Face à Trump, 3 autres populismes, le 15 août 2018 – Retranscription

Retranscription de Face à Trump, 3 autres populismes. Merci à Éric Muller, Olivier Brouwer et Anonyme ! Ouvert aux commentaires.

Bonjour, nous sommes le mercredi 15 août 2018, c’est le jour de l’Assomption, et aujourd’hui, je vais vous parler de : « États-Unis : Face à Trump, 3 autres populismes ».

Je vous fais le point de la situation. Avant ces trois nouveaux populismes, on avait essentiellement… on a M. Trump, Président de la République, sur un agenda, sur un programme assez nouveau par rapport aux États-Unis comme nation : un programme populiste de droite, voire même d’extrême-droite, et on a, se dressant contre ça, un certain nombre de structures. On a le Parti démocrate, bien entendu, qui n’approuve pas ce que fait M. Trump, qui a perdu les élections [présidentielles] avec sa candidate, Mme Hillary Clinton. On a des associations diverses, comme ACLU, American Civil Liberties Union, qui est une sorte de chose qui remplace un parti d’extrême-gauche aux États-Unis. Ce n’est pas exactement ça, parce que ce n’est pas un parti, mais c’est très lié, comme son nom l’indique, au mouvement des libertés civiles, civiques (ce sont des petites structures, ça).

Et puis, qu’est-ce qu’on a encore ? On a la structure d’État à proprement parler, ce que Mr Trump dénonce comme « deep state », c’est-à-dire comme complot contre lui, et qui est constitué en fait de ce qui est l’armature, l’échafaudage habituel de n’importe quel pays, c’est-à-dire ce qui essaye, en arrière-plan de l’administration, de maintenir une structure, de permanence, c’est-à-dire, par exemple, le contre-espionnage à l’étranger, avec la fameuse CIA, le ministère de la Justice dans son ensemble, la NSA (National Security Agency), cet organisme qui avait été dénoncé en particulier par Edward Snowden comme faisant de la surveillance de l’ensemble de la population. Et également, bien entendu, le FBI (Federal Bureau of Investigation) : la police.

Alors, M. Trump a considéré, vous le savez, que le FBI était son grand ennemi, et il essaye de manière systématique de décapiter cette structure. Il a éliminé, déjà, les trois premiers : M. Comey, M. McCabe, il vient de faire révoquer Mr Sztrok, et d’autres personnes, alors ont démissionné ou ont été déplacées, retirées de cela.

Qui est-ce qui a dû lui conseiller de s’attaquer en priorité au FBI ? Probablement M. Roy Cohn, son premier avocat, dont je vous ai déjà signalé que c’était l’âme damnée de McCarthy à l’époque du maccarthysme, de la « chasse aux sorcières » – la véritable chasse aux sorcières ! – aux gens de gauche aux États-Unis au début des années 1950. Roy Cohn, qui est vraiment le mentor de Trump, un type situé également à l’extrême-droite, a dû lui dire : « Ton ennemi, l’ennemi des gens comme nous, c’est le FBI, c’est à ça qu’il faut s’attaquer ! ». Et, bien entendu, au FBI, on trouve aussi – vous êtes allés au cinéma, vous connaissez l’histoire ! – des gens comme Eliot Ness, les redresseurs de torts, qui finissent par l’emporter.

Dans ces structures du « deep state » entre guillemets de M. Trump, et structures simplement de l’État comme on le verrait nous, il y a bien entendu M. Robert Mueller, ancien directeur lui-même du FBI, que M. Trump essaye de dégommer d’une manière ou d’une autre depuis un certain temps, et qui est toujours là, et qui représente quand même quelque chose d’important. D’abord, c’est un héros – au sens, eh bien au sens de tout le monde [rires] ! – je veux dire pour ses faits de guerre, la manière dont il s’est [comporté] pendant la guerre du Viêt-Nam. Il fait partie de ces gens, comme M. John Kerry, qui étaient prêts à se sacrifier pour leurs camarades, et qui se sont distingués de cette manière-là – ceci dit, dans le cadre de la critique que je peux faire des guerres en général et de la guerre du Viêt-Nam en particulier.

