Réponse à « Y A-T-IL UN PUZZLE AVEC DES PIÈCES JAUNES ? PAR TIMIOTA »

Ouvert aux commentaires.

Je crains, Timiota, que votre notion de « dépercolation » ne propage un douloureux contresens.

De ce billet, je crois comprendre que votre « dé-percolation » résulterait d’une granulométrie trop grossière, parce que calibrée à la taille des Nations. Poussons la métaphore.

L’idée de Nation ne conceptualiserait donc plus qu’un amas de blocs erratiques, trop gros pour enrichir le flux de l’Histoire autrement que par l’abomination « nationaliste ». C’est-à-dire « chauvinisme, patriotisme, xénophobie ». Mais ne pouvons-nous être nationaux sans être ni nationalistes, ni chauvins, ni patriotards, ni xénophobes ?

Nous comprenons l’idée : le peuple serait trop nationaliste et trop peu ouvert au monde aux yeux de nos démocratures avérées, pour lesquelles l’avenir du genre humain serait à l’horizon d’un « droit planétaire » garanti par un gouvernement mondial. Il nous faudrait donc être « cosmopolites » ! Je crois ne pas me tromper en disant que le cosmopolitisme est né d’une façon d’occuper l’espace propre aux marchands. Ne vous semble-t-il pas que le néo-libéralisme transnational achève la prise du pouvoir des marchands sur le territoire des nations ? N’est-ce pas vrai, pour l’énergie hydraulique (allégorie oblige), Alstom et tout le reste. Le patrimoine des Grecs (dont les collections des musées) sert de collatéral — tangible — aux banques dont ils sont devenus la propriété ?

Heureusement, la langue distingue encore entre nationalisme et national, souverainisme et souveraineté. Qui ne veut pas être souverain : décider pour lui-même ?

Bien entendu, je vous l’accorderais bien volontiers, l’Euroasiatisme d’Alexandre Douguine s’oppose à l’idéologie marchande par trop de territorialité. L’accomplissement de cette idéologie figerait tout un continent dans sa dimension « archéoreligieuse », laquelle, symétriquement, bloquerait toute circulation d’idée. Le peuple russe assume son histoire, et l’histoire de la France est différente de celle de la Russie, dépecée il y a trente ans par l’alliance entre nos financiers rapaces, leurs mafias locales et les transfuges du KGB.

§
La vie douloureuse faite aux Français les a donc armés moralement. La petite classe moyenne française reprend ses marques et les Gilets jaunes choisissent d’emblée la bonne échelle pour agir sur les conditions qui leur sont faites.

Le peuple s’est reconnu à lui-même, rien n’effacera plus la conscience d’être méprisé comme nation par les encastés des grandes écoles. Face à ces pillards arrogants et médiocres n’ayant plus pour patrie que le flux de l’argent transnational occulte, les Français reprennent pied à partir des territoires des communes héritées de sa Révolution. L’imposture politique, de gauche comme de droite, tente de casser l’ossature physique de la Nation, appelle à « plus d’Europe », mais pour ne justifier que la razzia des privatisations. Les maires le savent, les énarques veulent gérer de plus gros paquets, pas pour faire des économies, puisqu’au final cela coûte encore plus cher, mais pour saboter l’ancrage territorial des résistances.

Ne voyez-vous pas Timiota qu’à l’inverse de votre préjugé, le  municipalisme est la mesure de leur action, le terrain concret sur lequel ils bâtissent de nouvelles formes d’organisation, de partage, de réciprocité et de gratuité, dont chaque nation, et l’humanité pour sa survie, ont urgemment besoin.

Certes il y a du chemin à parcourir, l’assemblée des assemblées de Commercy doit encore mûrir les pratiques qui lui permettront de gérer l’Assemblée nationale : c’est en route, et si la route leur est brutalement coupée, les Gilets jaunes prendront le maquis.
Et, puisque vous évoquez ce qui vous semble un spectre : « le “gaullisme social”, construit sur les ruines prochaines du wauquiezisme, dans le lointain sillage du séguinisme et du chevenementisme ». Qu’y aurait-il de si terrible à repartir d’une bifurcation manquée ? Mais voyons, une idée parmi d’autres, plutôt que de destituer Macron pour non-respect de la constitution, relançons le referendum sur la participation, lequel fut saboté autant par le PCF que par le MEDEF. La participation allait bien plus loin que le simple « intéressement aux bénéfices ».

Allez, assez écrit, c’est l’heure de la vidéo.

Philippe Seguin, discours à l’Assemblée Nationale 1992 (extrait)

Gabin dans Le Président, Henri Verneuil, 1961. Quand on lui demandait son appréciation sur Marlène, il laissait tomber : « elle cuisine très bien ».

[Timiota, que ceci reste entre-nous, et au prochain rond-point]

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35 réflexions sur « Réponse à « Y A-T-IL UN PUZZLE AVEC DES PIÈCES JAUNES ? PAR TIMIOTA » »

