« Homo regionalis » selon Todd, adorable cancre ou détestable crack, par Timiota

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Commentaire sur Où en sommes nous ? Une esquisse de l’histoire humaine, Emmanuel Todd édité au Seuil (2017).

C’est le personnage d’un Todd équilibriste, chat de gouttière et grand radiographe du paquet de sapiens en format familial XXL que son nouvel ouvrage Où en sommes-nous ? Une esquisse de l’histoire humaine fait ressortir.

N’oublions pas que l’auteur de L’Origine des systèmes familiaux (Tome 1, 2011, Gallimard), foisonnant livre, n’a pas tout à fait fini de concocter le Tome 2, et s’est fendu entre temps de la polémique analyse Qui est Charlie ? Sociologie d’une crise religieuse (Seuil). Mais E. Todd arrive au terme de sa carrière académique, il a certainement pris plaisir à formuler une « mécanique anthropo-écono-démographique » , plus surplombante que ses livres de spécialiste, mécanique élevée au rang de grille de lecture de l’histoire humaine. Au risque du « biais de confirmation », l’utilisation d’un sous-ensemble de fait assez ciblé (trop ciblé…) pour corroborer ses vues.

On connait l’idée de base : le lien entre système familial et facilité à accepter une idéologie/politique autoritaire, inégalitaire, abaissant le statut de la femme. Des « niveaux de patrilinéarité » croissants, émergés dans des zones les plus anciennes de civilisation, ont conduit les grands empires d’Asie (Mésopotamie, Chine, Inde) à verrouiller le système familial afin d’assurer la continuité de leur structure socio-économique de pouvoir, l’éloignant d’un système initial « nucléaire indifférencié ». Ce dernier est suivant Todd par excellence flexible et pragmatique . Furent repoussés vers des périphéries géographiques comme les régions de France ou les Philippines les systèmes moins patrilinéaires, comme le furent les langues périphériques. Je ne résumerai pas ici la typologie des différents systèmes (nucléaire, souche, communautaire), ni leurs marqueurs (endogamie ou exogamie, primogéniture à l’héritage, statut de la femme). Je dirai simplement qu’elle correspond à des « modes de propagation » de la propriété et du pouvoir, avec une palette de conceptions du lignage.

Todd pousse intellectuellement le défi assez loin sur bien des plans, j’en décline trois ici :

1) L’essentialisme, la région « immobile ». Il entend répondre à la critique récurrente d’un essentialisme masqué : à mettre en avant, sa réponse à la question « comment ces régions peuvent-elles bien, après tant de migrations sur leurs sols, avoir gardé « au chaud » leur système familial ? » Comment une « famille-souche gasconne patrilinéaire » peut-elle avoir un sens après le lavage de cerveau qui culmine dans l’école républicaine de la III-ème république. Todd propose, à rebours de l’essentialisme, qu’il s’agit justement d’une émergence stable parce qu’inessentielle ! C’est l’avatar du concept de « mémoire des lieux » forgé avec Hervé Le Bras dans Le Mystère Français. La région garde assez de trace dans son organisation des propriétés, des lieux communautaires, pour convertir ses arrivants et cela jusqu’à des régimes de flux de remplacement élevés. Du coup, à mes yeux, l’analogie s’impose avec les autres techniques de Homo, qui définissent son appartenance à un groupe culturel : dans telle vallée, les outils (et la langue comme outil), par la transmission qu’ils impliquent (techniques agricoles, objets plus chamaniques, langue), forment nolens volens les vecteurs d’une culture, et ils différeront de l’autre côté de la montagne. En somme, ‒ comme le dit dans mon titre le néologisme « Homo regionalis » qu’il faut voir comme clin d’œil à « Homo habilis », ‒ il faudrait envisager tout ce qui fait qu’une région est une région comme une « extériorisation technique » (dans le vocabulaire de Leroi-Gourhan et Stiegler). Et les immigrants n’apportent pas avec eux les outils de cette catégorie-là (la distribution des terres, les choix des tracés des chemins, les institutions,…). Todd est convaincu que si fond humain il y a (préalablement aux émergences des formes familiales variées) c’est un fond fait d’une haute dose de flexibilité et une grande compatibilité avec l’indifférenciation partielle dans et autour du groupe familial nucléaire.

