Le Venezuela, métastase du cancer monétariste libéral mondial, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Après 19 ans de chavisme et 10 ans de crise des subprimes, le Venezuela n’en finit plus d’explorer les impasses politiques et économiques du monétarisme libéral. Le monétarisme libéral est le régime politico-monétaire des États-Unis depuis son émergence comme empire des Amériques au XIXème siècle puis mondial au XXème siècle. Ce régime pose l’autonomie constitutionnelle de l’émission monétaire par le crédit bancaire. Dans la mythologie libérale puritaine, la délibération et d’interprétation de la loi par le pouvoir politique et les agents de la puissance publique ne peut pas et ne doit pas déterminer la politique d’émission des signes monétaires par quoi les banques quantifient leurs crédits à l’économie.

Mythologie libérale de la valeur créée ex nihilo par les banquiers

Concrètement, le monétarisme libéral pose le crédit comme une affaire privée assurée par des capitaux privés. La masse monétaire résultant de l’émission de crédits bancaires ne peut pas être initiée ni limitée par l’État de droit posé comme acteur public institué de la chose publique. Les finalités de la monnaie émise par le crédit bancaire libéral sont exclusivement privées : elles n’entrent pas dans le champ de la république. La monnaie libérale est une matière privée qui accorde au banquier le droit exorbitant de faire exister une valeur sans lui donner de cause intelligible concrètement et publiquement vérifiable : un paiement en monnaie n’exprime que la satisfaction d’un objectif privé dont la légalité et la conformité à un bien commun réel tangible n’ont pas à être établies ni vérifiées par un pouvoir public collectif.

Le monétarisme libéral étatsunien est la norme monétaire mondiale depuis la dérégulation financière qui a sanctionné dans les années 1980 l’abandon de tout étalon international objectif de comptabilité du crédit. Depuis l’abandon en 1971 de l’étalonnage international des monnaies par le prix fixe d’une once d’or, le pouvoir d’achat et de remboursement monétaires des dettes se définit indépendamment de toute légalité nationale ou internationale. Le prix « réel » d’un signe monétaire se définit uniquement par un rapport de force mathématisé sur un marché bancaire nominal entre des opérateurs qui empruntent et qui prêtent le signe.

La force des prêteurs du signe est dans le crédit obligeamment prêté à fournir une contrepartie réelle dans un futur indéterminé. La force des emprunteurs du signe est dans la contrepartie supposée réelle immédiate fournie en contrevaleur du prix revendiqué de quelque chose proposé à la vente. Ainsi le prix réel du dollar, qui est la monnaie réelle de fait au Venezuela, est dans tout ce qui peut s’acheter à des gens qui acceptent de vendre quelque chose contre un paiement en dollar.

L’imbécillité du dollar au Venezuela comme dans le reste du monde est dans la causalité légalement, moralement et réellement invérifiable du prix prêté ou emprunté. L’objet de valeur positive sous-jacent à un prix en dollar n’est pas reconnaissable indépendamment de son prix affirmé par une banque. Le banquier libéral peut décréter le prix d’un crédit dont l’objet n’est pas public, donc invisible.

De fait, un détenteur de dollar en espèces ou sur un compte de dépôt dans un paradis fiscal quelconque, peut au Venezuela tout acheter y compris la conscience et l’arbitrage d’un président, d’un député, d’un fonctionnaire, d’un policier, d’un juge, d’un maire, d’un chef d’entreprise, d’un proxénète ou d’un trafiquant de drogue. Dès son émancipation à la faveur de l’occupation de la métropole espagnole par les Français impériaux en 1808, le Venezuela a été contrôlé par des grands propriétaires et des marchands soucieux de s’enrichir librement par le commerce avec l’Europe.

Le mythe rentable de la rentabilité du capital hors du travail

Le principal motif de l’indépendance progressivement conquise à partir de 1811 fut de même nature que celui des États-Unis d’Amérique issus de l’empire britannique : liberté de commerce avec quiconque sur toute marchandise et franchise fiscale par rapport à la métropole. Dès l’origine, le Venezuela fut gouverné par des coalitions d’intérêts privés de la bourgeoisie des villes antérieurement coloniales. La finalité de la souveraineté vénézuélienne est comme dans toutes les Amériques la liberté économique de la bourgeoisie d’affaire agricole, industrielle et commerciale. Les lois, le gouvernement et la politique sont construits sur les intérêts des propriétaires de tout ce qui peut constituer du capital y compris des esclaves indiens ou importés d’Afrique.

