LE PRIX DE L’OBSTINATION DES AUTORITÉS ALLEMANDES, par François Leclerc

Billet invité.

De premières informations à propos des négociations engagées entre Allemands et Français commencent à filtrer. Et déjà il apparaît qu’elles sont mal parties pour les seconds. Le fossé entre les propositions connues d’Emmanuel Macron et les limites à leur égard exprimées par Angela Merkel n’augurent pas d’un compromis digne de ce nom.

Dans le camp français, il pointe déjà l’idée qu’après tout la proposition de Wolfgang Schäuble de créer un FMI européen chargé de surveiller la politique budgétaire des États européens pourrait finalement être acceptable. Son adoption représenterait un premier pas, la condition préalable à un plus vaste accord, est-il argumenté.

Après son prédécesseur, le président français doit à son tour donner des gages dans l’espoir d’obtenir des contreparties, dans le but de recréer une confiance perdue. On sait que l’apparition de ce terme présage toujours de décisions courageuses à prendre…

Dans l’immédiat, Emmanuel Macron a été chercher des alliés en Belgique et au Luxembourg, puis auprès de Mario Draghi avec lequel il a discuté des « pistes d’approfondissement de la zone euro ». Des Premiers ministres belges et luxembourgeois, Charles Michel et Xavier Bettel, il a obtenu un soutien au vague projet d’une « Europe à plusieurs vitesses » et à la campagne contre le « dumping social » qu’il a auparavant engagée dans les pays de l’Est européen. L’appui de Mariano Rajoy est quant à lui plus difficile à revendiquer, celui-ci ayant décidé de mettre les pieds dans le plat en préconisant une mutualisation financière impensable pour le gouvernement allemand.

Côté italien, cela ne se présente pas non plus très bien, les autorités ayant adopté comme pli de faire cavalier seul dans leurs négociations avec Bruxelles, arguant du danger que représentent le Mouvement des 5 étoiles d’un côté, et de l’autre l’alliance électorale en cours de constitution entre la Ligue du Nord et Forza Italia de Silvio Berlusconi, qui représenterait 30% des intentions de vote.

L’ancien président du conseil préconise désormais la création d’une monnaie parallèle à l’euro, qui selon lui n’impliquerait pas de modification des Traités. Une telle monnaie n’est pas éloignée de la proposition de la Ligue du nord de lancement d’un « Mini BoT » – une sorte de reconnaissance de dette – afin de régler les dépenses gouvernementales. L’avènement d’une monnaie parallèle italienne n’est donc pas impensable, les deux tiers des italiens soutenant les formations politiques tenant un discours à dominante anti-euro. Elle serait dans ce cas présentée comme une formule de transition à la sortie de l’euro engagée par une coalition de centre-droit ayant à son programme des mesures anti-immigration et l’adoption d’un taux unique pour l’impôt sur le revenu.

Pour Silvio Berlusconi, l’introduction d’une monnaie parallèle serait un acte de souveraineté monétaire destiné à soutenir la demande intérieure. Ce n’est pas sans rappeler la proposition de la même famille de Yanis Varoufakis et de James Galbraith de la création de liquidités et d’un système bancaire parallèle, qu’Alexis Tsipras n’avait pas voulu suivre à l’été 2015.

Telle est la pente sur laquelle la zone euro se dirige, faute de pouvoir amender les Traités.

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