La patrilinéarisation qui survient lorsqu’une civilisation se perpétue longtemps au même endroit se construit sur la nécessité (typique de la famille souche & de la primogéniture) ressentie que « la ferme hérite du fils », au point de conduire à un effet de stabilisation de la région, culturellement parlant. La région (allant jusqu’à l’Empire), est de plus en plus imperméable aux changements et va vivre assez mal les grands écarts que peut lui imposer par exemple une occidentalisation soudaine (l’Asie et l’Afrique notamment, les Amérindiens ayant été trop décimés trop tôt).

Todd égratigne la sphère freudienne au passage, puisqu’il prend bien soin d’affirmer que ce n’est pas l’individu « freudiennement marqué » par ses parents qui est le vecteur de transmission dans une région. C’est, insistons encore, une « émergence » (mon mot, pas celui de Todd) qui est profondément de nature collective, le collectif en question incluant les traces matérielles de l’humain autour de lui, les fermes et les propriétés, les ports, les institutions. Mais qui inclut aussi le mode de fonctionnement du système éducatif, système riche associé à une réalité « à tiroirs » entre intériorisation et extériorisation, et où il me faudrait sans doute reformuler ce que Todd en dit pour suggérer quelles difficultés théoriques pourraient surgir dans cette voie. Tant que nous en sommes aux égratignures, il y en a aussi pour Lévi-Strauss, et pour les économistes orthodoxes, notre auteur n’a pas modéré les traits de ses flèches sur ces cibles-là.

2) C’est l’occasion d’évoquer un autre pan des visions qu’expose Emmanuel Todd : l’éducation supérieure et son rôle, dans un cadre où l’alphabétisation s’immisce par à-coups (contre-réforme, déchristianisations précoces ici, tardives là, jouant sur l’alphabétisation des jeunes filles). Au lieu de venir couronner et consolider l’édifice, Todd affirme que la survenue d’un trop gros groupe passant par l’éducation supérieure le pousse à se scinder et à produire plus ou moins naturellement de l’inégalité, en privilégiant la tranche supérieure de 30% des éduqués, même si un autre tiers atteint les études supérieures. Sur la base des USA, où des hauts niveaux d’éducation dans l’enseignement supérieur furent atteints tôt (30 ans avant la France, avant même les « GI Bills »), Todd suggère un effet de plafond à 30% pour une élite en voie d’élargissement. En somme une méritocratie ne supporterait pas l’égalisation par le haut et reconstituerait un « bas dans le haut », qu’elle frustrerait plus ou moins fortement. Du coup, et nous sommes là dans la lignée du Qui est Charlie ?, Todd n’a de cesse de fustiger la vision d’Académia (ainsi nomme-t-il le complexe « supérieuro-pouvoiresque » qui donne le ton dans tout média se targuant d’être intellectuel, dans les rouages ministériels et dans les autres secteurs énarchiques, un complexe qui comprend au passage toute la gauche universitaire, j’en suis) : la méritocratie qu’Académia formule et administre (comme on administre un soin amer) fait la vie dure aux 30% de la 2ème tranche, qu’elle frustre en faisant croire à cette tranche que l’enseignement supérieur (« la fac ») est la clé de tout, avant de lui barrer la route dans une attitude d’exclusion à peine douce. Sans parler des autres 40%.

Cette analyse est elle-même sous-tendue par une autre, plus hasardeuse et risquée mais du coup pas indifférente, sur l’alphabétisation et la religion. Le protestantisme qui a déclenché l’alphabétisation universelle (peu ou prou la même qu’a voulu ou au moins fantasmé le judaïsme et qui allait rendre sa diaspora résiliente) a ici une place d’honneur. Bien des vicissitudes marquent le chemin, comme l’alphabétisation très différenciée des hommes et des femmes en Allemagne, par exemple (évidemment en faveur des hommes). Todd essaye néanmoins de suivre à la trace ce marqueur, dans la  mesure où pour lui, la séquence alphabétisation => sécularisation => crise « identitaire » est une constante universelle, à méditer urbi et orbi, incluant les cas du nazisme ou de la situation génocidaire rwandaise. Les modulations de toutes sortes sont évoquées (démographie, géopolitique,…) et c’est sans doute un des points sensibles où sa démonstration peut souffrir du biais de confirmation évoqué en haut.