L’ordre monétaire par quoi sont évaluées et réglées les dettes issues des échanges économiques est dans toute l’Amérique, indépendante de l’ordre politique et d’une quelconque souveraineté du peuple, de la nation ou de la socialité politique. Le fondement de la valeur exprimée dans le prix réglable en monnaie n’est pas le droit de la personne qui vend ou qui achète, ni celui de la société politique qui fait le cadre de la transaction et du paiement. La justification du prix et de la dette est dans la seule marchandise supposée vendue par celui qui possède hors de toute responsabilité réelle.

Depuis son indépendance, l’ordre monétaire vénézuélien est fondé sur la propriété du capital et non sur le travail. Les prix sont commandés par l’intérêt du capital plutôt que par les besoins humains défendus par et pour une société politique. Il en résulte que le pouvoir d’achat des monnaies vénézuéliennes jusqu’à aujourd’hui a toujours dépendu du commerce extérieur et du crédit que les possédants veulent bien consentir à la société domestique. La liquidité de l’économie et de l’État vénézuéliens dépendent depuis l’origine de la part des capitaux que les élites possédantes veulent bien rapatrier de l’étranger sur le prix accumulé de leurs ventes au marché mondial.

Le principe juridique fondateur du monétarisme libéral est la libre circulation du capital par dessus les frontières de la souveraineté donc de la responsabilité des États nationaux. En pratique, la circulation du capital est libre quand une banque gérant des dépôts nationaux peut prêter ou emprunter à des étrangers sans permettre à la puissance publique nationale qui garantit les dépôts de contrôler les crédits ou emprunts internationaux qu’ils génèrent. L’intérêt immédiat de la circulation totalement libre du capital est de contourner la loi et l’impôt pour augmenter et accélérer la rentabilité du capital.

Contourner la loi permet de minimiser les droits du travail qui transforme et rentabilise le capital. Contourner l’impôt permet de minimiser le coût des solidarités sociales légales et de cantonner l’investissement public au minimum d’existentialité juridique qui permette la rentabilité exclusive du capital privé. L’État de droit libéral est nominal et pas nécessairement réel : au service du capitalisme privé, il se doit de minimiser l’intérêt général à la reconnaissance légale et politique de tous les besoins humains des citoyens. Le travail est un coût à abaisser le plus possible au profit d’une attribution maximale de valeur ajoutée aux propriétaires du capital.

Les États-Unis se sont imposés dès la fin du XIXème siècle comme le premier client et fournisseur international du Venezuela. En accumulant des dépôts en dollar aux États-Unis, les grands propriétaires vénézuéliens ont importé la philosophie étatsunienne du droit qui minimise la représentation de l’intérêt général par l’État et les officiers publics et maximise l’initiative et les intérêts privés des propriétaires du capital. Jusqu’à l’avènement du chavisme avec l’élection de Hugo Chavez à la présidence en 1998, l’investissement et la dépense de l’État vénézuélien au bénéfice de la société toute entière sont minimaux.

Le Venezuela enlisé dans la guerre des mythes

Le chavisme est une évolution politique socialiste autoritaire de l’État vénézuélien pour redistribuer la rente pétrolière dans l’ensemble de la société vénézuélienne. L’autoritarisme chaviste est à la fois une posture et une réalité dans une histoire politique inspirée par le capitalisme libéral étatsunien. Pour redistribuer la valeur ajoutée par l’intermédiaire d’une puissance publique socialement interventionniste et responsable, les chavistes ont évidemment augmenté la fiscalité sur le capital, donc sur les riches, nationalisé partiellement l’industrie pétrolière, financière et commerciale, et instauré un contrôle légal et fiscal plus serré de la circulation du capital. L’instauration d’un État au service de tous porte évidemment atteinte aux libertés privées de la propriété libérale.

Même si les chavistes en sont venus à se qualifier de socialistes, ils sont restés bon gré mal gré dans un régime politique de démocratie libérale. Ils n’ont pas instauré un régime de démocratie populaire avec un parti unique et une propriété publique généralisée des moyens de production. Nicolas Maduro a été élu avec une très courte majorité et fait face à un parlement majoritairement acquis aux anti-chavistes. La situation actuellement chaotique du Venezuela n’est donc pas typique d’une dictature du prolétariat agonisante par son impéritie économique et politique. Les Vénézuéliens sont au cœur de la contradiction radicale entre la démocratie et le système mondialisé de la libre circulation du capital au-dessus des États de droit.

