« Vers un nouveau monde » : Remettre en question la composante abusus du droit de propriété

Vers un nouveau monde

Ouvert aux commentaires. Deux chapitres complémentaires de mon nouveau livre-manifeste.

LE MONDE TEL QU’IL EST

14. L’environnement

Il est un constat très amer que nous devons faire quant à la détérioration de notre milieu de vie. Chaque jour, une nouvelle accablante nous parvient, au point que le sentiment d’une triste banalité l’emporte parfois sur celui de l’urgence, alors que celui-ci nous permettrait, pareil à la grenouille, de nous éjecter de la casserole d’eau bouillante plutôt que de périr à petit feu.

Nous avons appris en 2016 que près de la moitié des représentants des espèces vertébrées avaient disparu au cours des trente dernières années, mais le tableau dans lequel s’inscrit cette disparition est très noir : les énergies d’origine fossile provoquent un réchauffement climatique dont les conséquences seront peut-être fatales, et de manière imminente, pour tout être vivant à la surface de la planète.

Un sursaut citoyen se manifeste dans de nombreux domaines et on ne peut que s’en réjouir. On peut regretter cependant que les transports en commun, menacés de privatisation, soient plus chers à l’usage que la voiture individuelle. Celle-ci, dans la version non polluante, reste néanmoins inaccessible au commun des mortels. Dans le même ordre d’idées, les recyclages ou échanges s’avèrent insuffisants s’ils ne sont pas gérés à une échelle plus vaste et collective.

L’initiative citoyenne est encouragée et épaulée par des médias porteurs d’espoir, d’enthousiasme, et c’est bien. Malgré toute leur bonne volonté, leurs conseils ne sont pas à la hauteur des problèmes qui se posent : comment admettre comme une solution miracle celle de cultiver son jardin potager alors que de nombreux sols ont été pollués par l’industrie ? Rouler à vélo est-il bénéfique en des lieux confinés et pollués par le transport routier ? L’utilisation d’une monnaie locale permettra-t-elle d’ignorer les grandes disparités de revenus ?

Deux difficultés majeures surgissent face à un redressement général de notre situation catastrophique.

Tout d’abord, la désinformation systématique des citoyens que continuent à opérer aux États-Unis et dans leur sillage au sein des pays occidentaux des lobbys financiers ou des patrons d’industrie afin de continuer à fabriquer et à vendre des produits toxiques pour l’être humain et son milieu. On les appelle à juste titre les « marchands de doute ».

Ensuite, la résistance que nous manifestons à changer une fois pour toutes de système économique, celui-ci ne répondant plus à nos besoins et nous menaçant dans notre chair par ses prédispositions mortifères. Désignons-le de son nom : « capitalisme ». Notre mentalité reste celle du XIXe siècle : celle des maîtres de l’industrie, qui consommaient les ressources de la nature et des humains comme si elles étaient infinies. Or, cette vision est dépassée. Nous sommes au XXIe siècle et l’utilisation mesurée de la technologie dans un cadre plus solidaire pourrait non seulement nous faire émerger de l’esclavage, mais aussi nous restituer une partie de l’Éden, notre paradis terrestre.

Un moyen mis à notre disposition pour nous enrichir sans effort est celui de la rente, perçue grâce à des transmissions de propriété ou à des placements immémoriaux. Cette justification « inscrite dans le temps » nous empêche de réfléchir à sa raison d’être et nous en sommes bien aises.

Par ailleurs, la question de la transition énergétique, si aiguë pour nous, est difficile à traiter car l’économie de l’énergie est précisément liée à celle de la rente perçue par le propriétaire de la ressource, système de profit perdurant lié à notre tolérance vis-à-vis du mode ancestral de la propriété privée des moyens de production, jamais remis en question malgré sa nocivité et sa contribution active à la destruction de la planète. Le paradoxe en est qu’au XIXe siècle, l’économie se révélait plus efficace dans l’utilisation des ressources qu’à l’époque actuelle, car elle était moins dépendante des caprices et de la frivolité de certains intérêts particuliers.

Menant notre réflexion plus loin encore, celle-ci nous conduira directement à revoir notre conception de la propriété privée, revendiquée comme un droit absolu par la Révolution française. L’article 17 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 n’affirme-t-il pas que « [l]a propriété [est] un droit inviolable et sacré », à une époque où la notion de sacré – souvenons nous-en – est remise en question de manière fondamentale par le sentiment populaire ? Robespierre tombera d’ailleurs cinq ans plus tard, au lendemain de sa tentative de promouvoir, avec le culte de l’Être suprême, une forme renouvelée du christianisme.

Cependant, depuis deux siècles, notre monde a changé : il est devenu plus fluide, plus rapide, plus menacé aussi. La notion d’abusus au sein du droit de propriété – l’autorisation de faire ce que bon nous semble de ce dont nous sommes propriétaires, sans qu’aucun compte soit tenu du caractère renouvelable ou non de l’objet de cette propriété – est en soi une source intolérable d’abus.

Bien sûr, l’abusus a été bridé au fil des années dans l’usage que peuvent faire de leurs biens les particuliers, mais l’abusus demeure absolu pour le ou les propriétaires d’une entreprise.

La propriété privée est revendiquée par nous-mêmes pour assurer le bien-être de nos enfants, mais n’y a-t-il pas une anomalie insupportable à vouloir s’accrocher à ses aspects les plus égoïstes et les plus dévastateurs alors que notre monde, entré dans une transition potentiellement catastrophique, s’effondre sous nos pieds ? N’y a-t-il pas un paradoxe dangereux dans le fait que notre conscience, acquise désormais, de la brièveté de notre passage sur terre n’enlève rien au caractère définitif de notre empreinte sur celle-ci ? Pouvons-nous inventer un autre statut à la propriété, à la hauteur des enjeux de la survie même de l’espèce ?

Le monde tel qu’il devrait être

9. Remettre en question la composante abusus du droit de propriété

À l’heure où les nouvelles les plus pessimistes nous sont transmises jour après jour, qu’elles relèvent de nos choix politiques désastreux ou des atteintes incessantes et peut-être irréversibles que nous portons à notre milieu de vie, il nous faut nous interroger sur les mesures les plus urgentes à prendre, notre bateau prenant l’eau de toute part.

Si nous voulons subsister et laisser un cadre de vie digne à nos enfants, bien que nos existences soient parasitées par les inquiétudes et les préoccupations personnelles, il est urgent de prendre les décisions propres à redresser la barre de notre gestion planétaire.