3) Il faut s’attarder un moment enfin, sur la vision que Todd propose des USA et de la Russie (sans oublier que Todd dit aussi être très fier d’avoir ré-analysé la famille juive, bien  moins patriarcale et « souche » que le suggéraient les analyses standards, et ce notamment grâce aux importantes découvertes archéologiques de Judée qui donnent à voir sans filtre ce que la Bible a malaxé à l’infini). Todd voit les USA comme une zone de lien indifférenciée proche de Homo sapiens au mieux de sa forme et de sa capacité d’adaptation bricolante, avant que la propriété et l’agriculture ne le sédentarisent avec hache puis la Winchester au poing (comme vient de le dire Paul Jorion, il y a sur cet aspect une certaine continuité d’un fond rural qui éclaire à sa façon la possibilité même de la tuerie de Las Vegas), sans parler de l’esclavage. Cette vision d’Américains « libres d’obligations mais soucieux de leurs intérêts locaux » lui fournit une clé d’explication au paradoxe que tout Français ressent vis-à-vis des USA : une grande réussite technique doublée d’un manque d’institutions sociales d’État, permettant une grande pauvreté. Plusieurs développements sur ce point m’ont paru assez convaincants. L’autre composante de l’histoire des USA, qui définit son rapport là-aussi ambigu à l’inégalité, est le rôle des Noirs. Todd voit ce rôle comme ayant stabilisé la possibilité d’une égalité entre Blancs, en gros depuis l’indépendance jusqu’à après la Guerre de Sécession : que l’on ait à voir « l’infériorité » faciliterait de se sentir plus facilement égaux entre Blancs. Possible, à affiner. La séquence d’un siècle qui suit, jusqu’à la fin de la ségrégation, aboutit à la suppression du repoussoir inégalitaire qu’était la population noire stigmatisée comme telle, et rend possible, à partir des années 1980-1990 et en gros après l’espace d’une génération pour oublier un peu, une envolée stupéfiante des inégalités entre Blancs riches et pauvres, et a fortiori entre Américains riches et pauvres. Si on n’a plus d’égalité entre nous à faire valoir en face des Noirs, bas les masques.

Au total, cela mène évidemment Todd à relativiser la démocratie, émergence trompeuse donnant surtout de fausses satisfactions, servant tour à tour de faux-nez pour le libre commerce, ou pour la méritocratie, etc. Il justifie ainsi qu’on doive regarder autrement la Russie de Poutine, qui a réussi un sauvetage démographique de sa population (indicateur de fécondité, rôle mondial) et qui est décrite à l’envi (à tester contre le biais de confirmation) comme un repoussoir par une Europe. Une Europe qui elle, essore sa population des zones sud ainsi que celle du gros de sa zone orientale (des Baltes aux Roumains), en l’exploitant surtout dans la sphère nordique de l’Europe (Allemagne au centre évidemment). Le coup de pied de l’âne, par un de ces rebonds un peu rapide que Todd aime faire, est donc aussi une certaine considération pour les USA de Trump. Dans ces USA de 2016-2017, après tout, le peuple a trouvé une élite qui feint de l’écouter, quelque niveau d’impéritie que montre le Trump en action. Mais sa considération est encore plus forte pour le peuple grand-breton, qui a admis par le truchement du Brexit que quelque chose était à négocier avec la part de son peuple qui ne comprend pas la logique de l’Europe, logique d’essorage qui semble avoir touché aussi le peuple hors de Londres.