Le postulat de l’auto-régulation internationale du crédit et de la monnaie par un marché global mondialisé a été anéanti par le krach des subprimes. A l’échelle internationale le crédit interbancaire ne repose plus sur la loi ni sur la confiance des sociétés politiques mais sur des coalitions supra-nationales d’intérêts économiques privés adossées à la super-puissance militaire et monétaire des États-Unis. Par le truchement du « quantitative easing » des banques centrales spécialement de la Fed, la masse monétaire mondiale explose pour dissimuler derrière une dette supranationale non remboursable et non vérifiable par des lois souveraines, une fausse accumulation de capital. Le capital libéral actuel est devenu fictif par l’évasion fiscale totalement libre : construit sur l’anéantissement des États donc de la base publique juridique et morale du capital.

Huitième exportateur mondial de pétrole, le Venezuela est un État et une économie totalement dépendants de la sur-consommation mondiale d’énergie fossile et de la croissance économique artificielle issue du pillage des ressources naturelles. Depuis 2008, l’économie vénézuélienne n’est plus en mesure de financer l’État social chaviste, lequel n’a apporté aucun remède à la liberté de corrompre la responsabilité publique qui découle de l’intégration du Venezuela dans la mondialisation financière libérale.

Un cadastre financier pour fonder la responsabilité du capital et du travail

Pour que l’État vénézuélien soit financé sur toutes ses fonctions essentielles d’instauration de la démocratie, il faudrait que tout les bases vénézuéliennes du capital disponible à la société vénézuélienne soient identifiées dans un cadastre financier distinct et séparé du capital et des intérêts non vénézuéliens. Il faudrait que le crédit en bolivar et la parité internationale de change du bolivar soient exclusivement gagés et indexés sur des actifs détenus et contrôlés par des ressortissants de la loi vénézuélienne ; lesquels soient publiquement assurés par du capital public vénézuélien géré par le pouvoir politique travaillant exclusivement en monnaie vénézuélienne.

Le pouvoir libératoire du bolivar devrait être exclusif à l’intérieur des frontières juridiques et financières du Venezuela : toute monnaie dont les comptes bancaires ne sont pas visibles au juge vénézuélien devrait être sans valeur légale. Aucune dette à l’intérieur de la souveraineté vénézuélienne ne devrait être convertible en monnaie étrangère autrement que par un marché des changes public vérifiable par le pouvoir judiciaire vénézuélien. Aucune banque ne devrait pouvoir comptabiliser une dette ou une créance en droit vénézuélien sans disposer d’un capital en bolivar convertible et fiscalisable sur le marché des changes publics surveillé par le pouvoir judiciaire vénézuélien.

Si le bolivar n’avait de valeur libératoire que par la démocratie vénézuélienne exclusive de tout pouvoir étranger non ressortissant du juge vénézuélien, alors il pourrait se former un équilibre général des prix de tous les biens et services disponibles au bénéfice réel de tout citoyen du Venezuela. Les prix ne seraient plus déterminés par des rapports de force inégaux entre des acteurs soumis à des lois différentes et des intérêts cachés. Les prix seraient publiquement explicables par la contribution explicite en capital et en travail effectifs de toutes les personnes physiques politiquement et socialement impliqués dans la production des biens par une même loi.

Le projet chaviste de mettre l’État et l’ordre social au service de tous les citoyens se révèle antinomique de la globalisation libérale. Si le règlement des dettes internationales est de fait invisible à la fonction judiciaire et régulatrice des États, les intérêts privés anonymes restent libres d’utiliser n’importe quelle monnaie moralement fausse pour corrompre n’importe quelle conscience personnelle. L’économie ne peut pas servir l’humain si les droits de la personne, du citoyen et de la société ne sont pas séparables de la comptabilité matérielle des choses. Autrement dit, le capital ne doit pas pouvoir exister dans un prix en monnaie sans une protection politique et judiciaire préalable de toute personne susceptible de produire et de s’approprier le capital pour vivre et prospérer.

Le système bancaire et monétaire existe qui permet la démocratie et le droit des citoyens au Venezuela et ailleurs ; ce n’est évidemment pas le monétarisme libéral actuel du dollar et de ses dérivés européens. C’est la monnaie keynésienne telle qu’ébauchée puis abandonnée dans la dérégulation libérale : une monnaie émise et garantie par des États souverains mis à égalité de puissance et de pouvoir économique par un marché international public des changes surveillé par des juges internationaux du crédit. Un crédit international gagé par les droits communs mondiaux du citoyen et par des biens et services réels publiquement cotés dans une monnaie de compte qui appartient à tout humain et pas à une oligarchie quelconque dissimulée par le secret bancaire.

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22 réflexions sur « Le Venezuela, métastase du cancer monétariste libéral mondial, par Pierre Sarton du Jonchay »

  1. Bonjour PSJ,

    Je dois m’inquiéter, je comprends de mieux en mieux vaut texte ?

