Les entrepreneurs et les entreprises sont-ils les ennemis de l’Humanité ? par Cédric Chevalier

Ouvert aux commentaires.

Je défends une conception large de l’entrepreneur : Vivaldi était un entrepreneur (composer et monter un opéra), Pablo Servigne est un entrepreneur (rédiger un livre et en faire la promotion), les parents qui font des enfants, construisent une maison, sont des entrepreneurs, un Bourgmestre est un entrepreneur (initier un projet de quartier), le capitaine Kirk dans Star Trek est un entrepreneur (explorer l’univers avec son vaisseau Enterprise), ainsi que Martin Luther King (développer un mouvement pour les droits civiques) et bien d’autres profils « entrepreneuriaux ».

« Entreprendre », étymologiquement, signifie « saisir avec la main pour maîtriser ». Il y a plusieurs notions possibles : action volontaire dirigée vers l’extérieur, vers le monde, avec une intention de maîtrise, une intention de création, de projet, de contrôle, avec l’intermédiation, l’usage d’un outil.

Donc au sens le plus large, tout être humain est un entrepreneur. Dès qu’un enfant fait le projet de et commence à construire une tour avec des cubes, il est un entrepreneur, il entreprend quelque chose, il saisit avec la main pour maîtriser, il crée un intermède entre lui et le monde, via l’outil, sachant que son premier outil est sa propre main. 

L’entreprise a aussi un sens collectif. Dès qu’un enfant fait le projet de jouer à un jeu avec ses semblables (et si on allait construire une cabane dans les bois ?, il crée une entreprise commune.

Dès lors, tant que l’espèce humaine existera, il y aura des entrepreneurs en chacun de nous, des entreprises (=des projets créatifs), une action de (tentative de) maîtrise sur le monde. L’Humanité est une gigantesque entreprise collective. On parle d’ailleurs de l’entreprise humaine.

La notion d’entreprendre est clairement « yang » en philosophie chinoise : élan, conquête, projet, projection, désir, etc.

Et nous allons en avoir besoin pour la transition écologique et solidaire de ces entrepreneurs : des initiatives de transition solidaire, des porteurs de projet, des audacieux, qui renversent la table et créent du radicalement neuf. Alors les entrepreneurs doivent être avec nous.

Si, comme le craint Nietzsche, nous sommes déjà des derniers hommes, incapables de « jeter par dessus les hommes la flèche de notre désir » et de « faire vibrer la corde de notre arc », si, en bref, nous n’avons pas la volonté de vivre, d’exister, de nous « surmonter » en poursuivant l’entreprise humaine, alors nous disparaîtrons.

Alors la gauche radicale a de bonnes raisons de se méfier de l’économie actuelle, du capitalisme, des entreprises et des entrepreneurs (en particulier les multinationales et leur CEO). Mais elle doit distinguer ce qui ressort de l’universel chez l’être humain (l’esprit d’entreprise, de création, d’exploration, de conquête) et ce qui ressort des excès de cet universel dans le système actuel, où cet esprit n’est pas contrebalancé, n’est pas limité socio-politiquement.

Ce qui manque probablement chez la plupart de nos entrepreneurs et de nos entreprises, c’est la dimension du « yin », c’est-à-dire la protection, la mesure, l’intériorité, le respect, la tempérance, bref : la limite au « yang ». Trop de yang a conduit à la destruction de la biosphère et des sociétés. La conquête peut conduire à l’anéantissement, au ravage des milieux et de leurs habitants.

Des entrepreneurs « mesurés » existent pourtant depuis que l’économie sociale existe. Dès le XVIIIe siècle grosso modo, des individus se coalisent pour créer des « entreprises sociales », dont les objectifs et les moyens sont liés au respect des humains et de l’environnement. Aujourd’hui, persistent d’énormes entreprises sociales : les syndicats, les mutuelles, l’économie sociale, les associations non lucratives, des banques coopératives, etc.

L’économie n’est pas le monopole de droit du capitalisme, du marché, du commerce international et mondialisé et des propriétaires-actionnaires. Il existe d’autres économies plus socialisées, écologisées, communes, sans les extrêmes du totalitarisme russe ou chinois.

La figure de l’entrepreneur n’est pas le monopole de cette économie destructrice. L’écologie, le socialisme, le communisme, la gauche radicale peuvent (re)proposer une figure vertueuse de l’entrepreneur, compatible avec ses luttes sociales ancestrales et avec les nouvelles luttes écologistes. Ils ne peuvent laisser la mainmise sémantique de la droite sur ces termes d’entreprise et d’entrepreneur dans les médias.

Donc ne jetons pas l’entreprise, l’esprit d’entreprise, les entrepreneurs avec l’eau du bain. 

Quand on fait de l’entrepreneur et de l’entreprise l’ennemi juré, quand on persécute les commerçants, les porteurs de projets, les audacieux et les créatifs, c’est la famine et la mort en masse qui guettent, comme en Russie et en Chine lors de sombres périodes de l’histoire. Car les entrepreneurs, petits indépendants ou capitaines d’industrie, commerçants au long cours ou dirigeants de grandes ONG, sont des piliers essentiels de l’économie et de la société. Et elle s’effondre s’ils disparaissent.

Cherchons plutôt à faire émerger ces entrepreneurs qui combinent le « yang » de leur élan créatif avec le « yin » de la juste mesure, pour respecter humains, vivants et biosphère.

