De la nécessité d’un mouvement comme Place Publique en temps de guerre, le 27 novembre 2018 – Retranscription

Retranscription de De la nécessité d’un mouvement comme Place Publique en temps de guerre, le 27 novembre 2018. Merci à Eric Muller ! Ouvert aux commentaires.

Bonjour, nous sommes le mardi 27 novembre 2018, et aujourd’hui, ma causerie s’intitulera : « De la nécessité d’un mouvement comme Place Publique en temps de guerre » .

La partie finale de mon titre est peut-être la plus étonnante, je vais commencer par là. Je vais commencer par vous rappeler une conversation que j’ai rapportée à l’époque : c’était une conversation entre un journaliste ou une journaliste américaine, je ne me souviens plus – et la représentante de la chaîne russe RT, qui est une chaîne officielle du gouvernement de la Fédération de Russie. Et le journaliste ou la journaliste américaine posait la question suivante : « Pourrait-on imaginer qu’à notre insu, il y ait déjà en train d’avoir lieu une guerre entre la Russie et les États-Unis ? » Et cette personne – qui représente donc de manière indirecte le gouvernement russe – dit : « Dans quel camp êtes-vous ? » et j’avais noté le caractère surprenant de la réponse. Cette dame russe avait l’air de dire : « Ne me faites pas croire que vous, les américains, bien malgré votre réputation de grande candeur, de grande naïveté, ne soyez pas au courant qu’il y a cette guerre et que la question, c’est simplement de savoir dans quel camp on se trouve. » La réponse était donnée.

J’ai le sentiment que la personne américaine était de bonne foi. Elle ne savait pas, elle ne connaissait pas la réponse, à savoir si cette guerre avait lieu. Mais du côté russe, on lui disait : « Oui, cette guerre est en train d’avoir lieu. » Et cette guerre, entre un courant pro-occidental incarné par l’Otan et de l’autre côté la Russie, se déroule en ce moment même en Ukraine, l’Ukraine qui depuis 2014 est le siège d’un affrontement entre ce monde de l’Est et de l’Ouest. La guerre cybernétique a lieu depuis plus longtemps. Nous avons dans les inculpations de M. Mueller, à la tête de sa commission aux États-Unis, des listes de gens en Russie – du côté civil (essentiellement à Saint-Pétersbourg), et du côté militaire et officiel, du Ministère de l’Intérieur en tout cas, à Moscou – des gens auxquels on reproche un nombre de choses extrêmement précises, ce qui fait penser que des informations précises sont disponibles et que donc, on est au courant de ce qui se passe.

Et donc, nous avons un cadre d’une guerre qui n’est plus une guerre comme on avait eu. Ce n’était plus la troisième guerre mondiale larvée qui était née en 1945 entre un monde représentant le Communisme de type soviétique et le Capitalisme. Mais ce sont les mêmes puissances qui sont en affrontement, et avec une guerre qui prend des formes différentes en raison des progrès du numérique. Cette guerre est une guerre de propagande en partie, parce que bien entendu, il y a des gens qui meurent véritablement, et déjà [une] dizaine[s] de milliers sont morts sur le terrain de l’Ukraine, à la frontière de la partie revendiquée par des Ukrainiens, je dirais, pro-russes. Nous avons donc une guerre sur le terrain, mais nous avons aussi – nous le savons – des interférences, des ingérences de la Russie à l’intérieur des processus de type démocratique en Occident. Ça ne veut pas dire que l’Occident soit passif, ça ne veut pas dire que l’Occident n’essaie pas d'[encercler] par des alliances du côté de l’Otan, n’essaie pas de mettre la Russie dans une position difficile. Mais ce que j’essaie de dire, ce n’est pas de dire : « Il faut être pour les uns ou pour les autres. » J’essaie de vous décrire une situation, et vous allez voir que ma conclusion a un rapport avec cette description de situation.

Il y a eu des ingérences russes dans les élections américaines, du côté de la propagande, du côté d’ingérences directes, de collusions peut-être – dont nous allons savoir certainement plus dans les jours qui viennent – [au sein de] l’équipe de M. Trump. Est-ce que ce sont des collusions qui sont au niveau de ce qu’on sait déjà, ou bien s’agit-il de bien davantage ? Par exemple le fait que M. Trump serait directement, de manière – comment dire – au-delà de tout doute possible, un agent de la Russie, et ceci depuis un certain temps. Pour des raisons qui pourraient être celles, soit d’un chantage exercé à propos de galipettes qu’il aurait faites dans un des pays qu’il aurait visité, ou bien que, en raison de son engagement massif dans des trafics d’argent sale – blanchiment d’argent sale venant de Russie -, il serait , je dirais, victime d’un chantage de ce côté-là. Ou bien, voilà – parce qu’on a tout vu dans l’Histoire – ou bien même les deux.

Il y a ingérence russe, indépendamment de savoir s’il y a ingérence occidentale, américaine, etc. en Russie, etc. Il y a ingérence russe, de manière soit massive, soit pas massive, mais on en saura plus dans les jours qui viennent. De même, il semble que l’implication de la Russie pour pousser au vote du Brexit – c’est-à-dire de l’éclatement de l’Union Européenne – semble avérée, à tel point – les informations sont à ce point précises au Royaume-Uni – qu’il est question de peut-être annuler le premier référendum en raison des irrégularités qui ont eu lieu. Sont impliqués dans cette collusion, d’une manière ou d’une autre, des mouvements d’extrême-droite, parfois libertariens, parfois – je dirais – d’extrême-droite plus classiques comme néo-nazis ou des choses comme ça. Du côté de l’Occident, il y a une sympathie entre les mouvements de type autoritaire dans les pays occidentaux et la Russie en ce moment. Le lien entre les deux, eh bien, c’est une sorte de populisme, c’est une sorte d’affrontement avec le libéralisme.

Et donc, c’est là que j’en arrive, nous sommes dans un monde où une guerre civile existe à l’intérieur de l’ensemble des pays, entre des régimes libéraux qui ont souvent dérivé vers de l’ultra-libéralisme, c’est-à-dire un pouvoir absolu de la banque sur les choses qui se passent chez nous (ce sont les banques qui rédigent les motions qui vont passer au niveau national et au niveau européen, et elles sont entérinées par les parlements) et en face de cela, apparaît une opposition qu’on appelle « populiste », qui invoque le peuple mais qui souvent est – je dirais – très déficiente au niveau des explications, dont – comment dire – la théorie se confond fort avec des raisonnements extrêmement simplistes, complotistes, où il manque des éléments, ou souvent se tourne vers – en facteur de dernière instance – comme la source de nos malheurs – des étrangers quelconques auxquels on attribue une étiquette – source, classique ou nouvelle, liée à l’immigration récente, et ainsi de suite. Et là, il faut faire la remarque suivante. C’est [que] – vous le savez – le système capitaliste s’accommode, aussi bien en temps de crise, de l’ultra-libéralisme représenté par les banquiers, ou du populisme. Voyez l’histoire du national-socialisme en Allemagne, où finalement ces gens s’entendent comme larrons en foire, et où, à la fin de la guerre, les grosses entreprises ont fait des affaires – ce qui était ce qu’elles voulaient faire – et tout le reste était plus moins mis entre parenthèses, et tout repart comme en 40. Voilà, exactement.

