Le peuple étrange des déçus et les « ventriloques de la Banque »

Ouvert aux commentaires.

Le Monde : Ces fidèles historiques déçus par l’an I du quinquennat, le 9 juin 2018

Je vous épargne la liste complète. En voici toutefois un échantillon :

Les économistes Philippe Aghion, Philippe Martin et Jean Pisani-Ferry, Thierry Pech et Lionel Zinsou, directeur général et président de Terra Nova, Jean-François Rial, PDG de Voyageurs du monde, le Prix Nobel de littérature Jean-Marie Gustave Le Clézio, Jean-Paul Huchon, l’ex-président de la région Ile-de-France, ou Pierre Pringuet, ancien responsable de l’association patronale AFEP, l’écologiste Corinne Lepage, etc.

Le peuple étrange des déçus m’a toujours plongé dans la plus grande perplexité. Quelle est la bizarre démarche qui les a conduits à la déception ? Certains que l’on trouve dans les commentaires du blog ou dans des mails qui me sont directement adressés, sont aisément déchiffrables. Leur message commence ainsi : « M. Jorion, je suis extrêmement déçu de vous voir affirmer que … » suit au choix un propos du genre « … que M. Vladimir Poutine n’est pas le nouveau Petit Père des Peuples, que M. Donald Trump n’exprime pas la voix authentique du Peuple américain et n’est pas en train de marquer en réalité des points », etc. Dans leur cas, deux options claires s’offrent à l’interprétation : 1) ils ont confondu mon blog avec celui d’Alain Soral ou de Dieudonné, 2) ils sont venus là dans le seul but de diffuser leur rhétorique rouge/brun, voire carrément d’extrême-droite, et leur prétendue déception n’est qu’une façon de disposer sur l’étal, leur marchandise.

Mais les déçus de M. Macron sont bien plus difficilement interprétables, car voilà un monsieur intelligent, habile, bien élevé (la denrée devient rare ces temps-ci parmi les dirigeants), qui n’a à aucun moment caché son jeu : il nous a communiqué depuis des années le point de vue de la Banque, a tenu depuis aussi longtemps le discours de la Banque, et met en oeuvre depuis son accès à la présidence la politique souhaitée par la Banque. Rien là qui à mon sens puisse provoquer chez quiconque la surprise, et moins encore, la déception… À moins bien sûr que l’on ignore ce qu’est une Banque et comment les Banques dominent le monde… Les déçus les plus pathétiques de la liste de ce point de vue sont alors sans aucun doute les trois économistes : ne savent-ils vraiment pas que leur métier d’économiste pourrait s’appeler plus franchement « ventriloque de la Banque » ? S’ils devaient l’ignorer, le désespoir que leur cause leur déception me semblerait amplement mérité !

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35 réflexions sur « Le peuple étrange des déçus et les « ventriloques de la Banque » »

  1. Peut-être une explication simple : l’humanisme est devenu un produit de la propagande, parmis d’autres (comme par exemple le green-washing), et la ruse a parfaitement fonctionné, surtout avec en face une candidate du FN…bref, encore la propagande, qu’on appelle maintenant la comm’.

  2. Apparemment Hollande , qui avait la finance pour ennemie , ne reproche cependant pas à Macron son parcours bancaire , mais plutôt de se mettre hors réalités en planant « trop haut » et trop seul .

    Votre billet me rappelle aussi un interview d’un économiste dont j’ai oublié le nom ( proche d’Attac je crois ), et qui avançait : « je doute fort que Paul Ricoeur soit soluble dans le CAC 40  » .

    Peut on se défaire de « la banque » en France seulement ?

    Bon , nous revoilà aux élections de 2019 .

    1. « Peut-on se défaire de la banque en France seulement » ?

      Paul a répondu à cette question de façon très claire lorqu’à propos de l’interdiction sur les fluctuations de prix, il a insisté sur le fait qu’un pays doit prendre l’initiative, et qu’ensuite les autres suivront.
      S’il faut attendre que d’autres ou que l’Union en prenne l’initiative, il ne se passera jamais rien.

