52 réflexions sur « Annie Le Brun sur « Ce qui n’a pas de prix », le 24 juin 2018 »

  1. Sujet colossal que le rapport du beau avec « la politique » .

    Mon ressenti personnel est que l’analyse ici déployée , en imputant au seul capitalisme libéral ( accessoirement à Macron le traitre de service ) la confusion mentale qui permet la confusion entre beau-gratuit et marchandisation , est restrictive .

    Car il me semble que , du moins en occident , l’explosion des critères de beauté hérités des grecs , des romains et de la Renaissance précèdent ( de peu ) le capitalisme industriel qui , selon moi , s’est glissé dans cette brèche pour s’emparer du domaine ( la prédation des signes évoquée dans la vidéo ) .

    C’est la faillite des signes ( des codes ), dont j’ai pu dire qu’ils ne savaient plus être assez simplement éclairants , qui me semble être la véritable origine de l’anémie du « Beau » , car je crois que le propre de la beauté , c’est justement d’être le « signe » , le code éphémère et fragile , qui permet de donner « sens  » humain au réel ,sans être le réel avec lequel il ne peut se confondre qu’à tort et pour notre malheur .

    Le transhumanisme participe de la même confusion entre sens ( vérité ?) et réel .

    S’agissant des manifestations artistiques pour maintenir la flamme du beau et du signifiant , si je peux partager les craintes globales d’Annie Lebrun , je trouve qu’il reste , pour qui veut bien , encore des lieux et des occasions de retrouver des artistes capables de faire vivre les mérites de la tragédie grecque en ce qu’elle est politique , comme , par exemple dans ce spectacle de Roméo Castelluci ( Democracy in America) que j’ai déjà évoqué .

    C’est en tous cas un contrepoison nécessaire .

    PS : pour Paul Jorion qui a écrit sur « le prix  » : comment selon vous doit on entendre « prix » et  » valeurs » dans la vidéo d’Annie Lebrun ?

    1. Dans les rapports de l’art à l’argent , j’aime bien aussi cette maxime d’Oscar Wilde ( fin du 19 ème siècle , effectivement ) :

       » Il n’y a qu’un commissaire priseur pour pouvoir admirer également toutes les écoles d’art ».

      Sur la beauté , du même , une autre citation que j’ai déjà rapportée , plus difficile à percer , et qui me conforte dans la certitude que sens et réel ne sont pas un , et que la beauté ne peut être que « gratuite » :

      « La beauté révèle tout , car elle n’exprime rien  » .

    2. Le beau, le bien, le juste sont des valeurs cardinales constitutives de la conscience humaine.
      De ce fait, tout pouvoir veut s’octroyer ces attributs. Il vous dira donc quel est le beau, le bien et le juste.
      C’est ce qu’il fait ou tente de faire.
      Aujourd’hui, les techniques de communications sont devenues un levier phénoménal pour soulever les opinions dans le sens souhaité. Les pouvoirs en place font ce qu’il faut chaque jour pour ne pas perdre les rennes de la communication, du management et de la publicité.
      Ils diffusent donc le beau, le bien et le juste.
      Parole(s) d’expert(s).

      1. Je ne suis pas sur que « la conscience humaine » se limite au beau, au bien et au juste , mais après une association stupide avec  » le bon , la brute et le truand  » , je suis tombé sur ça qui devrait définir la « conscience d’une directrice de cabinet du maire d’une grande ville  » :

        https://www.bejoue.fr/le-bon-la-brute-le-comptable-corruption

        Sur l’appropriation du beau par le pouvoir , qu’il s’agisse d’en faire un symbole pour « marquer son temps »
        ( laisser une trace ) ou pour manipuler l’opinion afin de conserver le pouvoir , il y a effectivement une constante historique , voire plus ancienne ( Arkao doit confirmer ) .