    Sinon, dans la lignée sur le cancer qui ronge le Venezuela, à écouter l’analyse/sentiment de l’ancien conseiller de Allende, Joan Garces, pour qui la situation encours lui rappelle les années 70-73 au Chili avant la mise en route de la vraie bonne dictature militaire ayant elle le soutien US et du monde des affaires as usual puisque libérale économiquement et de droite politique.

    https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/blog/100817/rappel-le-coup-detat-de-la-cia-au-chili-par-joan-garces-conseiller-de-allende

  2. « …Le système bancaire et monétaire existe qui permet la démocratie et le droit des citoyens au Venezuela et ailleurs ; ce n’est évidemment pas le monétarisme libéral actuel du dollar et de ses dérivés européens. C’est la monnaie keynésienne telle qu’ébauchée puis abandonnée dans la dérégulation libérale… »

    Et cette monnaie keynésienne, aura-t-elle une parité fixe avec une once d’or ?

    « …Le monétarisme libéral étatsunien est la norme monétaire mondiale depuis la dérégulation financière qui a sanctionné dans les années 1980 l’abandon de tout étalon international objectif de comptabilité du crédit. Depuis l’abandon en 1971 de l’étalonnage international des monnaies par le prix fixe d’une once d’or … »

    Parce que, il faut bien comprendre les raisons qui ont poussé la maison blanche à laisser flotter sa monnaie le dollar. C’est justement une politique keynésienne: laisser filer les déficits pour financer la guerre au Vietnam entre autre, pouvoir imprimer autant de dollars souhaités, sans être obligé en retour de vider ses réserves d’or.

    En effet à l’époque des petits malins, légitimement un peu inquiet du déséquilibre des comptes US, possesseurs de dollars ou de pétro-dollars dans le monde, trouvaient très avantageux et très prudent d’échanger au guichet de la fed de la monnaie de singe dans une parité fixe de 35$ contre du tangible.

    Nixon en y mettant fin a sauvé l’impérialisme US d’une faillite prématurée.

    Quel rapport avec le Venezuela ?

    Aucun, sauf que les problèmes devant nous ne sont pas d’ordre technique mais politique.

    « … Pour que l’État vénézuélien soit financé sur toutes ses fonctions essentielles d’instauration de la démocratie, il faudrait que tout les bases vénézuéliennes du capital disponible à la société vénézuélienne soient identifiées dans un cadastre financier distinct et séparé du capital et des intérêts non vénézuéliens… »

    Bref il faudrait un contrôle des changes, mais sous l’influence idéologique du libéralisme, « contrôle » ça fait un peu dictature, ça fait un peu Corée du nord, non seulement politiquement ça ne ce dit pas, mais ça ne ce pense même pas !

    Bref les « chiens » keynésiens, politiquement se mordent la queue.

    « …Un crédit international gagé par les droits communs mondiaux du citoyen et par des biens et services réels publiquement cotés dans une monnaie de compte qui appartient à tout humain … »

    Ben voyons !!!

    1. La révolution monétaire keynésienne consiste à détacher le prix de la monnaie d’une détermination fixe par la quantité de quelque chose de physico-matériel. Ce qui fait la valeur de la monnaie keynésienne, c’est l’existence d’une société politique dans un État de droit identifié, différentiable et actif : l’Angleterre, la France, les États-Unis d’Amérique, le Commonwealth. Concrètement, la monnaie keynésienne n’est pas émise à proportion d’une réserve matérielle physique déposée dans un coffre-fort bancaire mais par des contrats de crédit qui matérialisent le prix attribué collectivement à la valeur réelle future d’un objet ou d’un projet verbalement défini d’investissement en travail humain social.

      La comptabilité monétaire keynésienne des prix résulte d’une activité sociale politique par laquelle un groupement identifiable de personnes convient que telle chose sera produite pour tel prix à telle date pour d’autres personnes identifiées qui se portent acheteuses à terme de la chose à produire au prix convenu par la négociation de marché. La monnaie keynésienne repose sur l’égalité réelle des droits entre les acheteurs et les vendeurs, les apporteur de capital et les apporteur de travail, les prêteurs de liquidité et les emprunteurs, les négociateurs du cadre légal et normatif et les obligés, les gérants du crédit et les utilisateurs de la monnaie liquide qui en résulte.