Et donc, voilà, ça, c’était les camps qu’on avait en présence. Trump d’un côté, avec l’appareil Républicain derrière lui… maintenant ! parce que, non pas que ç’ait été l’amour fou dès le départ, mais maintenant que les Républicains savent que leur base est assez enthousiaste pour Trump et qu’ils ne veulent pas s’en démarquer de peur de rater les élections de novembre, les fameuses midterms : à mi-chemin d’un mandat présidentiel. Et, donc, de l’autre côté, l’appareil d’État et les Démocrates.

Et alors, sont apparus maintenant – c’est quelque chose de neuf – trois populismes alternatifs : trois autres populismes.

Un certain nombre de gens se sont rendu compte que si on voulait attaquer Trump, ce n’était pas par des machins de type traditionnel comme le Parti démocrate ou la structure d’État, il faut l’attaquer sur son terrain, c’est-à-dire sur le terrain du populisme.

Je vais vous faire le petit historique parce qu’il y en a deux qui sont très récents : il y en a un qui date de samedi dernier et un autre qui date de lundi – on est quoi ? on est mercredi – , mais il y en a un qui date de quelques mois [deux mois : le 27 juin], c’est, vous avez vu ça, c’est l’apparition de candidats se réclamant d’un socialisme démocratique à l’intérieur du Parti démocrate.

Alors, j’en ai beaucoup parlé, j’étais assez enthousiaste et je suis toujours assez enthousiaste du discours qui est tenu par madame Alexandria Ocasio-Cortez d’origine portoricaine du côté de sa famille, qui tient un discours du type socialiste classique, c’est-à-dire ni social-démocrate dilué dans du néolibéralisme, ni communiste, mais dans la tradition, la grande tradition du socialisme, avant que le mot ne soit galvaudé en étant mis à toutes les sauces.

Donc, dans, je dirais dans la lignée aussi où se trouvait déjà monsieur Bernie Sanders au sein du Parti démocrate, encore que dans la boue qu’on remue ces jours-ci, on découvre entre autres qu’il y avait du côté de M. Sanders une certaine admiration pour l’Union Soviétique, qui refroidit certains de ses partisans.

Alors, un populisme de gauche de type classique, le populisme de gauche qui parle au nom du peuple et qui à mon sens représente véritablement le peuple davantage que certains populismes de droite, encore que, vous l’avez vu, il y a des gens qui adorent le type de discours de M. Trump : il y a des foules en délire qui viennent à ses meetings.

Alors c’est une foule assez particulière, surtout des hommes, surtout des hommes blancs, surtout des hommes blancs sans diplôme, beaucoup de chômeurs, et quand on regarde les corrélations – il y a des gens qui se sont amusés à faire ça – entre la consommation de drogue excessive et les électeurs de Trump, OUI les gens qui consomment de la drogue de manière excessive sont de préférence les électeurs de monsieur Trump.

Qu’est-ce que ça signifie, hé bien cela signifie de la misère, de la misère morale, de la misère économique. Voilà, il s’est présenté comme sauveur du peuple et d’une certaine manière ça marche toujours auprès d’un certain nombre de personnes.

Alors, premier populisme de gauche, apparu récemment celui de madame Ocasio-Cortez.

Samedi dernier, un nouveau, un autre populisme. Dans une réunion du Parti démocrate dans l’état de l’Iowa apparaît quelqu’un dont je vous ai déjà parlé, c’est M. Michael Avenatti , qui est connu surtout comme étant l’avocat de madame Stormy Daniels, de son vrai nom Stephanie Clifford.

M. Avenatti a trouvé dans le cas de cette actrice du cinéma « adulte » comme on dit, ou porno, a trouvé le moyen de lancer une croisade, et il a annoncé samedi sa candidature dans une primaire du Parti démocrate. Lorsqu’une primaire du Parti démocrate aura lieu, il est prêt à se présenter à la présidence des États-Unis.

Sur quel programme ? Eh bien, il dit la chose suivante :  « Quand Mme Michelle Obama dit : ‘Plus il s’abaissent, plus nous prendrons de la hauteur !’, moi je réponds : ‘Plus il s’abaissent et plus nous taperons fort !' »

Voilà ! Alors ça plaît beaucoup : c’était du délire apparemment dans la réunion qui a eu lieu dans l’Iowa, qui n’est pas un état tout à fait, comment dire ? n’est pas un des plus représentés, ce n’est pas un état-clé du point de vue de la politique aux  États-Unis [1% du PIB des EU], mais en tout cas, un bon départ pour M. Michael Avenatti.