  1. « Mais ne pouvons-nous être nationaux sans être ni nationalistes, ni chauvins, ni patriotards, ni xénophobes ? » Pourquoi vous voulez absolument que la Nation soit un système fonctionnel éternel ? Il est tout à fait possible que les comportements ne soient pas nationaux et que pourtant seules les positions nationales ne soient possibles, parce que nous n’aurions pas d’autres outils de représentations, et, que cette prise de position nous pousse à être nationalistes, chauvins, patriotards et xénophobes. Je dirais que si nous sommes obligés de prendre une position dysfonctionnelle, a fortiori un certain extrémisme nous permet d’empêcher la convocation de la Raison ; l’exercice de le Raison ne fait que souligner les déséquilibres et nous met en face de tout un tas d’incertitudes désagréables.
    Il est possible d’accuser le diagnostic d’obsolescence de l’état-nation en utilisant des gros mots, ici le cosmopolitisme, d’autres auraient pu parler du Moyen-Âge et d’autres encore de tribalisme, pourquoi pas : puisque le futur est inconnu, renvoyer au supposé sauvage du passé ou aux impasses déjà écartées est pratique pour figer des certitudes qui n’en sont en fait déjà plus trop.
    En s’interdisant de questionner l’état-nation, nous nous interdisons surtout d’explorer les voies de sorties de l’industrie et du capitalisme qui partagent avec l’état-nation la même structure centralisée, verticale et descendante. Et ce qui se passe de nos jours c’est qu’à mesure que cette structure ne fonctionne plus (pour tout un tas de raison, mais notamment parce qu’elle est basée sur une absence concrète et matérielle de démocratie des moyens : techniques, organisationnels, de représentation symbolique) elle se rigidifie contre la pression de la réalité.
    J’ai l’impression que tout le travail de recherche de convergence et de mécanismes de coopération au sein de l’UE a justement été arrêté après la mise en place de l’Euro et la récupération de la gouvernance par les états-nation. Ce qui ne fonctionne plus dans l’UE ce sont les états membres justement, qui ne sont dimensionnés, organisés que pour se tirer dessus. Quand on parle de faire une « Europe politique » voire de faire une fiscalité européenne, chaque état comprend la chose à sa manière, relativement à sont histoire (sanglante la plupart du temps) de construction nationale, et chacun se sent intérieurement à partir en guerre contre son voisin pour lui imposer sa représentation. Si la seule manière de faire une paix durable en Europe c’est qu’un pays réussisse à écraser tous les autres pour imposer son système national, alors c’est mal barré.
    Il faut trouver des mécanismes de coopération qui permettent la subsidiarité, l’opportunisme et la réciprocité à toutes les échelles. Et si l’état-nation (avec l’industrie, avec le capitalisme) a rendu de grands services, force est de constater qu’il est désormais un frein pour nous organiser collectivement vers plus de liberté, d’égalité et de fraternité, tout simplement. Le sentiment de perte de souveraineté n’est pas le fait de l’UE, et on le voit aux US, au Canada, au Japon… c’est la démocratisation des moyens qui empêche une gouvernance centralisée, c’est le niveau de qualité atteint par nos organisations qui empêche une gouvernance de masse. De fait il nous faut trouver des moyens politiques à la mesure d’une relocalisation émergente que nous ne mesurons pas (et qui ne fait pas du tout système, dont on peut d’ailleurs douter dans le faits mais pas dans sa nécessité), et notamment en contradiction avec le modèle de l’industrie (qui est, en soi, une délocalisation, répondant en son temps à la crise d’un modèle économique territorial qu’il n’est pas nécessaire de reproduire pour autant).
    L’extrait du film avec Gabin nous brosse dans le sens du poil, nous fait croire que nous pourrions avec de la bonne volonté sauver notre système, que nous pourrions revenir au moment où capitalisme, industrie et état-nation faisaient indiscutablement système et où les dysfonctionnements ne sauraient être dus qu’à une corruption individuelle… dans les faits les bonnes intentions de ce genre peuvent très bien en temps de crise systémique nous faire choisir la voie du pire, nous faire préférer à la réalité des représentations anciennes que nous en avons. Potentiellement nous avons les moyens de destructions suffisant à l’échelle mondiale pour que le système de l’état-nation survive à l’humanité (plus exactement pour que nous ne nous voyons pas lui survivre)… je suis trop optimiste, je n’y crois pas trop et à l’inverse je crois encore au processus historique. Oui, si un gars arrive à faire de beaux discours et réussit à parler à tous comme ce Gabin (l’article de base parlait de Napoléon III, et Macron peut faire penser à Guizot), alors nous vivrons un bel épisode autoritaire qui nous permettra de plonger dans le chaos, comme avec la Guerre de Cent-Ans transposée à notre époque et nos moyens, et de celui-ci pourrait émerger de nouvelles organisations. Ce sont le plus souvent à partir des réorganisations militaires (bien en cours d’ailleurs, mais timides, heureusement) que diffusent les réorganisations de nos rapports aux contingences matérielles… si nous n’avons le choix qu’entre une guerre civile totale à l’échelle de l’UE et une guerre mondiale entre blocs continentaux (par exemple une sortie des US de l’OTAN pourrait cristalliser l’UE très brutalement), c’est moche. Faut-il se réjouir de résistances territoriales comme seule forces à opposer à des systèmes de domination par ailleurs assez traditionnels et bien inscrits dans les territoires ? Il faudrait réussir à trouver des luttes et des revendications qui ne soient pas forcément de l’ordre de l’écroulement de la complexité sociale et symbolique, et le municipalisme, et avec un fédéralisme de coopération plutôt que de force territorialiste, pourrait en être une forme ou une transition je ne sais pas. Ce n’est pas parce que certains profitent des confusions, sans y voir plus clair et de l’impossibilité temporaire de penser en dehors de la nation, qu’aucune transition n’est possible.
    D’ailleurs si les gilets jaunes parlent du territoire, ça ne veut pas dire qu’ils témoignent d’une relation traditionnelle au territoire ; la France des périphéries pourrait très bien découler d’une dynamique d’urbanisation de la campagne, avec diffusion de moyens de communication puissants et d’horizontalisation, y compris géographiquement. Les gilets jaunes ne demandent pas à ce qu’on les laisse tranquillement dans leur coin, à ce qu’ils ne soient pas touchés par une fiscalité qu’ils considèreraient comme étrangère. Je ne suis pas certain non plus qu’ils veuillent un fonctionnement identique partout, que toutes les campagnes et toutes les villes soient gérées par une seule et même politique ; j’ai même l’impression en fait que la « résistance » en question soit inverse dans les faits et dans les comportements. Je crois que la Nation, et la reverticalisation, c’est Macron, et c’est lui la « résistance » au peuple et au progrès… enfin c’est ma lecture.

  2. Ma retranscription :
    La France s’est réveillé en choisissant le jaune pour éclairer la très longue journée qui l’attend.
    Paris n’est plus française et c’est aux Français de réinventer la France.

  3. @arkao
    c’est Jean-Luce qui me répond. Je ne pense pas qu’il se cache, mais que PJ a du oublier l’autorat invité.

    Mon commentaire du commentaire :
    Je me suis rappelé du concept d' »internation » que Marcel Mauss a proposé pour dépasser celui de nation, et que Bernard Stiegler reprend volontiers (sans doute dans « Pharmacologie du Front National » mais aussi dans le dernier « Qu’entend-on par panser ? » aux LLL).
    Je pense qu’il y a du bon dans la proposition de du municipalisme, qui serait symétriquement de dépasser la nation « par l’échelon de petite échelle » (je ne vais pas dire « par le bas » !).
    En sortant du jacobinisme, les réseaux entre communes pourraient être bien plus fort et les pressions de gouvernance vers un système plus social s’y exprimeraient, on peut aller assez loin parce que tout le monde à un exemple sous la main, juste éviter le « syndrome du garage à vélo » ( Quand on fait la consultation publique pour la construction d’une centrale nucléaire, les gens ne disent trop rien qui change l’implantation des 99,5% de béton, mais ils ont tous leur avis et l’expriment sur le fait que le garage à vélo doit être placé pas en haut d’une côte, avec une possibilité d’abri, mais en vue quand même depuis l’intérieur, etc.)

    1. Paul n’a rien « oublié » ; au contraire, Paul, s’est tenu à mon injonction. : « Timiota, que ceci reste entre-nous, et au prochain rond-point] »

      Ceci étant posé, nous sommes tous dans une fichue mélasse !

  4. Faut pas trop charger leur barque, ni agir en passager clandestin. Suggérer? Oui, mais avec tact.
    Nous pouvons penser ce que nous voulons, l’exprimer et essayer de partager. Nous n’avons aucune compétence à s’instituer leur guide.

    Municipalisme? A ma sympathie, évidemment. C’est sans doute un pont trop loin, encore trop abstrait. Nous tous, les Gilets Jaunes en particulier, savons que sommes reliés au monde, bien au-delà du local.
    Se focaliser sur cet objectif, dévoreur de temps et d’énergie, serait une régression.
    Il est bon de rappeler que le Rojava tente d’instituer le municipalisme Bookchin-Ocalan. Le processus opère du haut vers le bas. Rien de spontané car les instances centrales sont puissantes, par nécessité. La répression extérieure et les dangers présentés par le voisin du nord expliquent beaucoup de cette solidarité, habituelle aux assiégés. Nous n’en sommes pas là.

