Donald Trump et la haute trahison aux Etats-Unis, le 16 juillet 2018 – Retranscription

Retranscription de Donald Trump et la haute trahison aux Etats-Unis, le 16 juillet 2018. Merci à Éric Muller et Olivier Brouwer !

Bonjour, nous sommes le lundi 16 juillet 2018, et hier, pendant que tout le monde se préoccupait essentiellement de football, je vous ai fait une vidéo qui s’appelait : « Le ministère de la justice américain laisse entendre que Donald Trump est l’agent d’une puissance étrangère hostile. »

A partir de quoi, faisais-je ce commentaire ? A partir d’une interprétation d’un document publié aux Etats-Unis, aux alentours de midi, vendredi passé, qui était donc (si je calcule bien) le 13, vendredi 13. Un document d’une très grande importance, en fait, parce qu’étaient inculpés douze fonctionnaires de l’Etat russe, douze fonctionnaires accusés de crimes envers le gouvernement, la nation américaine, pour avoir hacké, pour être entrés dans des systèmes de transmission numérique et avoir accédé également au système de vote automatisé aux Etats-Unis.

Les accusations étaient extrêmement précises, donnant des dates, donnant des détails, donnant des noms de sites, détaillant les opérations posées par l’ensemble de ces personnes, à titre individuel, les unes après les autres. Cette inculpation est d’un ordre tout à fait différent, bien entendu, que les inculpations qui ont déjà eu lieu – c’était au mois de février [le 16 février 2018] – quand, là, je crois que c’était treize personnes [oui]. Treize personnes de nationalité russe avaient été inculpées, mais il ne s’agissait absolument pas de fonctionnaires, il s’agissait de gens appartenant à une agence, mais une agence de type civil, ayant produit de manière massive de la désinformation à [la destination] des citoyens américains, en créant des faux sites, en organisant aux Etats-Unis des manifestations, tout cela à partir de Saint-Petersbourg. Ici, il s’agit de l’inculpation de fonctionnaires, de gens appartenant aux services de contre-espionnage de l’armée. Il s’agit donc de quelque chose de très différent.

J’avais souligné, dans cette vidéo, que j’interprétais de manière légèrement différente [des] commentateurs américains, ce que je voyais. Alors que, eux, ils voyaient surtout, en pointillés, une inculpation de Donald Trump pour avoir, un jour précis, appelé les Russes à faire ce qu’ils ont fait, c’est à dire en fait à pirater un certain nombre de sites appartenant au Parti démocrate, j’avais souligné que, selon moi, on pouvait, comme la plupart des gens l’avaient fait, interpréter cela comme une boutade plutôt que comme un ordre véritablement donné à des gens qui le feraient, même si, effectivement, c’est ce jour-là, peu de temps après, que les opérations ont commencé en Russie.

Ce que je soulignais, c’est que se mettait en fait en place un dispositif permettant assez facilement, à partir non pas d’actes passés mais sur la base d’actes futurs, présents et futurs, de considérer monsieur Trump comme un agent d’une puissance étrangère. Alors, si je refais une autre vidéo, c’est parce qu’il s’est passé un certain nombre de choses depuis, en particulier une interview de monsieur Trump ayant eu lieu hier, en Ecosse, avant qu’il ne se dirige vers Helsinki en Finlande pour rencontrer aujourd’hui monsieur Poutine. Dans cette interview, M. Trump a dit un certain nombre de choses étonnantes qui venaient d’ailleurs compléter ce que madame Theresa May, premier ministre du Royaume-Uni, venait de signaler, [à savoir] que, lors de sa rencontre privée avec M. Trump, celui-ci lui avait conseillé, comme attitude à adopter envers l’Union européenne, de la traîner purement et simplement devant les tribunaux. Madame May a fait ce commentaire en souriant, en disant : « Je lui ai dit que non, ce n’était pas la procédure que j’allais utiliser, nous allions négocier ».

Mais dans le même sens, dans cette interview donnée hier en Ecosse, Trump commence par dire la chose suivante. Quand on lui pose la question : « Quel est le plus grand ennemi des Etats-Unis ? », il répond sans hésiter : « C’est l’Union européenne. »

Alors, le reporter qui l’interroge, le journaliste qui l’interroge est évidemment un peu surpris lui fait répéter et, à ce moment-là, il dit « Oui, bien sûr, nous en avons d’autres, nous  avons d’autres ennemis ». Il faut savoir que le mot qui est utilisé, c’est le mot « foe », un mot classique de la langue anglaise qui veut dire soit « le plus grand ennemi » soit « un grand ennemi », et donc il a pu, dans la phrase suivante, dire « Oui, comme grand ennemi nous avons également, bien entendu, la Russie, et, bien entendu la Chine », et il ajoute à propos de la Chine « encore que dans le cas de la Chine, il s’agit  d’une guerre commerciale » et là, on peut le dire (à la guerre comme à la guerre) il est normal que l’on ne soit pas nécessairement d’accord. Mais à une autre question qui lui est posée « Allez vous évoquer la question d’une extradition possible des Russes accusés avec Monsieur Poutine ? » Il répond de manière étonnante « Tiens, je n’y avais pas pensé ! ». Et ce « Tiens, je n’y avais pas pensé ! » est évidemment étonnant parce que c’est la première chose qu’on attend d’un président quand une puissance étrangère fait des actes hostiles, et en particulier quand certains de ses citoyens sont inculpés – même s’il n’y a pas de traité d’extradition entre les deux pays, comme c’est le cas.