Alors, sur quel programme ? Son programme, c’est renverser Trump. Il ajoute des choses du genre : « Si tu veux la paix, prépare la guerre », etc. Il dit : il faut l’attaquer là où il se trouve, il ne faut pas prendre de la hauteur, il faut aller sur son terrain. Quand on lui pose des questions sur son programme politique, là il retombe assez prudemment sur des choses classiques du Parti démocrate : contrôle de l’armement privé – gun control, de politique de type social contre les exemptions d’imposition pour les grosses fortunes et les grosses entreprises, etc. Il n’a pas sans doute réfléchi beaucoup à cet aspect de la question, mais voilà : personnage charismatique, comme on dit, c’est un battant. Il est connu dans le milieu des courses automobiles aussi. C’est un type plein d’énergie, il est enthousiaste et il apparaît effectivement assez facilement comme un anti-Trump sur le plan de la décence ordinaire, sur le plan de la philia comme dirait Aristote, de la générosité, la bonne volonté que nous mettons tous les jours pour participer dans la vie commune de nos sociétés.

Donc, deuxième type de populisme : un populisme sans grand programme, mais dont il est clair qu’il a une certaine force, il se place du côté du « underdog », comme on dit en anglais. Underdog, il n’y a pas l’expression en français, « le p’tit gars ». Voilà, il se met du côté du p’tit gars ou de la p’tite dame [rires] – on ne peut pas dire la p’tite garce, ça a pris un autre sens. Il se met du côté du petit et il mène croisade et il est prêt à se présenter à la présidence des États-Unis. C’est un battant, ça c’est certain, il n’est pas sûr qu’il ait véritablement un programme à part renverser Trump, et pour le reste il fait confiance, je dirais, à des idées de gauche de type tout à fait classiques qui ne me semblent pas particulièrement militantes.

Alors, ça c’était samedi dernier, on se rapproche ! Lundi, c’était quoi ? avant-hier. Là, sur toutes les télévisions américaines passe en boucle Mme Omarosa Manigault-Newman, au point que j’ai déjà reçu des mails de vous : « Alors quand est-ce que vous en parlez, quand est-ce que vous en parlez ? »
Qui est cette personne, pourquoi est-ce qu’elle est passée en boucle lundi et mardi – et ça se prolongera sans doute sur la journée d’aujourd’hui ? Elle sort un livre qui s’appelle Unhinged, ça veut dire « sorti de ses gonds », littéralement c’est ça, ou déboîté.

Quand les journalistes demandent à cette dame : « Vous faites référence à quoi ? Est-ce que vous faites référence au président ? », elle répond : « Qu’est-ce que vous croyez ? qu’est-ce que vous pensez ? »

C’est une personne qui est très connue aux États-Unis parce que c’est une personnalité de la télé-réalité depuis des années et des années. Elle a fait carrière essentiellement dans les émissions de monsieur Trump, The Apprentice et puis d’autres émissions du même type. Il l’a récusée trois fois, il lui a dit trois fois « You are fired ! » dans ses émissions au fil des années, mais à chaque fois on la faisait revenir – je vous dirai pourquoi – et finalement il l’a fait rentrer dans le staff, dans l’équipe de la Maison Blanche jusqu’à ce qu’en janvier on la déboulonne, on lui dise de partir. [Sur un mode plutôt allusif, Mme Omarosa Manigault-Newman explique qu’il existe un incitatif classique venant compléter un NDA (non-disclosure agreement = accord de confidentialité) : que vous restiez dans l’organisation, puisqu’il est alors de votre intérêt qu’il n’y ait pas de vagues et que vous ne jouiez pas le rôle de trouble-fête. Rester dans l’organisation sur un mode actif : par exemple être rappelé trois fois après avoir été viré, ou sur un mode passif : être salarié mais sans obligations particulières. Formule standard pour ceux qui en savent beaucoup (= automatiquement « trop ») sur M. Donald Trump selon Mme Omarosa Manigault-Newman : un « poste stratégique » dans le comité de sa réélection 2020 ; barème standard lui aussi selon elle pour cette sinécure : 15.000 $ mensuels (13.200 €).]