On ne pourra pas dire que Todd ne tente pas de nous stimuler via son prisme anthropo-écono-démographique. Et on dira dans la foulée qu’il a assurément le mérite de nous agacer quant aux choses que nous disons estimer. Des choses comme la vision de l’essentialisme inacceptable là où il existerait réellement une émergence (qui sommes-nous pour dire ce qui est une essence et ce qui ne l’est pas ? ), comme la vision d’une démocratie là où le capitalisme, depuis Maastricht et avant en Europe même, privilégie les flux et reflux en tsunami de capitaux,  et aussi comme la vision de l’éducation supérieure et de la méritocratie oeuvrant en agents intrinsèquement stabilisateurs, là où le diable de la discrimination silencieuse peut se tapir derrière une belle palissade de bonne conscience : tout cela fait au moins un remue-méninge pour qui veut tester ses œillères.

Mais on peut aussi redouter que la distance de son approche à la sphère académique et intellectuelle telle qu’elle est réellement soit si grande que le débat ne puisse passer à travers la « vallée dérangeante » ‒ semée de quelques boules épineuses par l’incorrigible Todd ‒ vallée qu’il faudrait pourtant parcourir pour rejoindre sur ses crêtes notre chat de gouttière, autrement dit pour considérer son histoire de l’humain un tant soit peu de l’intérieur.

20Shares

19 réflexions sur « « Homo regionalis » selon Todd, adorable cancre ou détestable crack, par Timiota »

  1. Singulièrement pour ce dernier livre, Emmanuel Todd a tenu à souligner à plusieurs reprises son caractère « objectif » et politiquement dépassionné.

    Ce faisant, il peut à la fois continuer à exposer ses idées politiques iconoclastes, sans pour autant déplaire aux tenants du libéralisme anglo-saxon aux manettes de la France.

    Cela rend son ouvrage presque… hum, « macro-compatible »! Cet aspect « lissé » de son livre le rend assez étonnant et amusant…

  2. Todd par Timiota, c’est presque mieux que Todd, provocateur et adorable crack.

    Je ne lirai pas ce livre, malgré mon admiration pour son auteur, parce qu’il me semble une resucée du « Le fou et le prolétaire » (*) qui reste la déclaration programmatique du jeune Todd. Il n’aura fait, me semble-t-il, qu’approfondir et élargir au monde entier, avec toutes sa diversité, ses idées premières.

    Autre point : On sait que toute science passe de la description à l’action quand elle s’accomplit. Todd est descriptif, et seulement descriptif. Et c’est très heureux s’agissant de sociologie. Le risque est donc grand qu’il puisse suggérer à des excités qu’il y a là une tâche à leur démesure : remodeler une société avec ses recettes mal comprises. On tomberait alors dans « l’ingénierie sociale » qui reste une hantise pour les penseurs classiques -je n’ose dire humanistes- de tradition britannique. Paul Johnson en donne une recension dans son « histoire du monde moderne » en 2 tomes (1917-1945 et 1945-1980 ), un honnête travail journalistique par un intellectuel classique. Cela a existé, et existera si nous n’y prenons pas garde. La filiation avec « La Vingt-cinquième heure » de Virgil Gheorghiu est évidente.

    (*) « Le fou et le prolétaire » restera dans mon petit panthéon parce que je suis sûr qu’il a joué son rôle dans la décrédibilisation du marxisme dans l’Université d’abord et plus largement ensuite.

    1. Rectification: ma femme, une de ses groupies, a décidé d’acheter le bouquin. Je le lirai, pour la paix du ménage.

      En matière « d’ingénierie sociale », Daesh/Isil/EI représente le pire actuellement. Le crime tout court -et à grande échelle- se met au service du « crime social » et du remodelage de la société. Exemple extrême, c’est certain…