Devant un avenir aussi sombre que celui qui nous est promis, nous pouvons persister dans la voie sans issue de la croissance infinie, même si nous serons empêchés d’y poursuivre sereinement notre progression au vu des destructions qu’elle opère tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de nous-mêmes. Ce faisant, nous continuerions à obéir à la loi du plus fort nous menant où bon lui semble, pendant qu’il surexploite en arrière-plan notre milieu de vie par une politique de la terre brûlée.

Notre habitat ne cesse en effet de se dégrader depuis déjà le XIXe siècle, moment où les industries ont commencé à s’alimenter massivement d’énergies d’origine fossile. Depuis, la situation n’a cessé d’empirer.

En plus d’en éprouver quotidiennement les effets directs, nous apprenons sans cesse des nouvelles catastrophiques, telles le constat de la disparition au cours des trente dernières années de 40 % des populations de vertébrés ou l’augmentation considérable de la température dans les régions polaires, menaçant les pays de faible altitude d’une mortelle inondation suite à des fontes considérables des neiges, des glaciers et de la banquise et à l’augmentation du volume des eaux due à leur dilatation par la chaleur. Un cataclysme généralisé pourrait en découler.

Nous sommes en train de prendre conscience à l’échelle planétaire des conditions de notre séjour sur terre mais sans en mesurer vraiment les conséquences ni pouvoir intervenir de façon plus adéquate à partir de cette nouvelle compréhension.

Il faut dire que l’accès à ces informations tragiques ne nous est pas facilité, comme l’ont montré les chercheurs américains Naomi Oreskes et Eric M. Conway dans leur étude Les Marchands de doute[1]. En effet, aux États-Unis, les dirigeants d’entreprises polluantes ou génératrices de produits nocifs se sont ligués avec certains membres du corps politique pour désinformer systématiquement la population afin de continuer à tirer profit de l’exercice de leur activité. Cette attitude a contaminé nos régions et il n’est pas toujours facile pour un citoyen ordinaire d’avoir accès à des informations dignes de ce nom touchant par exemple à la relation entre tabagisme et cancer, énergies d’origine fossile et changement climatique ou perturbateurs endocriniens et une multitude de maux qui nous affligent aujourd’hui.

En raison de la concurrence sans merci à laquelle se livrent les entreprises et de leur course folle en vue d’obtenir le monopole de la rentabilité, elles nous proposent par ailleurs des produits toujours plus performants mais dont l’innovation ne nous est que d’une utilité médiocre, si ce n’est celle de correspondre au modèle social véhiculé à travers l’image. Il en résulte un gaspillage effréné, allant parfois jusqu’à dilapider les ressources de pays victimes de la famine et dont la population a du mal à survivre.

Pendant que nous assurons le profit de quelques-uns, nos exigences personnelles sont parfois devenues frivoles : nous ne respectons plus les saisons, au point de nous croire supérieurs à elles, en ignorant que cette jouissance a un coût, puisque les transports nécessaires pour nous amener ces objets de confort polluent notre atmosphère et détériorent notre lieu de vie. Des maladies à l’origine imprécise nous menacent de plus en plus souvent sans que nous connaissions nécessairement les moyens de les éradiquer ou découvrions dans des délais raisonnables les moyens de les traiter.

Les perturbations climatiques pourraient amener des changements dans les écosystèmes tels que nous pourrions connaître des périodes de sécheresse ou d’inondations provoquant des migrations d’une ampleur inouïe. Il est sûr que des déplacements de population suite à ces catastrophes engendreraient des luttes impitoyables mettant à feu et à sang des régions jusque-là prospères et pacifiques. Si nous ne voulons pas assister à un retour à la barbarie mais plutôt assurer à nos descendants un séjour sur terre digne de ce nom, il nous faut changer notre fusil d’épaule sans tarder et revoir le cadre ainsi que le système social dans lequel nous évoluons.

Les moyens de lutter contre la multitude de dangers qui nous menacent doivent impérativement être du même ordre de grandeur qu’eux, ceux mis en œuvre jusqu’ici étant hélas dérisoires.

Comme nous l’avons vu, il existe dans le droit relatif à la propriété une dimension dont les entreprises bénéficient et qu’elles utilisent avec brutalité, celle d’« abusus ». Cette notion a été très fort critiquée et mise à mal depuis un siècle, car elle permettait au propriétaire privé d’un bien non seulement d’en jouir, mais de l’utiliser parfois de manière arbitraire et au détriment de la société. Si les effets de l’abusus ont été largement contenus quant à leur capacité de nuisance pour les propriétaires qui sont des « personnes physiques », c’est-à-dire des êtres humains, la situation est bien différente pour les entreprises dont le statut est celui de « personnes morales », dont la capacité de nuisance du fait d’un abusus moins bridé que pour nous, êtres humains, leur permet d’ignorer le droit pour tous de jouir d’un cadre de vie salubre et durable. La définition laxiste de l’abusus pour les entreprises leur permet – à part le versement ici ou là de dommages-intérêts – de piller la planète et de la polluer comme elles l’entendent.

Les solutions à des problèmes d’une envergure jusqu’ici inédite, qui sont ceux de la « capacité de charge » de notre planète pour notre espèce, ne peuvent hélas se résumer à des recettes à la portée des individus et des ménages consistant, par exemple, à cultiver un jardin potager en ville ou à nous déplacer de manière respectueuse de l’environnement, même si de telles pratiques sont en soi hautement recommandables. Au pire, elles pourraient s’assimiler à notre adaptation servile et fataliste à un monde de plus en plus dégradé, sans que nous remettions pour autant en cause les cadres juridique et économique de notre vie.

Tant que nous vivrons dans un monde dévasté par ceux qui en tirent profit au détriment de la collectivité, nous courrons à notre perte : accroissement sans bornes de la concentration des richesses et accaparement des ressources naturelles par quelques-uns. Le moment est-il lointain où ce sera un seul individu dont les ressources égaleront puis dépasseront le patrimoine de la moitié des habitants de la terre ? Cette consommation abusive, nocive, nous pouvons y mettre fin et réfléchir à ce dont nous avons véritablement besoin afin de le produire par priorité, sans pour autant détruire toute la beauté du monde qui nous entoure. Quant au futile, il faut que nous intégrions, à son coût pour le consommateur, le prix de la destruction qu’il occasionne et si celle-ci est irréparable, il convient que nous fassions tout simplement notre deuil de sa consommation.

Souvenons-nous que la croissance n’est indispensable qu’en vue d’un seul objectif : pour assurer les rentes des détenteurs de capital, sous forme de versements d’intérêts, de coupons ou de dividendes. C’est donc bien le système capitaliste qui, en dernière analyse, est responsable de la destruction irréversible de la planète qui menace à terme notre espèce d’extinction. C’est donc lui qu’il nous faut combattre pour que nous continuions tous, au fil de générations que nous souhaitons encore nombreuses, à tirer profit des biens de la nature mais aussi des progrès de notre connaissance.