Alors, voilà où nous en sommes. Nous avons des affrontements (qui sont des affrontements qu’il faut absolument rejeter, qu’il faut essayer – comment dire – de faire sauter, de faire imploser ou d’exploser) où des complices, de véritables complices – d’un côté le populisme, d’autre part les régimes libéraux – nous offrent de fausses alternatives, parce que, à l’arrivée, ce sont des gens qui peuvent très bien s’entendre et qui peuvent faire leurs affaires de telle et telle manière, en n’ayant jamais remis quoi que ce soit de sérieux en question. D’où la nécessité d’autre chose au milieu – à la place – quelque chose de positif et pas quelque chose de négatif, de pas quelque chose qui fait exploser la planète, pas quelque chose qui nous rend la vie impossible, à notre espèce, à la surface de la planète : il faut faire apparaître autre chose. D’où la question de, par exemple, comme j’ai vu l’autre jour dans une vidéo, quand quelqu’un propose un nouveau parti, quelqu’un lui dit : « pourquoi un nouveau parti alors qu’il y en a déjà temps ? »

Alors, qu’est-ce qu’il aurait fallu répondre à cette question-là ? Il aurait fallu répondre : « Mais Monsieur, est-ce que vous être membre, vous, d’un de ces partis auxquels vous pensez et qui existent déjà ? Et sinon, si vous n’appartenez pas à un de ces partis, c’est probablement parce que vous trouvez qu’ils ne font pas l’affaire, et probablement que la plupart auxquels on pourrait penser sont absolument morts et qu’ils ne bougent même plus. D’où la nécessité de mettre autre chose à la place. »

D’où cette idée de Place Publique, qui est une excellente idée, à laquelle je me suis rallié de manière un peu spectaculaire vendredi dernier, parce que j’avais l’occasion de me retrouver dans un panel, dans une table ronde, avec Mme Claire Nouvian, et que c’était la manière de présenter les choses devant un public nombreux – plusieurs centaines de personnes – de dire : « Voilà, moi, personnellement, je suis prêt à rejoindre cette fédération à l’endroit où il nous faut quelque chose, quelque chose qui ne soit pas mort et enterré. » Il nous faut quelque chose qui vive, et non seulement qui vive, mais qui reprenne le dessus, qui reprenne le dessus dans une situation où on va une fois de plus nous mettre en scène un affrontement bidon entre un capitalisme de type banquier classique et un populisme qui, finalement, n’a rien d’autre à offrir que, oui, des grandes promesses bien entendu, des explications simplistes sur la source de tous nos maux et beaucoup de morts à la clé, bien entendu. Il faut autre chose, il faut quelque chose de positif.

Il faut quelque chose qui nous permette de sauver l’espèce humaine, quelque chose qui ne soit [pas] simplement, « On continue le pillage » que les banquiers ont organisé depuis des centaines d’années, et voilà : il ne reste plus rien, maintenant il est trop tard. On nous dit : « Le capitalisme nous a rendu tous riches » mais maintenant il va nous rendre tous, non pas simplement pauvres, il va nous rendre tous morts. Parce que c’était un pillage organisé par ceux qui ont le rapport de force de leur côté, et d’un autre côté – disons, voilà – les indignés, mais à qui on vend n’importe quoi (on leur vend des rêves) comme avec le nazisme : il faut voir cette très belle scène du film Cabaret que je remets souvent en ligne sur mon blog (sourire), où on voit ce jeune qui se met à chanter, et c’est un chant splendide, et tout le monde se tourne vers lui, jusqu’à ce que la caméra se recule un peu et qu’on s’aperçoive que c’est un Hitlerjugend et qu’il va nous vendre des salades, et les pires de toutes en particulier… Ni l’un, ni l’autre. (ni ni, ni ni) : Ni la finance au pouvoir (avec jamais personne inculpé pour les crimes qui sont commis), ni de l’autre côté des variantes à la sauce nouvelle du nazisme – dont on a vu ce que ça pouvait faire à la surface de la Terre.

Il nous faut une voie au milieu. Toutes les bonnes volontés doivent se rassembler maintenant pour quelque chose de positif, quelque chose qui ressemble à ces idées généreuses qu’on nous a produit – nos ancêtres – dans la première moitié du 19e siècle, auxquelles il faut ajouter de nouveaux apports, ceux en particulier des années 60, quand il y a eu, voilà, une réflexion générale sur ce qu’on pouvait faire. Et maintenant, en plus de l’apport de la première moitié du 19e siècle – la « Révolution Sociale » comme on l’appelait – en plus de la réflexion hippie, de freudo-marxisme et tout ce que vous voulez de la pensée critique des années 60, il nous faut maintenant une réflexion des années 2010-2020 sur ce qu’il faut faire. Et maintenant, l’urgence est véritablement à nos portes.

Alors, dans la discussion qu’il y a eu hier entre Vincent Burnand-Galpin, « porte-parole officiel du blog de Paul Jorion » (sourire), Paul Jorion, Claire Nouvian et trois autres militants du mouvement Place Publique, nous allons faire avancer les choses et, en particulier, nous allons nous occuper, du côté du blog de Paul Jorion, de participer à cette tâche qui nous a été proposée d’un MA-NI-FES-TE. Un manifeste pour dire, voilà ce qu’on veut faire. Montrer clairement, par des phrases, qu’on ne veut pas les vieilles salades (qu’on refusera) et la facilité de l’ultra-libéralisme (et son côté satisfait), et ce « malheur aux vaincus » qui le caractérise, et d’autre part, les rêves – les rêves qui flottent à mi-hauteur et qui surtout produisent beaucoup de morts – des populismes d’extrême-droite. Il nous faut autre chose. Le moment est venu. Pas de temps à perdre ! Joignez-vous aussi à cette bonne idée. Ne dites pas qu’il n’y a encore personne, parce que, bien entendu, si vous n’êtes pas là, il n’y aura personne. Ne jouez pas, comme certains commentateurs sur mon blog, le rôle satisfait du spectateur sceptique qui dit : « Oui, peut-être, etc. mais finalement on a déjà vu ça… » et ainsi de suite, qui n’est qu’une excuse pour ne rien faire. Le moment n’est plus le moment où on peut dire qu’on ne va rien faire pour une raison X ou Y, ou bien « y’a qu’à » ou « faut qu’on », etc. Le moment est venu de rassembler toutes les énergies et d’essayer de sauver le genre humain à la surface de la planète Terre qui est la nôtre et qui est très belle.

Voilà, chers amis, à bientôt.

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38 réflexions sur « De la nécessité d’un mouvement comme Place Publique en temps de guerre, le 27 novembre 2018 – Retranscription »

  1. Bonjour,
    La terre sur laquelle je vis avec d’autres est très belle parce qu’elle n’à pas subi de confrontations guerrières avec des provoacteurs extrémistes. C’est notre terre à tous sur laquelle vit
    une espèce humaine de genres différents. Bien évidemment il y a les riches et les pauvres, les éduqués et les sans diplômes. Le chômage est important et vivre d’assistanat n’est pas le but. On ne peut plus vivre comme cela. Je regrette vraiment beaucoup que rien n’à été fait avec le président Hollande. Le travail à toujours nourri les familles. Il faut remettre le travail au goût du jour. Il faut que nos enfants et petits enfants travaillent dans un système d’emploi stable et durable pour chacun d’eux
    Bonne fin de journée et au plaisir de vous lire.

  2. Oui, la nécessité de se rassembler est plus urgente que jamais.
    Je soutiens l’initiative Place Publique, qui occupe un vide dans la sphère politique, parce qu’il pense en amont pour apporter des solutions. Tout à fait dans l’optique du blog.
    J’aurais juste un souhait, c’est qu’il manifeste un peu plus sa proximité avec le Mouvement des gilets jaunes.

    Les GJ, ce mouvement inédit et qui prend chaque jour plus d’ampleur et de profondeur (une partie des lycéens rejoint maintenant le mouvement) à une particularité, c’est qu’en quelque sorte il échappe aux revendications purement catégorielles, et que, pour une fois, il y a la possibilité d’une convergence des luttes.