Il existe une économie écologique et solidaire où l’esprit d’entreprise est indispensable, et où l’entrepreneur, artiste, chef d’entreprise, directeur d’ONG, élu politique, jeune parent, architecte, initiateur de la transition locale, etc. est le créateur d’une Humanité réconciliée avec la Justice et la Biosphère.

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35 réflexions sur « Les entrepreneurs et les entreprises sont-ils les ennemis de l’Humanité ? par Cédric Chevalier »

      1. Il se trouve que mon billet était pile dans le sujet, j’ai préféré mettre un lien plutôt que de faire un copier-coller. Loin de moi l’idée de détourner des lecteurs de mon blog favori Julien…

      2. Alors n’hésite pas à faire un copier-coller de ton texte dans ce cas, tu éviteras aux lecteurs de ton blog favori de quitter leur blog favori pour participer à une discussion sur leur thème favori.

  1. Eh bien! Après avoir appris que nous étions « tous consommateurs », voila que nous est délivrée la bonne nouvelle: nous sommes également « tous entrepreneurs ». De quoi gâcher un dimanche.

    Indubitablement, l’infection des esprits par les stances de la « religion féroce » est une pandémie sans fin. L’homme unidimensionnel ne saurait être qu’un homo œconomicus, qu’on se le dise.

  2. Il existe une guerre véritable de conquête du monde « Yin  » par le « Yang ».

    Une fois votre entreprise Yin en route, vous allez vite sentir le poids de cette lutte.

    Une vision optimiste consisterait à dire qu’en absorbant du Yin à tout bout de champ, le Yang s’améliore…

  3. Bonjour,
    Cet article est très intéressant. Je suis d’accord avec ce qui y est dit.
    @Julien Alexandre merci pour vos commentaires la dernière fois sur la vidéo sur le transhumanisme. Ils étaient assez pertinents.
    Bon dimanche à toutes et à tous

  4. L’émulation s’est abaissée à la concurrence, le respect de la vie à la prédation. Nous préférons concéder voire imposer plutôt que donner, subir plutôt que recevoir.
    Bref, ça sonne faux et je ne pense pas qu’ici l’intelligence artificielle puisse nous aider à quoique ce soit.

    1. armelle,
      quand vous écrivez « ça sonne faux », parlez vous du propos de l’article ?

      Si oui je ne suis pas d’accord avec vous. Je crois que cet article est clair, et j’ai moi-même toujours compris dans le sens évoqué par l’auteur du verbe « entreprendre ». Peut-être parce que mon père était lui-même entrepreneur et que quand enfant je jouais à des jeux créatifs : peindre, faire de la musique, composer, sculpter, créer des vêtements, écrire des histoires ou des pièces de théâtre… et dessiner des maisons et les construire en maquette (mimétisme de mon père), pour toutes ces activités mon père me demandait : « alors qu’est-ce que tu entreprends aujourd’hui ? »
      Et croyez-moi, mon père, comme son père de qui il a repris l’entreprise, était quelqu’un qui s’appliquait au travail bien fait et respectait le client et ses salariés. Dans des emplois divers d’appoint puis dans ma vraie profession ensuite , j’ai toujours fait comme lui.

      Et sans être une conservatrice de droite, je pense que ces valeurs donnant de la noblesse et du sens au travail (ou à l’action d’entreprendre) se sont sérieusement dégradées. On le constate tous ! Je lui donne raison donc dans sa conclusion. Et cela pourrait peut-être offrir une solution pour que nombreux puissent travailler avec une performance plus équitable ( éliminant de la sorte la concurrence faussée par les multinationales ), ramenée à sa juste proportion c-à-d. qualité, respect du client et respect des salariés et de soi, au juste prix. Et ceci en pouvant ménager temps de travail et temps de vie privée, pour ne plus être asservi par le travail lui-même.
      Pourquoi pas ainsi via les nouvelles technologies au moins dans des domaines plus techniques ; dont IA pourquoi pas si elle ne remplace ni notre cerveau (nos ingéniosités et pensées), ni notre créativité, ni nos initiatives perso, ni notre humanité, et à condition qu’elle ne prenne un tel essor qu’elle puisse attiser la folie de certains au détriment de très nombreux autres : telle la folie des multinationales qui diminuent le nombre de riches tout en les rendant aussi riches que des états, et en détruisant de très nombreuses ou moyennes entreprises (ou les achètent pour en faire des filiales).

      Mais certes si l’idéal n’existe pas, la raison et le raisonnable oui, du moins encore il faut l’espérer.
      C’est à nous tous à être vigilants.

      1. NON. Excusez-moi, je n’évoquais pas du tout l’article bien entendu !
        Je parlais tout à la fois d’un Faux yin / faux yang.
        De même l’évocation à l’intelligence artificielle était un hors sujet. Je faisais le lien avec un billet précédent.
        Mon intervention ici est tout à fait maladroite.