L’appropriation par quelques-uns des ressources naturelles afin d’augmenter leur profit, sans tenir compte de l’appauvrissement de celles-ci, a été injuste à toutes les époques mais elle nous entraîne désormais vers la maladie et la mort des individus, et si nous ne changeons pas de cap à très brève échéance – et le mot n’est pas vain –, vers la mort pure et simple de l’espèce tout entière. C’est au législateur de mettre un arrêt à un processus rendu possible par les inconséquences de la loi mais aussi maléfique que celui de la spéculation.

Proposition : Modifions la définition de la notion d’abusus dans la loi : l’autorisation de faire ce que bon nous semble de ce dont nous sommes les propriétaires légitimes. Comme c’est déjà largement le cas pour les « personnes physiques », excluons de la définition de l’abusus qui vaut pour le droit de propriété des « personnes morales » telles que les entreprises tout ce qui relève du non-renouvelable.

Le propriétaire du non-renouvelable, c’est l’humanité tout entière. Si elle dispose du droit de l’utiliser (usus) et de bénéficier de ses fruits (fructus), le salut des générations futures veut qu’elle n’abuse (abusus) pas de l’objet de cette propriété en le détruisant ou en le dégradant de manière irréversible.

[1] Naomi Oreskes et Erik M. Conway, Les Marchands de doute, Paris, Le Pommier, 2012.

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41 réflexions sur « « Vers un nouveau monde » : Remettre en question la composante abusus du droit de propriété »

  1. Spinoza, Traite politique :

    1. C’est l’opinion commune des philosophes que les passions dont la vie humaine est tourmentée sont des espèces de vices où nous tombons par notre faute, et voilà pourquoi on en rit, on en pleure, on les censure à l’envi ; quelquesuns même affectent de les haïr, afin de paraître plus saints que les autres. Aussi
    bien ils croient avoir fait une chose divine et atteint le comble de la sagesse, quand ils ont appris à célébrer en mille façons une prétendue nature humaine qui n’existe nulle part et à dénigrer celle qui existe réellement. Car ils voient les hommes, non tels qu’ils sont, mais tels qu’ils voudraient qu’ils fussent. D’où il est
    arrivé qu’au lieu d’une morale, le plus souvent ils ont fait une satire, et n’ont jamais conçu une qui pût être réduite en pratique, mais plutôt une chimère bonne à être appliquée au pays d’Utopie ou du temps de cet âge d’or pour qui l’art des politiques était assurément très-superflu. On en est donc venu à croire qu’entre toutes les sciences susceptibles d’application, la politique est celle où la théorie diffère le plus de la pratique, et que nulle sorte d’hommes n’est moins propre au gouvernement de l’État que les théoriciens ou les philosophes.

    2. Tout au contraire, les politiques passent pour plus occupés à tendre aux hommes des embûches qu’à veiller à leurs intérêts, et leur principal titre d’honneur, ce n’est pas la sagesse, mais l’habileté. Ils ont appris à l’école des faits qu’il y aura des vices tant qu’il y aura des hommes. Or, tandis qu’ils s’efforcent de
    prévenir la malice humaine à l’aide des moyens artificiels depuis longtemps indiqués par l’expérience et dont se servent d’ordinaire les hommes que la crainte gouverne plutôt que la raison, ils ont l’air de rompre en visière à la religion,
    surtout aux théologiens, lesquels s’imaginent que les souverains doivent traiter les affaires publiques selon les mêmes règles de piété qui obligent un particulier.
    Mais cela n’empêche pas que cette sorte d’écrivains n’aient mieux réussi que les philosophes à traiter les matières politiques, et la raison en est simple, c’est qu’ayant pris l’expérience pour guide, ils n’ont rien dit qui fût trop éloigné de la pratique.

  2. En réaction a cet extrait, je voudrais signaler l’existence d’un exemple au sein du cadre légal belge. Bien que cet exemple soit perfectible, il a le mérite d’exister et de mettre en place une mécanique qui, a défaut de limiter l’abusus des personnes morale, leur en fait supporter la conséquence financière… Il s’agit du système de provisions nucléaires belge pour le démantèlement et la gestion des déchets nucléaires des centrales commerciale (et je rappelle, il est perfectible, mais s’il était appliqué à toutes les entreprises de tous les domaines, ce serait déjà un grand pas en avant).
    Ce système est mis en place par la loi du 11 avril 2003 et prévoit l’obligation pour l’exploitant (je simplifie) de provisionner dans ses compte un certain montant en vue de payer le démantèlement futur des centrales nucléaires belges et la gestion du flux de déchets radioactifs qui en résultera. Le montant a provisionner est « monitoré » par une commission dont les membres appartiennent à des organisations gouvernementales (article 4) qui sont la trésorerie, la CREG, le budget, la BNB et la DG Energie, pour ne pas les citer. Cette commission est assistée par des représentants de l’autorité de sureté et de l’organisme de gestion des déchets.
    La commission émet des avis sur les montants provisionnés (en ce inclu les hypothèses ayant mené à la détermination de ce montant), la manière dont ils sont gérés, etc. (voir article 5 de la loi).
    A titre d’exemple, il y a eu une grosse révision en 2016 qui a mené à un relèvement conséquent des provisions (ça a fait les gros titres des journeaux).
    Alors oui, on peut critiquer (ce ne sera jamais parfait), on peut ne pas être d’accord (il n’y aura jamais assez de provisions), mais je ne peux m’empecher de me dire que si un tel système était mis en place pour toutes les entreprises polluantes, ce serait quand même mieux. Quand on voit que la régiion wallone devra payer la dépollution du site d’Arcellor Mital (plusieurs centaines de millions d’euros), ça aurait été bien que le propriétaire ait fait les provisions non ?
    Techniquement, on me répondra que l’obligation de provisionner existe dans la loi comptable belge, mais il n’existe, à ma connaissance, pas de mécanisme de surveillance ou de contrainte quand une insuffisance est constatée (si elle l’est)… Et si le constat intervient avant que l’entreprise ne soit en fin d’activité.
    Enfin, voilà, c’est une piste de départ qui serait implémentable (un exemple existe). ça ne résout pas tout mais ça encouragerait certainement les personnes morales à limiter ou améliorer l’emploi qu’elles font de leur propriété.