        La  » communication  » généralisée , renforcée par la facilitation de l’accès au marché ( jusqu’à l’ubérisation ) , a sans doute pesé pour beaucoup dans l’indifférenciation , le « gavage » qui a permis aux nouveaux pouvoirs nés des amours du « Pouvoir » et du marché , de faire la peau à la démocratie à peine naissante .

        Ou : quand le « réel » tue le sens et nous avec .

      2. @Juannessy
        Trouve-t-on le Parthénon beau parce qu’il l’est (ce qui sous-entendrait qu’il existe une norme universelle de la beauté touchant invariablement les sens de tout membre de l’espèce Sapiens en tous lieux et en tous temps) ou parce qu’on nous apprend qu’il doit l’être ?
        Penchant pour la deuxième option, je dirai avec Hervé que c’est le « pouvoir » en place qui nous dicte, ou nous suggère avec plus ou moins d’insistance, ce qu’on doit considérer comme beau.
        Une illustration: la question du street art. Régulièrement des « œuvres » de ces « artistes » sont effacées par les brigades anti-tags des villes (je mets des guillemets, n’ayant pas d’avis tranché sur la qualification de ces ouvrages-mais personnellement j’aime bien) . Querelles entre différents niveaux de pouvoir, le culturel-national contre le patrimonial-local.
        https://soissonsetalentours.blogspot.com/2017/09/laon-une-oeuvre-de-lartiste-c215-encore.html

      3. Pour le Parthénon je n’ai pas d’avis tranché .

        Pour les tags , ça me hérisse , non pas à cause de ce qu’ils veulent exprimer , mais en tant qu’ils s’accaparent
        ( parfois envahissent ) l’espace public de façon souvent irrespectueuse du travail d’artisans qui eux sont certainement des artistes . Vieux réflexe de fonctionnaire enclin au respect du domaine public , justement parce qu’il est public .

        Il y a toujours un pas entre l’interpellation et l’agression « égoïste », comme il y a un pas entre l’ironie qui tend la main et le sarcasme qui insulte .

        Question de bienveillance qui ne confond pas l’amour et l’amour propre .

        Il y a des œuvres dites belles qui sont des commandes de mécènes du pouvoir que je trouve belles sans avoir à me forcer ou suivre des guides , et des « jaillissements » spontanés individuels qui me consternent .

        Et réciproquement .

        L’art et le beau que je recherche , c’est celui qui rend le monde meilleur et lui donne .. .le sourire .

        Enfin , je crois .

      4. Réflexions sur l’art et la beauté dans la Grèce antique:
        http://www.joel-jegouzo.com/article-philosophie-des-arts-l-antiquite-grecque-un-art-sans-beaute-115152999.html
        Les placards publicitaires envahissant l’espace public me hérissent plus que les tags ,-)
        P.S. : les photos en lien ont été prises dans des espaces privés en ruine et difficilement accessibles. C’est ce qui me plait dans ces œuvres là, un travail personnel qui n’est pas destiné a être médiatisé et commercialisé.

      5. Idem, j’aime beaucoup l’art urbain et ce que font certains street artists, mais quand la majorité à l’intelligence de recycler-réagencer voire réenchanter occupper des espaces urbains en friche et abandonnés cool, va bene, aussi ,pourquoi aller pourrir la vie et les façades de ceux qui veulent que leur home sweet home ne soit pas taggé de graffitis qui ont plus a voir avec popo pipi caca du chien chien à dame Michu qui lève sa papatte (sauf exception …) voire du laid pas bô monégo ?

        Quand au pouvoir, il n’impose pas, il propose, libre à chacun d’apprécier sans se laisser griller les neurones par le conformisme béat, et de s’ouvrir à d’autres approches, ça s’appelle le libre arbitre et la liberté de penser et de faire fonctionner sa boîte à imaginer et à voyager gratis qu’il a au-dessus de son nez en forme de globes oculaires et aussi entre ses 2 noreilles. Quel que soit le style , aucun individu n’est OBLIGE de suivre, et PERSONNE n’a à obliger non plus, qui que ce soit, à apprécier ce qui le révulse ou lui déplait totalement. En outre les goûts et les couleurs…

        Variété, ouverture, diversité et richesse dans la création, je conchie l’uniformité.