    Place Publique et voix publique (les Gilets Jaunes via les ronds points) rien n’empêche a priori qu’ils communiquent l’un avec l’autre. Bien entendu les Gilets jaunes n’ont pas vocation à durer très longtemps, c’est un mouvement, comme tout mouvement social, qui se développera dans un temps relativement court, mais ce n’est pas une raison pour en sous-estimer la portée, en tant que prise de conscience générale de l’aporie gouvernementale en quoi consiste sa prétention de concilier écologie et économie libérale capitaliste, de concilier partage des richesses, et impôts indirects, par construction inégalitaires.

    Place Publique s’inscrit dans la durée de la politique à court et moyen-terme, je ne dis pas long terme, car s’il y a bien urgence, c’est maintenant que tout se joue. C’est donc forcément l’urgence qu’il s’agit de prendre à bras le corps. La percolation des idées a sa temporalité propre, plus lente que celle d’un mouvement social qui évolue par définition très rapidement, mais il y a tout de même des moments privilégiés dans la vie politique et sociale d’un pays lors desquels la percolation s’accélère brutalement, et il me semble qu’il y a cette possibilité, en partie déjà à l’œuvre, avec les Gilets jaunes. Il faut donc absolument s’approprier tout ce que ce mouvement à de positif, c’est vraiment le minimum.

    1. Pierre Yves,

      Je pense que ce qu’ils faut exprimer des gilets jaunes c’est, « par le haut », la justice sociale, l’équité devant l’impôt et la lutte contre le réchauffement climatique qui va demander probablement à 80% de la population des changements.
      Le dialogue avec les gilets jaunes doit servir ces buts. Pour autant quand je vois les difficultés d’aujourd’hui dans la rencontre avec le PM ce n’est pas gagné (sur la structuration du mouvement).

      Pour bien comprendre les « Gilets Jaunes » une analyse de Aurélien Delpirou, « La couleur des gilets jaunes », La Vie des idées , 23 novembre 2018. ISSN : 2105-3030.

      URL : http://www.laviedesidees.fr/La-couleur-des-gilets-jaunes.html

      Ci dessous Jacquerie, révolte des périphéries, revanche des prolos… Les premières analyses du mouvement des gilets jaunes mobilisent de nombreuses prénotions sociologiques. Ce mouvement cependant ne reflète pas une France coupée en deux, mais une multiplicité d’interdépendances territoriales.

      La mobilisation des gilets jaunes a fait l’objet ces derniers jours d’une couverture médiatique exceptionnelle. Alors que les journalistes étaient à l’affut du moindre débordement, quelques figures médiatiques récurrentes se sont succédé sur les plateaux de télévision et de radio pour apporter des éléments d’analyse et d’interprétation du mouvement. Naturellement, chacun y a vu une validation de sa propre théorie sur l’état de la société française. Certains termes ont fait florès, comme jacquerie — qui désigne les révoltes paysannes dans la France d’Ancien Régime — lancé par Éric Zemmour dès le vendredi 16, puis repris par une partie de la presse régionale [1]. De son côté, Le Figaro prenait la défense de ces nouveaux ploucs-émissaires, tandis que sur Europe 1, Christophe Guilluy se réjouissait presque de la fronde de « sa » France périphérique — appelée plus abruptement cette France-là par Franz-Olivier Giesbert — et Nicolas Baverez dissertait sur la revanche des citoyens de base.

      Au-delà de leur violence symbolique et de leur condescendance, ces propos répétés ad nauseam urbi et orbi disent sans aucun doute moins de choses sur les gilets jaunes que sur les représentations sociales et spatiales de leurs auteurs. Aussi, s’il faudra des enquêtes approfondies et le recul de l’analyse pour comprendre ce qui se joue précisément dans ce mouvement, il semble utile de déconstruire dès maintenant un certain nombre de prénotions qui saturent le débat public. Nous souhaitons ici expliciter quatre d’entre elles, formalisées de manière systématique en termes d’opposition : entre villes et campagnes, entre centres-villes et couronnes périurbaines, entre bobos et classes populaires, entre métropoles privilégiées et territoires oubliés par l’action publique. À défaut de fournir des grilles de lecture stabilisées, la mise à distance de ces caricatures peut constituer un premier pas vers une meilleure compréhension des ressorts et des enjeux de la contestation en cours.

      Villes (Paris) contre campagnes (Province) ?
      Comme l’indique une note des services de renseignement éventée dans la presse, les initiateurs du mouvement des gilets jaunes sont, pour la plupart, originaires d’Île-de-France, plus précisément de l’agglomération parisienne, soit la partie la plus urbanisée de la région-capitale. Et pour cause : les Franciliens sont au moins autant concernés que le reste des Français par la hausse des dépenses liées à l’automobile. S’ils utilisent un peu moins leur voiture et réalisent des trajets un peu plus courts, ils passent en moyenne 75 minutes par jour dans leur véhicule, contre 45 minutes pour les habitants de l’espace rural [2] ! En somme, le budget-temps compense largement les moindres coûts liés aux déplacements, ce qui permet d’expliquer la genèse et l’enracinement de la contestation dans la région parisienne.

      Plus largement, la plupart des chercheurs considèrent que l’urbanisation du territoire français est désormais achevée : 61,5 millions de personnes, soit 92 % de la population, vivent aujourd’hui sous l’influence de la ville, selon des modes et des styles de vie urbains. Si la ruralité en tant que support paysager, aspiration sociale et système de valeurs n’a jamais disparu — et fait même l’objet de revalorisations récentes —, les grandes fractures sociales et spatiales s’enracinent désormais au sein du monde urbain. En effet, les grandes villes sont à la fois les lieux privilégiés de concentration des richesses et les points de fixation de la pauvreté : en France, 2/3 des ménages vivant sous le seuil de pauvreté habitent dans les zones denses des espaces urbanisés [3].

      Il serait donc erroné d’analyser le mouvement des gilets jaunes comme une jacquerie des populations rurales défavorisées contre des citadins fortunés. Il traduit, au contraire, la multiplicité des interdépendances territoriales et fonctionnelles au sein de vastes aires métropolitaines, où se juxtaposent fragments de ville dense, nappes pavillonnaires, bourgs revitalisés ou en difficulté, zones d’activités, espaces naturels et agricoles, centres commerciaux, pôles tertiaires et logistiques, etc. L’automobile est bien souvent la condition nécessaire de l’accessibilité à ces différents espaces et à la diversité des ressources qu’ils offrent. C’est précisément parce qu’elle permet de maximiser les programmes d’activités au sein de ces « métapoles » (Ascher, 1997) qu’elle a constitué le déclencheur des revendications des gilets jaunes.

      Centres-villes contre couronnes périurbaines ?
      Sur la base des interventions médiatiques de quelques figures charismatiques du mouvement, les gilets jaunes ont été rapidement assimilés aux habitants « relégués » dans les couronnes périurbaines des agglomérations [4]. De manière incontestable, la dépendance à l’automobile augmente avec la distance au centre de la ville. La vie périurbaine entraîne un allongement des déplacements et un usage accru des véhicules motorisés (Cailly, 2008). Cette situation n’est le fruit ni du hasard ni de la fatalité. D’une part, la périurbanisation a été fortement encouragée dans les années 1980 et 1990 — c’est-à-dire après la décentralisation de l’urbanisme — par des maires soucieux de développer par tous les moyens leur commune, quitte à éparpiller dans les périphéries, tout en les séparant les uns des autres, lotissements pavillonnaires, centres commerciaux et même grands services publics (Merlin, 2009). Cette dispersion urbaine, unique en Europe par son ampleur, a également été favorisée par l’État, à travers la multiplication des dispositifs d’accession à la propriété privée. Aussi, plutôt que de tenter maladroitement de récupérer le mouvement, les élus nationaux et locaux pourraient commencer par assumer leur responsabilité. D’autre part, les ressorts de l’installation des ménages (mais aussi des entreprises) dans les couronnes périurbaines et les franges rurales des agglomérations sont multiples et complexes : s’éloigner de la ville-centre est toujours le fruit d’un dosage entre choix et contraintes. De fait, toutes les enquêtes récentes (par exemple : Dodier, 2012 ; Girard, 2013 ; Lambert, 2013) soulignent la diversité des profils sociaux et la fluidité des trajectoires résidentielles des habitants périurbains, contredisant radicalement les analyses en termes de « relégation » ou de « sédentarisation ».