  3. Un des effets du réchauffement climatique est la vigueur, – prévisible pourtant -, des cyclones et typhons, l’usine Arkema de Houston est prête à exploser à la suite des inondations qui ont endommagé ses installations :
    https://www.lesechos.fr/monde/etats-unis/010204109898-harvey-une-usine-darkema-menace-de-prendre-feu-au-texas-2110734.php

    Pour ce qui relève de l’abusus, le Japon poursuit en toute impunité la chasse à la baleine sous prétexte « d’étude scientifique », l’organisation Sea Shepherd renonce à ses campagnes de gêne des baleiniers japonais car ceux-ci utilisent maintenant des tactiques militaires, outre que les autorités de ce pays ont également durci les lois concernant le terrorisme en prévoyant de les appliquer à cette ONG…. :
    http://www.geo.fr/reportages/sea-shepherd-renonce-a-traquer-les-baleiniers-japonais-dans-le-grand-sud-178273

  4. 1/ Vos concepts sont impropres au droit (légitimité).
    2/ Au nom de quoi le non-renouvelable devrait il appartenir à tous les hommes plutôt qu’à la biosphère ou à l’ensemble de la vie, intelligente ou non, dans l’univers? (tant qu’on y est!)
    3/ Ce qui appartient à ma communauté, en vertu des fables que se raconte ma communauté (et qui la constituent en tant que telle), lui appartient en totalité (ou disons à son Etat), SURTOUT s’il s’agit de non-renouvelable.
    « Vos fables sur l’égale dignité (dignitas) de chaque être humain ne jouissent d’aucun privilège rationnel sur nos fables, qui prétendent ouvertement le contraire! ».
    Israel ne partage pas le non-renouvelable avec les palestiniens, L’Inde ne partage pas son non-renouvelable avec les hors-caste (nous autres, non-indiens!)
    La Chine ne partage pas son non-renouvelable (les sources tibétaines des fleuves qui l’irriguent) avec le reste de l’Asie concernée, pour des raisons de méfiance stratégique.
    La suppression de l’abusus est une proposition complètement déconnectée non seulement de l’ordre des rapports de force existant à l’instant t (ce qui ne serait pas trop grave), mais de la nature humaine (mammifères – territorialité – agression intra-spécifique – croyances non-rationnelles).
    Même si, sur le plan théorique, cette proposition de suppression de l’abusus était une solution ou un début de solution (ce sur quoi j’ai franchement des doutes), sa mise en oeuvre étant par ailleurs irréalisable dans la pratique (il faudrait « changer l’homme » au préalable, ce qui est impossible hors projets totalitaires dont on a vu ce à quoi ils aboutissaient), elle ne vaut strictement rien.
    D’où ma copie des 2 premiers chapitres du Traité Politique de Spinoza.

    1. « la nature humaine » c’est que les mâles possèdent les femelles avec ou sans leur consentement , filles et mères inclus .

      Est-ce ce que vous faîtes ?

      Si oui pourquoi .

      Si non pourquoi .

      1. « la nature humaine » c’est que les mâles possèdent les femelles avec ou sans leur consentement , filles et mères inclus .
        Euh… non.
        Et puis personne n’a dit que la nature humaine se ramenait toute entière à sa dimension éthologique. Sans quoi je n’aurais pas parlé de croyances.

      2. @Philippe :

        Il me semble que c’est vous qui avez entamé ( c’est plutôt au milieu d’ailleurs) votre commentaire objet du mien , en parlant de « nature humaine ».

        Convoquer la nature humaine , l’éthologie , la « condition humaine « , la pratique , les croyances , pourquoi pas l’inné et l’acquis ou l’ontologie …n’est pas stupide pour traiter de notre sujet et fusiller l’abusus ou démonter qu’on vise une ombre , mais ça me parait bien compliqué et dilatoire ,en vue de s’exprimer sur la meilleure façon de s’opposer à « l’abus » , dépassement de la mesure, au sens qui est le plus commun et a priori le seul à traiter pour retrouver l’un des deux grands principes socratiques ( jamais trop ) . .

        J’ai cru comprendre que vous faisiez plus confiance aux « open source » qu’à la loi pour y parvenir .

        La démonstration mérite d’être étayée davantage . Dans les deux formules . Avec « les propriétés » en sous jacents , oui .

    2. Cette soit disant nature humaine qui servirait surtout d’excuse pour ne point questionner ses propres pratiques. Pour faire le lien avec un autre billet du jour : c’est toujours les autres le problème, du coup, n’est-ce pas ?
      Je vous conseillerais bien la lecture de « Écoute petit homme » de Wilhelm Reich.

      1. On ne parle pas de « pratiques », justement.
        Vous pouvez toujours questionner vos pratiques.
        Mais la territorialité n’est pas « une pratique ». Ce qui est une pratique, c’est la manière dont ce souci ethologique de territorialité s’exprime.
        Avoir tel ou tel système monétaire/d’échange, c’est une pratique. Avoir un système d’échange ou quelque chose qui jour le rôle de monnaie, ce n’est pas une pratique.

        Remplacez « nature humaine » par « condition humaine » si ca vous chante.
        Dans tous les cas, ce n’était de toute façon pas le coeur de l’argument.

  5. Tout à fait d’accord, mais à mon humble avis, notre sort en tant qu’espèce est scellé : nous allons disparaître à échéance de 1 ou 2 siècles.
    Car le système est irréformable, il est fondamentalement fondé sur le « droit d’abuser » des « Communs » pour les entreprises capitalistes, et sur le concept de croissance illimitée et sans fin.
    Ce faisant il y aura une fin, et plus proche que beaucoup ne pensent. Car c’est le propre de toute croissance exponentielle que de voir ses effets s’accélérer lorsque l’on approche des limites.
    Et de fait, nous touchons déjà les limites de ce que notre biosphère peut supporter. Cette année, la limite de charge a été atteinte le 4 août.
    Homo sapiens, le mal nommé, rejoindra les dinosaures dans la galerie des espèces disparues.
    La Terre nous survivra, d’autres espèces sans doute, et le Cosmos sera bien indifférent à la disparition du « Roi de la création ». Si nous ne sommes pas capables de nous sauver, en faisant ce qu’il faut pour que notre environnement reste habitable, personne ne le fera à notre place. Nous savons que nous sommes sur un mauvais chemin, mais nous ne faisons rien de déterminant pour bifurquer vers un meilleur chemin.
    C’est très sympathique de proposer une loi limitant ou supprimant l’ « abusus ». Mais à supposer qu’elle soit adoptée par les Nations Unies, qui serait capable de l’imposer aux géants que sont les multinationales, ou aux mastodontes de la finance globalisée ? La plupart des droits à « saveur » sociale de la déclaration universelle des « droits de l’homme » de 1948, ne sont déjà pas respectés dans bien des endroits de la planète et le « macronisme » (après le « sarkozisme » et le « hollandisme »), au nom de la compétitivité, s’emploie à les détruire ici même. Accès de pessimisme, sans doute…
    Mais lorsque l’on voit comment les choses ont évolué ces 40 dernières années, malgré toutes les mises en gardes lancées, au moins depuis les années 70 ( je pense, entre autre, au rapport Meadows, et à ce bon René Dumont). Lorsque l’on constate que nos systèmes politiques sont inadaptés aux défis auxquels nous sommes confrontés, puisque la solution des libéraux qui ont le manche, c’est la fuite en avant vers toujours plus d’abus sociaux et environnementaux. D’ailleurs, comment pourrait-il en être autrement, de la part de gens qui sont les nouveaux « seigneurs de la guerre » du monde contemporain ? Une guerre économique planétaire où l’on ne conquiert plus des territoire, mais des marchés (ce qui ne veut pas dire que la « guerre traditionnelle » avec des armes ait disparu, loin de là). Que par ailleurs, ces « warriors » noyautent les esprits de nos contemporains via la propagande de masse qu’ils diffusent grâce à des médias dont ils ont le contrôle total. Dans de telles conditions, difficile d’envisager un avenir radieux, malgré la meilleure volonté du monde. Nicolas Hulot commence d’ailleurs à trouver sa charge de ministre de l’environnement, lourde, très lourde, le pauvre…