        Quand le Street Art et un centre urbain cohabitent en toute ouverture réciproque, ça donne aussi ça :

        Street-Art : trente graffeurs donnent des couleurs au faubourg du Courreau à Montpellier
        https://culturebox.francetvinfo.fr/arts/street-art/le-faubourg-du-courreau-de-montpellier-s-habille-de-couleurs-street-art-275395

        « Condamné dans les années 80, il est désormais considéré comme un acte de création à part entière. Le street art fait aujourd’hui partie du paysage urbain « officiel » de nombreuses villes. A l’image de Strasbourg qui invite des artistes du monde entier à donner un nouveau visage à son environnement. »

        Festival, parcours urbain, performance ou galeries, le street art a envahi les villes. Strasbourg connaît le même engouement pour les arts urbains et fait appel aux plus grands artistes.
        https://culturebox.francetvinfo.fr/arts/street-art/le-street-art-a-strasbourg-de-la-repression-a-la-legalisation-274817

      6. @Arkao :

        Moi je ne supporte les tags que sur les panneaux publicitaires .

        Ils sont d’ailleurs cousins d’une certaine façon .

      7. Les riches veulent payer et faire payer le luxe de paraître pauvres, par exemple le jeans à toutes les sauces.
        Tandis que pour les pauvres ont emballe un peu d’air dans une présentation gris – distingué ou rose – putain ornée d’un léger fil doré ou argenté.
        Le beau est un luxe, objet de désir et il y a une normalisation de ce que nous devons désirer.
        Actuellement il y a même une normalisation esthétique numérique.
        Pour échapper à ce piège il faut sauvegarder notre authenticité individuelle profonde. Personne n’est obligé d’aimer les préraphaélites.

      8. @Arkao:

        J’aime bien aussi vos quatre exemples , dont je note qu’à l’instar des peintures pariétales , ils sont nés à l’abri des regards, presque dans des grottes , pour enfanter d’une réelle humanité qui ne cherche pas d’abord et essentiellement à se vendre ou s’exhiber .

    3. Visionné la vidéo  » le colloque sur les transhumanismes  » de l’UCL .

      Même si je ne capte pas toujours tout en anglais , rien entendu qui me fasse penser autre chose que ce que j’en ai déjà dit .

  2. Pas tendre avec Lacan, Annie Lebrun :

    « Parmi son refus de ce qu’elle nomme le « kitsch théorique », qui réduit tout à un fétichisme du discours, voire « un sabir sémanalytique », on peut relever sa critique sans appel vis-à-vis de Jacques Lacan et du lacanisme, qui la conduit à saluer l’ouvrage de François Georges, L’Effet ‘yau de poêle de Lacan et des lacaniens (1979), et ce qu’elle considère comme une magistrale démystification de « la saga lacanienne », une des plus prestigieuses réussites françaises dans la course à la crétinisation internationale. »

  3. Sur les dérives de l’art contemporain, le blog de Nicole Esterolle :
    http://www.schtroumpf-emergent.com/blog/?page_id=44
    Parfois accusée de « faire le jeu de l’extrême droite » elle a toujours répondu avec vigueur qu’elle ne mangeait pas de ce pain là.
    Néanmoins, son livre sur l’art « dit contemporain » est abondamment repris dans les journaux et les sites internet de la droite bien conservatrice.
    J’ai l’impression que le constat qu’elle fait de la situation est pertinent, correctement argumenté, étayé, mais cette personne ayant fait le choix de l’anonymat pour des raisons professionnelles, ses intentions »politiques » restent ambigües.
    Ce qui n’est pas le cas de Franck Lepage :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Franck_Lepage