      La France prenant cette initiative et y donnant toute la publicité nécessaire, à la hauteur des enjeux, et l’impact serait réel. Bref, faut que nos décideurs se remettent à faire de la politique, de la vraie !

      1. Il y a encore de grandes résistances de la banque et des « ventriloques », si finalement elles cédaient sur ce point, c’est que les politiques seraient en mesure d’imposer d’autres leviers …

  3. J’ai la conscience tranquille – je n’ai pas voté pour Macron. Le connaissant, je n’avais aucune illusion le concernant. Mais il cadre bien avec notre époque, du moins pour l’instant. Sa chance est peut-être l’Allemagne, qui connaîtra probablement des grandes difficultés en raison de sa dépendance risquée de l’exportation. Le vent a tourné, pas en faveur de l’Allemagne merkelienne.

    1. Qu’est-ce qu’on en a foutre de sa chance à machin, ne t’imagine pas Nietzsche ou Dostoïevski plaisanter avec les météorites qui leur tombent sur la tête. Au diable les porte-paroles, vive les rêves .

  4. Les banques sont à la croisée de toutes transactions, une position stratégique et tarifée. De ce seul fait, elles sont La Seigneurie des temps modernes puisque la bourse a remplacée le bénitier comme valeur universelle. Le danger pour cette Seigneurie c’est que ce privilège soit par trop visible (litote) et « en même temps » commencerait à agacer sérieusement la piétaille sans pouvoir satisfaire suffisamment de nouveaux consentants pour compenser démocratiquement ses assises (de la banque). Les discours-plans-com et autre novlangue peuvent bien faire illusion un temps mais lorsque le compte n’y est pas et qu’il n’y a rien sous la table non plus, on cherche… et on finit non pas par trouver mais par demander des comptes … justement.

    Question subsidiaire : le vote utile n’était-il pas un vote désespéré ?

    1. octobre,
      D’où l’importance du débat qui va avoir lieu entre Paul Jorion et Benoît Hamon prochainement.
      Je suppose que si Hamon a accepté de débattre avec Jorion c’est qu’il est susceptible d’évoluer lui-même sur la question du RU. En tout cas il faudra bien qu’il réponde quelque chose lorsque Paul expliquera les inconvénients du RU. 😉 Soit Hamon a de solides arguments à opposer, soit, il y trouvera une bonne occasion de justifier un nouveau point de vue.

      1. Tu sais ou tu ne sais pas depuis 1947 Antonin Artaud joue le bal musette à l’envers . Moi je ne suis pas spécialement poète mais je me tiens quand même un peu au courant. Et si Freud m’embrasse sur le front, alors je lui arrache la langue, voilà la violence.

      2. J’ai essayé d’imaginer comment arracher la langue de Freud alors qu’il m’embrasse sur le front , mais c’est un peu sportif !

  5. Alors apparemment, certains se plaignent de la politique répressive de Gérard Collomb. Ils découvrent le Macron stratège politique prêt à tout pour contenir les Républicains et le FN….Donc…..RAS
    D’autres sont outrés par le manque de mesure de « gauche » mais comme le dit Paul, Macron a une formation de banquier donc….là encore…. RAS….
    En revanche pour Corinne Lepage, je comprends sa déception. C’est qu’en matière d’écologie notre cher Jupiter voit la terre de très haut….Et notre bon Nicolas H qui continue à faire semblant d’y croire….Quand comprendra t’il que capitalisme et écologie sont difficilement conciliable!!!….Ah mais que je suis bête! Mais c’est bien sûr! notre Nicolas se ment à lui même. C’est un capitaliste qui s’ignore. Ceux là , c’est les pires……On ne peut plus rien pour eux. Là c’est plutôt RIP ….