    1. Cette année la limite de charge a été atteinte le 4 août.

      Relis le rapport Global Footprint Network, la dette est entièrement constituée de la surface de forêt manquante pour compenser les émissions de GES excédentaires. Édifiant de loin mais pas vraiment convaincant de près…

  6. Je suis atterrée de constater que les imbéciles se précipitent pour décharger leurs esprits chagrins et surtout à côté de la plaque. Que faites vous sur le blog de Paul Jorion ?
    Philippe : Il s’agit ici de faire évoluer le droit international et justement d’arriver à ce que ces injustices que vous constatez ne puissent plus se commettre. Quand à votre pessimisme sur la nature humaine, vous en êtes un exemple vivant. Si vous ne croyez pas pouvoir évoluer, n’empêchez pas les autres de le faire. A quoi rime votre commentaire ? Voulez-vous qu’on aille tous se suicider tout de suite plutôt que d’encourager cette proposition intelligente et concrète parce que vous pensez que c’est foutu d’avance ?
    Juannessy : Qui vous dit que les femmes ne « possédaient » pas les hommes des cavernes ? la « nature humaine » ? Vous confondez avec la « raison du plus fort ». Et même dans ce cas, je connais beaucoup de femmes très fortes et bien plus résistantes que beaucoup d’hommes (« chérie, où t’as mis mes chaussettes ? »)
    Dans le cadre de la société humaine telle qu’elle est, il faut se servir des institutions qui régissent cette société : le droit qui autorise les prédations des multinationales, il ne tient qu’à nous de le réformer. Pas facile, bien sûr, mais toute initiative personnelle, collective, nationale ou internationale fera bien mieux que vos commentaires idiots.

    1. « Il faut allier le pessimisme de la raison à l’optimisme de la volonté » phrase attribuée à Gramsci

      En effet, sans l’optimisme de la volonté, nous ne nous lèverions, pas souvent le matin.

      Rien n’est jamais foutu d’avance, mais plus on attend, plus l’on diffère les prises de conscience que la situation exige un énorme sursaut collectif , plus ce sera « coton » de faire mentir les scénarios les plus pessimistes. Ca peut passer par des lois limitant les abus liés à la propriété, mais le problème des lois c’est qu’il faut avoir les moyens de les faire appliquer, en plus de la volonté.

    2. @Emma :

      Sur votre question concernant l’homme et la femme des cavernes , j’avoue ne pas avoir de pièces à conviction ,et je m’en remets à Arkao pour étayer le propos , mais a contrario ,je ne redoute pas trop qu’on puisse ( au vu de ce qui se passe encore aujourd’hui ) m’apporter la preuve qui vous donnerait raison ( même après les amazones , et mon propre constat personnel , lors d’un job de longue durée au Gabon , que la femme africaine avait des biceps ,et que castagner un homme infidèle de temps en temps ne lui était pas étranger ).

      Ma charge était sans doute un peu abrupte , mais Spinoza méritait de redescendre sur terre . Lequel Spinoza ( comme Aristote d’ailleurs ) en dépit de son immense talent et de la générosité de son œuvre , n’en était pas moins assez facilement misogyne .

      1. @ Juannessy
        Comme Paul, je suis amené à me déplacer et à passer des nuits à l’hôtel après des journées éprouvantes. Je ne suis donc pas en mesure actuellement de répondre de façon argumentée.
        Demandez à Cloclo 😉

      2. @arkao :

        Peux pas , il est à l’hosto après un accident de voiture , à cause de France Culture .

        Bon repos ce week end .

    3. Çà pose un intéressant problème
      Dans quelle mesure une action collective peut faire basculer un rapport de forces existant.
      Cela a été traité par exemple par Frédéric Lordon s’appuyant sur Spinoza et la théorie des affects.
      L’idée c’est que les affects, ce qui affecte, ce qui met en mouvement, dépend pour chacun du degré d’acceptation / d’indignation face à la situation existante.
      Ensuite c’est une affaire de croyance.

      Certains pensent que l’action de quelque uns va mettre en mouvement des foules considérables et faire basculer le fameux rapport de forces par la seule vertu des arguments déployés.

      D’autres, et j’en suis, pensent que ce qui doit arriver arrivera.
      Ce qui ne veux pas dire que l’action est inutile.
      Ça veut dire que l’action rencontrera / provoquera un mouvement d’adhésion si et seulement si les conditions qui affectent les individus changent au point de les mettre en mouvement et de leur faire apparaître comme inacceptable ce qui était accepté jusqu’à présent.
      C’est une dynamique complexe car les arguments déployés participent (dans quelle mesure ?) à faire évoluer les points de vue sur ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas.

      1. Sur la force et l’importance de l’hubris de quelques uns pour
         » faire l’histoire » , je suis plutôt dans la vision de Tolstoï qui conclut dans  » Guerre et Paix » que l’histoire est faite et « mise en mouvement » par une multitude d’actions , d’inventions , ici , là , ailleurs , de pensées , de rencontres qui un jour , sans qu’on sache bien pourquoi , « cristallisent » autour ( ou pas ) d’un catalyseur « héroïque » ( en « bien » comme en mal , d’ailleurs ).

      2. @Juannessy
        Tolstoï ou Shakespeare:
        « La vie n’est qu’une ombre qui passe, un pauvre acteur qui se pavane et s’agite durant son heure sur la scène et qu’ensuite on n’entend plus. C’est une histoire dite par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien. »

        Ou plus trivial;  » l’homme fait l’histoire comme le cochon fait la saucisse »

    4. Je ne suis pas chagrin, je suis critique.
      Autant, en matière de commons, linux a du sens.
      Autant l’interdiction de l’abusus, ce n’en n’a pas.