      La France périurbaine n’est pas un zoo ! Elle est vivante, active, plurielle. Elle crée plus d’emplois que les centres des villes [5], y compris dans des secteurs à forte qualification (Nessi et al., 2016). Elle accueille, à l’image des représentants charismatiques des gilets jaunes, aussi bien des chefs d’entreprises installés que des ouvriers qui quittent le logement social, des petits commerçants attirés par la faiblesse relative des prix fonciers et immobiliers que des employés du secteur public se rapprochant de leur lieu de travail, des retraités à la recherche d’un cadre de vie paisible que des jeunes cadres qui ont besoin d’un logement adapté à leur projet familial (Rivière, 2012). À l’échelle nationale, ces périurbains disposent d’un revenu médian annuel plus élevé (20 975 €) que celui des habitants des villes-centres (19 887 €, Source INSEE).

      L’écueil est qu’en dépit de leur vitalité et de leur diversité, voire de leur « maturité » (Nessi et al., 2016), les espaces périurbains continuent d’avoir mauvaise réputation. Depuis les années 1990, en réponse à l’injonction politique de durabilité, ils sont analysés presque exclusivement à travers les prismes dépréciatifs de l’urbanité menacée (Lévy, 2003), de la dépendance automobile (Dupuy, 1999), de la sécession socio-spatiale (Charmes, 2011), de l’insoutenabilité environnementale (Desjardins et Mettetal, 2012), voire de la laideur architecturale et paysagère (on se souvient de la couverture de Télérama en 2010 sur « La France moche »). Ces visions catastrophistes et culpabilisantes ont contribué à alimenter un sentiment de colère parmi les élus et les habitants de ces territoires, dont les gilets jaunes constituent assurément l’une des expressions.

      Bobos contre prolos ?
      La dimension sociale des gilets jaunes a été largement passée sous silence par les médias. Le recueil des témoignages et les premières enquêtes de terrain tendent à montrer que la plupart des personnes engagées activement dans la protestation sont issues des classes moyennes et des fractions consolidées des classes populaires : infirmiers, travailleurs sociaux, professeurs des écoles, personnels administratifs de catégorie B des collectivités locales, techniciens de l’industrie, employés des services commerciaux ou comptables des entreprises, etc. Ces professions dites intermédiaires représentent un quart de l’emploi, un chiffre en croissance. Leur revenu et leur pouvoir d’achat sont plutôt stables depuis 20 ans, tout en demeurant très sensibles aux politiques fiscales et aux effets de conjoncture, y compris aux fluctuations des prix du carburant — qui, comme on le sait, ont allumé la mèche de la contestation. Mais il ne s’agit bien que d’une étincelle : le poids des dépenses liées à l’automobile est stable depuis 1990, au contraire par exemple de celles liées au logement (en augmentation constante, tout particulièrement au centre des villes et pour les ménages les moins aisés) ; le carburant et ses taxes ne représentent qu’un quart de ces dépenses, une part bien moindre que celle liée aux assurances et à l’entretien. Ainsi la révolte semble-t-elle s’enraciner, de manière beaucoup plus profonde, dans le double sentiment d’une fragilisation généralisée du pouvoir d’achat et d’une injustice sociale dans les efforts fiscaux demandés aux ménages par le gouvernement.

      Par ailleurs, les 20 % de Français non motorisés demeurent un impensé. Ceux-ci ne se résument pas aux bobos des métropoles ; il s’agit en majorité de jeunes ménages sans qualification et sans emploi, qui ne sont pas en mesure d’assumer les coûts liés à la possession d’un véhicule motorisé et sont de ce fait entièrement « captifs » des transports en commun (Rougé, 2005). Or, ce qui différencie le plus les classes populaires entre elles est l’accès ou non à un emploi stable, dont l’automobile est une condition très souvent nécessaire. Ces ménages comptent parmi les destinataires des mesures d’aide à la mobilité élaborées en urgence par le gouvernement. Mais tout indique qu’ils n’ont pas participé massivement aux manifestations ! Aussi, ces annonces pourraient avoir des effets contre-productifs sur le mouvement des gilets jaunes, dont plusieurs représentants ont indiqué leur refus d’être assimilés aux « assistés » bénéficiant des aides sociales de l’État. Ce discours a d’ailleurs été repris par certaines figures politiques nationales, comme Laurent Wauquiez : étrange posture que celle qui consiste, dans le même temps, à envisager la redistribution sociale envers les familles les plus précaires comme une forme d’assistanat et à exiger plus de redistribution spatiale envers les territoires les plus défavorisés. Comme si ceux-ci existaient en tant que tels, en dehors de leur population.

      France privilégiée contre espaces abandonnés ?
      Enfin, plusieurs commentateurs ont analysé le mouvement des gilets jaunes comme la conséquence de politiques publiques à deux vitesses, qui privilégieraient de manière systématique les espaces métropolitains dynamiques au détriment du reste de la France. De fait, la concentration des moyens de l’aménagement du territoire en direction des grandes villes est une tendance marquante des vingt dernières années. Celles-ci ont bénéficié de grands projets de renouvellement urbain, aussi bien dans les centres (gares, tramways) que dans les quartiers de la politique de la ville (rénovation urbaine) et les périphéries proches (pôles de compétitivité). Mais cette évolution est intervenue après cinq décennies de politiques dites de rééquilibrage territorial destinées à contenir le développement de la région parisienne et à revitaliser par la décentralisation le « désert français » (Gravier, 1947). Par ailleurs, des actions spécifiques continuent à être menées en faveur des espaces ruraux au nom des handicaps structurels qui les pénalisent dans la concurrence territoriale. C’est plutôt dans l’« entre-deux territorial » que constituent les villes petites et moyennes et, dans une moindre mesure, les franges des agglomérations que l’action publique s’est déployée de manière lacunaire et velléitaire.

      Ces territoires ne sont pourtant pas dans une situation d’abandon politique et social : ils bénéficient d’une forte représentativité au parlement (bien supérieure à celle des banlieues des grandes agglomérations, par exemple), de structures de gestion et de projet dont les compétences ont été renforcées par les évolutions législatives récentes, de nombreuses initiatives citoyennes et même, en dépit de contraintes croissantes, de leviers de financement non négligeables (aides de l’Union européenne, contrats de plan, dispositifs de défiscalisation). Le véritable écueil est qu’ils n’ont jamais fait l’objet de politiques ad hoc. Ainsi, dans le périurbain, l’action publique s’est focalisée sur les moyens de lutter contre le processus d’étalement urbain au risque d’oublier les espaces qui en sont la conséquence (Roux, Vanier, 2008). Les politiques de transport offrent une illustration frappante de cet impensé : historiquement conçues pour améliorer l’accessibilité des centres et désenclaver les banlieues, elles sont peu opérantes pour prendre en charge les déplacements individuels dans les périphéries (Massot, 2010). Dans les villes petites et moyennes également, qui sont loin d’être toutes « perdantes » dans la mondialisation (Baudelle et Tallec, 2008), les solutions sont encore trop souvent dupliquées de celles mises en œuvre dans les métropoles et inadaptées aux contextes locaux (Béhar, 2011). Aussi, plutôt que d’engager la bataille sur le terrain de la victimisation, l’enjeu est de créer les conditions de formalisation et de mise en œuvre de politiques innovantes susceptibles de concilier localement choix résidentiels, contraintes économiques et sobriété écologique.