      1. Vous avez les émissions sur FranceCulture (cinq cette semaine à 20h, ou il est en roue libre) si vous voulez être urtiqué pour pas cher.
        En matière d’ingénierie sociale, nos « liens » , si ils sont destinés à se rapprocher de ce que Facebook appelle un « ami », risquent de toute façon de s’éloigner un peu plus vite des systèmes familiaux souche ou pas souche, l’alphabétisation est en train de muter elle-même, définissant peut être le seuil de 30% pour les « universitaires » au-delà duquel l’effet bénéfique de l’éducation supérieure se transmue en frustration pour les « méritants non gratifiés ».
        Cette mutation de l’alphabétisation (via le numérique, pour faire simple) peut être comparée à la nouvelle couche de finance que la modernité a rajouté sur le capitalisme ordinaire industriel. La finance décrite par Braudel n’était « que » le transfo haute tension quelque part dans les têtes de réseau, destiné à équilibrer les « moyennes tensions » des économies marchandes réélles. La finance de 2017 est une espèce de chose plus systémique, qui a le mot sur presque tout dans un monde sans inflation ni rendement: seule la volatilité du rendement rapporte (les hauts rendements temporaires obtenus par les diva du trading etc.). Ce deuxième âge du circuit capitalistique est peut être parallèle à un deuxième âge de l’alphabétisation. Le Luther moderne a déjà son nom, pas celui d’un homme mais d’un système : Android. que Calvin soit l’iPhone, ça serait pas encore ça, heureusement que les correspondances trop simples ne marchent pas, mais il y a un truc là…

      2. C’est toujours aussi agréable à vous lire.

        Merci pour l’info France-Culture. Pour le reste -la fin de votre intervention- j’ai des doutes : j’assimile sans difficulté facebook à une entreprise quasi-totalitaire, soft bien sûr. Je m’en tiens à distance. Je ne connais personne de mon entourage et de ma famille, jeunes et adultes, qui y soient intéressés. ( Évidemment, qui se ressemble s’assemble). Internet leur suffit amplement. Je pense vraiment qu’il faut faire sans. Ça peut servir -et ça sert- à formater les esprits, tous manœuvrant comme un banc de poissons : pas de chef visible, pas de contact, mais un impressionnant mouvement d’ensemble. ( l’image est de Todd…). . La « valeur d’usage » est nulle.
        Restons-en à  » heureusement que les correspondances trop simples ne marchent pas, » Elles ne marcherons pas, pour notre bonheur, si des milliers de grains de sable grippent cette machine. Soyons-en…

  3. Je n’ai pas lu son livre cependant comme ce serait bien si notre président comprenait vraiment de quoi il est question dans ses livre.
    La politique menée en France serait autre chose qu’une cacophonie mensongère.
    Il a la tête à comprendre les rapports de force mais il n’a pas la tête À bien comprendre les enjeux véritable de son pays Ainsi que sa composition.
    J’admire Monsieur Todd presque autant que monsieur Jorion. Tout dans la nuance, ils savent quelle direction est la bonne pour nous. Et cela à mon sens n’est pas tellement macro compatible .

  4. Un homme politique se doit d’avoir des opinions et une direction particulière,
    ce livre de chercheur a une visée plutôt objective.
    Ce n’est donc pas normal que dans la forme qu’il soit compatible.
    Cela vient du président qui n’a pas l’air d’avoir d’avis et qui pourtant fait encore plus pencher le navire qui commençait à chavirer.

  5. On ne peut pas réellement parler de libéralisme anglo-saxon concernant nos zélites, mais plutôt d’une semblance de ce libéralisme. Il y a déconnexion entre un mode de fonctionnement réel, étatiste et jacobin, qui verse actuellement dans l’autoritarisme, et l’apologie d’une société ouverte à l’américaine. Les zélites font dans la pâle copie surannée alors que les Anglo-saxons eux-mêmes, avec Trump et le Brexit, sont en train de prendre la tangeante vis-à-vis du processus globalisation économique et culturel dont ils étaient jusque-là les fers de lance. Il y a dans le libéralisme de Macron plus l’autocélébration d’une classe, qu’un programme cohérent capable d’irriguer toute une société. C’est une collection de mantras qui tournent à vide.

  6. j’avais lu avec intérêt le tome 1 de « L’origine des systèmes familiaux » après quelques autres ouvrages de M.Todd. Il me semble qu’il a vieilli depuis et commence à radoter comme ces penseurs qui ont trouvé leur vérité et semblent vouloir éclairer le monde entier. J’ai arrêté de lire M.Todd, c’est trop ennuyeux, j’ai trop de livres en attente. Je pense qu’il se perd dans sa propre pensée. Un philosophe contemporain disait(j’ai perdu son nom) : « Ceux qui pensent savoir la vérité ont une crampe de cerveau. » Je crois que M. Todd est à ce stade de son développement. J’ai cependant un grand respect pour tout son travail antérieur.