  7. D’accord pour l’abolition de l’abusus. Mais pourquoi ne pas également évoquer celle du fructus?

    N’est-ce pas le fructus qui définit le droit pour un propriétaire de bien immobilier de percevoir une rente exprimée sous la forme d’un loyer prélevé à des locataires, dont il s’accorde plus ou moins tacitement à fixer le montant avec les autres propriétaires de la même zone géographique, appelant ça le « marché locatif »?

    N’est-ce pas également le fructus qui définit le droit pour un propriétaire de moyens de productions de percevoir une rente exprimée sous la formes de dividendes ponctionnés sur le bénéfice de l’entreprise, c’est à dire sur la valeur économique produite par les travailleurs?

    N’est-pas encore le fructus qui définit le droit pour un propriétaire de devises monétaires de percevoir une rente exprimée sous la forme d’intérêts prélevés sur le remboursement d’un prêt, soit le mécanisme essentiel qui entérine l’inégale répartition des richesses au sein d’une société, et qui par le fructus l’accentue?

    L’abolition de ces rentes n’est-elle pas au moins aussi essentielle à la remise en cause du modèle capitaliste de répartition des richesses, n’était-elle d’ailleurs pas jadis au cœur de vos revendications passées, Mr Jorion, et pourquoi ne l’est-elle apparemment plus?

    1. Quand une baignoire déborde , le plus urgent est de couper le robinet d’arrivée d’eau .

      Je ne sais pas clairement positionner l’intérêt entre fructus et abusus .

      Je pense que le fructus a son contre pouvoir : l’impôt ( en cela je rejoins un vieux commentaire de Vigneron qui voyait une partie du salut dans la taxation des profits ) . Le souci serait alors d’éviter les fuites inconnues du tonneau des profits .

      1. « Je ne sais pas clairement positionner l’intérêt entre fructus et abusus . »

        En ce qui me concerne dans ce cas la nomenclature précise de l’intérêt importe peu puisque j’estime que les deux sont à bannir.

        « Je pense que le fructus a son contre pouvoir : l’impôt ( en cela je rejoins un vieux commentaire de Vigneron qui voyait une partie du salut dans la taxation des profits ) . Le souci serait alors d’éviter les fuites inconnues du tonneau des profits . »

        De mon point de vue si l’impôt est un contrepouvoir au fructus, il est largement inefficace, notamment quand il vise la part des entreprises capable de pratiquer « l’optimisation fiscale », qu’il s’agisse de délocaliser les activités productives ou d’y échapper purement et simplement dans des paradis fiscaux.

        Et pour ce qui concerne la France particulièrement, il va l’être de moins en moins également pour les foyers à l’heure où Macron et son gouvernement envisagent entre autres de réduire le périmètre l’ISF de 4 milliards d’euros.

        Ni dans un cas ni dans l’autre il ne s’agit ici de « fuites inconnues », mais de confiscations tout à fait documentées et acceptées par les pouvoirs publics.

        Qui plus est, l’impôt ne remet en rien en cause la « propriété privée des moyens de production », pas plus que la seule abolition de l’abusus d’ailleurs. Tout au plus en limite-t-elle les effets.

        Seule la double interdiction du fructus et de l’abusus est à même de rendre caduque ce mode capitaliste de l’entreprise, ou alors, pour reprendre la discussion entamée l’autre jour, il faut en passer par le système Friot qui, en dépossédant l’entreprise des maîtrises du salaire et de l’investissement, aboutit sensiblement au même résultat.

      2. @Dissonance :

        Sur les fuites , c’est bien celles de la race que vous évoquez que j’imaginais . Il y en a « d’inconnues » ( l’imagination du voleur contre le gendarme est sans limites ) , et , vous avez raison de « connues » et « tolérées » ( par conviction , ou par soumission – non héroïque – à la loi internationale du capitalisme ). C’est à mon goût , le mauvais sort fait à l’impôt dans la marche de nos sociétés , qui pourrait me faire vous rejoindre sur le fructus .

        J’en reste néanmoins à mon approche « inondation » : fermer le robinet avant de colmater les fuites , et , comme le problème est mondial , ça fait déjà un gros chantier pour une énorme énergie . Si la même équipe de secours sait aussi colmater les fuites , tant mieux .

        Au delà , qu’il s’agisse d’usus ou d’un peu plus , j’avoue , après bien des lectures , n’être pas encore convaincu d’avoir trouvé chez Friot un modèle humainement vendable et efficace , même s’il s’efforce de démontrer sa bonne réponse conceptuelle à la nouvelle place à faire au travail dans un monde repensé .

        Je fuis les « Euréka » !

        Mais , que de plus en plus de monde s’intéresse à cet enjeu majeur , et cogite dur est assez prometteur .

        PS : j’avais évoqué « l’intérêt » , car c’était ce qui ressortait le plus souvent dans vos exemples visant à dézinguer le fructus , alors que j’ai tendance à l’incriminer aussi dans les carburants de l’abusus .

    2. Entièrement d’accord avec Dissonance.

      Certes la propriété comporte en elle le droit de détruire (abusus) et il faut éradiquer ce droit.
      Mais ceci fait, il n’en demeure pas moins que le problème persiste: le capitalisme peut survivre à l’abolition de l’abusus.
      PJ l’analyse dans l’article: la croissance est indispensable au capitalisme et à lui seul; et de rappeler aux décroissants qu’il est vain de penser la décroissance sans remettre en cause la propriété privée. De fait, c’est la rente (frucuts) la coupable dans l’affaire.

      Résumons: de la propriété, nous devons éradiquer le fructus et l’abusus; il ne nous reste plus que l’usus.
      N’est-ce pas un peu ce que propse Jeremy Rifkin si je ne m’abusus ?
      https://www.amazon.fr/nouvelle-soci%C3%A9t%C3%A9-co%C3%BBt-marginal-z%C3%A9ro/dp/2330058829

      1. @Dissonance, Juan et les autres !

        Attendez, soit je me trompe violemment, mais l’abusus est également le droit de céder sa propriété, et c’est de là que viennent l’essentiel des problèmes, c’est-à-dire refiler sa responsabilité vis – a – vis d’une propriété (voir éventuellement ce que je radote sur la responsabilité ( plus bas sur le fil)

  8. Je suis en désaccord franc sur un point important :
    « Souvenons-nous que la croissance n’est indispensable qu’en vue d’un seul objectif : pour assurer les rentes des détenteurs de capital, sous forme de versements d’intérêts, de coupons ou de dividendes. C’est donc bien le système capitaliste qui, en dernière analyse, est responsable de la destruction irréversible de la planète qui menace à terme notre espèce d’extinction. »

    La croissance n’est indispensable qu’en vue d’un seul objectif en effet, mais pas celui-là. L’objectif c’est d’assurer aux plus pauvres, et aussi aux moins riches, un niveau de satisfaction matérielle équivalent à celui des plus riches. Et encore aux plus riches une aisance encore plus large.

