UN PETIT COIN DE CIEL BLEU EUROPÉEN, par François Leclerc

Billet invité.

La grande insatisfaction qui s’est instaurée au sein du SPD et de la CDU-CSU augure mal d’une suite paisible pour la vie politique allemande, ainsi que pour le rétablissement de l’Europe.

Si la grande coalition projetée voit une nouvelle fois le jour, ce sera sans doute la dernière fois qu’elle accédera au pouvoir sous la formule associant CDU-CSU et SPD, faute demain de majorité au Bundestag. Peut-être même n’ira-t-elle pas au delà de son examen à mi-parcours, qui est prévu dans deux ans. Occupés à suivre les méandres de la crise italienne ou le surplace de l’espagnole, qui aurait cru que la crise politique européenne en arriverait à de telles conséquences en Allemagne ?

Si l’accord est rejeté, il n’est pas garanti qu’Angela Merkel s’engage dans une seconde tentative de coalition « à la jamaïcaine », ou bien dans la formation d’un gouvernement minoritaire. Tandis que pèse le risque rédhibitoire d’une nouvelle progression de l’extrême-droite sur l’option de nouvelles élections.

En attendant, les cartes sont de plus en plus brouillées au sein du SPD par une venimeuse bataille des chefs entre Sigmar Gabriel, Martin Schulz et la nouvelle présidente Andréa Nahles. Alors que les nouveaux membres qui ont afflué ont adhéré avec la ferme intention de refuser l’accord de grande coalition et représentent quelque 7% des votants pouvant faire la décision. Les résultats officiels seront connus le 4 mars prochain.

Des deux côtés, les négociateurs sont vivement contestés pour les compromis qu’ils ont passé. Ceux du SPD pour avoir trop peu obtenu sur le programme de gouvernement, ceux de la CDU pour avoir cédé les postes-clés du ministère des finances au SPD et celui de l’intérieur au CSU.

Chez les conservateurs, prisonniers à jamais de leur dogmatisme, un profond malaise tournant à la fronde s’est installé, forts de la conviction qu’Angela Merkel était prête à abandonner la politique de rigueur imposée au sein de la zone euro et à faire payer l’Allemagne. Comme à l’habitude, le quotidien Bild ne fait pas dans la dentelle en titrant « Merkel a offert le gouvernement au SPD ». Et ses détracteurs se rassurent en prédisant, à l’instar de la Süddeutschezeitung, que « ce gouvernement ne va pas durer longtemps ».

Ce ne sont pas les déclarations de l’occupant présumé du ministère des finances, le social-démocrate Olaf Scholz, qui vont calmer les angoisses de ce côté-là. « Des erreurs ont été commises dans le passé » a-t-il déclaré dans Der Spiegel, ajoutant que l’Allemagne « ne doit pas dicter aux autres États européens comment ils devraient se développer ». S’il cherche par ces belles paroles à convaincre la gauche du SPD, il alimente en même temps les craintes de la droite de la CDU-CSU, résumant le dilemme politique de cette coalition.

Au sein du SPD, personne n’a oublié qu’Olaf Schulz s’inscrit dans la tradition de Peer Steinbrück, qui a été ministre des finances de la grande coalition de 2005 et se trouve à l’origine de la règle d’or budgétaire selon laquelle le déficit budgétaire structurel d’un pays ne doit pas dépasser 0,5 % de son PIB. En tant que secrétaire général du SPD, Olaf Schulz a aussi été un des concepteurs des réformes 2010 du marché du travail (Lois Hartz) et des assurances sociales, sous Gérard Schröder.

La grande coalition n’est plus au centre de gravité de la vie politique allemande. Ce serait un moindre mal si une autre formule pouvait s’y substituer, mais dans l’état actuel des choses, toute autre option prendra appui sur la prise en compte d’un raidissement politique prioritairement en faveur de la défense des seuls intérêts allemands. Une double constatation va devoir finir par être reconnue  : l’Allemagne n’est pas prête à assumer le leadership européen et le moteur franco-allemand est devenu une fable.

Cela tombe bien, car c’est à ces conditions qu’une véritable refondation européenne peut survenir, comme un plan B digne de ce nom intégrant la dimension sociale et homogénéisant la fiscalisation. Les élections européennes s’approchent, c’est le moment…

1er mars, lancement de Décodages

Ma chronique va entamer une nouvelle vie. A partir du mois prochain, vous la trouverez tous les jours à l’adresse décodages

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