  4. C’est l’antiquité grecque qui a inventé la beauté grâce à la symétrie, la géométrie. On observe aujourd’hui dans l’art comtemporin une espèce dissolution de la forme et de la beauté en général – c’est l’expression de notre époque. Pensez, pour prendre un exemple parmi beaucoup d’autres, à la déstruction de la forme chez Picasso. ses figures torturées et déformées, ou à la dissolution totale de la forme chez certains peintres. Quant au marché de l’art, il devenu complètement fou. Les « oeuvres » taxées de plus de dix millions se vendent bien, alors que les objets de moins d’un million ont du mal à trouver preneur. Cela reflète bien la distribution du capital en faveur des « 1 pour cent », dans les salles de vente regne la spéculation – c’est à vomir.

    1. Picasso n’a pas déstructuré la forme. I l crée une forme qui synthétise différents points d’observation au même moment, cubisme.

    2. Yep Picasso a brisé les règles, il s’en est affranchi, et à fait naitre la modernité, que l’on apprécie ou pas, tout comme Modigliani ou encore les impressionnistes qui se sont affranchi de l’académisme ronflant, entres autres…

      « « Il m’aurait foutu son pied au cul, Degas ; s’il s’était vu comme ça. »
      Picasso.

      1. La modernité en histoire de l’art fut apportée par la Renaissance italienne. Alberecht Dürer en a énormenemt profité, ce qui a donné accès à une nouvelle comprehénsion de la forme, de la civilisation accidentale en générale. Mais ce que l’on fait aujourd’hui, en fait depuis le fameux « carré noir » de Malévitch, est discutable, c’est souvent du n’importe quoi. Quant à Picasso, grâce à ses marchands d’art qui ont crée la marque Picasso, avec ses formes tordues, il a su monter une « industrie Picasso » qui pèse aujourd’hui des milliards de dollars. Dali disait de Picasso, que personne n’est capable de vendre son huile aussi cher que Picasso. Picasso est plutôt un symbole de la réussite sociale.

      2. @Germanicus, 28 JUIN 2018 À 15 H 04 MIN

        Pas d’accord. Je parlais précisément de l’Art Moderne, période artistique fin 19ème et 20ème siècles, pendant laquelle des peintres, comme aussi bien les impressionnistes, et plus tard Picasso et Dali où Picabia ou les Fauves, ou Modigliani, où des musiciens comme E. Satie etc…, ont créé et ce en rupture totale et complète avec les codes et la figuration de l’art classique. Le trecento et le quatrocento de la renaissance italienne ont initié la modernité (quoique le moyen Âge à certaines périodes et par certains aspects, était tout aussi « moderne » que le rinascimento) mais les codes et les canons classiques étaient encore prédominants et encore fortement dominés et imprégnés par le pouvoir religieux . Il n’y a pas eu une rupture et une émancipation aussi marquée et aussi brutale voire un affranchissement, comme dans l’Art Moderne à la fin du 19ème et au début du 20ème jusqu’à l’après-guerre, période de changements importants sur le plan technique et industriel, et notamment en Europe , mais aussi en Amérique du Nord.
        Quant à Picasso, il est à replacer dans ce contexte, à ce titre je lui reconnais un vrai talent de créateur, dessinateur hors pair aussi. J’aime le regard différent qu’il a apporté avec ses toiles « miroirs brisés » et la liberté de son regard. Paradoxalement je n’aime pas ses tableaux période cubisme. Dalí, Picasso, bof, quand 2 Catalans se crêpent le bec et s’enflent l’ego, sans intérêt…Réussite sociale, ah ? Tout comme Arkao, je ne suis pas certaine que ses proches encore vivants partagent vos certitudes…