    La Chine multiplie ses voitures, ses logements décents et passe à un régime beaucoup plus riche en viande non par besoin d’assurer des rentes aux détenteurs de capitaux. Mais parce que les Chinois le désirent – comme tout un chacun – et que leurs progrès dans de nombreux domaines leur en ouvrent la possibilité.

    C’est tout aussi vrai des autres pays émergents – qui ne sont que d’anciens pays pauvres qui réussissent à s’enrichir, c’est-à-dire à avoir plus de choses, logements, vêtements, véhicules, soins médicaux, nourriture riche, etc. etc. alors que d’autres pays pauvres ont beaucoup plus de mal. Et encore des actuels pays les plus riches, qui désirent eux aussi davantage.

    Je n’ai pas la référence sous la main, mais je me souviens d’une étude qui avait demandé à toutes sortes de gens de combien ils auraient besoin pour être _vraiment_ à l’aise. Et la réponse majoritaire est la même pour tout le monde : il faudrait environ deux fois plus que ce que j’ai déjà ! C’est vrai pour le smicard, pour le cadre moyen comme pour le cadre supérieur payé 10 000 euros par mois et encore pour le multimillionnaire. La course au bien-être matériel, au moment où j’en aurais _vraiment_ assez, n’a pas de fin, parce que l’horizon recule constamment…

    Pour se passer de croissance, et se donner une meilleure chance de préserver l’essentiel de la nature qui est indispensable à notre survie à long terme, c’est un exploit encore bien plus grand qu’un changement complet du système économique qu’il faudra accomplir. Il est indispensable pour cela d’accepter de limiter ses désirs matériels.

    Non pas au niveau de quelques individus ou même communautés, mais comme une contrainte socialement acceptée par tous, quelque chose de si évident que cela va sans dire, comme le fait de céder sa place dans le bus à une personne âgée ou de ne pas conduire en sixième vitesse en ville.

    Accepter cette contrainte, cela signifie ensuite ouvrir toutes sortes de chantiers… Que doit être le système économique ? Comment assurer l’éradication de la misère, sachant que ce n’est pas « la croissance qui y pourvoira, allez », bref s’assurer que chacun dispose du minimum pour vivre dignement ?

    Ces questions sont évidemment fondamentales. Mais elles ne peuvent être que secondes – je n’ai pas dit secondaires – à l’acceptation sociale du fait que la croissance doit cesser. Donc qu’il est indispensable de limiter ses désirs matériels et de poser en termes pratiques la question d’un niveau minimal de partage.

    1. Petite démonstration pour Jacquot:

      Le capitalisme c’est la possibilité pour l’argent de créer de l’argent.
      Par exemple, si je prête une somme C, j’attends en retour dans le futur, une somme C+dC; dC étant le taux d’intérêt dans le cas d’un prêt.
      Or ce petit dC ne vient pas de nul part, c’est une richesse supplémentaire qui a été créée (discours d’économiste) ou plutôt une part prise sur la nature (discours du physicien) mais dans les deux cas on parle bien de croissance.

      D’où la conclusion:
      « la croissance n’est indispensable qu’en vue d’un seul objectif : pour assurer les rentes des détenteurs de capital, sous forme de versements d’intérêts, de coupons ou de dividendes »

      1. Désolé, mais la conclusion ne découle pas des prémisses.

        Il y a une autre motivation pour la croissance, comme je l’expliquais. Et cette motivation est indépendante du système économique choisi.

  9. C’est la croissance du superflu de ceux qui ont déjà plus que le nécessaire, qu’il faut arrêter en priorité. On peut se passer de manger en toute saisons des fruits que l’on fait venir par avion de l’autre hémisphère par exemple. On peut se passer, dès que l’on a des congés, d’aller à l’autre bout du monde juste parce qu’ici c’est l’hiver, et que dans l’autre hémisphère c’est l’été (et vice-versa).
    L’on peut éviter des déplacement professionnels pas toujours justifiés en utilisant la vidéo-conférence. L’on peut développer les transports en commun au détriment du transport individuel qui finit par saturer les artères de nos villes, en plus de les polluer.
    L’on peut, en plus, développer les pistes cyclables en ville, pour faire diminuer le nombre de voitures. L’on peut manger moins de viande, de viande rouge en particulier. Je vous laisse continuer la liste…
    L’on peut donc, dans nos pays, décroître, sans pour autant revenir à l’âge des cavernes et tout en améliorant la qualité de la vie.
    Par contre, une dose de croissance sera toujours nécessaire pour sortir les moins favorisés de la misère et qu’ils puissent accéder à une vie décente, à savoir : manger tous les jours à sa faim, pouvoir se vêtir, et disposer d’un logement salubre, disposer d’une mobilité nécessaires aux actes de la vie quotidienne, et accéder à un minimum de superflu.

    1. Faut taxer les bananes et les ananas et les mangues, et les litchis, et les fruits de la passion, et les noix de coco, et le sucre de canne, et…

      1. @Dissonance :

        Je crois ( mais j’en suis jamais sur avec lui !) que Vigneron voulait dire que ce n’est pas en taxant les produits qu’il cite , qu’on peut assurer les ressources nécessaires à la marche d’un peuple .

        Ce qui est en jeu , au travers vos débuts d’incompréhension épidermique , c’est la nature , le poids et l’assiette des impôts et taxes .

  10. Ne faut-il pas simplement abandonner l’abusus et ne garder que l’usus et le fructus ? Que pouvons-nous instituer comme nouvel imaginaire de la propriété ?

    Bien sûr, le principe de l’abus de droit et celui de l’intérêt général permettent juridiquement de limiter le droit d’abusus ; de même les contradictions entre l’usus, le fructus et l’abusus permettent de régler quelques problèmes.

    Toutefois, lorsque la volonté de l’appliquer préside encore, le droit étant un système axiomatique réglé par une syllogistique précise, il vaut mieux repartir aux racines que de bricoler en surface, et même et surtout, « dieu nous en garde », de l’amender à nos désirs (mais bien sûr et pour faire plaisir à tout le monde, à la majorité qualifiée pour une Constituante).

    §

    L’abusus permet deux choses : céder un droit de propriété et détruire l’objet de la propriété. De la même façon que Paul Jorion propose, à juste titre, de revenir à Robespierre pour la gratuité, il est sans doute important de revenir à la base de la propriété et ainsi, d’inscrire notre action dans une continuité historique.