C’est dans le cadre du personnage ne pas y avoir pensé, mais cela attire aussi notre attention sur le fait que personne ne le lui a dit. Alors, s’il est de bonne foi en disant « Tiens, je n’y avais pas pensé ! »  cela veut dire que personne autour de lui, non plus, ne lui en a parlé. Alors, ça peut vouloir dire deux choses : une chose qui est absolument évidente, que l’on sait, c’est-à-dire qu’il n’y a pratiquement plus personne autour de lui comme conseiller. Si, il y a des gens qui portent le titre, mais il n’y a plus personne… Il a éliminé petit à petit l’ensemble des personnes qui pouvaient effectivement lui donner du conseil autour de lui. Donc, il est possible que c’est parce qu’il n’a plus d’interlocuteur autour de lui pour poser ce genre de question. Soit, c’est que, au niveau de l’administration, on a décidé, on a déterminé que cela ne valait pas la peine de lui en parler. Et cela, ça va dans le sens d’un article dans le Washington Post datant d’hier, de David Ignatius, qui est un commentateur connu, qui fait la remarque suivante qui est qu’il est clair que, si M. Trump a été informé du fait que des plaintes ont été déposés, qu’il y a inculpation d’un certain nombre de fonctionnaires russes, il n’a pas dû être avisé de la mise en place de ce dispositif. C’est-à-dire qu’il y a un certain nombre de choses qu’on lui cache – laisse entendre M. Ignatius, et il me semble qu’il a raison.

Et cela va dans le même sens du fait – que l’on observe également – le fait en particulier que, lorsque l’on interroge un certain nombre de généraux dans l’entourage de M. Trump, et en particulier… Ce n’est pas en particulier mais dans un autre cadre… Celui qui est à la tête de l’OTAN… Il est désormais clair que ces personnes parlent un tout autre langage que M. Trump. C’est-à-dire qu’ils ne voient pas… je cherche le mot… Ils ne prennent pas conseil auprès de M. Trump, et ils ne l’avisent pas de leurs propres décisions. Il y a une situation, comme si s’était constitué un cordon sanitaire autour de M. Trump, qu’on laisse faire, mais en sachant qu’il n’est pas important… que ce qu’il dit n’a peut-être pas d’importance. Et cela pourrait conduire à penser qu’un certain nombre de personnes savent déjà un certain nombre de choses qui vont se passer, et qu’ils considèrent qu’il ne s’agit pas… qu’il n’est pas important d’en aviser M. Trump.

Depuis un certain temps, on a le sentiment, en particulier, que Rod Rosenstein – qui est le numéro deux du ministère de la Justice et qui est en charge nous tout ce qui est en rapport avec la Russie, parce que son patron s’est désisté pour n’avoir pas signalé une conversation qu’il avait eue avec l’ambassadeur de Russie – quand M. Rod Rosenstein parle, on a le sentiment qu’il parle par dessus la tête de M. Trump. Il répond aux questions. Il a en particulier répondu à des questions posées par des représentants du Parti républicain, des députés, des congressistes… Mais on a le sentiment qu’il ne prend pas la peine véritablement… Il répond aux questions poliment, mais on a l’impression que son esprit est ailleurs.

Où son esprit est, comme celui de généraux probablement, et d’autres personnes, comme M. Comey qui a été démis de ses fonctions de directeur du FBI, un certain nombre de gens qui sont en charge – M. Mueller bien entendu, M. Robert Mueller qui est en charge de l’enquête sur la collusion éventuelle avec la Russie – on a l’impression qu’ils ne se soucient plus véritablement de ce que dit M. Trump. Et la raison, ça pourrait être l’article III, section 3 de la constitution américaine.

Je vous lis d’abord les phrases en anglais et puis je vous les traduis au fur et à mesure :

Treason against the United States, shall consist only in levying War against them, or in adhering to their Enemies, giving them Aid and Comfort. 

La haute trahison contre les Etats-Unis consiste uniquement, soit à leur déclarer la guerre, ou de prendre le parti de leurs ennemis en leur apportant aide et protection.

No Person shall be convicted of Treason unless on the Testimony of two Witnesses to the same overt Act, or on Confession in open Court.

Personne ne sera inculpé de trahison si ce n’est selon le témoignage de deux personnes du même acte patent ou de la confession devant une cour compétente.

Alors, c’est à ça que je pensais hier, bien entendu : c’est que si monsieur Trump manifeste aujourd’hui de la sympathie pour M. Poutine, très facilement, ce qu’il peut dire dans le cadre d’une inculpation de fonctionnaires russes pour ce qui équivaut à un acte de guerre – une tentative de sabotage des élections et du système de vote aux Etats-Unis – pourrait être considérée comme prendre le parti pour des ennemis et leur porter aide et protection.