    3. Historiquement, on sait qui était aux commandes au dessus de Guernica. Picasso serait au contraire une affirmation et une persistance de la forme sur la destruction avec reprise en main sur le réel. De fait, il a su comme aucun autre mettre en relation des signes, des couleurs, un éclairage particulier, une voix même ; de sorte que puisse s’exprimer pleinement son art qui n’est pas celui d’un type muet qui regarderait ailleurs avec indifférence : émerge du chaos – du chaos du 20ème s. – une peinture qui a valeur de symbole, que cela plaise ou non. Ceci dit, la violence elle est aussi en nous, il n’y a pas besoin d’attendre de grands bouleversements extérieurs pour la mettre en lumière. Quand il y a ombres, fantômes ou démons dans le fond de la caverne il serait peut-être mal venu de reboucher avec une lourde pierre en disant c’est fini on en parle plus, ça resurgira avec d’autant plus de violence qu’il y aura eu un profond refoulement.

      1. Quelques historiens de l’art prétendent que ce tableau n’a rien à voir avec Guernica et que c’est Eluard en le voyant qui a suggéré à Picasso d’en faire l’icône de ce crime de guerre. Querelles d’experts, mais les biographies récentes du peintre nous le montre sous un jour bien peu sympathique, entre sa neutralité politique pendant la guerre et sa polygamie.

      2. Querelles d’experts du dénigrement et spécialistes de l’impuissance. Qu’auraient fait ces minables à la même époque ? Vu le niveau de l’expertise : Rien. Bon pour les poubelles de l’Histoire.

      3. @Octobre
        Il n’en reste pas moins que la modernité de Picasso c’est aussi la compréhension du marché de l’art et sa manipulation. Un précurseur en la matière. Rarement un artiste peintre aura été aussi riche de son vivant. Et puis enfin, adhérer au PCF en octobre 44 après l’orage de l’Occupation abrité sous le parapluie de la neutralité hispanique…

      4. Bon, finalement Picasso vous fait ch… et son œuvre aussi, c’est même probablement ça qui motive vos commentaires : la jalousie sociale c’est dans l’air du temps et on s’aveugle vite. La prochaine fois dites-nous lequel vous admirez, chez les peintres, et on en reparlera, peut-être.

      5. @octobre
        Détrompez-vous, la peinture de certaines périodes de Picasso me plait, comme tant d’autres de cette foisonnante époque et jusqu’au mouvement de l’abstraction lyrique des années 50 avec Mathieu et Hartung. Là n’est pas la question. Distinguer l’œuvre de son créateur, rien de plus banal. Va-t-on remettre sur le tapis une fois de plus le cas Céline en littérature? Je sais bien que le déboulonnage des idoles est dans l’air du temps et fait vendre du papier, mais quand même, de nombreux faisceaux d’indices tendent à montrer que Picasso était vraiment un gros con opportuniste.

  5. Il y a quelque chose d’attractive dans ce qui est beau. Dans la compétition de la vie, ça compte. Lorsqu’on est adolescent, il est déjà plus class de « tomber » une beauté qu’une méchante cousine… et à la Renaissance (j’extrapole pour aller vite) les cours des cités italiennes faisaient venir ces concepteurs ou fabricants de formes nouvelles, pour époustoufler la galerie et ça marchait. Et si vous vous rendez ces jours prochains à Florence ou Ravenne, vous verrez, ça marche encore. C’est donc devenu un truc de pouvoir et toutes les nations dites souveraines, dans leur volonté de domination ont su exporter leur art pour influencer et assoir leur prééminence sur les autres, par le biais des académies et autres nombreuses institutions.
    Mais aujourd’hui, bien que l’on soit dans cette continuité, ce que dit Annie Lebrun, c’est autre chose. Tout autre chose.

    1. Sans doute , mais au travers de cette seule vidéo , le développement du TINA réaliste globaliste et de ses origines ou motivations me semble incomplet et sans issue .

      PS : avez vous déjà « tombé » une beauté « académique » plutôt qu’une cousine même « charmante » ?