    Douguine? Qui s’en soucie? Le nom, passe encore, mais sa pseudo-philosophie?

    Reste le plat de résistance: le référendum. Participatif, Initiative Citoyenne? Peu importe les mots pourvu que les délimitations de compétence ne soient pas restrictives. Un référendum respectant l’esprit de la DUDH et C semble parer à tous les risques. Appelons-le RIC. Il mérite tout notre soutien. Une nouvelle ère a partir de laquelle plus rien ne sera comme avant.

    Et c’est pourquoi nous ne sommes pas dans une fichue mélasse. Le maximalisme est dangereux. Beaucoup d’espoirs, pondérés et raisonnables, sont permis.

    1. A propos du RIC, « plat de résistance ». Je prends ce dernier terme dans son sens premier.
      L’introduction du RIC dans notre mode de gouvernement représentatif est l’introduction d’une dose de démocratie en cela que les représentants écrivent et votent les lois ce qui est le contraire de la démocratie et que le RIC institue au contraire que ce sont les citoyens qui écrivent et votent les lois ce qui est la démocratie.
      Le RIC n’a de raison d’être qu’au sein de gouvernements représentatifs.
      Si nous étions en démocratie la question d’introduire une dose de démocratie ne se poserait pas.
      C’est en ce sens que j’entends le « résistance » de « plat de résistance. »
      Quand à prôner « que les délimitations de compétence ne soient pas restrictives » et dans le même temps « Un référendum respectant l’esprit de la DUDH et C » me semble quelque peu contradictoire.
      L’institution de la démocratie, ou d’une dose de démocratie ne peut se concevoir sans l’institution de l’éducation et de l’information. Pour ce qui est de l’éducation je fais confiance à l’éducation nationale. Pour ce qui est de l’information tout est à revoir. Nous devons inventer un système qui garantisse non pas la liberté mais l’indépendance des médias et des journalistes. Il serait sans doute bon d’exproprier les neuf milliardaires qui perdent un pognon de dingue avec ces puits sans fond que sont leurs médias, d’en donner la propriété à leurs journalistes et employés, d’en interdire la cession à toute personne physique ou morale, et de garantir leur indépendance par un système prenant exemple sur celui qui nous permet d’avoir des juges indépendants.

      1. Vous soulevez un point important en instituant la DUDHC comme garde-fou. Celui de la sacralisation du droit de propriété. J’ai hésité à le mentionner pour cette raison et me suis résigné juste pour ne pas être trop répétitif ( « …RIC, encadré par la Constitution ( © Le Yéti) »).

        Le droit de propriété porte celui de l’abusus, comme soulevé par Paul. Ne pas le faire sauter est condamner le RIC à l’impuissance sur une grande étendue de ses applications potentielles.
        Observons que la propriété subit une certaine érosion dès lors que l’intérêt collectif est en jeu. On peut espérer une jurisprudence, d’abord plus affirmée, ensuite généralisée pour y remédier. Le temps, comme toujours…

  5. Il faudrait une analyse historique de ce qui a le mieux marché pour chaque pays en fonction des habitudes, aussi peut-être demander aux populations directement, et puis ces simples nuances constituant en partie l’ame des peuples devraient ensuite permettre de former un système fédéral.

  6. Il faudrait un souverainisme cosmopolitique, mais dira-t-on, c’est une contradiction dans les termes, dans la mesure où concept de souveraineté s’est imposé historiquement comme nécessité pour les sujets d’un royaume d’obtenir le droit de décider ensemble de la politique d’un pays en échange du renoncement à une part de leur liberté qu’impose la soumission à l’Etat protecteur contre le danger extérieur, autrement dit qui protège d’ennemis extérieurs potentiels. L’aporie se résout toutefois si l’on considère que gouvernement cosmopolite suppose une hostilité qui ne ressortit plus à une notion de ‘pays extérieurs’, mais à celle de danger global, qui concerne donc l’humanité dans sa totalité indivisible. Il s’agit encore d’une souveraineté dans un sens classique car pour se prémunir du péril global, climatique, écologique, atomique, il faut abandonner une partie de sa liberté, ce qui génère un devoir, ceci en échange d’une protection qui faisait défaut. Et cette protection elle-même se concrétise a par l’instauration d’un nouveau droit qui acte la nécessité de ne pas dépasser certaines limites, celles en l’occurrence au delà lesquelles la capacité de charge de notre Terre pour vivre, ne serait plus assurée. Nous rejoignons ici la notion d’Etat providence mais appliquée cette fois à l’échelle planétaire ce qui change beaucoup la perspective, essentiellement sur le fait que la mission guerrière de l’Etat comme défense d’une population contre une autre, désignée ou potentielle, n’a plus lieu d’être, puisque la mission qui incombe désormais au gouvernement de l’entité cosmopolite à constituer, c’est de se sauver d’elle-même. Ici nous retrouvons au passage la nécessité d’une nouvelle constitution pour l’économie qui met hors la loi le principe qui prévalait jusqu’ici, celui de la concurrence des des Etats-nations entre eux, que seules les organisations inter-nationales venaient modérer, quand elles n’en se faisaient pas le relais, qu’on songe au rôle du FMI, de l’OMC comme chiens de garde du capitalisme mondialisé.

    Mais le rêve de Kant n’a pas été réalisé, et pourtant il le faudrait. Donc en attendant que l’humanité prenne conscience pleinement de son unité, pas seulement comme ensemble d’êtres humains à la surface de la Terre, mais avant tout comme unité cosmopolitique, il y a peut-être des chemins de traverse.

    Ainsi il faut parfois prendre appui sur la souveraineté nationale dès lors qu’un pays offre un mieux-disant social quand à l’échelon supérieur, ici l’Union, certains traités commerciaux, nous l’interdisent, et inversement prendre appui sur ce que l’échelon supérieur a de plus social pour faire évoluer son propre pays. IL n’y a donc pas à opposer Nation et Union, jeter l’un avec l’eau du bain.
    Les pertes de souveraineté sont donc ainsi des bienfaits lorsqu’un plus grand nombre de pays adopte ce qu’il y a de mieux, pour le social et l’écologie, dans un pays, et au contraire elles sont un mal lorsque l’entité supérieure impose un moins-disant social. Il me semble qu’on en est là.
    La difficulté du moment c’est que ni les Etats ni l’Union n’offrent une réelle souveraineté aux citoyens des entités respectives. D’aucuns par inclination préfèreront mettre l’accent sur la supériorité de tel ou tel échelon, national ou européen, voire mondial, mais c’est avant tout une affaire d’appréciation personnelle, de rapport à l’histoire, car il n’est pas possible de rationaliser la pragmatique qui nous mènera au bout du chemin au cosmopolitisme souverain. Entre les différents échelons, municipal, régional, national, européen, mondial, il n’y a pas de parcours obligé pour modifier l’un d’entre eux si l’on considère que la politique ne se résume pas au seul jeu institutionnel. Les institutions ont leur légitimité, elles sont les gages d’une certaine stabilité, elles sont des lieux de régulation, mais elle ne sont pas infaillibles, et ce qui même les a vues se constituer, ce sont d’âpres luttes, des combats acharnés ont parfois été nécessaires pour arracher aux veilles institutions des droits nouveaux, et parfois même il fallut en créer de nouvelles.