      2. Armelle, c’est moi qui suis désolée.
        « faux yin/ faux yang »

        Cela m’a un peu écorchée aussi mais j’ai passé outre. Manifestement l’auteur ne connaît pas leur réelle signification, mais ce n’est pas important (il a peut-être trop lu Nietzsche – ou trop exclusivement – dont « ainsi parlait Zarathoustra »); je pense que dans ce qu’il voulait exprimer il s’est bien fait comprendre de tous que nous soyons d’accord ou pas d’accord (d’ailleurs j’ai l’impression qu’il n’y a pas bcp de « pas d’accord. » Ca fait du bien un peu non ? Même si j’apprécie qu’on s’oppose et que chacun veuille avoir raison dans ses contradictions, malgré toutes nos différences j’apprécie aussi que, parfois, on soit au diapason. Ca rassure, on se sent moins seul)

  5. Cédric, je trouve ton billet superficiel.
    Si tu veux signifier que le sauvetage de l’espèce humaine suppose les efforts de tous, y compris des entrepreneurs selon l’acception usuelle, on peut être que d’accord et c’est donc enfoncer une porte ouverte.
    J’explique mon jugement sévère en prenant deux points.
    1)- l’écrasement sémantique.
    Si tout se ramène à entreprendre, plus rien n’est une entreprise. Et de toutes façons, rien n’implique que le sens soit réductible à « saisir avec la main » (pas plus d’ailleurs pour le verbe prendre). (cf. http://www.cnrtl.fr/etymologie/entreprendre )
    Au fond avancer que Vivaldi quand il compose un opéra ou des parents qui font des enfants sont des entrepreneurs frise tout simplement le ridicule. Mais par ce mot passe-partout une idéologie déplaisante peut insidieusement s’infiltrer… Ta liste finale en donne un exemple : absents, tous les gars qui travaillent avec leurs mains… N’auraient-ils aucune grande légitimité dans cette entreprise de sauvegarde ?
    2) – Le yang et le yin.
    Tu assènes que « La notion d’entreprendre est clairement ‘ yang ‘ en philosophie chinoise : élan, conquête, projet, projection, désir, etc. ». Est-ce si sûr ? Ne serait-ce pas une fois de plus un écrasement de cette philosophie par notre habituel dualisme. Un grand sinologue, Cyrille Javary, vient de nous offrir un livre fondamental « Yin-Yang, la dynamique du monde » (Albin Michel). ( https://www.albin-michel.fr/ouvrages/yin-yang-9782226435460 ) Le titre dit tout : il s’efforce de nous expliquer que l’on ne doit jamais séparer le yin et le yang mais parler d’une dynamique yin-yang. Dans le quiproquo occidental, il y a justement une assimilation forcée d’un yang mâle et actif opposé à un yin féminin et passif. Certes il expose comment sous les Han un basculement s’est opéré en ce sens qui accompagne un mépris implicite des femmes, mépris malheureusement universel dans toutes les civilisations patriarcales, celles issues du Néolithique. Javary explique que ‘quotidien’ et ‘occasionnel ‘ sont des marqueurs de fonction qui collent bien au Yin-Yang » et il ajoute le point essentiel développé pp 184/185 : le primat du Yin. « Il faut privilégier la stratégie Yin qui joue sur le temps et la durée plutôt que la stratégie Yang qui joue sur la concentration de l’action en un instant donné ». On est donc bien loin du Yin que l’on doit ajouter dans du Yang d’entrepreneur pour une juste mesure ─ comme on ajoute des bonnes femmes dans les conseils d’administrations pour faire baisser la testostérone ?
    En résumé, je ne vois pas ce qu’apporte ton billet à la question de la survie de l’espèce.

    1. Convaincant. Merci.

      Un petit essai.
      Nos sociétés assez malmenées vont en Zig-Zag. Par exemple, quand le plan de licenciements est dans le Zag, le simple bon sens dit qu’il vaut mieux se placer dans le Zig. La généralisation est facile. Exemple caractéristique, le ballet artistique entre un policier-entrepreneur-frappeur-grenadeur et un Gilet Jaune qui n’est rien, sauf à éviter les coups. On voit que le concept est riche: Zig-crac, Zag-crac.
      Grâce à Cédric, nous savons que le Yin-Yang est préférable…
      Une affaire de démarche, somme toute logique.
      Car si le Zig-Zag fait penser aux mouvements brutaux de la balançoire, une fois à droite toute, la suivante à gauche toute, le Yin-Yang évoque le Yo-Yo, aux mouvements beaucoup plus harmonieux.

      « How to Yoyo with your First Yoyo »
      Assez long et verbeux:, 8mn17. Partie démonstrative de 2mn28s à 2mn30s environ.
      https://www.youtube.com/watch?v=2IdYEUsSUS8

      1. « Car si le Zig-Zag fait penser aux mouvements brutaux de la balançoire, une fois à droite toute, la suivante à gauche toute, le Yin-Yang évoque le Yo-Yo, aux mouvements beaucoup plus harmonieux. »

        Daniel

        D’accord avec vous mais juste une minuscule petite contradiction (c’est une manie chez moi et je suis pointilliste me direz-vous, et vous auriez raison mais là c’est plutôt un sourire amical) :

        Ce que vous appelez Zig-Zag, ou yo-yo, perso je l’appelle « le flux et le reflux » qui permet « que soit séparée la mer d’avec la terre » et qui a permis qu’ animaux et plantes terrestres existent, dont nous. Le yin et le yang sont 2 forces qui s’opposent tout en étant complémentaires. Cela ne crée pas de flux ni de reflux mais au contraire une harmonie parfaite (interprétation de non-bouddhiste mais appréciant). Ce pourquoi ils sont symbolisés par un cercle (le tout parfait, sans angle) dans lequel 2 formes semblables mais opposées sont entremêlées comme deux corps faisant l’amour. Mais si l’équilibre parfait existait (opinion perso) le monde tout entier s’arrêterait parce qu’il n’y aurait plus de flux et de reflux perpétuel.