  7. C’est décidé , je vends ma télé
    ( achetée il y a quelques mois aprés des années d’abstention televisuelle ) et je vais passer l’ hiver prochain à lire tranquillement le livre de Emmanuel Todd…

    Je profiterai ainsi, j’en suis sur, du double bonheur de pouvoir parcourir tranquillement le recit brillant et novateur d’une histoire de l’humanité qui parcours les siecles ( agrementée même de quelques sauts dans le futur ) tout en echappant à l’indigence intellectuelle quotidienne des multiples commentateurs télévisés qui m’affligent par la vacuité, réitérée trop frequement, de leurs « analyses » macronistiques…

    Dernier commentaire entendu de Todd au sujet de Macron :
     » Il n’est pas FUT – FUT … ! »
    voila qui m’a bien fait rire…et qui aussi m’a fait penser à des trucs un peu differents.

    et quel contraste…d’ avec la complaisance sterilisée habituelle de tout ces petits carrieristes des medias ,qui s’imaginent peut-être eux-mêmes  » faiseurs d’opinion » (?) alors qu’ils ne fonts , au mieux , que faire couler le robinet d’eau tiede , distillant ennui et lassitude , banal dégout au spectacle de leurs servitudes…

    Paraphrasant aproximativement Desproges à propos de François Cavanna , je termine ce commentaire ( admiratif au sujet du travail et des interventions mediatiques de Emmanuel Todd ) en écrivant :

     » Emmanuel Todd est l’un des rares honnêtes hommes que je connaisse en cette époque pourrie… »

    C’est quand-même un reconfort…

    1. Page 130 de sa production préférée, dans mon édition de 1979, illustrée par Reiser:

      Il fait une comparaison formelle entre le production de l’équipe de Charlie Hebdo ( le vrai, pourrait-on dire) et celle du Collège de France, au bénéfice de Charlie: « Reiser et Cavanna sont des penseurs importants ».

      Stimulant et impertinent Todd à moins de 30 ans. Et c’était une récidive: voir « la chute finale », 10 ans d’avance…

      1. Pat Attalo

        Merci à Daniel

        pour l’information au sujet du lien entre Reiser, Cavanna et Todd dans  » le fou et le prolétaire » , j’avais vu sur internet la couverture du livre avec une illustration de Reiser, mais je ne l’ai pas encore lu.
        Cela me réconforte d’autant plus que ces trois trois auteurs sont toujours pour moi parmis mes préférés , un petit peu symboles d’émancipation intellectuelle , existentielle.

      2. Pour moi, cette période restera comme un désespérant désert de la pensée. Les jargons spécialisés et des textes littéralement incompréhensibles dominaient (presque) tout le champs intellectuel. Presque, parce que la Droite la plus conventionnelle n’ était pas tombée dans ce travers. En résumé, à Gauche, rien sauf du bruit, à Droite l’extrémisme sous des dehors qui se voulaient séduisant. Ajoutons que se tenir au courant coûtait cher. L’apézite frappait déjà sévère…

        J’y était d’autant plus sensible que, quelques années avant, mon prof. de philo se définissait comme marxo-freudien, une horreur et un échec pédagogique total. C’était la mode, un con fini… J’ai déjà dit que j’y ai lu « The Grapes of Wrath » et débuté mais abandonné le Coran. D’autres se passaient Hara-Kiri…

        Puis Todd est venu…

  8. Puis Todd est venu…

    Il faudra bien qu’un jour enfin quelque historien se penche sur cet étrange mal qui toucha une frange non négligeable de la population tricolore (et exclusivement tricolore, hormis peut-être Bin Laden…) : l’épiphanie toddienne.

    1. Faites-le.
      Un défi à votre hauteur.
      Creusez en historien des idées la période pré-Todd, au moins à titre de longue introduction…

      Je serai le premier à vous lire et sans doute à vous apprécier. Je vous demande de me faire parvenir le pré-print dès que dispo.