      Finalement, en diffusant des sociologismes simplistes ou infondés au détriment de l’analyse et de la controverse argumentées, les autoproclamés spécialistes ès gilets jaunes prennent le risque de passer à côté des véritables enjeux, sinon de souffler sur les braises du mouvement. Opposer, comme le font implicitement ces commentateurs, « automobilistes périurbains » et « privilégiés des centres », « bons pauvres » et « mauvais pauvres », territoires « gagnants » et espaces « abandonnés » permet peut-être de fournir quelques clés de lecture rassurantes — et aussi de réduire le nombre de ceux qui méritent d’être aidés. Mais cela n’a jamais réglé leurs problèmes.

      Aller plus loin
      Références
      • François Ascher, Métapolis ou l’avenir des villes, Odile Jacob, 1997.
      • Guy Baudelle et Josselin Tallec, « Les villes moyennes sont-elles les perdantes de la mondialisation ? », Pouvoirs locaux, n° 77, 2008, p. 89-94.
      • Daniel Béhar, « Villes moyennes : bricolage stratégique et obligation d’innovation », Urbanisme, n° 378, 2011, p. 50-51.
      • Laurent Cailly, « Existe-t-il un mode d’habiter spécifiquement périurbain ? », EspacesTemps.net, 2008
      • Éric Charmes, La ville émiettée. Essai sur la clubbisation de la vie urbaine, Puf, 2011.
      • Xavier Desjardins et Lucile Mettetal, « L’habiter périurbain face à l’enjeu énergétique », Flux n°89-90 (3), 2012, p. 46-57.
      • Rodolphe Dodier, Habiter les espaces périurbains, Presses Universitaires de Rennes, 2012.
      • Gabriel Dupuy, La dépendance automobile, Anthropos, 1999.
      • Violaine Girard, « Sur la politisation des classes populaires périurbaines. Trajectoires de promotion, recompositions des appartenances sociales et distance(s) vis-à-vis de la gauche », Politix, n° 10, 2013, p. 183 215.
      • Jean-François Gravier, Paris et le désert français, Flammarion, 1947.
      • Anne Lambert, « Les métamorphoses du périurbain. Des “petits blancs” aux “immigrés” », Savoir/Agir, vol. 24, n°2, 2013, p. 53-60.
      • Jacques Lévy, « Périurbain, le choix n’est pas neutre », Pouvoirs locaux, n° 56, 2003 p. 35‑55.
      • Marie-Hélène Massot (dir.), Mobilités et modes de vie métropolitains, les intelligences du quotidien, L’Œil d’Or, 2010, p. 93-100.
      • Pierre Merlin, L’exode urbain, La Documentation française, 2009.
      • Hélène Nessi, Florent Le Néchet et Laurent Terral, « Changement de regard sur le périurbain, quelles marges de manœuvre en matière de durabilité ? », Géographie Économie Société, n° 18 (1), 2016, p.15–33.
      • Jean Rivière, « Trajectoires résidentielles et choix électoraux chez les couches moyennes périurbaines », Espaces et Sociétés, n° 148-149, 2013, p. 73-90.
      • Lionel Rougé, « Les “captifs” du périurbain. Voyage chez les ménages modestes installés en lointaine périphérie », in Guénola Capron, Hélène Guétat Bernard et Geneviève Cortès (dir.), Liens et lieux de la mobilité, Belin, 2005, p. 129-144.

      Pour citer cet article :
      Aurélien Delpirou, « La couleur des gilets jaunes », La Vie des idées , 23 novembre 2018. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/La-couleur-des-gilets-jaunes.html

      1. Arnaud,
        Vous nous donnez une analyse riche dense (longue) et très référencée. On devine que vous avez réfléchi depuis longtemps sur les questions abordées. Merci de les partager.
        Mais vous le dites implicitement : a-t-on assez de recul pour parler à chaud sur un mouvement aussi complexe, spontané et surprenant ? Dont personne ne connaît le dénouement ─ même si probablement il fera long feu.
        Je n’ai pas la capacité pour vous contredire sur tel ou tel point avec lesquels je serais en désaccord et peu importe. À cette étape, le problème est selon moi de savoir où l’on se situe par rapport aux Gilets Jaunes et c’est subtilement un premier succès pour eux.
        Comme François Ruffin, je soutiens ce mouvement pour l’opportunité qu’il nous offre. Bien sûr l’Histoire a des ruses et rien n’est écrit ─ pour le pire et pour le meilleur. Actuellement (et en prenant cet adverbe dans son sens ancien conservé en anglais) il ouvre des possibles dans une société de castes, dominée par une élite arrogante sans aucun contre-pouvoir et sans éthique. Des gens féroces qui n’ont plus aucune limite pour gagner davantage de pognon. Chaque jour un scandale nouveau : les implants médicaux aujourd’hui ; et toujours les mêmes raisons, course aux profits sans régulation, avec la corruption et la lâcheté des politiciens souvent stipendiés, des « experts » vendus. Les problèmes urgents de la catastrophe climatique impliquent donc d’en finir au plus vite avec ce système comme ne cesse de le répéter Paul Jorion.
        Or on voit quelque chose émerger, d’inattendu. Le réveil d’un abrutissement total. Exactement comme l’enfant qui dit « le roi est nu ». On les peut critiquer, les trouver dérisoires etc. mais je pense que les sondages n’ont pas tort quand ils disent que plus de 70 % des gens soutiennent les GJ.
        Dans les Cahiers de doléances de 1789 je ne crois pas qu’il y avait la demande d’abolition de la monarchie (à vérifier) et les demandes diverses des GJ sont bien moquées par les chroniqueurs mais une chose est sûre : il faut demander l’impossible pour obtenir l’impensable.
        J’oserais donc ma question : au final, pourriez-vous éclaircir votre position sur les Gilets Jaunes ?

      2. @Arnaud
        Merci pour cet article.
        Les géographes ont souvent des analyses claires et percutantes, en prise avec le réel.
        Bon, là j’ai envie de dire le mal est fait. Ce monde là sans bagnoles, ça va pas être possible demain, ni après-demain.
        Qu’une crise pétrolière majeure survienne brusquement et c’est la chute.

      3. Arnaud,
        Je n’ai réalisé qu’ensuite car d’abord j’ai lu sur le petit écran de ma tablette où tout est serré… Trop vieux pour les écrans. Je me suis ridiculisé et je vais essayer de prendre plus de recul et être moins réactif.

      4. Jacques, pas la peine de vous flageller! ;-D
        Pour info je suis tombe sur l’article en suivant le compte Twitter de Claire Nouvian.

      5. « J’oserais donc ma question : au final, pourriez-vous éclaircir votre position sur les Gilets Jaunes ? »

        Au final, c’est la question qui ne tue pas, mais au contraire elle nous élève tous.