Cette dame est Afro-américaine, elle a son franc-parler, elle s’identifie fort à la communauté noire aux États-Unis, elle s’identifie fort aux femmes de manière générale. C’est un personnage qu’on prend avec des pincettes jusqu’ici. Dans les émissions, ces émissions de télé-réalité, elle est apparue souvent comme la vilaine, comme la méchante, parce qu’elle adoptait des stratégies extrêmement agressives, et on la voit dans les émissions qu’on peut voir ces jours-ci, elle fait taire souvent le journaliste ou la journaliste en lui disant : « Est-ce que vous pourriez me poser une question à la fois, s’il-vous-plaît ? je vais prendre vos questions dans l’ordre », et ainsi de suite.

Elle le prend parfois de haut, c’est un personnage impressionnant, elle est impressionnante, c’est une femme très, très belle, mais aussi elle est très impressionnante par son intelligence. On se demande, en la voyant hier et avant-hier. .. j’ai regardé tout ce que j’ai pu, j’ai passé des heures hier [rires] à regarder tout ce qu’on pouvait trouver en matière de Mme Omarosa Manigault-Newman, et j’ai regardé tout ça systématiquement, je voulais me faire une opinion. Je suis allé voir un peu aussi des bandes, des vidéos de l’époque où elle était dans les reality-shows, dans la télé-réalité, et c’est un personnage ! Manifestement elle impressionne, moi elle m’impressionne par son intelligence.

Elle a défendu Trump jusqu’à samedi dernier, et maintenant elle l’attaque bille en tête en disant : « C’est un misogyne, c’est un raciste, c’est un bigot« . Bigot, ce n’est pas exactement « bigot » en français. Ça veut dire quoi ? C’est un personnage borné : « Il est borné ». Et quand on lui pose des questions un peu plus précises : « Il n’a pas la santé mentale nécessaire pour conduire un pays, il est unhinged : il est sorti de ses gonds. »

Les reporters, les gens qui l’interrogent, la prennent un peu avec des pincettes, parce qu’elle a joué le jeu de Trump jusqu’au bout, jusqu’au moment où on l’a virée de la Maison-Blanche. Et son revirement paraît un petit peu… simplement de la revanche un petit peu plate je dirais, et une manière de faire de l’argent, une fois qu’on est sorti.

Mais ! mais ! mais ! à mon sens, il y a bien davantage que cela ! Quand on lui parle de son livre en disant : « Oui mais comment est-ce que l’on peut apporter la preuve de ce que vous dites ? » ou « Pourquoi avez-vous systématiquement enregistré les conversations à l’insu de vos interlocuteurs ? » Et en particulier, au moment où on la licencie à la Maison-Blanche, où on l’a fait dans une chambre qui est réservée à des conversations absolument confidentielles, elle, elle enregistre, et on peut entendre ces enregistrements.

Alors, quand on l’écoute, on est perplexe. Parce qu’il y a donc ce personnage qui a joué le jeu, vraiment, de Trump, qui a joué le jeu de l’establishment si on veut au niveau de l’entertainment, des variétés, qui a été une vedette, mais une vedette de premier plan de la télé-réalité… qui est une chose qui me passionne moi, je ne sais pas si c’est en tant que sociologue, ou en tant qu’anthropologue ou en tant que personne… Je sais que, quand je suis arrivé aux États-Unis pour y rester douze ans, il y avait ce show, ce programme, cette émission, sur MTV qui s’appelait The Real World qui était… on avait mis huit jeunes (huit jeunes d’origines différentes, qui ne se connaissaient pas), on les avait mis dans une maison, à vivre ensemble dans un endroit qu’ils ne connaissaient pas, et voilà, de jour en jour, on vous expliquait ce qui se passait là, et pour un sociologue, pour un anthropologue, c’était une mine d’or. C’était véritablement… on apprenait des choses…

Alors cette télé-réalité, c’est un style de spectacle bien entendu, ce n’est pas du documentaire. C’est un spectacle, ce sont des acteurs. Ce sont des acteurs qui s’identifient plus ou moins à leur vraie vie, et qui en font un jeu. Donc on est à mi-chemin entre un type de spectacle et… on est entre le documentaire et le théâtre mais, parce qu’on essaie de coller à une réalité quotidienne à laquelle les gens qui regardent vont s’identifier, ça fait des choses, je dirais, qui, à mon sens, sont passionnantes. Si j’étais jeune anthropologue, jeune sociologue, en ce moment, je me concentrerais là-dessus : c’est une mine à ciel ouvert si on veut essayer de comprendre nos sociétés contemporaines. Parce que, justement, le but c’est que le spectateur s’identifie, et donc il faut savoir exactement qui il est, qui il ou elle est, et utiliser ça.