      1. Pat Attalo

        à Vigneron,

        pas trés difficile de faire la genese de l’epiphanie toddienne, il suffit d’ecouter la serie d’interview diffusée cette semaine sur France Culture.

        On y apprends , entre autres , le soutien intellectuel de JF Revel , de Raymond Aron , à la publication de  » la chute finale »

        JF Revel qui pourfendait en son temps, la betise des penseurs ideologues ; qui préférent penser à partir ( et à destination) de leurs etroites subjectivités plutot qu’ à decrire, à comprendre, des realités qui ne correspondent pas à leurs pretentions , à leurs desirs, à leurs calculs politiques.
        Il y a une certaine ironie, à voir maintenant les « penseurs » liberaux tomber dans les travers qu’ils reprochaient alors avec pertinence aux ideologues marxistes englués dans leurs » fidélités’ politiques…

        La justesse de la prediction de l’ecroulement de l’union sovietique dans » la chute finale », suivie du labeur acharné de Emmanuel Todd à poursuivre la demonstration de la pertinence son hypothese
        ( de l’importance genesique des structures familiales anciennes, dans le conditionnement des comportements politiques et economiques des populations actuelles, passées et futures)

        Cette hypothése validée ( on n’ose pas dire sanctifiée ) au travers de predictions realisées au fil des temps qui suivirent la parution des ouvrages de E Todd ( que sans doute vous connaissez, et qui eurent un retentissement que vous evoquez : bin Laden…) depassa de loin les limites du lectorat francais ( Allemagne , Etat-unis , Japon ) cela explique facilement, en plus des qualités intrinséques de l’oeuvre, cette epiphanie toddienne que vous evoquez plaisemment.

        A mon immodeste avis, le merite de ce travail intellectuel, heritier de l’empirisme et de l’anthropologie anglais, de l’ecole francaise des annales, est peut-etre de ramener l’economie à sa realité de superstructure et d’ eclairer les infrastructures qui sous-tendent nos pensées , à l’aide de l’anthropologie historique.

        Evidemment , à certains, cela ne fait pas plaisir.
        Il me vient à la pensée Nietzche qui ecrivait que la vérité etait une femme qui ne voulait pas que l’on regarde sous ses jupes… verité femme qui n’etait jamais au bras des intransigeants.

        Pour finir ce commentaire, j’avoue ici la crainte ( que je sens partagée ) qui m’est venue à la pensée de la possibilité des récuperations diverses que pourraient susciter la mise en evidence de » lois du comportement » (ingenierie sociale, interventionnisme politico-militaire)

        C’est peut-etre à ce sujet que cette science pourrait devenir tragique, je prefere la voir comme un pari , j’espere pas trop derisoire, que la comprehension de soi et des « autres »saura nous eviter les catastrophes qui nous guettent en même temps que l’ineficacité des politiques economiques et que monte l’incomprehension entre les peuples… ( voir le recent dialogue entre Badiou et Todd)

        derniere observation , le modele toddien qui semble condamner la liberté humaine dans l’enfermement essentialiste surdeterminé, ne fais pas l’impasse sur l’individu , influencé , certes, mais peut-être aussi sauvé, par les potentialités de la plasticité(, indeterminée et adaptative), de ses capacités comportementales.

      2. Pat attalo

        à Daniel.

        Je ne sais pas si vous l’avez ecouté , mais je voudrais vous signaler, l’excellente interview de Francois Cavanna dans l’emission A voix nue de France Culture.

        A mon avis, un p’tit moment de bonheur.

  9. @ Pat Attalo
    Exemplaire, complet. Comme si vous l’aviez lu en quelques heures.

    Si Vigneron ne comprend pas… Le bougre et ses faiblesses, vous n’y pouvez rien, à supposer que nous devions désespérer de lui. Mais le pire n’est pas certain…

    Va falloir que je me désengage de ma passion kurde du moment pour récupérer les « pod-cast » sur France-Culture.
    Les journées sont trop courtes.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.