      La substance de la monnaie keynésienne est l’égalité formelle, concrète et pratique des droits entre acteurs et rôles à l’intérieur d’une société politique délimitée identifiable et instituée. A l’échelle internationale donc inter-étatique, le modèle keynésien de la monnaie exige une unité de compte internationale commune dont le pouvoir d’achat est de même nature pour tous ses utilisateurs quel que soit leur nationalité et leur statut juridique. L’étalon monétaire international keynésien du crédit n’est formé que par l’existence d’une chambre de compensation centrale mondiale des paiements garantie et opérée par une société internationale d’États souverains égaux en droits et en obligations quel que soient leur taille et leur puissance.

      C’est précisément cette chambre de compensation internationale du crédit en bancor qui a été rejetée par les États-Unis à la conférence de Bretton Woods en 1944. L’ordre monétaire international actuel construit sur le dollar et les autres monnaies nationales de réserve négociables par un marché interbancaire mondial nominal n’a fondamentalement rien de keynésien. Ce constat basique permet d’affirmer que la crise vénézuélienne a une cause financière et monétaire dans l’inexistence d’un État vénézuelien réel dont la fonction soit d’assurer l’égalité des droits entre Vénézuéliens et l’égalité des droits de la société politique vénézuélienne avec la société politique des États-Unis voisins.

      L’ordre monétaire international imposé par les États-Unis et ses affidés européens depuis la deuxième guerre mondiale est un ordre impérial. Le capital impose sa loi au travail, la firme à l’individu, la mafia au pouvoir légal, le grand pays au petit, l’empire à la nation démocratique. Au sens de la démocratie, le Venezuela n’a aucune possibilité d’existence dans le système de la finance monétariste libérale : le bien commun des Vénézuéliens n’est pas finançable face à l’agrégation anonyme des intérêts privés dissimulés par la libre circulation du capital dans le secret du réseau bancaire global. Sous l’emprise du dollar des États-Unis, les prix pratiqués dans l’économie vénézuélienne sont impérativement bénéfiques pour les riches exonérés de la loi par leurs liquidités monétaires déposées hors du contrôle d’un quelconque État de droit vénézuélien.

      1. @Vigneron :

        Dollar et canonnière risquent d’être en phase du côté de la Corée du Nord plutôt qu’au Vénézuela .

        Tiens , Maduro vient de renforcer son partenariat avec la Chine
        ( enfin c’est lui le demandeur) .

        On commence à voir entre qui et qui le « dialogue » se dessine .

        Europe où est ta voie ?

      2. Laisse tomber la Corée Juan, tout le monde s’en branle, à part ses voisins du Sud et du Nord.
        Ouaip, Maduro est prêt à donner ce qui reste à croquer du pays à Xi et Putin pour que sa caste reste en place, mais les créanciers de Maduro et de PDVSA vont pas laisser passer les tankers et dormir les actifs Vénéz à l’étranger sans réagir si les milliards tombent pas à l’heure dite.

      3. @ Pierre Sarton du Jonchay
        « …L’ordre monétaire international actuel construit sur le dollar et les autres monnaies nationales de réserve négociables par un marché interbancaire mondial nominal n’a fondamentalement rien de keynésien… »

        l’ordre monétaire mondial de Bretton Woods de 1944, se résumant dans la formule  » Dollar as good as gold », est mort, et ce décès a été entériné en 1976 par les accords de la Jamaïque, là où l’ensemble des monnaies internationales se sont mis à flotter, un peu comme votre théorie monsieur Pierre.

        Mais réduire la pensée keynesienne à une monnaie unique, le bancor, c’est se masquer la réalité de cette pensée, se caractérisant avant tout par la nécessité pour les Etats de financer des plans d’investissements par endettements, endettements qui sera ensuite résorber par des rentrées fiscales augmentées, liées à la croissance générée.

        la politique menée depuis 1944 est foncièrement keynésienne, et c’est pour se faire plus keynésien que Keynes, que Nixon et derrière lui la bourgeoisie internationale a rompue tout lien avec le moindre système « étalon or ».

        Le résultat nous l’avons devant nous, et il faut être de la pensée de Keynes pour ne pas voir qu’il est le roi des faux monnayeurs et des banqueroutiers contemporains.

        « …Au sens de la démocratie, le Venezuela n’a aucune possibilité d’existence dans le système de la finance monétariste libérale … »

        Là nous sommes bien d’accord, mais déjà au début du XX siècle les marxistes écrivaient des choses très vraies et très inintéressantes sur la situation des pays coloniaux et semi-coloniaux.

        Alors il me semble que pour saisir les événements au Venezuela, il nous faut plus nous appuyer sur le marxisme que sur le sir John Maynard Keynes.