Bon. Tout ça pour vous dire que cette Madame Omarosa Manigault, qui a 44 ans aujourd’hui et qui a fait ses classes, véritablement, dans ce domaine, c’est quelqu’un qui sait à la fois manipuler, mais qui comprend aussi beaucoup de choses, et là on le voit quand on l’écoute, qu’on l’écoute systématiquement comme je l’ai fait hier : face à des journalistes assez goguenards et difficiles à convaincre, parce qu’ils sont convaincus qu’ils ont affaire, un peu, à une manipulatrice. Mais cette dame explique : elle dit « Prenez mon livre et dites-moi à quel endroit vous voulez que j’apporte des preuves de ça : j’ai tout ! J’ai tous les documents, j’ai tous les enregistrements. » On lui dit : « Mais enfin vous avez quand même enregistré toutes ces conversations ! » et elle répond : « Vous savez, dans ce monde-là, c’est le minimum qu’on puisse faire ! » C’est-à-dire qu’elle comprend ! Elle comprend comment ça marche : c’est le milieu des affaires.

Trump fait signer à tous les gens dans son administration des NDA, non-disclosure agreements. Un non-disclosure agreement ça existe maintenant, ça envahit aussi notre monde occidental : c’est un papier qu’il faut signer, où il est dit : « Vous ne révélerez jamais rien de ce que vous avez appris ici », etc. Mais, ça renvoie à des tribunaux d’arbitrage : ça ne renvoie pas à de vrais tribunaux. C’est-à-dire qu’en fait, ce n’est pas légal ! Ce n’est pas légal, et c’est ce qu’elle dit. Quand on lui dit : « Vous avez signé plein de ces trucs ! », elle dit : « Bah, c’est du vent ! », parce qu’effectivement, ce sont ces tentatives par ces sociétés d’arbitrage de mettre en place une justice parallèle, et on a vu ce que ça donne : vous vous souvenez de l’affaire de Monsieur Tapie, où on s’aperçoit que, ces arbitres, ce sont souvent des gens qui sont simplement de mèche avec l’un ou avec l’autre, et qu’en fait, ça ne présente aucune des garanties d’un système de justice, qui peut, en plus, être corrompu lui-même, mais, au moins, voilà, il y a des contre-pouvoirs, il y a des rambardes, il y a des manières de garantir qu’un système de justice officiel ne soit pas trop exposé.

Et donc, l’image qui se dégage, à mon avis, de cette dame qu’on a tendance, trop, simplement à disqualifier maintenant, c’est quelqu’un tout à fait pénétré de ce qu’on pourrait appeler l’esprit pratique. Elle s’est dit : « Je vais faire carrière dans ce domaine-là qui m’accueille. Je vais y aller jusqu’au bout mais je sais que c’est une saloperie, et le jour venu, je le dénoncerai ». Et elle a constitué des dossiers. Elle a systématiquement… C’est quelqu’un qui n’a pas changé d’opinion. C’est quelqu’un qui avait une stratégie d’aller dans le… en fait, maintenant que j’y pense, c’est tout à fait taoïste. Le monde allait dans le sens qui lui permettait d’avancer, et quand ce monde-là s’est fermé, elle est passée à autre chose. Elle avait tous ses dossiers qui lui permettent de dire « M. Trump est un homme borné, misogyne et raciste, et qui n’a plus sa santé mentale et dont il faut se débarrasser », et elle lance son offensive.