    §

    Dans un monde ouvert,  » la terre que je cultive est à « moi » « , parce que cela relève de ma responsabilité et me permet précisément de revendiquer, à juste titre, cette propriété ( ce « juste titre » c’est un imaginaire juridique , mais puisque toute société s’institue dans l’imaginaire, il faut faire avec, car l’imaginaire est plus contraignant que le réel).

    Donc, au départ « il y a de la place », en conséquence, rien ne gêne « à laisser tout là, » et de partir ailleurs, c’est-à-dire d’abandonner sa responsabilité vis-à-vis de ce qui un moment a été votre propriété : « de sortir de son usage ».

    Dans ce raisonnement, le fondamental serait la responsabilité, de se revendiquer propriétaire, en endossant la responsabilité vis-à-vis de ses propriétés (qui ne serait d’accord ?). N’est-ce pas, le problème de l’abusus, que de pouvoir vendre (à plus bête que moi) une usine polluée pour me soustraire à ma responsabilité? Je peux aussi détruire un équipement industriel en me débarrassant du problème de la pérennité des pièces de rechange etc.

    §§

    Ne serait-ce pas plus clair ainsi : toute propriété dont les propriétaires ne peuvent assumer la responsabilité va au bien commun.
    §§

    Exemples. En pratique, hors abusus, vous héritez d’une maison et donc vous ne pouvez pas la vendre, mais vous pouvez la louer, tandis que vos héritiers peuvent choisir de reprendre le droit de propriété (en trust familial) de l’occuper ou de la louer. Et, donc, s’ils advenaient que « la succession » ne soit plus en d’en assumer les responsabilités, le bien irait naturellement au bien commun et donc, entant qu’espace de liberté permettant à l’auto-institution du gratuit par le peuple libéré de la servitude du travail, et de la nécessité des plaisirs de la hiérachie . De même pour la propriété d’actions ou de part sur un bien quelconque, nous verrions alors, peut-être, des « coopérateurs d’actionnaires solidaires » (puisqu’ils ne pourraient vendre leurs actions).

    Est-ce à dire que le malheureux savetier qui s’apercevrait que l’exercice de son métier dans sa boutique ne lui plait plus, et qu’au « fond, il aurait voulu être violoniste » ne puisse la vendre ? Serait-il, pour sa vie, rivé à son choix initial ? Non bien sûr, le savetier pourrait vendre sa boutique et transposer la responsabilité de sa boutique à un candidat savetier, mais pas en spéculant l’emplacement pour un candidat « pizzaiolo ». Bien entendu, le savetier peut se transformer en pizzaiolo, pour autant qu’il obtienne l’autorisation de son quartier, « écoute on t’a pris comme cordonnier, maintenant que nous avons besoin de toi, tu continues, tant que nécessaire. Bien entendu le candidat pizzaiolo peut se faire savetier un temps et proposer de faire son « vrai » métier mais alors, il devrait d’abord endosser la responsabilité de la succession. De même pour l’entreprise Niko,- laquelle est spécialisée dans l’obsolescence des interrupteurs – le progrès ayant depuis 60 ans, consisté, à les rendre « fragiles » et irréparables (avec la complicité de la première entreprise de France : – « faire et défaire c’est toujours travailler » est le mot d’ordre du bâtiment, (m’enfin, c’est vrai, et en plus il sont sincères, imaginer une durée de vie de plus de trente ans pour un châssis, leur parait une incongruité ) . Le raisonnement juridique du propriétaire d’une installation d’interrupteurs « Niko » serait alors, puisque « nous nous sommes équipés de votre gamme -suprertrac, 2012 – , et bien maintenant , il vous faut nous la produire à perpète, et les pièces de rechange avec, car nous – on ne jette plus rien-vu que nous ne pouvons plus spéculer sur la revente, à la hausse , mais seulement sur la pérennité de notre acquis. Si vous ne voulez pas suivre, et bien Messieurs « Niko », votre outil de production de la – supertrac, 2012 – tombera alors dans le bien commun, et vous n’avez pas le droit de le détruire, même en stoemeling.
    §
    L’idée générale du raisonnement (dont j’ai le plaisir ici ; etc. ) est que les individus, les familles, les groupe d’actionnaires qui seraient capables d’assumer le responsabilité d’une propriété, la garde et en assume l’Histoire ! L’abusus ne serait-il pas l’hypocrise de la propriété ( non mais juste comme ça) ?.

    1. J’aime bien le lien entre propriété ( et ses trois composantes admises)et responsabilité .

      Mais responsabilité peut être lue avec des lunettes morales , ou juridiques , ou existentialistes :

      – les premières font obligation de rendre compte en vertu de la morale admise ( devant qui ?).
      – les secondes font obligation de rendre compte , de par la Loi ,devant elle , et de réparer les dommages causés .
      – les troisièmes ne font obligation de rien . Elles se  » contentent « , avec Sartre , de faire le lien philosophique et logique entre notre « agir » et notre revendication de liberté .

      Avec l’âge , je fais plus « confiance » aux secondes .

      « Linux » est peut être davantage , outil des troisièmes .

      Quelles sont vos propres lunettes pour lire « responsabilité » ?

  11. Le lien mis récemment (j’ai oublié par qui désolée) vers Challenges qui renvoie vers Natixis il est essentiel de retenir le dernier paragraphe de l’interview daté du 18/08/17, concernant leur peur d’une révolte des salariés à la révision (une réforme étant un progrès ce n’est pas une réforme) du code du travail :

    «  »si les salariés se ‘révoltaient’, le choc inflationniste, et donc de taux d’intérêt, qui en résulterait aurait des effets très négatifs sur les détenteurs d’obligations, sur les États et les entreprises ».

    Car une telle révolte occasionnerait selon lui « une hausse rapide des salaires » qui « conduirait à de graves déséquilibres financiers ». À savoir donc, « une chute des marchés et une hausse des taux d’intérêt et de l’inflation ». Certes les ménages en « bénéficieraient », mais pas les actionnaires, les finances publiques et les grands groupes.

    D’où cette mise en garde: « les investisseurs doivent s’interroger sur la possibilité de cette ‘révolte’ des salariés ». Et s’ils la jugent probable, « se couvrir contre le retour de l’inflation et la baisse des indices boursiers », nous a précisé Patrick Artus. »

    Moralité : salariés révoltez-vous si vous voulez vous donner une chance de voir vos salaires augmenter !

    1. Moi je lis plutôt que le système peut absorber une révolte des salariés qui ne remet pas en cause le système .

      Et que « le retour de l’inflation » aura tôt fait d’absorber les « hausses de salaires » , sans en bouger une des investisseurs qui peuvent s’en prémunir .

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