    AInsi, s’agissant des Gilets jaunes, puisque c’est notre actualité, je ne vois pas en quoi leur action au niveau local municipal et national, péri-urbain mais aussi urbain avec les rendez-vous hebdomadaires les samedi, devrait n’avoir aucune conséquence aux différents échelons en termes de rapport de force et d’évolution des discours.

    Le constat que dresse le mouvement social et politique des Gilets jaunes c’est que de souveraineté il y en a bien peu, à aucun des niveaux, et ce encore moins s’agissant de décider sur les enjeux majeurs, dont un, le partage de richesses. L’avantage tout de même de viser d’emblée l’échelon souverain supérieur c’est que d’emblée on vise un cadre commun pour l’humanité, encore faut-il que soient débattus en priorité les sujets les plus urgents, ce qui n’est pas le cas. A chaque échelon tout semble fait pour que l’on ne discute que de l’accessoire. Il en résulte, pratiquement, qu’aucun échelon ne doit être négligé dans l’action des citoyens pour faire évoluer l’ensemble dans la bonne direction.
    Or les Gilets jaunes en agissant localement, oblige le pouvoir en place à se re-positionner. Il est faux de dire que les revendications partent dans tous les sens, qu’il n’y a pas de fond tangible sur quoi s’appuyer pour mener d’autres batailles, plus décisives encore. Les revendications se ramènent en réalité à l’exigence de faire reculer la misère, de partager les richesses, à exiger plus de démocratie parce que l’urgence justement n’attend pas. Autant dire que l’impatience des Gilets jaunes est juste, avons-nous encore beaucoup de temps pour faire face aux périls vitaux ? Les Gilets jaunes nous montrent la voie. Nous ne sommes impuissants, faibles, que de notre hésitation à ne pas nous joindre à eux, non pas pour tout accepter, mais au moins être à leurs cotés, car plus nous seront nombreux, plus ce mouvement portera loin ses revendications.

  7. Merci pour le discours de Seguin. Il voyait juste, son discours n’a pas pris une ride.

    Soit nous donnons à nos mots leur sens, à commencer par nation, souveraineté, politique, loi, soit nous nous abandonnons à la novlangue façon 1984 et donc au règne de l’argent et de la force. C’est malheureusement sur cette voie-ci que la « construction européenne » nous entraîne depuis 1992.

  8. Merci JL Morlie pour les vidéos, de bons souvenirs…Le charme de Gabin ne nuit pas au discours de Seguin, un des prophètes de l’impasse de Maastrich, et vous réchauffez le plat de la « troisième voie », des ni-ni, façon De Gaulle en janvier1948 : « L’association, qu’est-ce à dire ? D’abord, ceci que, dans un même groupe d’entreprises, tous ceux qui en font partie, les chefs, les cadres, les ouvriers, fixeraient ensemble, entre égaux, avec arbitrage organisé, les conditions de leur travail, notamment les rémunérations. Et ils les fixeraient de telle sorte que tous, depuis le patron ou le directeur, jusqu’au manœuvre inclus, recevraient, de par la loi et suivant l’échelle hiérarchique, une rémunération proportionnée au rendement global de l’entreprise. C’est alors que les éléments d’ordre moral qui font l’honneur d’un métier; autorité pour ceux qui dirigent, goût du travail bien fait pour les ouvriers, capacité professionnelle pour tous, prendraient toute leur importance, puisqu’ils commanderaient le rendement, c’est-à-dire le bénéfice commun. C’est alors qu’on verrait naître, à l’intérieur des professions, une autre psychologie que celle de l’exploitation des uns par les autres ou bien celle de la lutte des classes ».

    La fraternité associative dans l’entreprise, sûr mieux que la tyrannie contemporaine : De Gaulle précise en août 48 : « Ni le vieux libéralisme, ni le communisme écrasant. Autre chose. Quoi ? Et bien, quelque chose de simple, de digne et de pratique, qui est l’association. C’est une vieille idée française; elle fut bien souvent dans notre histoire économique mise en valeur. Elle le fut en particulier par ces hommes généreux, pas toujours très pratiques, mais de bonne volonté et de valeur qui, vers les années 1835, 40, 48, et après, avaient suscité ce que l’on appelait alors le socialisme français, qui n’a aucun rapport avec la SFIO d’aujourd’hui ».

    Déjà en 1948, De Gaulle pointait l’écart entre le « socialisme français » et la SFIO disparue en 1969 avec ses 5% quand le PCF en faisait 23. Je vais vite…

    La grandeur de la France pour un De Gaulle âgé de 24 ans en 1914 avait quelque consistance, rétrécie depuis. La dissolution de l’URSS fait perdre la création de « troisième voie » comme de « tiers monde ». « De l’atlantique à l’Oural » a eu autant d’effet que l’offre de Poutine 2010 d’un marché commun de Lisbonne à Vladivostok. L’Eurasie avec ou sans Dougine n’a pas le poids de l’histoire de la construction des Nations mais vu de Novossibirsk au premier regard, ça se défend.
    Le charme de vieux fantasmes n’opère pas sur des objets disparus.
    « Merci pour ce moment » gilets jaunes.

    1. « et vous réchauffez le plat de la « troisième voie »

      C’est vrai, la participation est un vieux machin. Dans sa forme « pure », la participation gaullienne aboutissait à faire passer, en 25 ans, la propriété de l’entreprise aux travailleurs. C’est pourquoi personne n’en voulait, car à quoi bon dès lors des syndicats.

      L’autre volet était la participation à la gestion et aux décisions, dans l’entreprise, mais aussi institutionnalisée aux différents échelons territoriaux.
      Depuis De Gaulle, tous les Présidents, y compris, Macron, continuent de faire référence à la participation, mais pour en dévoyer le concept. Curieusement, cette ambivalence fauchetonnne à doté la France de pas mal d’outils de participation déjà institutionnalisés, mais bien sûr, ignorés,sous-employés et dévoyés. Certes d’autres doivent être encore être inventés rodés et institutionnalisé, cela prendra du temps.

      Les borgnes qui nous gouvernent depuis un demi-siècle, nous laisse devant un jeu de cubes en phase d’effondrement, pour reconstruire, commençons par examiner chacun des cubes dont nous disposons déjà (1), s’est sans doute l’un des terrains d’action des assemblées, et de l’assemblée des assemblées
      (1)voir par exemple, « La région de De Gaulle à nos jours » Léo Hamon).

      §

      Les deux vidéos, faisaient effectivement fonction de jambon beurre, et pour donne l’ambiance rond-point.
      Alors accessoirement, la vielle idée intello, « allez-y les Gilets cassez le système »; pas de problème, c’est faire place aux nouveaux Robespierre et Danton ! Espérons que quelques intellectuels, autant paupérisés que désintéressés, mettront un gilet jaune pour éclairer les cubes qui nous restent.

      1. Merci pour l’aspect historique. J’ignorais que des restes subsistaient encore, bien que passés sous le tapis.

        La fin de votre texte est trop désenchanté. Bien évidemment, tout peu foirer ou aboutir à toujours plus du même afin que rien ne change. La droite est en embuscade, prêt à enfourcher leur monture. Le pouvoir désemparé parie sur leur découragement. Vous n’allez pas tomber dans ce piège?