Son livre est sorti hier, je n’ai pas pu le lire parce qu’il est sorti hier. Et elle se lance, elle joue beaucoup la carte féminine, elle dit : « Je parle au nom des femmes ! », et la carte afro-américaine : « Je parle au nom des Afro-américains ! », et en particulier, elle fait souvent référence à des enregistrements dans lesquels M. Trump aurait utilisé le mot absolument tabou aux États-Unis pour parler des Afro-américains : le mot nègre, le mot nigger. Pourquoi ? Parce que c’est un mot qui a la connotation de l’esclavage. Vous le savez, c’est un mot qui veut dire noir simplement, hein, nigger c’est niger en latin, qui a donné nègre en français. Ça veut dire simplement, ce n’est pas autre chose que noir. Mais aux États-Unis, ce mot nigger est le mot des lynchages, c’est le mot de l’esclavage, c’est le mot de la brutalité contre les Noirs, c’est le mot d’un système encore biaisé par du racisme latent au niveau de la police, de la justice et également au niveau des lois qui sont biaisées contre les Afro-américains. Et donc elle joue ces deux cartes-là.

Cette dame, voilà, d’une part elle est impressionnante par son assurance, par la manière – il faut voir dans tous ces enregistrements que j’ai regardés hier – elle a affaire aux plus grands journalistes américains et elle ne se laisse absolument pas désarçonner. Elle est impressionnante ! Elle a fait carrière dans un domaine et puis elle fait carrière dans un autre, et maintenant elle se présente comme une croisée : une croisée anti-Trump. Elle aussi, comme Avenatti, comme Ocasio-Cortez, se sont donnés pour but de déboulonner Trump. Alors il n’est pas question même de programme politique dans son cas, si ce n’est un changement dans la manière de traiter les Afro-américains en Amérique. Obama, j’en ai parlé tout au long de ses huit années de mandat, n’a pas su saisir véritablement les occasions, ni dans ce domaine-là, ni dans les autres.

Voilà, les États-Unis, depuis quelques temps : trois autres populismes qui se dressent en face de celui de Trump. Qu’est-ce que ça va donner ? Eh bien je vous tiendrai au courant.

Voilà, allez, à bientôt.

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14 réflexions sur « Face à Trump, 3 autres populismes, le 15 août 2018 – Retranscription »

  1. Le problème c’est qu’on tape(souvent aveuglement) sur Trump, mais on ne dit pas (on on l’ignore) qui tire en réalité les ficelles en arrière-fond, Trump joue la vedette à l’avant-scène, ce grand ex-et egocentrique show man. Ce sont, par exemple, les « faucons » dans le cas de l’Iran, d’autres personnes et groupes dans d’autres domaines qui donnent le la. La « nouveauté » en termes économiques consiste à procéder à une sorte de « reflation », à l’augmentation de la dette pour stimuler l’économie, le tout allié au protectionisme – ca vient en large partie de Trump.

  2. Et en même temps, il se passe cela aux Etats Unis :
    http://washingtonexclusive.com/articles/elizabeth-warren-s-batty-plan-to-nationalize-everything?utm_source=deployer&utm_medium=email&utm_campaign=Newsletter&utm_content=20180817143456
    En video :
    https://www.cnbc.com/video/2018/08/15/elizabeth-warrens-new-bill-will-destroy-capitalism-harvard-expert-accountable-capitalism-act-income-inequality-employee-ceo.html
    Dans le même temps, le scandale du Pont de Gênes et du concessionnaire ATLANTIA et l’annonce de la révocation de la concession accordée.
    Est ce le début d’une véritable prise de conscience ?

    1. @Astap66
      vous faites parti de ceux qui parlant anglais couramment sont persuadés que c’est la seule langue que parle le monde entier. À l’affirmation par un états-unien au Vietnam (en anglich of course) « mais pourquoi parlez vous encore français : personne ne parle français » quand je lui appris que cette obscure langue était parlée par une énorme partie de l’Afrique (qu’il ne savait sans doute pas placer sur une carte, vu l’air ahuri qu’il pris)… et qu’il ferait bien de se mettre à apprendre l’espagnol…
      vous êtes comme ces acharnés de Télérama qui gueulent à tous films non en langue « d’origine ».

      pour la page ok google est là, mais pour la vidéo …!