      1. Oui. Mais la réponse pouvait se lire dans l’allusion, puis l’adjectif « académique » n’a pas sa place. Les beautés jugées telles sont toujours dérangeantes et on « tombe » avec (on s’en aperçoit après).
        Pour vos interrogations sur la vidéo, la réponse va de soi, il faut lire « Ce qui n’a pas de prix ».
        Pour ma part je l’ai commandé voilà une quinzaine (au moins) mais l’éditeur se fait tirer l’oreille pour la livraison.

  6. À Annie Le brun, pour un détour par l’architecture, deux livres qui valent la peine d’être lu :  » Études sur (ce qui s’appelait autrefois ) la ville » et « junkspace : repenser radicalement la ville  » par Rem Koolhaas, une  » star-architecte » , qui dresse un portrait saisissant de cette marchandisation, malheureusement étendue au domaine de l’architecture et de l’urbanisme…. à lire….

    1. Quand j’ai eu l’occasion de travailler avec des archi de CAUE ou des ABF , l’un d’entre eux m’avait dit : » en ville , tout peut être beau et permis parce que la ville a été inventée pour ça , et que tout ce qui s’y crée ou affiche est en relation à une activité humaine liée à la ville , ce qui donne son sens à l’expression matérielle artistique ou pas . Rien n’y « choque » . Il y a par contre problème et viol quand l’œuvre s’affiche dans un lieu qui ne lui donne aucun sens commun , qui n’a pas de raison  » d’être là » .Elle ne fait alors que dire la violence gratuite et l’outrecuidance de son auteur « .

      Je me suis trouvé suffisamment convaincu par cette approche pour m’en souvenir encore aujourd’hui . Selon moi , l’extension démesurée ( totalitaire) des villes , participe de ce gavage et de cette indifférenciation dénoncés par Annie Lebrun .

      1. Vous avez eu la chance de rencontrer un ABF qui réfléchit. La plupart de ceux que je connais se contentent de pinailler sur la taille des vélux ou la teinte des volets. Totalitarisme aussi de ces individus isolés dans une tour d’ivoire de la supposée connaissance du beau et du bien, dotés de pleins pouvoirs, prompt à harceler le particulier et à fermer les yeux sur les projets gerbatifs des architectes contemporains et des élus mégalomanes.

      2. En l’occurrence , l’approche que je rapportais était celle d’un archi de CAUE , un dénommé Abrial ( il doit être déjà mort lui depuis quelques décennies , et je peux le citer car ce n’était pas un troll !) , un gars assez unique , un peu franc maçon sur les bords et spécialiste de civilisation celte . Il avait d’ailleurs une magnifique moustache à la gauloise .

        Les ABF que j’ai connus ne correspondaient pas franchement au portrait un peu ancien et stéréotypé que vous en faites , d’autant que les élus mégalomanes ont trouvé depuis quelques décennies , via la Loi et leurs copains parlementaires , de quoi rogner les ailes aux ABF , comme à l’ensemble des fonctionnaires d’autorité , qui oseraient s’opposer à leur onction démocratique justifiant tous les petits dictateurs locaux .
        J’ai au contraire de bons souvenirs de la coopération avec eux , qu’il s’agisse de la qualité de leurs avis dans l’exercice du droit de l’urbanisme ou de leur apport sur des projets de réhabilitation de quartier ou places comportant des bâtiments de leur ressort ( ou pas, d’ailleurs ) . Mais je vous accorde que c’est affaire de bonhomme …comme pour les élus .

  7. Qui sont les arbitres de la beauté ? Autrefois les rois, aujourd’hui les dieux du capitalisme, qui trouvent dans l’art, le plus fantastique moyen de créer de la valeur ajoutée.