        Il semble que des intellectuels -vous en êtes- ne parviennent pas à faire leur deuil de cette vérité: les Gilets Jaunes ont pris l’initiative sans vous et ne vous ont rien demandé. J’ajoute, de par ma courte expérience, qu’ils n’ont pas besoin de vous. Vous n’existez pas à leurs yeux.

        Je plaide pour que nous leur fassions confiance. Ce ne sont pas des têtes brûlées. Ils sont d’âge mûr, ont vécu une vie difficile, pleines d’obstacles, pour la plupart. Une femme m’a dit: ‘ nos vies sont cabossées. Je ne veut pas que mes enfants aient la même’. Et cependant, ils ont de la générosité et sont ouverts à autrui. Parions sur leur maturité.

        Haut les cœurs, avec eux. C’est une humanité souffrante qui s’insurge.

      2. Je pense que la question n’est plus de soutenir ou de ne pas soutenir intellectuellement parlant.
        Ce mouvement « est », c’est tout. Il nous déroute, nous inquiète ou nous enchante. L’Histoire se déroule sous nos yeux.
        La vrai question est celle de l’action, y participer ou pas et ne regarde que chaque individu en son âme et conscience.

      3. jean-luce morlie 6 février 2019 à 18 h 14 min

        « la participation gaullienne aboutissait à faire passer, en 25 ans, la propriété de l’entreprise aux travailleurs. C’est pourquoi personne n’en voulait, car à quoi bon dès lors des syndicats ».

        Je veux bien un lien Internet où ces 25 ans apparaissent…

        Godin c’était sympa, mais privilégié surfant sur le charbon comme Google surfe sur le numérique. Mais je ne comprends toujours pas le pourquoi de cette affaire de propriété privée de l’entreprise à ses travailleurs.

        Le dirigeant dirige dans une direction, il mène les suiveurs. Et de ce point de vue, c’est pareil chez les gilets jaunes, quelques têtes émergent, et les abonnées faceBook suivent ou pas. L’étincelle du gasoil a flambé sur des poches asséchées. Mais 39 000.000 de véhicules, ça devrait être 39 millions gilets jaunes…Rassurez-vous le Boulo, c’est quand même un intellectuel, il abat du boulot, les têtes plus tard sans doute.

      4. « y participer ou pas »

        Répondre à une invitation, c’est participer, ne pas répondre c’est malpoli.
        Boycotter c’est de l’opposition.

        Quand même prendre un peu de temps pour s’exprimer en ligne au moins sur le vrai débat, c’est comme à la Foir’fouille, on y trouve son bonheur, pour acheter faut juste cliquer sur l’objet désiré.
        Ça ne garantit que vous serez livré, mais au moins le fournisseur sera averti du profil de l’objet chéri, ric et raque.

      5. @Rosebud

        M. Loichot, Contribution à l’approche d’une doctrine pancapitaliste. Paris, Laffont, 1966.

        J’avoue n’avoir pas vérifié les calculs de Loichot, mais comme à l’époque les gens étaient sérieux, j’ai fait confiance (il est vrai que j’ai été un peu vite, en 25 ans ils avaient la majorité, et disons qu’il en fallait cinquante pour empaqueter).

      6. Daniel,

        Ne croyez-vous pas qu’il serait utile de préparer l’organisation de débats permettant de construire les conditions de l efficacité des RiC, c’est-à-dire par exemple d’éviter la polarisation par la présentation de choix binaire (1), ou inversement de tomber dans le paradoxe de Condorcet.
        Il me semble que la procédure du RIC demande la mise en place d‘un vaste mouvement d’auto-formation populaire permettant t de construire, démocratiquement, la réflexion préalable à l’énoncé des questions, en parallèle avec le choix des moyens de leur réalisation.

        Par exemple, pour faire le choix de l’interdiction de la spéculation, il serait nécessaire de revenir sur l’abrogation de la loi sur l’exception de jeu. Laquelle devrait, après un apport des médias quant aux données de base, être discuté dans les assemblées, puis dans l’assemblée des assemblées et ainsi jusqu’à, via referendum, l’Assemblée Nationale pour les arrêtés d’exécution, etc..

        (1)Il ne suffit pas de poser la question : êtes vous pour ou contre un « service citoyen européen » pour apporter un début de solution à la fracture sociale., alors que parallèlement, les conditions effective de renforcement des inégalités par le service citoyen européen ne serait pas prises en compte).

      7. @jlm (07/02 à 1h11) demande :
        … » Ne croyez-vous pas qu’il serait utile de préparer l’organisation de débats permettant de construire les conditions de l efficacité des RiC…  » ?
        Visiblement « on » ne nous/vous a pas attendu…par exemple https://www.youtube.com/watch?v=fTeYdJrsg6Q
        = conférence sur le R.I.C – 2h10mn – Enregistré le 23 déc 2018 par les gilets jaune à Vidauban (Var)…
        Impossible de contourner , sur ce sujet, certaines personnalités considérées comme très dérangeantes…mais bénéficiant d’un taux d’écoute populaire incontestable.
        Bien entendu on peut aussi se greffer sur « le vrai débat »…https://le-vrai-debat.fr/ voire https://le-vrai-debat.fr/project/economie-finances-travail-compte-public/consultation/consultation-6/types/economie-finances-travail-compte-public/page/284 pour en influencer le contenu…
        De toute façon le train est parti à l’heure. Nous, nous sommes en retard (sur ce sujet).

      8. @Otromeros

        Le blog de Paul Jorion connaît Étienne Chouard.

        Réfléchissons, la société Cap Collectif fourni le même logiciel , pour le « Grand Débat » le « Vrai Débat » et la consultation de « Place Publique. »

        Le vrai Débat nous invite à émettre des propositions dans 8 domaines.

        Par exemple, pour le thème économie, il y en a déjà 13.641, mais voilà lorsque vous devez voter pour l’un ou l’autre il vous faudrait lire et choisir entre les 13.641 propositions. De plus s’il est possible de les ordonner, par datte par vote ou nombre de commentaires, il n’y a aucun moteur de recherche qui vous permette d’affiner la liste vers préoccupation, taxe, 36 h, etc.

        expression, etc/ 12.202
        sport etc/1.996
        éducations/4.531
        economie/13.641
        santé outre mer/4.496
        justice/3.202
        ecologie/5.149
        démocratie/11.659

        il semble donc au-delà du simple vote pour ou contre l’une de ces propositions par que l’agrégation de ces préférences individuelles en un choix collectif sera un processus complexe

        je cite Cap Collectif :

        « Alors que le gouvernement mobilise plusieurs millions d’euros d’argent public pour organiser son « Grand Débat » faussé, nous n’avons que notre volonté et notre énergie pour vous proposer le Vrai Débat que chacun attend.
        Nous avons aussi besoin de compétences en matière de communication, d’animation de réunions, de financement et pour analyser les contributions. Notre démarche est totalement ouverte donc n’hésitez pas à nous contacter à l’adresse suivante :
        https://le-vrai-debat.fr/pages/processus »

        Manifestement, ne croyez-vous pas que nous avons encore du chemin à parcourir avant que de nous construire une culture des pratiques de la démocratie participative et délibérative.