        Je suis d’accord avec vous le yo yo est bien plus harmonieux et j’aime l’harmonie (quand elle devient vitale). Mais vous n’aimez pas parfois (pas trop quand même ! faut pas déc’!) les tempêtes sublimes telle celle du « radeau de la méduse » de Géricault, les éclairs magnifiques quand le ciel explose de colère ? Vous n’aimez pas quand s’apaise cette colère et comme c’est bon, comme il fait doux ? Les éclairs me font un peu peur je l’avoue et les tempêtes me sont désagréables si je ne suis pas à l’abri, mais on perdrait bcp s’il n’y en avait jamais. Ce que le monde serait lice ! brrrr… Peut-être finirions-nous par devenir des clones…. pauvres, très pauvres, dans la tête.

      2. suite et je m’en vais

        D’ailleurs vous voyiez Daniel, le « soi-disant » centrisme de Macron est très vite passé à droite toute !

    2. « Si tout se ramène à entreprendre, plus rien n’est une entreprise.  » Nous dit à propos Jacques Seignan.

      De la même manière si tout est catalogué extrême droite en permanence, plus rien n’est d’extrême droite malheureusement, et plus aucune dénonciation ne tient la route par la suite. Et ça profite in fine à …. l’extrême droite. Je dis ça car bien souvent, ici, mais ailleurs aussi, c’est un peu le réflexe premier : « pfff nul c’est de l’extrême droite ce truc ! ». Alors que le propos tenu n’est en fait pas du tout celui de l’extrême droite. On perd en clarté conceptuelle et en plus on gagne en fait un ennemi flou. Comment penser et débattre dans ces conditions ?

      Aucun rapport avec la choucroute entrepreneuriale ? Ben si car cette histoire de Yin et de Yang c’est pareil, ça n’apporte en fait rien au débat, c’est creux ce concept, on y met tout et n’importe quoi, bref trop vague àhma.

      1. «ça n’apporte en fait rien au débat, c’est creux ce concept, on y met tout et n’importe quoi»

        CloClo, avec votre estimation du «n’importe quoi», laissez-moi vous dire que vous toucher juste, absolument juste; «n’importe quoi» en effet. Cependant et en dernière analyse le concept de Cédric présente du potentiel, mais d’abord, il faut s’en échapper. Parce que, et je vous cite, «tout» est un peu excessif, aussi. S’en échapper étant simplement de faire le ménage. Passez de «tout» à quelque chose qui ne soit plus «n’importe quoi», au fond. Mon apport fondamental, le Yo-Yo, prend alors tout son sens, à la fois un pas de côté audacieux et une élévation symbolique. Je ne voudrais pas aborder des trucs où je nage pas à l’aise, mais je pense que la mystique du Yo-Yo est en correspondance exacte quoique supérieure à la mystique du Yin-Yang. Je le sens très fort, si même je peine à l’exprimer. Mon drame cette difficulté, soit dit en passant. Je n’ose donc pas penser être compris. J’ai quand même plaisir à constater que nous pouvons nous rencontrer, avec maladresse pour ma part.

        J’en profite pour apporter une correction à ma bafouille précédente. J’ai été trop optimiste avec 2mn30 comme limite par valeur supérieure. Lire à la place 2mn29s., un peu moins même. C’est bien suffisant pour apprécier à la fois la cinématique du Yo-Yo et l’originalité de l’idée. Une cinématique expressive remplace un long discours, c’est bien connu.

  6. M.Chevalier !

    BRAVO pour l’ensemble de votre texte.

    « Si, comme le craint Nietzsche, nous sommes déjà des derniers hommes, incapables de « jeter par dessus les hommes la flèche de notre désir » et de « faire vibrer la corde de notre arc », si, en bref, nous n’avons pas la volonté de vivre, d’exister, de nous « surmonter » en poursuivant l’entreprise humaine, alors nous disparaîtrons. »

    Nietzsche est remarquable.
    Il a écrit aussi dans « Aurore » (les apologistes du travail) :

     » Dans la glorification du « travail », dans les infatigables discours sur la « bénédiction du travail », je vois la même arrière pensée que dans les louanges des actes impersonnels et d’un intérêt général : à savoir la peur de tout ce qui est individuel.
    On se rend maintenant très bien compte, à l’aspect du travail – c’est-à-dire de ce dur labeur du matin au soir – que c’est là la meilleure police, qu’elle tient chacun en bride et qu’elle s’entend vigoureusement à entraver le développement de la raison, des désirs, du goût de l’indépendance.
    Car le travail use la force nerveuse dans des proportions extraordinaires, il retire cette force à la réflexion, à la méditation, aux rêves, aux soucis, à l’amour et à la haine, il place toujours devant les yeux un but mesquin et accorde des satisfactions faciles et régulières.
    Ainsi une société où l’on travaille sans cesse durement jouira d’une plus grande sécurité : et c’est la sécurité que l’on adore maintenant comme divinité suprême.  »

    Il a aussi écrit dans « humain, trop humain » (l’irrationnel)

    « Seuls des hommes par trop naïfs peuvent croire que la nature humaine a la possibilité d’être changée en une nature purement logique ; mais s’il devait y avoir des degrés d’approche vers ce but, quelles pertes ne ferait-on pas sur ce chemin ! Même l’homme le plus raisonnable a besoin, de temps en temps, de retourner à la nature, c’est-à-dire à sa « relation fondamentalement illogique avec toutes choses »

  7. Chacun de nous est effectivement , à dose variable , un « entrepreneur » .

    Mais chacun d’entre nous est aussi , à dose variable et tout ça en même temps , bien d’autres choses .