  3. Non, je ne suis pas du tout bilingue !
    En résumé, la sénatrice Elizabeth Warren, une universitaire démocrate, professeur à Harvard (pas une disciple du « socialiste » Sanders mais au contraire une personnalité de la gauche plus classique de ce parti) vient de faire une proposition de loi incroyable pour les Etats Unis: Elle propose une « Loi de Responsabilisation du Capitalisme” (“Accountable Capitalism Act”) , qui imposerait aux entreprises générant un chiffre d’affaire de plus de 1 milliard de dollars de se soumettre à un certain nombre de règle (sociale, managériale, environnementales, de sécurité, vis à vis des consomateurs…) pour être autorisées à exercer leurs activités. Elle est accusée ainsi par le National Review de vouloir « nationaliser toutes les grandes entreprises aux États-Unis », ce qui ferait de son programme « la plus grande saisie de propriété privée dans l’histoire humaine ». Elle est accusée par son collègue de Harvard sur CNBC de vouloir « détruire le capitalisme » avec les sempiternels arguments (les entreprises vont délocaliser, elles iront en Suisse, ce sont les consommateurs qui imposent la régulation et bla et bla…)…
    Mais ce qui est remarquable, c’est que cette proposition est faite par une personne sérieuse, de l’establishment…Et c’est ce qui met les médias conservateurs, probusiness ou libertariens en fureur.
    Le regretté Samir Amin, qui vient de décéder le 12 août dernier, explique depuis des années que la longue crise terminale du capitalisme, qui a commencé en 1973-1975 ne pourra être dépassée que par le socialisme…et que ce qui nous attend sinon est le chaos, la destruction ou à la décadence.
    https://vimeo.com/53548140
    (En français!!!)
    Il invitait toujours ses auditeurs à être attentifs aux « signes », et c’en est un selon moi.
    Tout ce qui va vers une prise de conscience de l’impasse du système capitaliste est donc une excellente chose, surtout dans un pays comme les Etats Unis. C’est vraiment extraordinaire ce qui se passe là bas: le meilleur mais aussi le pire sont possibles. C’est le signe de la profonde aggravation de la crise dans ce pays. J’ai lu il n’y a pas très longtemps que pour la troisème année consécutive, l’espérance de vie avait diminué aux Etats Unis.

      1. Comme toujours visionnaire et pertinent ! C’est pourquoi je lis ce blog !!!
        Soyons optimistes: il va y avoir de plus en plus d’Elizabeth Warren aux Etats Unis. Il suffit de voir la réaction hystérique de ses adversaires pour voir qu’elle a touché un point sensible et terriblement important. Le coeur du réacteur. Le droit de propriété.
        Un autre interview pour l’attaquer à CNBC dont le titre est éloquent:
        https://www.cnbc.com/video/2018/08/15/senator-elizabeth-warren-capitalism-bill-karl-marx-bet-founder-accountable-capitalism-act-ceo-shareholders-employee.html
        La loi d’Elizabeth Warren a le dangereux potentiel de nous conduire à Karl Marx »)

        Et cet article du LewRockwell.com (qui se proclame anti Etat, anti guerre et pro Marché):
        https://www.lewrockwell.com/lrc-blog/elizabeth-warren-is-a-weapon-of-mass-destruction-of-capitalism/cle néo conservateur :
        (Je traduis grosso modo le texte pour Annie):
        Elizabeth Warren est une arme de destruction massive du capitalisme
        « La sénatrice Elizabeth Warren est en elle-même une arme de destruction massive. Son but est de détruire d’immenses quantités de biens privés américains. Son arme de destruction massive est sa « loi sur le capitalisme responsable ». Cet acte détruit les structures existantes de propriété et de contrôle des entreprises qui ont généré une immense richesse pour les Américains. Warren cherche à les remplacer par le transfert des droits de propriété et des responsabilités au profit des employés et de la notion diffuse de «parties prenantes». Warren préconise le mode de gestion par les travailleurs qui a échoué en Yougoslavie.

        Warren imposerait une charte du gouvernement fédéral aux entreprises. Le gouvernement dicterait la structure de propriété des entreprises, en transférant le pouvoir de vote des fournisseurs de capitaux aux travailleurs et à d’autres. Ce type de changement serait un véritable désastre pour le capitalisme américain. Qui voudra investir dans un tel régime sans exiger un rendement beaucoup plus élevé pour compenser la perte de contrôle et les risques que cela représente? En conséquence, la bourse s’effondrera si son plan avance au Congrès et montre le moindre signe de réussite. C’est un couteau sous la gorge du système d’entreprise américain.