        Plus loin, il semble évident que les outils informatiques propres à ces nouvelles formes d’expression démocratiques devront être construits sur le modèle du logiciel libre, ce qui n’est pas encore le cas, pour Cap Collectif.

      9. jean-luce morlie 6 février 2019 à 23 h 55 min

        J’ai effectivement trouvé un article de 2016 de Nicolas Aubert « participation des salariés : Une expression du don dans les organisations » rapportant que :

        « les plus ardents défenseurs de la participation au sein de la famille gaulliste s’enthousiasmèrent à la lecture de l’ouvrage de Marcel Loichot(1966) intitulé: «le pancapitalisme» dont ils pensaient qu’il comblait le manque de doctrine politique. Le pancapitalisme proposait que tous les travailleurs deviennent des capitalistes en recevant une partie de l’accroissement de la richesse de leur entreprise sous la forme d’actions. Godfrain (2000) pense qu’une telle réforme aurait permis aux salariés de devenir mécaniquement majoritaires au capital de leur entreprise en vingt ans du fait de la croissance économique de l’époque. Participation financière et participation à la gestion s’en seraient ainsi trouvées réconciliées. Chatriot(2012) rappelle que ces propositions rencontrèrent une vive opposition de la part du patronat et des syndicats qui toléraient la participation aux bénéfices mais pas la participation à la gestion. Il s’avéra que le pancapitalisme ne fondait pas une théorie de la participation mais proposait des recettes pour mettre en œuvre la participation. Le projet gaullien ne réalisa donc pas ses ambitions et se cantonna finalement à la participation aux bénéfices ».

        Exit la 3ème voie, de réconcilier les objectifs de l’actionnaire avec ceux du manager et du salarié.
        L’harmonie universelle : Caramba, encore raté !

      10. Le propre d’un débat ( écrit , ce qui est déjà une restriction partielle , car ça réduit la capacité de réactivité , tout en obligeant par contre à un effort nécessaire de concentration et de hiérarchisation des idées ) ouvert et le plus honnête possible , est d’être confié à une entité neutre payée par le contribuable qui affiche sa méthode ,ses outils , ses contrôles , ses modes de rendus quantitatifs ET qualitatifs .

        Ça n’est plus tout à fait le cas côté gouvernement avec la position en touche de la CNDP .

        Ça n’est surement pas le cas avec le « vrai » débat , car je n’ai jamais vu qu’on confiait l’arbitrage d’une partie à un joueur d’une des équipes qui se confrontent sur le terrain .

        Ces « deux » débats ne seraient concluant que s’ils racontaient in fine la même chose en conclusions ( ce qui serait normal d’ailleurs , puisque qu’il s’agit nous dit on de « débat national » ). On peut prévoir que ça ne sera pas le cas , et c’est peut être le but recherché par ce « contrefeu » .

        Au doigt mouillé , je regarderai néanmoins avec plus de considération prudente , davantage ce qui a pu se raconter dans le débat national gouvernemental , dans la mesure où l’étendue territoriale , l’implication physique de nombreux acteurs publics ( maires en particulier ).. me donnent plus de garanties de pluralité de regards et de « témoins de moralité » qu’un outil sous maitrise d’ouvrage partisane .

        Mais au final , le débat sera lancé et j’espère bien qu’il se poursuivra sous des formes plus interactives , documentées et banalisées dans toutes formes de réunions de concertation , de participation , de négociation , de réalisation , d’information …( toutes formes différentes de réunion par les rôles , droits , devoirs et responsabilités donnés ou pas aux participants ) qui font une vie démocratique selon la définition prêtée à Paul Ricoeur ( ce qui devrait rapprocher Emmanuel Macron et Franck Lepage , si c’est possible !!!).

        Mais Jean Luce Morlie a raison , il y a encore des décennies de boulot en France pour faire du débat autre chose que le désir de tuer l’adversaire (et la démocratie par la même occasion ) .

        Forger une solution plutôt que viser la « victoire » de sa propre solution a priori , par exemple .

        Il y a eu ici , s’agissant de seuls débats en vue d’une décision , une intéressante piste évoquée par un commentateur à propos des conventions citoyennes telles qu’imaginées par Jacques Testard .

        La démocratie ,ça s’apprend , et comme le disait Lepage déjà cité : la démocratie , c’est chiant et ça prend du temps , c’est le fascisme qui est naturel et rapide .

      11. @jean-luce morlie (7/2 à 11h39)
        Merci pour votre réponse argumentée. Je marque globalement mon accord sur son contenu. Il n’empêche, si on s’intéresse au (projet de) processus du « LVD », on peut lire :
         »  »  » 2. Synthèse des revendications – du 4 au 17 mars 2019
        Toutes les propositions seront lues et classées dans une synthèse qui permettra de restituer fidèlement et de façon traçable la diversité des propositions exprimées sur tous les thèmes mis en débat.
        Pour ce faire, nous faisons appel à des ressources professionnelles extérieures.
        Nous souhaitons solliciter les laboratoires travaillant sur la lexicométrie via des outils informatiques puissants, des chercheurs en analyse argumentative et tous autres professionnels de l’analyse de données.
        Nous sommes pragmatiques et nous n’avons pas de moyens financiers à l’heure du lancement de la VRAIE consultation. Sans ces ressources extérieures expérimentées, il nous sera complexe de proposer une synthèse digne de ce nom.
        Nous invitons ces chercheurs à prendre contact directement avec l’équipe de pilotage du processus à l’adresse :
        lien de contact à venir

        3. Solutions coconstruites via des Conférences Citoyennes délibératives – 18 au 24 mars
        Afin de construire et de hiérarchiser des propositions opérationnelles sur la base de la synthèse (phase 2), des conférences citoyennes délibératives devront être organisées.
        Par pragmatisme, nous avons décidé d’organiser ces conférences sur 9 grandes villes afin de couvrir une part importante du territoire. Ainsi, nous pourrons faire participer un maximum de citoyens, sans que trop de frais ne soient engagés. Les participants aux Conférences Citoyennes seront tirés au sort parmi les inscrits, sur cette plateforme, qui se seront portés volontaires.
        Pour cette phase, nous recrutons 1 équipe de Gilets Jaunes par ville pour organiser la logistique, animer ces assemblées et restituer les solutions co-construites dans les délais impartis
        .  »  »  »

        Il y a là comme un embryon, délicat sans doute, …qui me plait! C’est à ce stade que la proposition (appelons-la « P.J. ») que vous rappelez : « …faire le choix de l’interdiction de la spéculation… » , supposons-la formulée dans la base de données, devrait être soutenue (en vue d’apparaître dans le menu des discussions publiques), car agrégeant de nombreuses sous-rubriques vraisemblablement suggérées car formulées sous des formes simples à comprendre.
        Comme me disait un ami parfait anglophone : « White end sea » …