    Vous évoquez le Yin et le Yang , on pourrait rappeler l’esprit de finesse et l’esprit de géométrie de Pascal .

    Dans mon …théâtre , je m’y retrouve mieux , selon la même recherche de schématisation , en parlant de rapport entre Lien et Loi , cerveau de droite et cerveau de gauche , et de rapport aux quatre temps que j’évoque souvent .

    – Empathie et créativité pour le lien et le rapport au passé et au « hors temps »,
    – Organisation et « puissance » active ,pour la Loi et le rapport au présent ( prendre dans la main ) et le futur ( prendre le temps à venir ).

    Qu’il s’agisse d’harmonie individuelle ou d’harmonie collective , ces deux états idéaux , passent alors par un équilibre entre ces quatre qualités positives , qui deviennent négatives dès qu’elles excluent une ou trois des quatre autres .

    L’économie au sens grec , c’était cet équilibre potentiel .

    Au sens actuel de « l’économie  » , seuls le présent et le futur sont monopolisés et exclusivement servis par ce qu’on appelle parfois les oligarques , ou « les grands capitalistes » ,ou les capitaines d’industries , ou toute la structure mise au service d’un « système  » phagocytaire mondial , ou nous tous qui en vivotons par obligation .

    Des formes d’économie autres ont sans doute exister . Des formes d’économie autres essaient maladroitement de naitre ( économie positive , ESS , …..) . Si l’avenir est une économie sans argent et aux gratuités les plus larges et équitables , on peut espérer le début d’un équilibre idéalisé entre les quatre temps de mon moteur .

    Mais le moteur , même mieux réglé , ne me dit pas où je vais et pourquoi .

    La politique qui avait le moteur économique à sa disposition , a laissé le moteur prendre le pouvoir .

    Un avenir meilleur passe par une « Politique  » qui sache faire exprimer , et faire fonctionner les uns pour les autres , les désirs et les « entreprendre « ( agirs) ,avec une meilleure qualité de communication ( qui n’est pas une click-party ) . On retrouverait alors que « l’économie » est l’expression dans le réel , des « vérités  » des désirs .

    Chantier immense ,où l’ardente obligation d’être juste pour tous n’est pas la moindre difficulté , que l’Histoire nous laisse actuellement comme un échec .

    Et pourtant il n’y aura pas d’autre issue pour assurer la survie de l’espèce qui s’autodétruira inexorablement sans ça .

    On cherche de bons thérapeutes pour collecter les désirs positifs , guérir les désirs maladifs ou dangereux , mettre en face les outils anciens et nouveaux capables de les traduire humblement en actes …

    Et recommencer sans cesse .

  8. La sociologue Elizabeth Anderson de l’université de Michigan à Ann Arbor a beaucoup médité et publié sur les rôles salarié/entreprise, les relations de pouvoir, ainsi que sur les implications psycho-sociales du salariat en économie moderne.
    Je connais des entrepreneurs soucieux de maintenir un équilibre entre bien-être des employés et les objectifs de l’entreprise, il y en a un tas. On oublie souvent qu’un patron d’une entreprise à taille moyenne engage sa fortune et sa reputation en faisant vivre son entreprise; les risques face à une mondialisation et concurrence déchaînée, au pouvoir d’une actionariat souvent cupide, voire antisocial……….., sont parfois incontournables. Certes, Vivaldi était en quelque sorte un entrepreneur, Georg-Friedrich Händel (par exemple) aussi (ô combien!), mais cette typologie d’artistes étaient néanmoins dépendantes et redevables à la classe dirigeante, par contre ils étaient maîtres de leur travail. La propagande ultra-libérale de style anglos-saxon suggère aux gens que c’est là l’avenir et le bonheur de chacun; mais c’est un mirage, une tentative de se dégager de toute responsabilité sociales et matérielles envers les employés.
    Vivaldi est mort pauvrement et oublié à Vienne, il n’était plus à la mode. Les artistes qui ont réussi à poursuivre leur carrière avec succès jusqu’au bout sont plutôt rares, en tout cas ce n’est pas la norme.

  9. Euh, m’sieur, comme le suggère d’une autre façon le camarade Jacques Seignan, la capitalisme est très bon à « caporaliser » les projets. Faire miroiter une somme X ou un avancement Y à qui prendra en charge « la nouvelle activité » (de géronto-ski me souffle Gréogry Maklès), le patron sait faire.
    Donc la question est ceux de projets « éclairés », et donc pas mal celle de l’économie contributive de Bernard Stiegler/Ars industrialis.
    Stiegler décrit surtout (après Simondon je crois) ce qu’il appelle un « milieu associé » au sein duquel un usage technique est « naturellement » soumis à retenue. Il s’agit d’un milieu dans lequel tout récepteur d’un message est aussi potentiel émetteur (et trouvera donc oreille qui l’écoute). Aussi simple que ça. Pas forcément très loin du Yang, mais reposé dans les termes de la philosophie greco-latino-truc-mucho comme il faut, quoi.

  10. Certes nous sommes tous entrepreneurs, mais il y a quand même une très grande différence entre les entrepreneurs qui font des bénéfices financiers et les autres. Il ne faut surtout pas les confondre.