    Vous êtes Bernard Arnaud, vous sélectionnez un artiste obscur qui sculpte des kangourous de 20m de haut avec une imprimande 3D utilisant un mélange de moutarde et de nutella. Achetez lui 500000 euros une première oeuvre que vous faites exposer au Musée Louis Vuitton…L’artiste devient tout à coup un artiste en vue, et la valeur de ses oeuvres monte en flèche : création de valeur ajoutée immédiate, multiplication par 5 sans ne rien faire d’autre qu’investir, c’est formidable non ? D’autant plus facile si vous avez dans les réserves du musée 4 ou 5 kangourous que vous pouvez revendre…

    Alors un Kangourou de 20m est forcément spectaculaire, mais si je vous donne une claque aussi, vous serez ému, mais ce ne sera pas une oeuvre d’art pour autant. Il n’y a rien d’universel dans une telle oeuvre, rien qui témoigne de la condition de l’Homme. Il y a une grande confusion entre publicité et art. Il est évident que le caniche géant de Jeff Koons exposé à Venise n’est pas une oeuvre d’art. C’est d’abord une oeuvre publicitaire, et surtout le meilleur placement qui soit, quand on tire les ficelles de la valeur de l’art.

  8. Etant architecte , j’aurais pu commenter les propos de Juan sur les ABF que j’ai bien entendu côtoyés dans ma vie professionnelle, lesquels en règle assez générale se comportaient en censeurs au nom de la préservation du patrimoine, mais……..
    Pour revenir à Annie Lebrun et aux commentaires qui en ont émergé sur le Blog, il me semble qu’il y a un oublié : il s’agit du TEMPS……..l’accéleration duquel trouble la pérennité dont la canonisation du « beau » aurait besoin ……bien entendu je pense à Malraux et à son « intemporel »……..

    Aussi je ne regarde pas la toile de Picasso comme une oeuvre d’art car il s’agit d’un pamphlet idéologique dont le seul nom « Guernica » lui assure la postérité en vous obligeant à sortir le mouchoir ……..En comparaison je préfère à Guernica le film de Charlie Chaplin au nom de la beauté et du temps

    1. J’avais demandé à Octobre ce qu’il mettait derrière le mot « violence » , avec l’arrière pensée qu’il définisse et révèle la violence qui était la sienne . Mais il n’a pas répondu .

      Par contre , en d’autres circonstances , j’ai souvent eu la démonstration que pour avoir une idée de la violence , il suffisait de demander l’avis de deux architectes différents sur un même projet !

      Bonjour aux Pyrénées .

      PS : ça y est vous avez cueilli les fleurs pour le belge breton ?

      1. Juan/
        J’ai eu l’occasion de « côtoyer » Le Corbusier grâce à Claudius Petit à qui j’avais annoncé la noyade de l’architecte et aussi à ce que bien plus tard a été réalisé à Bagdad par un associe une oeuvre après la disparition du Corbu. Donc foin des ABF et autres ………..vestales du bon gout.

        Je crois et cela me reconduit vers Annie Lebrun que notre époque, comme tout époque a l’architecture qu’elle mérite, du reste faut t’il tout regarder comme de l’architecture ? Arkao a parlé de la beauté du Parthénon, il aurait pu évoquer nos cathédrales ou le Tadj-Mahal………… Il n’y aurait selon moi de manifestation d’oeuvre architecturale que quand le bâtiment sublime par sa destination de simples fonctions utilitaires.
        C’est pourquoi toujours selon moi nos contemporains préfèrent habiter une maison individuelle qu’un immeuble tant dans les pyrénéens que dans vos alpages .

        Salutations aux Edelweiss/BL

      2. Juan Nessy a écrit :

        « Par contre , en d’autres circonstances , j’ai souvent eu la démonstration que pour avoir une idée de la violence , il suffisait de demander l’avis de deux architectes différents sur un même projet ! »

        J’ajoute que je n’ai jamais connu de profession qui héberge autant de « Cons » à entendre nos confrères parler des autres « Archis ».

  9. « Si vous ne voulez pas qu’un homme se pose des problèmes d’ordre politique, ne lui donnez pas deux solutions à choisir ; ne lui en donnez qu’une. Mieux, ne lui en donnez pas du tout. »
    Ray Bradbury, Fahrenheit 451

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