse de haut vole, pareillement tu as aussi voté pour MLP Jorion, le fascisme c’est le fascisme, blanc ou noir. C’est logique et imparable. (pas la peine de me dire que tu ne votes pas hein, on s’est bien compris).

  19. Au début du blog, si mes souvenirs y remontent, il y avait peu de contributeurs: Paul Jorion, Francois Leclerc, Pierre Sarton du Jonchay (même si pas toujours facile à comprendre :)), et quelques autres.
    Par la suite, le nombre de contributeur a augmenté et mon impression a été qu’il n’apportait pas toujours des points de vue très intéressant. Pour le dire autrement, c’était (souvent) des propos très « gaucho » (comprendre: simpliste) et sans aucun intérêt.
    La liberté d’expression c’est sympa, mais cela signifie pas que tout les propos soient dignes de publication.
    Un peu plus de rigueur dans le choix de ce qui peut être publié permettrait, me semble-t-il, de redonner du peps au blog.
    Bonne continuation!
    m

  20. « L’institutionnalisation n’a pas eu lieu parce que je suis passé sous des fourches caudines, elle a eu lieu parce que mon message est passé EN DÉPIT de sa radicalité. Autrement dit, mon message a convaincu, et de cela je dois me réjouir plutôt que m’en affliger. »

    Nous dit Paul Jorion. Possible, oui. Mais il y a aussi cette option :

    http://blogsofbainbridge.typepad.com/avertis/images/tabac3.jpg

    Comment vraiment savoir si le message passe et convainc ou si ça revient à pisser dans un violon ? Voilà une vraie question pour intello !

  21. Vieu lecteur de ce blog, je décrirais ma propre consommation de celui-ci selon trois temps distincts:

    Premier temps, la découverte: L’auteur défendait alors des idées dans lesquelles je me reconnaissait énormément, du moins énormément plus que tout ce que je pouvais lire ou entendre par ailleurs. J’ai donc passé des journées et des nuits entières à le lire et à y participer.

    Deuxième temps, l’impatience: Fort de plusieurs années de lecture assidue du blog, de formation autodidacte sur les sujets économiques notamment et décidé à « changer de braquet » dans une exploitation plus concrète de tout ce savoir, je posais ici même, comme beaucoup d’autres personnes à l’époque, la question récurrente du : « Que faire ensuite? », à laquelle personne n’obtint jamais d’autre réponse que de très nébuleuse, de type « il faudrait que les institutions reprennent nos propositions » et autres ellipses commodes. En la matière, la seule réalisation palpable de ce blog était et reste encore à ce jour le partage de plats de spaghettis quelque part du côté de Bruxelles. Maigre résultat…

    Troisième temps, le décillement : Sans aucune concrétisation ni même de perspective en la matière, aux vues d’une dérive droitière de la ligne éditoriale sous la férule probable des ABPJ, j’ai du me rendre à l’évidence que ce blog n’était que le siège d’un divertissement attaliste, pour ne pas dire une de ces diversions dont cette gauche de droite qui ne s’assume pas mais qui, tel le chat de Schrödinger, a à la fois perdu et gagné les dernières élections, détient le secret.

    Jorion a capitalisé pendant une décennie sur son analyse de la crise des subprimes, non pas qu’elle ait d’ailleurs été la marque d’une perspicacité particulière de son auteur, mais plutôt par le fait qu’il se soit trouvé non pas seulement à l’épicentre mais carrément au foyer du phénomène. Il ne s’en cache d’ailleurs pas, ce qui ne semble pourtant pas ébranler la foi de certains de ses lecteurs.

    Quoi qu’il en soit peu à peu, les gens se sont peut-être quand même rendu compte qu’en dehors de quelques gloses aimables et d’autres moins, un peu de nostalgie aussi peut-être, il n’y avait finalement de moins en moins de choses à retirer de ce blog, en tout cas rien de très consistant, et pas d’avantage à y apporter, d’ailleurs.

    1. Je me réjouis dans ce cas-là à la pensée que vous tomberez de votre chaise à la lecture de Vers un nouveau monde (à paraître le 23 août). Les cimetières sont pleins de gens ayant vainement attendu ma « dérive droitière » 😀 .

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