    2. Du commentaire de Pierre-Yves , je retiens:« Le mouvement « GJ » a une particularité…il échappe aux revendications purement catégorielles… et pour une fois il y a convergences des luttes ».
      Soyons bien attentifs : Au niveau de l’analyse un tel mouvement correspond à une phase nouvelle dans une prise de conscience populaire du système de production ( capitaliste) qui s’est imposé : les travailleurs salariés sont de moins en moins facilement classables par entités catégorielles clairement distinctes, avec leurs syndicats respectifs de défense, selon une pratique établie. Et une diversité de personnes à gilet jaune s’unissent en effet sur des lieux différents -ronds-points, points de péage, centres commerciaux. Il y a ainsi une prise conscience populaire du rôle de l’automobile ( la bagnole) comme critère du classement social : Quel accès de chacun à la mobilité, et selon quels indicateurs désormais artificiellement culturels de consommation ? Prise de conscience donc de la justesse des analyses d’André Gorz et de Jean Baudrillard il y a 50 ans ! Dont les thèses de recherches auraient vécu, et dorment désormais au cimetière des bibliothèques universitaires ou privées.
      Le mouvement « Place Publique » correspond par contre à une toute autre caractérisation du système de production capitaliste : il s’agit de prendre acte d’un risque imminent de destruction des cycles naturels du monde vivant ! Du fait d’une puissance technique globale toujours augmentée, et sans précédent dans sa vitesse de développement, du Surhomme au Cyborg . Place Publique est à l’initiative de militants associatifs bien conscients quant à eux des limites de la biosphère et des ressources du monde physique ! Il s’agit donc plutôt que d’obtenir une « convergence de luttes » ayant une finalité principale de justice sociale, de prendre acte de ce que les différents vices de forme dénoncés ou annoncés par chaque mouvement ont une Cause Commune : notre système – moderne et global -de production et d’échanges. Cela dont Paul Jorion nous parle dans ses livres et chaque jour sur ce blog non pas en tant que politicien ou syndicaliste, mais en tant qu’anthropologue, à temps plein. C’est bien une analyse de type anthropologique qui évitera les divergences partisanes et sectaires d’engagement chacun selon sa chapelle idéologique avec sa phraséologie propre, et évitera si c’est possible encore un effondrement programmé et bien engagé de tout l’édifice vivant! La marche des Gilets Jaunes n’est pas révélatrice d’un même niveau de conscience.

      1. Chacun des mouvements a sa nécessité propre, mais il ne me semble pas qu’on puisse dire que Place Publique incarnerait une conscience supérieure, sauf à penser que la conscience n’est que théorie et science. Ce qui fait que les deux mouvements n’évoluent pas sur des plans séparés, et hiérarchisés, c’est le politique. A ce niveau là, aucun ne peut prétendre connaître le menu des séquences qui nous mène effectivement à la grande mutation du système. Disposer d’une boîte à outils c’est une chose, dans quelles circonstances, avec quels relais, quels points d’appui, elle peut être utilisée, c’en est une autre.
        Les Gilets jaunes sont une conscience qui se développe sur un mode réactif face à un système inique, invivable, et met à nu certaines contradictions du système. Ce rôle aucune conscience théorique, analytique, a priori et a postériori ne peut le remplacer. Aussi je ne comprends pas bien votre opposition entre la cause commune de chaque mouvement et la finalité de justice sociale. C’est selon moi exactement la même chose. Lutter pour la justice sociale, en prise directe sur le terrain social, même si c’est sur un mode réactif, c’est déjà oeuvrer à la critique et à la transformation du système.
        Je suis d’accord avec l’idée qu’une analyse anthropologique permet d’avoir le recul que n’ont pas nécessairement les « réactifs ». Mais à un moment donné, en fait à tout moment, l’analyse qui sait prendre du recul prend une dimension politique immédiate dès lors qu’elle s’inscrit dans un mouvement politique. Il faut donc veiller à ce que les prises de positions soient en phase avec le mouvement des « réactifs ». (et non pas des réactionnaires) . Ne pas penser non plus que les réactifs ne pensent pas, ils réagissent, et dans l’action ils acquièrent par la force des choses un nouveau savoir. Bien entendu ce nouveau savoir pourra être nourri, enrichi, à la source des réflexions systémiques produites par ceux dont c’est le métier de produire du savoir, ou d’en acquérir par exemple dans une expérience associative. Donc, même à ce niveau, les savoirs ne s’opposent pas. C’est bien le propre de la démocratie que chacun puisse se faire une idée de la place qu’il occupe dans la société et de la façon dont il entend qu’elle puisse évoluer. C’est donc un réquisit démocratique que les les savoirs soient non seulement partagés, mais qu’ils soient aussi produits par tous les acteurs, au contact des uns et des autres. Sans quoi le débat démocratique s’évanouit, et la démocratie disparaît. Autant dire que les GJ c’est un moment important de notre vie démocratique.

      2. @PYD :

        Juste .

        Le champ démocratique français , même idéalisé , reste largement insuffisant pour faire levier du changement systémique nécessaire pour un avenir jouable .

        Place Publique a un champ plus large ( d’autres partis aussi , s’ils le voulaient vraiment ) que la seule place française , que des esprits bien intentionnés d’horizon divers « taxent » déjà d’exception française en regardant les images de télé , et ciblent rapidement le modèle social français qui pourrait malheureusement faire les frais d’un conflit laissé à la seule colère , alors qu’il est une partie de la solution .

    3. Il faut soutenir les gilets jaunes, je suis d’accord maintenant que les attaques racistes ont l’air de cesser, mais il faut surtout faire comprendre aux manifestants, qu’ils se trompent de cible.

      Une seule porte de sortie intéressante à la crise : faire avouer à E Macron officiellement au G20, qu’IL EST IMPUISSANT DEVANT LE CAPITALISME INTERNATIONAL, POUR ENRAYER LA PROGRESSION DU CHÔMAGE ET DES INEGALITES. Et qu’il en sera ainsi, tant que les règles de ce capitalisme resteront ce qu’elles sont.

      Mais pour ça, il faut être un Homme d’Etat. E. Macron est-il un homme d’Etat ?

      Vincent Rey
      Findutravail.net

      1. Moui…il est coutrageux pour dire à un chômeur qu’il n’a qu’à traverser la rue, mais pour ce qui est de parler au G20, il n’y avait plus personne…

  3. J’aimerai dire que l’État français a externalise une partie de sa gestion à l’autre bout de la France rendant les services publics inopérant en particulier là perception de Libourne.
    Il est dommage que ce service soit gère en partie un peu n’importe comment pour les loyers communaux.
    L’habitante que je suis n’est pas contente du tout surtout lorsque ça concerne une personne âgée de 90 ans.

  4. Avec la naissance de Place publique, je me demande si la structure politique française ne se dirige pas à nouveau vers une structure à quatre pôles.

    Il y a une génération, la vie politique française était organisée autour de quatre partis principaux, deux de gauche (PCF et PS) et deux de droite (UDF et RPR). D’autre part, deux partis étaient nettement plus pro-européens et pro-OTAN le PS et l’UDF, tandis que deux autres étaient plus nationaux, méfiants voire critiques envers unification européenne et OTAN le PCF et le RPR.

    En somme, les quatre piliers représentaient toutes les combinaisons possibles suivant deux axes : l’axe gauche-droite d’une part, l’axe qu’on a pu appeler démocrate-républicain (ou encore girondin-jacobin) d’autre part. Et même si la plupart du temps c’était l’axe gauche-droite qui dominait, pour certaines décisions l’axe démocrate-républicain pouvait être déterminant. Par exemple, la « communauté européenne de défense » fut refusée en 1954 par l’alliance des gaullistes et des communistes.

    Bien sûr, de l’eau a passé depuis sous les ponts :
    – Tout d’abord, l’effondrement du PCF à la fin de la guerre froide et le ralliement du RPR à la logique de l’UDF ont mené à une structuration en deux pôles principaux le PS et LR, le FN étant certes une nuisance mais neutralisée, les autres n’étant que poussières condamnées à graviter qui autour du PS qui autour de LR. Ce système pouvait être sujet à « accident », voir la présidentielle de 2002 et l’élimination du candidat PS au premier tour, mais il s’en relevait aisément. D’ailleurs aux deux présidentielles suivantes le second tour opposait bien le candidat LR au candidat PS
    – Dans un deuxième temps, essentiellement sous le quinquennat Hollande… il s’est passé des choses assez folles. D’une part le FN a augmenté tant et si vite qu’il a paru un instant en mesure de viser le pouvoir. D’autre part au final le PS a implosé, Emmanuel Macron est advenu parvenant en fondant EM! à rallier une bonne partie à la fois de la gauche pro-européenne et de la droite pro-européenne, suffisamment pour s’imposer au second tour où les dissensions entre euro-critiques de gauche et de droite (Mélenchon et Le Pen n’ont pas précisément les mêmes relations que Di Maio et Salvini) plus les erreurs de son adversaire lui ont assuré une victoire aisée.