        Le plan de Warren est socialiste et sa présentation montre de manière limpide qu’elle est social-démocrate. Son plan révèle qu’elle est bolchevique. Les bolcheviques étaient aussi des sociaux-démocrates. Au pouvoir après la révolution russe de 1917, ils sont devenus le parti communiste. « Les bolcheviques, fondés par Vladimir Lénine et Alexandre Bogdanov, étaient en 1905 une organisation majeure composée principalement d’ouvriers dans une hiérarchie interne démocratique régie par le principe du centralisme démocratique, qui se considéraient comme les dirigeants de la classe ouvrière révolutionnaire de Russie. »

        Comme dans le cas russe, il faut toujours un petit groupe central pour prendre le pouvoir et « conduire » une masse importante de travailleurs. Le rôle « démocratique » est une fiction pour les sociaux-démocrates. Il est impossible que la « démocratie populaire » puisse être mise en œuvre dans un système gouvernemental utilisant le pouvoir. Tous les appels à une telle démocratie, sauf peut-être à une très petite échelle, présagent en réalité d’une prise de pouvoir socialiste-communiste. Le contrôle centralisé par une petite faction en est le résultat.

        anti-state•anti-war•pro-market

  4. j’ai eu l’idée d’aller lire les premiers billets de ce blog (je suis en cours) et de les twitter, car ils m’agacent on ne peut plus sur twitter de rester totalement indifférents aux twittes de vos billets actuels (dont les vidéos sur youtube), et même pour certains de me virer (je n’ai pas une grande audience car j’avais fermé mon 1er compte et réouvert un nouveau en avril.)
    Malgré tout parmi mes lecteurs j’ai Jacques Sapir !
    Alors m’est venu l’idée (aura-t-elle plus de succès) de twitter ces premiers billets pour les réveiller un peu.

  5. J’ai tenté de faire des correspondances entre populismes foisonnants américains et populismes franchouillards , mais je me suis un peu perdu , même s’il peut y a voir des gènes communs .

    A propos de NDA , il fut des temps anciens , où en France les lettres de démisions signées des ministres étaient remises à qui de droit le jour de leur prise de fonction ( et même la veille ) . Je ne sais plus où ça en est , mais il y a forcément quelques cartouches plus subtiles . La très haute fonction publique n’est pas immunisée contre cette maladie , surtout quand le statut de la FP est dépecé .

  6. Je pose ma question ici , faute d’espace dédié :

    A propos d’enregistrement clandestin , à l’insu d’une personne , la question de la validité de cet « élément de preuve » devant la justice est discutée depuis longtemps . Si , en France , la Cour de Cassation a à peu près permis de clarifier la situation avec son arrêt de la chambre criminelle du 31 janvier 2012 , en relation avec l’affaire Bettencourt , qu’en est il aux USA?

    1. @Juannessy
      dans un premier temps j’ai cherché pour la France et j’ai vite trouvé la confirmation de ton savoir sur un site d’avocat http://www.thierryvallatavocat.com/2018/02/enregistrement-d-une-personne-a-son-insu-et-violation-de-la-vie-privee-est-ce-legal.html qui justement cite les affaires Bettencour et autres.

      Concernant les EU c’est une autre affaire. J’ai dans un premier temps cherché en anglais en tachant d’avoir les termes appropriés : arrivaient surtout les questions concernant les émigrés ! (la base de vocabulaire que j’ai pris est, pris dans tout un tas d’ordonnancement différent : in usa law against clandestine registration without the knowledge of its own free will : mots redistribués dans des ordres variés et différents)

      Finalement avec les termes « law against clandestine registration » je suis tombé sur un site dont le nom et donc le sujet est « clandestine investigation »

      j’ai farfouillé un peu dans quelques articles, il me semble que c’est sous-entendu dans celui-ci http://piinma.com/?p=180 mais il faudrait sans doute piocher d’avantage dans ce site… et j’avoue n’avoir pas suffisamment de patiente … j’ai fait la moitié du chemin… à toi de poursuivre !

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