Retombées de la levée de l’accréditation secret défense de John Brennan, ancien directeur de la CIA

J’écrivais dans mon billet d’avant-hier 16 août :

John Brennan, ancien directeur de la CIA perd hier son accréditation secret défense.

En faisant circuler un communiqué justifiant ce limogeage daté en fait du 26 juillet, la Maison-Blanche alimente le soupçon qu’il s’agit avec cette décision de créer une diversion visant à détourner l’attention du public du désarroi causé en son sein par la publication du livre Unhinged d’Omarosa Manigault-Newman.

Une remarque sur la nature arbitraire de la décision de Trump : de telles accréditations ne sont retirées que pour cause grave telles qu’alcoolisme, surendettement, incapacité due à la maladie ou à l’invalidité, comportement irresponsable dans le traitement d’informations confidentielles.

Les raisons données par Trump à ce retrait d’accréditation, où il fait référence à l’enquête relative à une collusion éventuelle entre l’équipe Trump et la Russie (entretien accordé au Wall Street Journal) :

J’appelle ça une chasse aux sorcières truquée, il s’agit d’une imposture […] Ce sont des gens comme lui qui l’ont menée ! […] Je pense que c’était la chose à faire.

Je rappelle que l’enquête se poursuit sous la direction de Robert Mueller, ancien directeur du FBI.

Le 16 août, avant-hier, dans une tribune libre publiée par le New York Times, intitulée President Trump’s Claims of No Collusion Are Hogwash : « Les affirmations du président Trump sur l’absence de collusion sont de la foutaise », Brennan écrivait ceci :

Le travail déjà difficile en temps ordinaire des services de renseignement et de mise en application de la loi américains a été rendu plus difficile encore à la fin du mois de juillet 2016 lorsque M. Trump, alors candidat à la présidence, a publiquement demandé à la Russie de trouver les courriels manquants de Mme Clinton. En faisant une telle déclaration, M. Trump n’encourageait pas seulement une nation étrangère à recueillir des renseignements portant préjudice à un citoyen américain, mais il autorisait aussi ouvertement ses partisans à collaborer avec notre principal adversaire sur le plan mondial en vue de nuire à son adversaire politique.

Je cite un passage de son entretien hier avec Rachel Maddow :

Brennan – Je ne voulais pas dire qu’il avait commis une trahison, mais l’expression que j’ai utilisée c’est : « rien moins qu’une trahison ».

Maddow – Vous ne vouliez pas dire qu’il s’était rendu coupable de haute trahison ?

Brennan – J’ai dit : « C’est ‘rien moins qu’une trahison’ ». Ce sont les termes que j’ai utilisés.

Maddox – Mouais… c’est ça… Si l’on représente l’expression « rien moins qu’une trahison » sous la forme d’un diagramme, cela signifie quand même qu’il est question de haute trahison… »

Dans la foulée, également avant-hier 16 août, l’amiral William H. McRaven, publiait une tribune libre, lui dans le Washington Post : Revoke my security clearance, too, Mr. President : « Retirez-moi aussi mon accréditation secret défense, M. le Président ». On peut y lire :

Je considérerais comme un honneur que vous révoquiez également mon accréditation secret défense, pour que je puisse ajouter mon nom à la liste des hommes et des femmes qui se sont prononcés contre votre présidence.

Par vos actions, vous nous avez mis dans l’embarras aux yeux de nos enfants, vous nous avez humiliés sur la scène mondiale et, pire que tout, vous nous avez divisés en tant que nation.

Si vous imaginez un instant que votre tactique typique de l’ère du McCarthisme étouffera les voix critiques, vous vous trompez lamentablement. La critique continuera jusqu’à ce que vous deveniez le leader que nous avions espéré que vous soyez.

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