        @Juannessy (7/2 à 15h23)
        J’ai commencé à lire attentivement votre commentaire et j’ai failli m’arrêter après les cinq premiers paragraphes… Que dire? A part vous offrir un abonnement à Médiapart… °(^!^)°… [[ par ex.: https://www.mediapart.fr/journal/france/020219/sous-le-grand-debat-la-manipulation-macron ou, pas si idiot que ça n’en a l’air : https://www.mediapart.fr/journal/france/070219/le-grand-debat-pourrait-justifier-un-budget-dausterite?onglet=full ]]
        Bienheureux d’avoir continué jusqu’à l’endroit où je puis vous rejoindre…  » Mais au final , le débat sera lancé et j’espère bien qu’il se poursuivra sous des formes plus interactives , documentées et banalisées dans toutes formes de réunions de concertation , de participation , de négociation , de réalisation , d’information …( toutes formes différentes de réunion par les rôles , droits , devoirs et responsabilités donnés ou pas aux participants ) qui font une vie démocratique … (…) … La démocratie ,ça s’apprend , et comme le disait Lepage déjà cité : la démocratie , c’est chiant et ça prend du temps , c’est le fascisme qui est naturel et rapide .  »

        @@au deux
        Reste ABSOLUMENT à injecter le sujet de l’interdiction de la spéculation dans le débat sur les européennes (rêvons..ou dans un RIC..)… via la fameuse Place Publique de notre hôte…

      12. @Otromeros :

        Je n’ai pas besoin de rails ( de mediapart ou autre ) pour avoir mon appréciation , et mon commentaire reste inchangé .

        Je lis , j’entends , je vois , et parfois je sais assez de chose , pour me faire ma propre opinion .

        Quand je participe à un débat , je ne manipule ni n’injecte . Je suggère et j’attends qu’on me réponde . Il m’arrive alors de changer de suggestion .

        Débattre , ça n’est pas vacciner .

        Question de …tempérament ( ou tout bêtement d’honnêteté ) , mais surtout , à l’expérience, de volonté de bien faire .

        Et ça je n’en débats plus . Et je crois même que je n’en ai jamais débattu .

        ABSOLUMENT .

      13. Otromeros 7 février 2019 à 16 h 45 min

        Ces deux débats ouverts en ligne, et Paul Jorion restant belge, j’avais imaginé qu’au moins un ABPJ par exemple Dominique Temple (s’il est français) avec son « nous voulons » mouille la chemise.
        Je viens de recevoir un email de la FI que j’ai financé en 2017 pour me demander un nouveau soutien. Ils écrivent « Le programme l’Avenir en commun a pu être diffusé largement et aujourd’hui, on retrouve certaines des idées qu’il porte, dans les revendications des Gilets Jaunes…! » : Je n’en doute pas.
        Si P.J. est latent dans certaines propositions l’avenir en commun (lui, l’a dit !) logiquement, PJ est latent dans les mêmes, reprises par certains GJ.
        Diffuser, injecter bien sûr ! Il suffit d’un pour que d’autres s’y agglutinent ensuite…

        https://le-vrai-debat.fr/consultations/economie-finances-travail-compte-public/consultation/consultation-6/opinions/economie-finances-travail-compte-public/restaurer-les-lois-de-1885-interdisant-la-speculation-en-france-les-paris-sur-la-fluctuation-des-valeurs-mobilieres

        6 votants 1 contre, aucun débat, mais Paul Jorion est cité comme référence !
        Qui s’y colle pour jouer le pour, qui s’y colle pour jouer le contre ?

    2. jean-luce morlie 7 février 2019 à 11 h 39 min

      Plat du jour, menu, ou à la carte. D’expérience j’ai remarqué que certains quasi systématiquement demandaient soit parfois au serveur s’il ne serait pas possible de faire une exception imprévue aux options proposées, soit très souvent de panacher des options…Ce sont toujours les mêmes…jamais comblés par l’offre. (J’en connais une comme ça depuis 40 ans… !).
      Il y a aussi les débats pour décider d’ouvrir ou pas un débat. Etc.

  9. Changeons d’air.
    Un voyage à l’île Manus. Mer du Sud, cocotiers agitant mollement leur palme aux alizés, plages interminables. Un paradis ? Juste un petit, petit enfer créé par les hommes.

    https://anfenglishmobile.com/culture/kurdish-asylum-seeker-wins-australia-s-richest-literary-prize-32615
    Origine le Gardian.

    En Iran, les prisons sont des mouroirs à Kurdes. La Justice iranienne pend des Kurdes assez régulièrement.
    Et régulièrement les gardiens de la révolution tuent des Kolbers ou Kolbars à la frontière entre l’Irak et l’Iran.

    Kolbers ?
    https://www.youtube.com/watch?v=Qtq4TNjPm3E
    La vidéo est longue, 13mn34s. Aller directement à 6mn45s à partir du début.

    Depuis 2 ans de crise économique en Iran et Irak, le nombre de Kolbers a doublé, 60000, chiffre approximatif.

  10. @ Juan. So long

    « Ces « deux » débats ne seraient concluant que s’ils racontaient in fine la même chose en conclusion »

    C’est impossible par construction. Celui du gouvernement, de par ses contraintes, est un piège – à cons? pas tout à fait- mais un piège à niais politique, le degré zéro de la chose.

    D’ailleurs, je ne comprends pas votre raisonnement. Vous commencez par dire que les 2 sont viciés par principe: une des parties est juge. C’est très bien vu. C’est à mon sens suffisant pour s’abstenir de tout espoir subséquent, ne croyez-vous pas? Ne parlons donc pas de votre improbable supposition d’une convergence…

    Reste que JLM a raison, à mon avis. Le foisonnement des souhaits ou projets rend un travail d’éclaircissement absolument nécessaire. Son usine à gaz d’assemblée d’assemblées ne m’inspire pas mais je n’ai pas de propositions. Comme souvent, il va falloir apprendre à marcher en marchant. Et c’est précisément sur ce point que je leur fait confiance.

    Il est bien entendu que je fais confiance à leur honnêteté, ou leur rectitude, dans la gestion de leur version du logiciel et pas au gouvernement, pour le leur ou toute autre chose, on l’aura compris.
    Là aussi JLM pointe juste avec un logiciel libre, souhaitable. Je ne crois cependant pas que la technologie soit une panacée, surtout dans le domaine employant internet. Facebouque devrait nous avoir vacciné définitivement.

    1. Merci pour le « so long « .

      Je ne crois pas non plus ( ie , je suis convaincu du contraire ) qu’une politique nationale puisse se définir de façon opérationnelle et sectorielle à partir de ce qui est abusivement présenté comme un « débat » ( qui que ce soit qui l’organise CNDP comprise ).

      Les …recueils d’informations en cours ( qui que ce soit qui les organise ) , pourvu qu’ils ne soient pas totalement pipées ( et à mon avis selon mes propres expériences , à cette échelle , ça ne peut être complètement possible sans que ça se voit ), présentent cependant l’immense avantage d’être une mise de thermomètres dans une masse d’éprouvettes .