    La vie politique française s’est alors organisée autour d’un pôle central à la fois vivement pro-européen et assez nettement de droite (même si le président aimait à suggérer avoir dépassé l’opposition gauche-droite avec sa formule « et… et… »). LR, RN, LFI, les principales oppositions étaient toutes hors jeu, LR présent en force au parlement se trouvait quelque peu dépourvu d’angle d’attaque le président lui ayant piqué l’essentiel de son logiciel économique, tandis que LFI et RN n’avaient guère de poids au parlement. Le Centre avait gagné… à moins qu’on l’appelle le Cercle, comme Alain Minc évoqua autrefois le « cercle de la raison » ?

    Mais ce triomphe fut de courte durée. La chute de la popularité d’Emmanuel Macron a été presque aussi rapide que celle de François Hollande après 2012, tandis que son principal projet la réforme de l’union monétaire était tenu en échec par les réticences des autres pays et malgré le contexte favorable (Trump, Brexit motivant un désir de « relance » de la construction européenne). Même si le mandat présidentiel durera encore trois ans et demi, le « moment Macron » est passé. Difficile d’imaginer EM!, mouvement centré autour d’une personnalité, survivre à son discrédit.

    Comment alors va se structurer la vie politique française ? Je peux assez facilement imaginer le système quadripartite réémerger : LFI, LR et FN remplissent déjà trois des quatre cases, trois des quatre combinaisons possibles entre Gauche ou Droite, Pro-européen ou Euro-réticent. Seule la case Gauche + Pro-européen reste vide, les forces politiques qui poussent dans cette direction étant éparpillées entre reste du PS, Verts, Génération.s etc.

    C’est là qu’un mouvement comme Place Publique peut entrer en scène.

    Je ne sais pas s’il réussira à fédérer les tendances de la gauche pro-européenne comme il s’en donne l’objectif. C’est certainement une tâche difficile, car à un moment ou à un autre les égos ou les différences de conceptions peuvent reprendre le dessus ! Ce qui me semble probable c’est que ce mouvement-là ou un autre y réussira forcément, et à assez court terme, parce que tout un ensemble de gens (plus ou moins un quart du pays ?) ont de quoi se sentir orphelins, ce qui crée une ouverture politique et une « place » à prendre, qui sera tôt ou tard remplie. Et j’imagine assez mal le PS y réussir…

    En ce qui concerne le salut de l’Humanité, je redis une nouvelle fois que le sujet de l’effondrement écologique en cours est beaucoup trop important pour qu’un seul pôle politique, un seul parti « s’y colle ». La prise de conscience de l’urgence, l’ardente obligation de définir et d’appliquer des solutions valent pour tous, pas seulement pour 1 / 4 des Français !

    Je pense que tous les lecteurs et contributeurs du blog de Paul Jorion – et je ne crois pas que tous se reconnaissent dans la gauche pro-européenne, même si c’est sans doute le groupe le plus important – peuvent utilement s’impliquer dans le parti et le pôle dans lequel ils se reconnaissent, quel qu’il soit, afin d’y faire progresser de l’intérieur la prise de conscience de l’urgence écologique, et sa traduction en propositions concrètes dans le programme de ce parti. De même que Paul Jorion s’implique et « mouille la chemise » dans la tentative qui lui semble la plus intéressante de rassembler le pôle dans lequel il se reconnait.

    Ce n’est que si la prise de conscience progresse partout sur l’échiquier politique – même si sans doute pas de la même façon – qu’on aura vraiment une chance d’ « y arriver ». Car les forces politiques, ça va ça vient, du pouvoir à l’opposition et retour… comment pourrait-il y avoir une politique de long terme si la moindre alternance politique défaisait ce que le gouvernement précédent a pu faire de bon ?

    Protéger l’avenir de nos enfants et petits-enfants est un impératif qui concerne les partisans de la gauche comme de la droite, de la Nation comme de l’Europe. C’est d’un intérêt supérieur que l’on parle, celui de l’Humanité.

    Supérieur à la gauche comme à la droite, à la Nation comme à l’Europe.

    1. Votre abord du ménage à 4 est tenable. Leurre-hope, I’euro-pe, l’heure-hop, c’est sympa la fraternité promise même limitée à la 1 continent, mais gauche (quels critères discriminants ?) ou pas, le corset des traités, qui font ciment démocratique, semble à la fois le mal mais de fait le seul remède par réécriture ambitieuse. Seul remède car le projet fraternel mondial des Internationales à échoué, le projet européen de conquête nazi d’un autre genre aussi, Napoléon idem. Cette ambition de réécriture à peu de soutiens et l’échelle du temps du négoce (voir la montagne du montage juridique du Brexit ou des traités ) est colossale. Pourtant dans l’urgence, l’histoire montre qu’on sait faire vite, sous la pression des événements. Quels événements seraient suffisants pour casser le statut quo, à l’échelle de chaque nation puisque ça reste une base construite, et pas en construction, ou d’une seule mais pilier de l’édifice actuel, pour faire passer les autres à l’urgence ?

      1. Arkao a mentionné un de ces élément plus haut.
        Il ne faut pas subir cette chute de la matière première, mais la devancer, c’est essentiel.

      2. Dans le monde de Trump ,l’urgence des autres se règlera sur les os du premier qui bouge qui n’est pas de taille continentale .

      3. Question intéressante ô combien, mais toute tentative de réponse ne peut être que spéculative.

        Je dirais que la stratégie de l’UE est celle du chêne, par référence à la fable de La Fontaine du chêne et du roseau. L’arbre est superbe et impressionnant de rigidité, mais pour cette raison même une tempête peut le renverser. Du coup, je ne suis pas sûr qu’une tempête puisse être assez forte pour le mettre en danger suffisamment afin de forcer une remise à plat de l’ensemble, sans être en même temps trop forte pour ne pas le déraciner définitivement. En d’autres termes, il est possible qu’il n’y ait que deux options : soit cette UE-là et pas une autre… soit pas d’UE du tout.

        Si on adopte un point de vue plus optimiste comme quoi une tempête « assez forte mais pas trop » serait seulement théoriquement possible, je dirais que l’évolution du conflit Gouvernement italien – Commission européenne pourrait ouvrir des possibilités. Je ne sais plus qui disait que l’euro est semblable à un tabouret à trois pieds, lesquels sont l’Allemagne, la France et l’Italie. Si l’un des pieds en venait à se faire la malle… le cadre UE actuel pourrait être difficile à maintenir en l’état. Il serait alors nécessaire soit de le revoir de fond en comble, soit de l’abandonner purement et simplement.

        Bien malin qui peut dire ce qui se passerait alors. Sachant qu’un seul pays ne suffirait pas pour décider d’une refonte – par exemple la France qui pendant encore trois ans et demi sera dirigée par l’équipe Macron, et la crise italienne sera probablement décidée dans un sens ou un autre dans cette période. Il y faudrait encore l’assentiment des autres pays. Il faudrait qu’aucun pays parmi les plus grands, et au pire pas plus qu’un tout petit nombre de pays plus petits, ne décide de jeter le manche après la cognée.