    L’ennui, avec cette conception « large » de l’entreprise, c’est qu’elle confond aussi des bénéfices qui sont de nature tout à fait différente. Et c’est pour cette raison qu’il faut refuser l’idée que dans le PIB, on puisse faire apparaître la valeur ajoutée supposée (calculée à partir de ce qu’elle coûte) d’un certain nombre de services de l’Etat, comme l’enseignement, les soins de santé, ou l’armée. Un militaire, ou un professeur est peut-être un entrepreneur, mais puisque son but n’est pas de « faire du bénéfice en argent », il doit être impérativement distingué des autres.

    Sans quoi on peut arriver à une absurdité que beaucoup envisagent, lorsqu’ils vous disent : » mais pourquoi on embauche pas des infirmière, des militaires, des professeurs… », autant qu’on en veut, puisqu’on en a besoin ? Ben oui mais qui paie ? Il est donc absurde d’inclure ces activités « coûtantes » dans un même indicateur comme le PIB, puisque par exemple, l’embauche massive d’infirmières de militaires et de professeurs seraient de nature à accroître le PIB, et donc à faire diminuer le déficit budgétaire, alors qu’on voit bien que ce serait le contraire qui se produirait.

    Maintenant, il faut reconnaître aussi qu’il y a un problème. Car un pays qui a de bons hôpitaux, de bonnes écoles, une bonne armée, et qui maintient un équipement performant et fiable, est manifestement un pays bien développé. C’est en soi une richesse que de disposer de tous ces services, et elle doit bien apparaître quelque part.

    Pour une bonne compréhension du public, il me parait quand même indispensable de bien séparer cette création de richesse en argent, de la création de richesse immatérielle (éducation, santé, en sécurité collective etc., )car tant que l’argent restera le moyen de l’échange, il n’y a pas d’autre solution pour financer ces derniers que de prélever sur les premiers.

    Cela pourrait peut-être éclairer un peu les « Gilets Jaunes » qui réclament tout à l’Etat déjà lourdement endetté, et rien à l’économie toute entière, qui serait pourtant la seule à pouvoir payer quelque chose. Le non-dit de toute cette histoire, étant que l’Etat SUBVENTIONNE le capitalisme depuis que le chômage de masse est apparu dans notre pays, pour obtenir de l’activité.

    Payer des impôts pour travailler (et encore, pas tout le monde !), voilà où nous en sommes. C’est ce que devrait enfin avouer E. Macron, au lieu de continuer de faire croire qu’il va créer de l’emploi, avec le seul recours de ses petits bras, et en dépit de la révolution technologique en cours.

    V Rey

    1. Macron ne peut créer des emplois, aucun gouvernement peut le faire, sauf embaucher des fonctionnaires, mais une large partie de la population estime que le gouvernement devra faire en sorte qu’il y ait des emplois. Le problème c’est que les ancien modèles ne peuvent plus fonctionner, nous sommes, comme l’a très bien articulé (dans un autre contexte), Gramsci, dans une phase d’interregnum, avec les confusions et dèsordres qui le caractérise. Macron va échouer, il appartient au monde d’hier avec ses vieilles recettes.

    2. M. Rey

      « Pour une bonne compréhension du public, il me parait quand même indispensable de bien séparer cette création de richesse en argent, de la création de richesse immatérielle (éducation, santé, en sécurité collective etc., )car tant que l’argent restera le moyen de l’échange, il n’y a pas d’autre solution pour financer ces derniers que de prélever sur les premiers. »

      Encore plus d’accord avec vous ! pour l’ensemble de ce que vous écrivez qui est d’une logique imparable. Quand bien même nombreux ne seraient pas d’accord avec vous.

      Perso, je ne suis qu’un des petits « papillons » dont rêve d’être… zut ! encore oublié son nom… (je dis une bêtise si j’évoque Lacan psy et philosophe ?), mais hélas pour moi dotée d’un QI élevé qui me fait trop logique pour pouvoir être une vraie artiste, et un peu artiste à la fois pour ne pas pouvoir être une vraie « spécialiste ». Ce qui toutefois me permets de vous dire, depuis mon point de vue très large mais flou, à la fois logique et abstrait, que si je vous donne raison pour l’ensemble de ce que vous écrivez ci-dessus, il est possible AUSSI de les réunir.

      A mon niveau, j’avais trouvé un moyen de réunir à la fois les entreprises (agonisantes), de plusieurs formes d’importance (sauf multinationales qui se « réunissent » parfaitement toutes seules), « créateurs » (agonisants), bons techniciens (agonisants, sauf dans les multinationales), ingénieux (agonisants, et non ingénieurs dans mon domaine)… etc
      En commençant petitement puisqu’une idée nouvelle doit d’abord être vérifiée & démontrée par la forme et non par le seul concept. Sinon, comment un banquier ou investisseur pourrait-il y trouver quelconque intérêt ? puisque celui-ci ne peut se référer qu’à des statistiques de rentabilité à partir de ce qui existe déjà….. Ils ne sont pas mécènes ! ( j’en avais trouvé une de mécène riche qui me connaissait bien, et j’étais encore un peu riche moi-même bien que n’ayant pas su économiser du fait de mon « papillonnage » ). Puis la vie a fait…. que je n’ai pas pu le faire (pour une raison personnelle qui ne regarde personne parmi vous, ne sommes pas intimes). Mais, grâce à mon « papillonnage » et ma logique à la fois, j’avais aussi compris que mon idée pouvait aussi concerner nombreux secteurs d’activité, dans l’intérêt à la fois des entrepreneurs, de leurs salariés et de leurs clients, et donc de la société (aujourd’hui en plein désarrois).
      Mégalo peut-être ? Non, malgré les apparences au travers de mes interventions qui déclenchent plus des ! que des ? , je souffre plutôt d’un manque de narcissisme, et je m’en fous, ça me va très bien, je suis un « papillon » solitaire de nature. Et je déteste les selfies.
      Mais, depuis la profondeur de mon « trou » dans lequel on m’a mise au rebus parce que devenue « inutile » et donc devenue dépendante des aides sociales qui « coûtent tant » (puisque vous parlez de rentabilité), comment puis-je atteindre ces « élites » qui font la pluie et le beau temps mais qui disent tous la même chose ( : « ça va mal mais pourquoi ? mais comment ? » ) comment peuvent-ils me comprendre puisqu’ils ont un langage d’expert et moi celui d’un « papillon » qui ne retiens même pas les noms ?