      4. @Eninel,
        La grille d’analyse plus marxisante que vous voulez appliquer au Venezuela me convient tout à fait mais ne me paraît pas changer le fonds de mon constat. Le régime mondial actuel de libre circulation du capital rompt toute relation de causalité entre l’émission des signes de la liquidité monétaire et la production effective des biens et services conformément à un état de droit bénéfique et protecteur pour tout citoyen. Le Venezuela illustre parfaitement comment la conscience et la responsabilité des magistrats publics est achetée par des intérêts privés opaques qu’aucune souveraineté nationale ou internationale ne peut réguler ou contraindre. Et c’est bien le flottement officiel des monnaies depuis les accords de la Jamaïque de 76 qui supprime toute responsabilité économique concrète des États dits souverains dans l’adossement du prix du capital et de la monnaie à des lois et des décisions de justice. Je ne vois pas que ce régime de la toute puissance des « marchés » par rapport aux États et au pouvoir politique soit ce que Keynes a recommandé et proposé dans ses travaux sur l’économie et la monnaie.

      5. @Pierre Sarton du Jonchay

        Le but Pierre n’est pas de manière snob à vouloir être « marxisant », c’est d’employer une méthode d’investigation nous permettant au plus prés d’approcher la vérité.

        « …La grille d’analyse plus marxisante que vous voulez appliquer au Venezuela me convient … »

        Personnellement je pense que cette méthode est le matérialisme dialectique, en ce sens je me revendique marxiste, entièrement convaincu que tout autre approche, qu’elle soit idéaliste ou agnostique ou un dérivé, est source d’erreur. Et que les choses soient claires, être marxiste ce n’est pas s’enfermer dans une pensée unique, ce n’est pas chercher à ce que nous pensions tous exactement la même chose, c’est exactement l’inverse.

        Ce n’est pas parce que les gens sont certains que la terre est ronde, qu’ils tournent en rond !

        Trotsky dans son « Le marxisme et notre époque » (avril 1939) écrit:

        « … Pour la science économique, ce qui a une importance décisive, c’est ce que les gens font et la manière dont ils le font, et non ce qu’ils pensent eux-mêmes de leurs actions. La base de la société, ce n’est pas la religion ni la morale, ce sont les ressources naturelles et le travail. La méthode de Marx est matérialiste, parce qu’elle va de l’existence à la conscience, et non inversement. La méthode de Marx est dialectique, parce qu’elle considère la nature et la société dans leur évolution, et l’évolution elle-même comme la lutte incessante de forces antagonistes… »

        Et pour ce qui nous concerne, l’impuissance des bourgeoisies comprador, dans les pays semi-coloniaux, comme peut l’être aujourd’hui le Venezuela, avec ou sans Chavez ou Maduro, lisons encore Trotsky:

        « …Tandis qu’il détruit la démocratie dans les vieilles métropoles du capital (On voit ça avec Macron -Eninel-), l’impérialisme entrave, en même temps, son développement dans les pays arriérés (Le Venezuela par exemple -Eninel). Si, dans la dernière période, pas une des colonies ou des semi-colonies n’a accompli sa révolution démocratique, particu­lièrement dans le domaine des rapports agraires, cela est entière­ment dû à l’impérialisme, qui est devenu le principal frein du progrès économique et politique. Tout en pillant les richesses naturelles des pays arriérés, et en freinant délibérément leur développement industriel auto­nome, les magnats des trusts et leurs gouvernements accordent un soutien financier, politique et militaire aux groupes semi-féodaux d’ex­ploiteurs indigènes les plus réactionnaires, les plus parasites. La barba­rie agraire entretenue artificiellement est aujourd’hui le fléau le plus sinistre de l’économie mondiale… »

        Que pouvons-nous observer quant au comportement de la bourgeoisie du Venezuela ? Elle joue contre son pays. Elle sort massivement ses capitaux du pays ( peut importe que ce soit des bolivars, des dollars ou du « bancor ») et crée la pénurie et la récession. Elle peut le faire avec d’autant plus de facilité que les premiers à le faire sont ceux qui se croient des révolutionnaires, des bolivariens, les cadres chavistes. Ces gens ne sont que des bureaucrates embourgeoisés apeurés, qui prouvent au monde leur impuissance totale à réaliser la moindre réforme bolivarienne. Comme hier au Chili, des groupes semi-féodaux d’ex­ploiteurs indigènes les plus réactionnaires, soutenus et financés par les ricains, ont beau jeu d’exciter le peuple et d’espérer bientôt faire la peau à Maduro. Qui gagnera le peuple ?

        Vous Pierre, il me semble que vous tentez absolument de sauver la réputation de votre mentor, le sir Keynes. Chose qui est absolument impossible si nous regardons la réalité en face, si nous partons de l’existence vers la conscience, nous sommes bien obligé d’observer que Keynes en tant qu’économiste bourgeois porte une responsabilité de la situation financière actuelle.