Ce que je vous ai lu là, c’est un article de la constitution. Il y a un article plus précis sur la trahison, qui est assorti de peines. C’est l’article du code américain, section 18, paragraphe 2381. <lu en anglais> : « Quiconque doit allégeance aux Etats-Unis, leur déclare la guerre ou prend le parti de leur ennemi, leur apporte de l’aide ou de la protection, que ce soit aux Etats-Unis ou à l’étranger, est coupable de haute-trahison et subira la peine de mort ou sera emprisonné pas moins de cinq années et subira des amendes de pas moins de 10 000 dollars, et sera dans l’incapacité de, <lu en anglais>, d’occuper [quelque] poste [que ce soit] dans le cadre des Etats-Unis.

Est-ce qu’on peut parler d’un piège, ou est-ce qu’on peut parler simplement d’un dispositif qui s’est mis en place et qui fait que maintenant, à partir d’aujourd’hui – à partir en fait de vendredi – que toute déclaration de M. Trump qui pourrait tomber dans cette catégorie d’« aide ou protection accordée à l’ennemi ou de prendre son parti » pourrait être considérée comme un acte de haute trahison et qu’il serait arrêté selon le cadre de la loi.

Personnellement, je crois que c’est cela qui est mis en place par M. Mueller, qui a trouvé petit à petit le moyen, je dirais, d’acculer monsieur Trump à être en position, véritablement, de ne pas pouvoir faire autrement que de poser des actes patents de collusion avec l’ennemi.

D’où ce que j’avais dit hier : qu’il ne s’agisse pas tant du passé, de ce qu’il a pu faire autrefois, [actes] pour lesquels il faudrait qu’il témoigne devant un jury. Je crois que M. Mueller a mis cela entre parenthèses, sachant que monsieur Trump ne le fera pas, parce que ses conseillers, en particulier monsieur Giuliani, lui ont dit que, vu la manière dont il manie le langage, le risque de parjure est beaucoup trop élevé. M. Mueller, avec l’aide de l’ensemble du système judiciaire américain, a mis en place un cadre où M. Trump ne peut que faire apparaître en surface, aux yeux de tous, sa collusion avec une nation qui a pu être définie comme ennemie des Etats-Unis en raison des actes posés et de l’inculpation de certains de ses fonctionnaires pour [les] avoir [posés].

Ignatius, aussi, attire l’attention sur le fait que, comme je l’ai dit, les inculpations sont extrêmement détaillées, extrêmement détaillées. Pas véritablement minutées, mais tous les actes sont décrits, ce qui doit faire penser que l’information dont disposent les Etats-Unis maintenant (ils ne l’avaient sans doute pas au moment où les faits ont été posés), est une information extrêmement précise qui peut faire penser aux Russes qu’ils sont infiltrés, pour qu’il y ait un tel détail dans la connaissance de ce qui est fait. Cela nous fait penser aussi auxdétails- qui doit être celui de la commission de monsieur Mueller – des dossiers qui ont été saisis chez monsieur Cohen, Michael Cohen, l’avocat de monsieur Trump, dont on a su – j’ai donné le chiffre l’autre jour – que sur les milliers de documents qui ont été saisis, il n’y a que quelques uns (je ne sais plus… 19) qui sont considérés comme relevant du secret des conversations entre un avocat et ses clients, et qui eux, ne peuvent pas être invoqués. Tout le reste, tout le reste peut être utilisé. Les propos assez incohérents de M. Michael Cohen ces jours-ci, sur ce qu’il va faire et pas faire révèlent un véritable affolement. Il doit y avoir là des choses qui relèvent peut-être, voilà, de cet article III, section 3, de la constitution des Etats-Unis, c’est à dire d’un acte, un acte de haute-trahison. Cela pourrait expliquer son affolement, qui n’est pas seulement celui de quelqu’un pris la main dans le sac, d’avoir payé des pots de vin ou d’avoir triché sur une transaction quelconque.

Je vous informe de l’étape suivante de cette enquête qui à lieu aux yeux du public. Il est possible qu’aujourd’hui M. Trump prononce les mots qui entreront dans le dossier d’une accusation de haute trahison contre laquelle il n’est pas… Je crois que quand il a posé la question de s’accorder le pardon présidentiel à lui-même, je crois qu’il n’a pas dû penser au cas de haute trahison où la notion même de s’accorder le pardon présidentiel pour un acte de ce type-là, évidemment, n’est pas d’actualité, n’est pas d’application.

Je vous tiens au courant. J’ai le sentiment que nous sommes un peu comme à l’été 2008 où pendant que tout le monde est à la plage, il se passe des choses véritablement importantes pour l’histoire du monde. En tout cas, il se passe des choses qu’on n’a jamais vu avant, dans l’histoire des États-Unis.

Je vous tiens informé; je continue à lire tout ça. J’ai le sentiment que mon mois de juillet, en tout cas, sera bien occupé.

À bientôt !

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