      4. @Jacquot :

        L’image du chêne et du roseau a l’avantage de la clarté , mais tel que vous l’évoquez , selon moi , ni le chêne comme il est et semble avoir de la peine à se changer ,ni surtout le roseau ne sont ou seront capables de résister à la tempête alimentée par des forces que les européens ne maîtrisent plus ou pas .

        Changer le chêne n’est pas exclus mais semble bien compromis . On n’a pas vu et on ne voit pas , sauf en Belgique , d’éruption « hors des clous » comme en France , qui puisse faire penser que d’autres de la famille aient envie de « bouger » , ou en tous cas pas comme ça . Ce sera un enseignement ( peut être le fond ) de l’élection de 2019 pourvu que les recompositions politiques , sur de nouveaux objectifs , s’opèrent dans ce délai maintenant assez court .

        Le vaillant petit roseau souple et malin , je n’y crois pas , car si c’est bien de résister au vent , il faut aussi avoir de la terre et de l’eau pour survivre plus qu’un an ou deux .

        Reste peut être , via une confédération , quelque chose qui pourrait être un rhizome, pomme de terre plutôt que roseau .

        Pour « résister » en attendant que les dieux souffleurs se soient épuisés et que , entre cata climatique et cata de son système économique et social , le monde ait trouvé les nouvelles clés pour résoudre ses impasses , le meilleur des cas étant que le mécano européen , même branlant et sans cesse retouché , y contribue .

        Un peu le sentiment que j’aurai rejoint le royaume des rhizomes avant ce nouvel horizon radieux qui peut tout aussi bien être le rideau final .

      5. Jacquot 1 DÉCEMBRE 2018 À 0 H 15 MIN
        Votre réponse spéculative confirme mes soupçons pessimistes, mais l’histoire accueille de l’impensé qui révèle après coup de l’impensable, donc à suivre…

  5. J’ai mis mon gilet jaune sur la vieille économie; son faux-nez, son bonnet d’âne, sa crasseuse arrogance, sa fin du monde en carton pâte, son retour au 18ème siècle, à la préhistoire. Au chantage à l’emploi et à la dette. Bien voyant le gilet jaune sur la honte.

      1. IL ne faisait pas très froid aujourd’hui, et le gilet jaune protège de la pluie.
        Et qui dit mieux, cela fait de jolies photos. 😉
        J’en ai fait quelques unes le long des quais de la Seine, où j’ai croisé une colonne de Gilets jaunes tout à fait pacifiques qui remontaient rive droite en directions du Châtelet et de l’Hôtel de Ville ; je ne sais pas s’ils ont atteint les Champs Elysées…

      2. Cool !
        Le premier G-J que j’ai mis c’était en tant que bénévole pour la manif climatique à Lyon.

        Sinon :
        Les banquiers sont très pacifistes quand il s’agit de nous piller par leurs paris, ils s’amusent bien.
        La révolution ne se fera pas un coup de sourires.

        Les puissants auront peur seulement quand les corps s’entre-choqueront.

        Ils regarderont de loin, en haut d’une tour à baie vitrée, le verre de ruinar à la main tremblotante et se diront :
        « Tu crois que c’est à cause de nous tout ces morts Jean Charles ? – Mais non Anne-Claude, le peuple est violent car il n’a pas les mots tout simplement ! Ohohohoh Quelle perspicacité mon JC » Puis finiront par s’empapaouter dans le sens inverse de ce que la nature a prévu 😀

        pétage de plomb du samedi soir désolé –__– »

  6. Bonjour à tous,
    Jaunissez sans moi.
    Non, je n’enfilerai pas mon gilet jaune. Dommage, jolie couleur.
    Non, les champs fluorescents de colza ou de moutarde en fleur ne me rendent pas allergique.
    Peut-être une question d’insensibilité aux pollens irritants…
    Aucune colère ne vient plus piquer mes narines
    Habituées sans doute à vos limousines Tdi et leurs particules fines .
    Par chez moi les limousines produisent surtout du lait
    Et, selon certains experts en pets, beaucoup trop de C02…
    Non conformes. Pas de filtre à l’échappement.
    Ne soyons donc pas des boeufs,
    Tournons le dos aux Tourne-dos, boutons les Rosbeefs hors de France ( d’ailleurs ils s’en vont déjà) !
    A la casse donc nos belles limousines !
    Mais alors, pourquoi pas les vôtres?
    Resterait donc la place publique, pour exprimer nos légitime colère
    Des colères encore inexplorées soudainement mises à jour
    Que l’on peut tester, toucher sur écran tactile made in China
    Amplifiées par des réseaux qui se qualifient eux même de « sociaux  »
    Alors qu’ils nous sont étranger autant socialement qu’ idéologiquement.
    Voici l’info interactive instantanée en accès gratuit grâce à la publicités!
    La révolte des vieux peuples qui aspirent à consommer encore et encore
    Sponsorisée par face-book et consorts.
    Cette colère sans idée d’avenir va maintenant s’éteindre
    Pour faire place à l’ habituel train-train de la soumission servile
    Et à une amertume fatale menant à un enfer encore plus profond.
    Reveillez-vous! Le malheur ne repose que sur vous seuls qui l’acceptez!
    Il ne fait même pas le bonheur de ceux qui vous l’infligent.
    Rompez cette dépendance coupable qui pousse chacun à chercher chez ses semblables
    La responsabilité de ce qui vous paralyse.
    Soyez responsables, cessez d’être consommateurs, soyez citoyens
    Tout les actes de vos vies peuvent être tournés dans un sens favorable à la survie de l’hummanité
    La seule cause de sa disparition , sera de ne pas y avoir cru assez fort pour oser agir dans le bon sens.
    Ceci n’est pas de la colère.
    A vous tous, Eric.

  7. Je suis allé voir sur le site de Place Publique.
    « Urgence écologique », d’accord.
    « Urgence sociale », d’accord.
    « Urgence démocratique », d’accord.
    Mais « urgence européenne », pas d’accord. Quand je lis une phrase telle que «  L’Europe est la bonne échelle d’action pour traiter des grands sujets où l’union fera la force », je me dis que nous sommes décidément bien mal barrés ! « L’Europe » est absolument incapable de faire entendre sa voix sur quelque sujet international que ce soit. Dans le concert des nations, elle n’a tout simplement pas de voix – même si elle fait très consciencieusement semblant d’en avoir une.
    Compter sur l’Europe pour parler et agir à notre place c’est organiser sciemment notre propre impuissance. En ayant, en cas d’échec, un coupable tout prêt, l’Europe…

  8. « Lui [ Raphaël Glucksmann ] qui fut tour à tour admirateur de M. Nicolas Sarkozy en 2008, animateur de la revue néoconservatrice Le Meilleur des mondes, conseiller du président géorgien néolibéral et atlantiste Mikheïl Saakachvili, lui qui admettait volontiers : « Ça ne m’a jamais fait vibrer de manifester pour les retraites » (M Le magazine du Monde, 22 mars 2014) et se déclarait au printemps 2017 « fier » de l’élection de M. Macron, revendique à présent Occupy Wall Street et dit « nous » quand il parle de la gauche.  »
    https://www.monde-diplomatique.fr/2018/12/RIMBERT/59364

    Quel revirement de la part de Raphaël Glucksmann dont cet été encore la compagne Léa Salamé faisait des ménages au MEDEF.
    Vous partagerez avec Hamon une partie des déçus du macronisme, qui d’autre ?
    Sans assise populaire vous ferez un score microscopique aux Européennes en êtes vous conscient.

    Ruffin c’est plus ma classe.

    1. J’aime beaucoup la conclusion :
      « Des « porteurs de causes » aussi frétillants que MM. Valéry Giscard d’Estaing, François Bayrou, Daniel Cohn-Bendit et Bernard-Henri Lévy ânonnent les éléments de ce credo depuis bientôt quatre décennies. Les papys du vide ont trouvé leur héritier. »

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