  6. Parmi ces « ventriloques » certains espéraient peut-être personnellement quelque chose, qu’ils n’ont pas obtenu… 🙂

  7. Bon, au titre de mon point Godwin de la quinzaine (la denrée se fait courante), j’ose demander au sujet des banques la question suivante :
    Nous n’avons plus de Front National (renommé §# Rassemblement National #§ ) mais nous avons dans les banques le Front International, celui du fascisme en col blanc.

    D’ailleurs on pourrait symétriser le destin maintenant scellé pour longtemps du mots « fascio » « (wiki : Le fascio désignait à l’origine une section de syndicat agricole. Ces syndicats d’influence socialiste.. ont … dérivé vers la réaction nationaliste et sont devenus une force d’appoint pour le nouveau régime italien qui s’apparente directement à ces organisations paysannes se qualifiant de fascistes.),

    en disant que ce sont les sociaux démocrates comme G. Schroeder et F. Lamy qui ont laissé ce qu’il y avait de gauche soutenir le capital financier débridé.

    1. Je me demande quelle est votre définition du fascisme.
      Larousse: https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/fascisme/32950
      En fait, il s’agit d’une dictature qui profite aux plus riches mais flatte (et trompe) le peuple par un nationalisme chauvin et guerrier. Poutine en est très proche. Pas les banques et certainement rien qui soit international.
      Nous gagnerions à garder aux mots leur signification plutôt qu’à les galvauder en insulte.

      1. Si c’est Lagardère , propriétaire du fonds éditorial de Larousse qui a rédigé la définition , il y a peut être des omissions à défaut d’erreurs .

      2. Au demeurant , le fascisme historique , le libéralisme décomplexé capitaliste , le capitalisme d’état ou les dictatures ont en commun des racines et attributs communs , que l’on appelle dans tous les bons dictionnaires , le totalitarisme ( la fin justifie les moyens ).

      3. « régime-de-domination-capable-de-faire-tirer-sur-la foule-lorsque-ses-intérêts-vitaux-sont-menacés » peut en effet mieux convenir. Mais c’est plus long (Macron = Thiers en puissance).

      4. @Hadiren
        Le fascisme était à l’origine un mécanisme de défense face à l’influence grandissante du capital qui n’a pas de patrie, de la Bourse, et de l’international. Les Allemands, les nazi en particulier en ont fait leur cible principale après la défaite du novembre 1918. Mais cette évolution idélogique a commencé de manière rampante dès la révolution industrielle au 19e siécle. L’antisémitisme aussi.

  8. Les déçus se fabriquent eux même. Sans Macron, ils auraient inventé une autre raison illusoire, de croire que le salut viendra d’ailleurs.

    La déception est le sort des ceux qui attendent des autres.

    J’ai discuté l’été dernier avec la femme d’un député En Marche, elle ne me croyais pas sur le programme libéral d’ Emmanuel.

    Il a réussi à suciter une croyance en quelques mois. C’est un peu flippant de maitriser la com à ce point.

    1. « Il a réussi à suciter une croyance en quelques mois. C’est un peu flippant de maitriser la com à ce point. »
      Effectivement, si il y a quelque chose qu’on ne peut pas reprocher à E Macron , c’est son manque de maîtrise des outils de la com’.
      A ce propos, je conseille à tout le monde le documentaire de ARTE sur Edwards Bernays , un des maîtres du « marketing ».
      Edwards Bernays, La Fabrique du consentement: https://www.arte.tv/fr/videos/071470-000-A/propaganda-la-fabrique-du-consentement/
      Cela serait bien si ce genre de documentaire pouvez être mieux relayé. Il est à la fois flippant et libérateur. Il vous montre combien les foules sont manipulables. Malheureusement, il ne sera vu que par qqs milliers de personnes. Que peut il bien peser face aux milliards de téléspectateurs (dont moi même 😉 attendus pour la prochaine CM de Football?