      Le risque ( pour qui que ce soit ) est que la masse d’informations synthétiques soient inutilisables si elles sont contradictoires entre elles( c’est pas exclus ) ou difficiles à indexer et peser qualitativement . Sur cet aspect , la CNDP me paraissait beaucoup mieux armée que quiconque pour faire le job , et pour ne pas faire dire aux données ce qu’elles ne pourraient pas dire .C’est foutu , et il faudra donc se faire une opinion à l’aune des a priori de chacun . Dommage , mais parler n’est jamais totalement perdu .

      De façon plus politique , je me suis déjà insurgé sans hésitation ( dès le billet sur l’utopie réaliste ) , contre une démocratie aux apparences directes via des clicks de masse . La démocratie , ça se fait par le débat entre quatre
      ( ou plus ) yeux , avec des êtres de chair et de sang , qui font des erreurs , qui le reconnaissent , qui changent d’avis et …progressent .

      C’est tout le sujet des « intermédiaires »( parlementaires , élus , syndicats , associations , ONG …) , de leurs pouvoirs , de leur responsabilité , actuellement catastrophiquement shuntés , sans doute parce que leur rôle dans la vie de la nation a besoin d’être repensé en même temps que la place de la nation .

      Et la place de la nation est en train de tendre vers zéro , en ce qu’elle n’est plus la bonne réponse possible aux contraintes et enjeux mondiaux . En forçant à peine le trait , je dirais qu’on saura à quoi peuvent servir utilement un parlementaire et un élu français ( dont son président ) , quand on saura comment la nation française fait partie d’un ensemble confédéral plus vaste qui est la seule échelle pour répondre vraiment aux contraintes et enjeux mondiaux .

      Ce n’est pas de nos intermédiaires que nous souffrons , c’est du champ d’action réel qu’ils peuvent investir vraiment dans la mécanique mondiale .

      Et c’est alors qu’on pourrait discuter sur le terrain de ce que l’on demande au pouvoir , parce qu’il aura les moyens et les protections pour apporter des solutions réelles .

      Sans creuser la dette .
      Sans déshabiller Pierre pour habiller Paul .
      Sans demander comment se protéger des autres européens .

      Le terrain ( les communes si chères à Jean Luce Morlie ) est le niveau béni pour tirer le meilleur des ressources et inventer de nouveaux modes de vie qui font évoluer (très) petit à petit les conditions du rapport de forces au capital .

      Mais jamais il ( ou elles ) ne fera pièce seul au système marchand dominant , sans effet masse au moins de niveau fédéral qui autorise et protège les synergies solidaires nécessaires .

      Ce que j’entends ( ce que je n’entends pas, en fait ) aussi bien dans la bouche de Macron que dans les bavardages « des » débats nationaux , me confortent dans l’idée que notre destin est déjà dans les mains d’autres continents .

  11. « Sans déshabiller Pierre pour habiller Paul . »
    Erreur majeure: va falloir faire tomber les 1% de leur haut pour que les 99% soient moins mal. Reconnaissons que le faire n’est qu’une infime partie de la solution.

    « Sans demander comment se protéger des autres européens . »
    En faire des amis, être solidaire… quelque chose comme…. J’ose à peine dire le mot tant sa nouveauté choque, et je ne voudrais pas soit vous choquer, soit autre chose de l’ordre du constat personnel désagréable, enfin êtes-vous prévenu: une fédération.
    Là, c’est dit. Avouez que vous avez joué la provocation. Galopin, toujours jeune et facétieux, Juan.

    « […] notre destin est déjà dans les mains d’autres continents . »:
    Par principe, par nécessité, par besoin moral, par hygiène, parce que être humain est une épopée qui nous dépasse et qu’elle doit continuer collectivement, votre argument n’est pas recevable.

    Prôner le « Restez couché , bonnes gens, ne vous fatiguez pas, la partie est finie! » n’est pas recevable. Jamais. Inacceptable.

    1. 1- pour habiller tout le monde , il ne faudra pas se contenter de déshabiller « le  » 1% pour habiller « le  » 99 % , même si ça fait partie des mesures structurelles à promouvoir , et elle n’est qu’une parmi quelques autres . Par ailleurs , l’art du déshabillage/habillage ou creux et bosses , est un talent de Bercy plusieurs fois séculaires .

      Il y a déjà dans les 99 % une majorité qui refuse de se déshabiller pour les 10 % du « bas » , surtout que tous les % ne parlent pas la même langue et n’ont pas le même rapport au bien être . Ce qui est un chantier encore aussi , sinon plus ,difficile ( y a plus de monde ) que le premier .

      2- « comment se protéger des autres européens  » : ce n’est pas moi qui le demande ou prône , c’est ce que je lis , explicite ou implicite ,dans les programmes ( de partis parfois adverses ) . Voire même dans les items ou les questions des « débats citoyens plus ou moins nationaux » du moment .

      3-  » notre destin …. » : ça n’est pas un argument , c’est un constat factuel , qui n’aurait d’issue utile que s’il ouvrait les yeux sur l’évidence de la nécessité d’une Europe fédérale ou confédérale . Mais les européens n’en veulent pas . Ce sont eux qui restent couchés là où ils se trouvent encore assez bien . Alors je garde mon constat . Les erreurs collectives ne m’ont jamais empêché d’avoir ma propre conviction du vrai . Mes propres erreurs , elles , bien évidemment si . Mais je les oublie très vite , une fois perçues , et pourtant on me donne une assez bonne mémoire .

  12. Shlomo Sand remarque que le seul drapeau brandi sur les ronds-points et le drapeau français.
    (du moins l’auteur du blog Michel Bilis dit-il traduire Shlomo Sand).
    Mais que pour autant, ce n’est qu’un bout de la lorgnette. Et d’utiliser (comme Erri De Luca) le mot « populisme » dire en quoi la protestation n’est pas nationale, et a des parallèles ailleurs.

    https://blogs.mediapart.fr/shlomo-sand/blog/110219/le-jaune-t-il-remplace-le-rouge

    Je vous recopie les deux derniers paragraphes (qu je ne partage pas forcément…)

    §§%%§§%%§§%%

    Dans les mêmes années où Gramsci rédigeait ses pensées sur l’espérance de constitution d’un « bloc historique », Louis-Ferdinand Céline affirmait vigoureusement : « Le prolétariat héroïque égalitaire n’existe pas… Le prolétaire est un bourgeois qui n’a pas réussi ». Le méchant Céline exagérait. La classe ouvrière industrielle a toujours agi selon ses intérêts matériels. Le prolétaire n’a pas toujours fait preuve de solidarité avec les plus faibles : les femmes ou les immigrés ; il a fréquemment répondu avec enthousiasme aux sollicitations nationalistes, colonialistes, et même racistes. Toutefois, la proximité sociale dans la production l’a rendu plus sensible que toutes les autres classes, aux deux principes centraux des Lumières : l’égalité et la fraternité.

    Les Misérables d’aujourd’hui ressemblent-ils aux prolétaires de Céline ou à ceux de Gramsci ? La protestation de la classe moyenne inférieure, pour le moment hégémonique dans le mouvement social revendicatif, va t’elle se cantonner à un égoïsme national aveugle, anti–européen, anti-universel, suspicieux envers l’étranger et l’immigré, ou bien donnera t’elle naissance à de nouveaux mythes humanistes ? L’avenir le dira.

    Shlomo Sand

    Traduit par Michel Bilis

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