        La brève histoire des systèmes monétaires internationaux vont de l’étalon or, la jeunesse du capitalisme, à la conférence de Gênes après guerre, tout d’un coup le capitalisme s’est pris un petit coup de vieux:

        « …Tous ratifient les accords adoptant le Gold exchange standard, l’étalon-or, qui prévoit le dollar et la livre comme monnaies convertibles en or. Ce système s’arrêtera en 1933, suite au retrait du Royaume-Uni puis des États-Unis… » (linternaute)

        Déjà un moment dramatique où des impérialistes européens ruinés par la guerre, menacés par le communisme (URSS) , trouvent un subterfuge pour gonfler leurs réserves avec de la monnaies, du papier. Enfin grâce à ce papier, on aura le krach de 1929 et la guerre.

        Et nous arrivons à 1944, bretton woods, où vue la puissance industrielle et militaire des USA, Keynes, même s’il le conteste moralement, et bien obligé d’admettre que le bancor s’appellera dollar. Seule la monnaie US sera arrimé à l’or, les autres étant arrimés au dollar.

        A Gênes il y avait un Gold exchange standard, sans une monnaie de référence, la livre et la Grande Bretagne étant incapable de jouer ce rôle. A New York c’est différent, le dollar étant arrimé à l’or sur une parité fixe, les impérialistes mettent en place un système stable, on reconstruit le capitalisme, d’autant que le monde considérera le dollar aussi bon que l’or. Cela durera jusqu’en 1971.

        Mais tout ce qui existe méritant de périr, la nature et la société étant dans une évolution permanente, les antagonismes de classe poussant la maison blanche a abuser un peu trop du whisky et de la planche à billet, le beau système de bretton woods, un système proche de celui que voulait Keynes, explose en vol.

        Vous écrivez Pierre que Keynes ne voulait pas de la situation actuelle, et nous sommes d’accord:

        « … Et c’est bien le flottement officiel des monnaies depuis les accords de la Jamaïque de 76 qui supprime toute responsabilité économique concrète des États dits souverains dans l’adossement du prix du capital et de la monnaie à des lois et des décisions de justice. Je ne vois pas que ce régime de la toute puissance des « marchés » par rapport aux États et au pouvoir politique soit ce que Keynes a recommandé et proposé dans ses travaux sur l’économie et la monnaie… »

        Keynes comprenez bien que pour tendre un élastique, encore faut-il qu’il existe un élastique, un bout d’élastique accroché à du tangible. Nous sommes d’accord, Keynes était un économiste et pas un charlatan. C’est sûr qu’aujourd’hui les devises internationales, rattachées à rien, feuilles mortes évoluant au grès du vent, ce non-système n’est pas de Keynes. Keynes si il était encore des nôtres, rejoindrait sans doute les amis du blog de Paul Jorion. mais pour quoi faire ? Pour dire quoi ?

        Pouvons-nous un instant pouvoir espérer redonner consistance et santé à un capitalisme à bout de souffle ? faut-il se débarrasser du capitalisme ou le rafistoler ?

        Faut-il un gouvernement du monde, sans lui il ne peut y avoir une monnaie unique, un bancor, mais simple question Pierre, ce gouvernement du monde, faut-il qu’il soit ouvrier ou bourgeois ?

        Si c’est un gouvernement du monde ouvrier, votre bancor sera inutile, le monde aura appris à se passer de la monnaie, parce que l’intervention de la raison dans les relations humaines aura réalisé la prophétie de Saint Simon voulant que l’age d’or du genre humain sera le moment où l’or (ou le bancor) n’aura plus de valeur..

        Conclusion. Donnons la parole à Trotsky:

        « …Des réformes partielles et des rafistolages ne serviront à rien. Le développement historique est arrivé à l’une de ces étapes décisives, où, seule, l’intervention directe des masses est capable de balayer les obstacles réactionnaires et de poser les fondements d’un nouveau régime. L’abolition de la propriété privée des moyens de production est la condition première d’une économie planifiée, c’est-à-dire de l’intervention de la raison dans le domaine des relations humaines, d’abord à l’échelle nationale, puis, par la suite, à l’échelle mondiale… » (Le marxisme et notre époque)

        Abolition de la propriété privée des moyens de production, ça vous parle Pierre, où cela vous parait trop désuet, trop révolutionnaire, trop communiste peut être ?

  3. les taux de change doivent avoir un rapport, je suppose, avec ces politiques monétaires ?