      Ici au moins, il y a plusieurs de ces « élites » intellectuelles. Je fais tâche peut-être, niaise pour les uns donc sans intérêt, un peu intéressante pour d’autres qui savent encore être éclectiques, bien que forcément, comme vous tous ni + ni – , je n’aie pas toujours raison.
      C’est dit.
      Ainsi e me mets en avant, je déblatère comme un coq chantant depuis sa superbe alors que je ne suis dans la basse-cour qu’une petite poule discrète et pas flamboyante du tout mais en chantant mieux que le coq (je ne suis pas qu’un papillon voyez ?) pour qu’au moins on m’aperçoive, un peu, c’est un début.
      Et toc!
      Vous en connaissez bcp des comme moi ? Il yen plusieurs, j’en ai rencontré de très futés et très originaux bien plus que moi, mais ils ne savent pas s’exprimer clairement, soit par manque d’instruction, soit parce qu’ils sont poètes et donc marginaux (même dans la rue faisant la manche, il y en a plein).

      1. ps : dans extrait de ci-dessus :
         » j’avais trouvé un moyen de réunir à la fois les entreprises (…) « créateurs » (agonisants), bons techniciens (agonisants, sauf dans les multinationales), ingénieux (agonisants, et non ingénieurs dans mon domaine)… etc  »

        J’aurais dû écrire « créatifs » : artistes ou initiateurs (et non « créateur » puisque ce terme issu de « créer » est devenu très galvaudé) et j’ai surtout oublié de mentionner les petits ou moyens commerces, oubli important puisque nous sommes à l’ère des « marchés » dominants, et non plus à celle de la « création » (tout sens)

      2. M. Rey
        Ouh là là ! oubli encore plus important sinon je ne serais pas en cohérence avec vos propos :

        mon idée ci-dessus réunissant aussi ENSEIGNANTS ! avec tous les autres cités (donc des « improductifs » tels les « créatifs » que j’ai rajoutés en premier qui ne peuvent être payés que par les entrepreneurs qui dégagent du bénéfice net).
        Mais bien sûr enseignants dans le domaine spécifique de ma néo-forme d’entreprise (mais existant en partie – et rares – puisque je m’étais inspiré de certaines d’entre elles que j’avais observées dans d’autres secteurs d’activité que le mien)
        et non enseignants dans les lycées généralistes, lesquels lycées on est petit à petit entrain de détruire pour en faire des lycées techniques, c’est plus « rentable » .

        Humour noir :

        Je me connecte directement à la « pensée » d’un de ces élites qui les font disparaître :

         » philo = accessoire, inutile, pas le temp de philosopher. Art = pfff! dépassé, inutile. Musique = y a la télé & internet, ça suffit. Théâtre = ah ! ça encore ça peut servir… Histoire = y a Wikipédia ! c’est bien assez. Littérature = mais est-ce qu’on a besoin de littérature pour créer de l’intelligence artificielle ??? inutile. »

        J’ai oublié parce que pour moi c’est si évident ! (puisque je suis un peu tout à la fois : « créative », productive, et capable d’entreprendre et enseignante à mes heures – et j’ai pratiqué) que j’ai omis de préciser.

        Récapitulatif donc :
        REUNISSANT créatifs + enseignants + ingénieux ou « ingénieurs » spécialistes ) …etc selon besoins
        avec artisans&entrepreneurs de production indépendants, commerces indépendants… etc selon besoins,
        ET investisseurs autonomes.

        Ceci pour faire la « nique » aux multinationales qui savent très bien réunir tout cela -mal, fort mal – MAIS dans leur seul intérêt et donc au détriment de la société.

      3. Et j’ajoute avant de laisser la place aux autres :

        le tout, sans avoir besoin de délocaliser loin pour exploiter les plus pauvres que nous.

  11. Bonsoir le blog,
    J’ai une question concernant le but de l’entrepreneur.
    Pourquoi l’être humain entreprends des choses? Cela peut paraître naïf mais je me suis posé la question car quand on compare par exemple le système occidental capitaliste avec le système communiste de l’exURSS, il semblerait que la force entrepreneuriale ait été beaucoup plus forte chez le premier que le second. Alors pourquoi?
    Est ce qu’il existe des environnements plus propice à la création humaine? Quels seraient alors les moteurs qu’une société occidentale présenterait en plus en comparaison avec une société communiste par exemple?
    Cette question me taraude l’esprit. Autant je pense que le capitalisme n’est pas une bonne chose notamment pour l’écologie et aussi car il contraint à une forme de pensée trop individualiste. Mais en même temps, si on ne comprends pas non plus ce qu’il a de bons alors on risque de jeter le bébé avec l’eau du bain or si on veut le remplacer il faut le comprendre dans sa totalité.
    Bon je ne sais pas si je me suis fait comprendre mais je lance quand même cette bouteille à la mer.
    Bonne soirée