      1. « la prochaine CM de Football »
        C’est quoi ? Pouvez-vous développer ? Et des milliards de téléspectateurs? Quel est l’événement capable de réaliser cette mobilisation? Et vous en êtes? C’est obligé d’en faire partie? Le choix n’est pas possible? Dire non, interdit?

  9. La déception en politique est une donnée météo, les girouettes sont bien déçues du nord et se mettent indiquer l’ouest ou le sud, peu importe.
    Intéressant de voir Trump s’en prendre au sacro saint libéralisme a grand coup de protectionisme et tous, de concert à lui jeter la pierre pour le plus grand plaisir des marchands en tous genre. Et on voit maintenant Jorion se joindre de fait au camp qui n’a pour objectif que de nous mettre en concurence avec le Bangladesh, haro sur Trump. A postériori je me demande comment avons nous (je m’inclus) pu espérer qu’un semblant de régulation puisse se faire autrement que de la main de fer d’un semi-psychopathe l’imposant par un rapport de force soutenu par la plus grosse armée mondiale?
    On ne prendra jamais assez de précautions avec nos souhaits 😉

    1. Oh ! eh ! hein ! bon ! Il y avait la manière Keynes de recommander le protectionnisme, en sachant exactement ce qu’on fait, et il y a la manière Trump, en disant qu’à partir de demain 2+2 font 5 parce que c’est moi le Président et keu c’est moi keu j’décide et en s’entourant comme conseillers de minus habens ayant trouvé leur certificat de conseiller à la Maison-Blanche dans une pochette-surprise. C’est vrai que je recommande la fin de la libre circulation des capitaux, mais ça ne fait pas de Trump quelqu’un qui apporte un début d’application de ce que je recommande.

      1. Medellín, le 10 juin 2018

        Alors: un (autre) exemple de la force fructueuse de l´auto-organisation coopérative, comme je l´avais déjà donné dans un autre commentaire ici, en ce qui concerne la Bolivie.

        ¨Pourquoi le lait canadien rend Donald Trump furieux.¨

        ¨La dernière cible de guerre commerciale de Trump est l’industrie laitière protégée du Canada. Mais les Canadiens n’ont pas l’intention de l’abandonner, parce que cela fonctionne.¨

        par John Barber

        source: https://www.theguardian.com/world/commentisfree/2018/jun/09/milk-canada-us-trade-war

      2. C’est curieux l’imagination : je m’imagines Trump quand je lis son nom, comme un Gorille dans sa cage et en poussant un brin l’image j’entends le rire des Coréens autour de la cage…………..et Trudeau examinant la solidité des Barreaux…….Je me croyais à la foire du Trone

      3. Si on fait la liste de ceux qui ont tenu tête aux marchands dans l’histoire on ne trouve guère que des trumps. Ce n’est peut être pas anodin de le constater quand à la nature du rapport de force que ces derniers imposent… Keynes est rentré à la maison avec son bancor sous le bras…

  10. Pêché dans les brèves du Canard du 13/06, page 2.

    « Des aides bien coûteuses »
    « Sur le fond, Macron considère que les propositions des trois économistes sociaux-libéraux sont « juste infaisable ».
    Il en veut pour preuve leur idée d' »organiser l’extinction des aides à la pierre », qui, selon lui, provoquerait un séisme.
    Philippe Aguion, Philippe Martin et Jean Pisani-Ferry s’appuient sur la Cour des comptes, qui, dans son rapport du 10 avril, passe au crible les dispositifs qui se sont accumulés au fil du temps (Périssol, Robien, Borloo, Scellier, Duflot, Pinel) et insiste sur « leur coût élevé en regard de leur faible efficacité mesurable ».
    La prolongation pour quatre ans du « Pinel », inscrite dans le budget 2018, va coûter 7,4 milliards d’euros, souligne la Cour à titre d’exemple.
    Tailler dans les aides à la pierre feraient évidemment beaucoup de bruit dans les classes moyennes et supérieures.
    Beaucoup plus que la baisse des APL ? »

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