    Dans quelle mesure, et comment, volontaire ou dépendant ?

    le cours du Bolivar avait chuté en décembre 2016 (10,45 pour 1€), il est remonté nettement ces temps-ci (08/17 : 12,04 pour 1€). Par rapport à votre analyse je le vois en contradiction (et pourquoi ?), me trompe-je ?

    1. Non de 10,45 à 12 pour 1 € il a baissé, de 15%, passé de 0,095 à 0,083 €.
      Et de toutes façons c’est pas le vrai cours du Bolivar, juste le cours officiel, rien à voir avec celui que vous obtiendrez au cours du vrai marché, le noir bien sûr, dans la rue.

  4. Merci à l’auteur de l’article, Monsieur Pierre Sarton du Jonchay de m’avoir éclairé sur l’ampleur du désastre en cours où la situation du Vénézuéla n’est que la prémisse de notre propre et possible désintégration. L’élection de M.Macron est déjà le déclic en France pour que son peuple rentre dans le rang. Nous verrons bien ce qu’en dira le peuple de France une fois les lois qui ont été votées, passer dans la réalité. Face au monopole de la monnaie détenue par la puissance privée, l’irresponsabilité domine et les politiques publiques apparaissent à contre-courant et peinent à endiguer l’abus de pouvoir du monde financier. Face au rouleau compresseur de la minorité agissante et n’agissant que dans son propre et unique intérêt, la résistance est difficile si elle ne se borne qu’à rester dans l’enceinte d’une seule nation. Ce n’est pas nouveau mais le phénomène se synchronise planétairement. Il ne doit pas y avoir une tête au dessus d’une autre qui dépasse. A suivre, donc sur fond de terrorisme islamiste redoublé. Horreur !

  5. Le Venezuela a toujours été basé sur la rente, rente qui antérieurement à l’arrivée de Chavez profitait largement aux compagnies pétrolières américaines, les contrats de concessions datant de l’époque de la dernière guerre mondiale, se traitaient à 5$ le baril de brut extrait.
    Chavez a mis fin à cela et changé l’orientation de la rente : les revenus du pétrole devaient revenir en priorité au peuple vénézuélien et sortir celui-ci de sa pauvreté endémique.
    Malheureusement, il n’y a pas eu d’investissements suffisant pour la mise en place d’une agriculture efficiente, ni d’une industrie pouvant réduire le coût des importations, il est donc bien évident que lorsque les prix du brut ont chuté, la répercussion a été immédiate avec un peuple qui ne comprenait pas pourquoi cet ‘âge d’or’ ne pouvait se poursuivre.
    L’opposition tenue par les milieux liés à la finance et aux mafias ne pouvait que profiter de la situation ainsi créée.
    Trafic de carburant, de marchandises diverses, d’aliments, de monnaie, etc..
    Des quantités incroyables de monnaie, le Bolivar se retrouve en des lieux improbables :
    http://www.eluniversal.com/economia/140831/contrabando-de-gasolina-genera-2200-millones-en-perdidas
    http://www.elmundo.com.ve/noticias/economia/politicas-publicas/economia-venezolana-es-la-mas-golpeada-por-el-cont.aspx
    http://www.bbc.com/mundo/noticias-america-latina-38977855
    Les incendies de dépôts d’aliments vendus à bas coût par l’État à la population sont plutôt à mettre au crédit de l’opposition qu’aux gens qui ont faim !
    L’on peut voir étonnement sur les images de manifestations anti-gouvernementales, de nombreux porteurs de masques à gaz pour éviter de subir les effets des gaz lacrymogènes : ces masques sont coûteux, qui finance ?

    1. Huhuhuhuhu, encore la rengaine des affameurs, agioteurs, accapareurs et autres ennemis de l’étranger et de l’intérieur brûlant le pain des pauvres vénézuéliens…

      1. Voui, sont véner les zigs hein ? Pas joli joli… C’est sale les émeutes pas vrai ?
        Mais que fait la police ?
        Sinon, c’est quoi l’rapport avec not choucroute ?

      2. Ben que le « cancer monétariste libéral mondial » ça attaque sacrément la peau au Venezuela, plus que le soleil de Caracas, ça me paraît assez évident comme rapport pourtant…

        Mais la correction m’oblige a modifier mon propos initial où je disais « tes potes », je sais que ce n’est pas le cas, et que cela était outrancier.

      3. Euh !, je ne vois pas l’intérêt pour une opposition ‘populaire’ de détruire des aliments qui sont recherchés par les plus pauvres, plutôt que de se livrer au pillage ?
        Le mode d’action de destruction est manifestement de gêner ou punir ceux qui soutiennent encore Maduro.

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