    1. @Pierre. Pourquoi l’homo occidentalis yankeeiis entreprend plus que les autres homo (communistus, sapionce, et autres tire-au-flanc) ?
      Je pense qu’il s’agit d’une couche de « représentations » du rôle qu’on se doit d’avoir dans la société, et donc de l’interpénétration/interaction d’un « récit du nous » avec un » récit du je ».
      En me faisant un peu toddien (lien système familiaux/système d’autorité/facilité ou pas du communisme si la structure familiale est à plusieurs couples par maison/foyer), je pense à l’exemple du Japon, dont l’industrie est assez pleine de succès quoi qu’on en dise (Sony, Mitsubishi, Toyota,…), et où le concept d’entrepreneur, premier ou second de cordée n’existe pas beaucoup. Il y a la cordée (le « nous »), la place qu’elle t’impose (entre le n et le n+2), et c’est comme ça. Il parait que les psychanalystes sont fort rares au Japon, tout ce qui est « moi » étant bien caché sous ce tapis du collectif (non soviétique), ce qui rend calant les élans de Lacan.

      La notion de projet est omniprésente en occident indépendamment du côté droite/gauche. Quand je lisais Sartre, je le voyais défendre « le projet » au sens où pour ne pas être prolétaire, il faut que les fins ne vous échappent pas, car si les fins de votre action/travail vous échappent, vous êtes aliénés. Retrouver le sens de ses fins sur une base plus individuelle que collective suffit, à mon avis, à sacraliser le « projet ».

      Il n’est pas impossible que la pensée « asymétrique » de l’occident (cf. certains ouvrages du taulier) ajoute son grain de sel, rendant l’individu « prisonnier de cet émancipation » , prisonnier d’un schéma asymétrique qui lui susurre qu’il peut créer ce qui n’est pas, « par voie de conséquence ». La création/entreprise en a pas moins lieu chez un artisan chinois ou un lettré chinois. Mais elle n’est pas pensée comme, un barrage à casser pour libérer la « créativité » (du type libido scienti, et médiée is à vis des autres par l’affectio societatis assez théorique ), elle est pensée comme une sécrétion du grand corps vivant de la société, un acte biologique poussé par « les hormones de la société », qui peut incarner que le chef soit untel, mais comme « tendance » va rencontrer des contre-tendances. Yin et Yang peuvent à ce stade être invoqués. Tout autant que Simondon qui essayait de bien voir comme l’objet technique N+1 (résultat du projet de notre homo occidentalis de départ) se construit d’abord par un « déphasage » (quelque chose qui ne vas pas, l’envie d’en changer portée par des individus chez nous) qui pousse un peu fort le « système associé » dont je parle plus haut (Stiegler suiveur de Simondon sur ce point et pas mal d’autres…) , puis par une étape de réinsertion dans ce système. Il se peut qu’à certains moments du capitalisme technique (les années 60 et 70 et 80) la structure de l’industrie japonaise ait réussi une boucle particulièrement vertueuse dans ce « système associé », pendant que l’occident démarrait ce qu iétait plutôt une fuite en avant plus riche en destruction créatrice (la métallurgie…). Mais je vais sans doute trop loin sans étayer les directions qui se présentaient sous mes neurones …

      1. Timiota 18 FÉVRIER 2019 À 23 H 54 MIN

        C’est clair que le berceau viennois pétri de siècles de fabrique d’un sujet, à la croisé de références juives, grecques et latines, chrétiennes, éclairées par les Lumières, comme trognon d’un marécage humain décoiffe le modus vivendi du groupe fabriqué pendant des siècles en Asie. Le commerce des choses est un échange autour du manque, c’est moins vrai pour le commerce des idées et façons de vivre en société. La colonisation spirituelle de l’est à échoué en comparaison de l’ouest l’Amérique nommée Latine sous Napoléon III. Le statut de l’entrepreneur personnifié en occident n’est qu’un avatar de la fabrique du sujet. Certes avec la mondialisation et la colonisation par le droit devenu international, le sujet de droit s’est répandu partout, et coexiste conflictuellement avec des structures sociales antérieures et toujours opérantes. Cette division saute aux yeux en Inde. Le sujet de l’inconscient est un rejeton de l’arbre du sujet et le secoue, au point que Lacan à écrit « subversion du sujet et dialectique du désir ». Si quelques orientaux se soumettent au régime du transfert en laboratoire, ils sont effictivement rares. J’ai su jadis qu’un étudiant chinois venu faire de la philo à la sorbonne, et passé sur un divan avait eu un problème de lieu pour ouvrir un consultoire en Chine. Il avait fini par squatter un placard à balai de son université. Trop petit pour un divan. Il a inventé le dispositif de 2 chaises, dos à dos.
        Donc l’entrepreneur comme sujet n’est pas seul, car articulé à ce qui l’a produit, réseau familial, social, economicopolitique etc. Pareil pour l’entrepreneur soviétique !

        Pour les curieux de Japon, truculent ! Ça déplie votre remarque.
        https://www.cairn.info/revue-psychanalyse-2006-3-page-69.htm#

        Pour les curieux de Chine.
        http://www.lacanchine.com/Accueil.html

    2. @timiota et @rosebud
      merci pour vos réponses.
      Elles m’ont permis de voir que ma vision de l’entrepreneur est fortement imprégné par ma culture occidentale.

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