Saint-Etienne, Conférence de l’hôtel de ville : « Se débarrasser du capitalisme est une question de survie » (V) Libéralisme et ultralibéralisme

Je publie en feuilleton la retranscription (merci à Éric Muller !) de ma très longue conférence le 29 novembre 2018. Ouvert aux commentaires.

Question de la salle : Bonsoir. Tout d’abord, je vais commencer par un petit éloge. En Belgique, il y a pas que la bière, Magritte et Brel. Je lis un peu Chantal Mouffe, Jean-Pierre Lebrun, et avec plaisir je vous lirai. Vous proposez des voies nouvelles, et plus même : au niveau politique, vous avez survécu pas plus mal sans gouvernement. J’espère que l’un de vous, intellectuels, ferez un jour un livre pour confier ce que vous pensez de cette expérience. Je suis béotien dans l’économie, mais je crois qu’Adam Smith, l’un de ses postulats avec le libéralisme, c’était la régulation. Aussi, en même temps que Tocqueville, on voit comment s’en éloigner. Après, quand on voit actuellement dans l’économie ce que j’appelle moi une religion avec le ruissellement, et on voit bien que le ruissellement, un M. Ghosn qui a fait de la rétention, c’est pas bien possible. Par contre, comment on peut revenir aussi – vous les universitaires vous le connaissez – à mieux diffuser, plutôt que la pensée de M. Jean Tirole, la pensée de Steve Keen, qui dans le grand public, en France, n’est pas connue.

PJ : Oui, merci, merci pour les Belges. Effectivement, les Belges ont eu la chance qu’au moment où il a été question d’austérité, la Belgique soit restée sans gouvernement très longtemps. Vous vous souvenez sans doute, c’était M. Blanchard, l’économiste du Fonds monétaire international, qui a fait remarquer relativement récemment – je ne sais pas si c’est lié au fait qu’il a disparu comme économiste en chef du Fonds monétaire international – qu’une erreur fondamentale avait été faite au moment où on avait dit qu’il fallait faire l’austérité. Il y avait quelque chose qu’on appelle le multiplicateur, il y avait un calcul qui n’avait pas été fait. Il n’avait pas été fait parce qu’on avait, dans le cadre du libéralisme, imaginé que cette valeur était une constante etc. – vous pouvez voir ça dans l’article de M. Blanchard. Il a fait son mea culpa en tant qu’économiste en chef du fonds monétaire international mais personne n’a dit « Ah oui, nous avons fait une erreur majeure en proposant l’austérité par une erreur de calcul ! ».

Donc, oui, la Belgique a échappé à ça en étant sans gouvernement, ce qui est effectivement une chance. Il faut dire aussi que la Belgique est un pays extrêmement conservateur, c’est-à-dire qu’on ne change les choses qu’en dernière extrémité, et que ça donne au système une inertie qui parfois est dommageable quand il y a des poussées, je dirais, de modernisme, mais qui aussi protège le système quand on est dans des périodes justement de crise, parce qu’il y a une énorme résistance. Les questions linguistiques n’ont aucun effet sur ça. Il y a effectivement quelque chose de national en Belgique, qu’on trouve aussi un peu aux Pays-Bas, qui est cette espèce de sens… Je cherche le nom du personnage chez Flaubert qui représentait cette sorte de confiance dans l’évidence, évidence, bien entendu, tout à fait construite.

Vous posez la question du libéralisme. Il y a un malentendu total à propos de Adam Smith et de sa main invisible. Les grands économistes prix Nobel se sont réunis – si j’ai bon souvenir c’était en 2006 – ils se sont réunis à Kirkcaldy, qui est le lieu de naissance de M. Adam Smith, et ils s’étaient cotisés pour mettre un grand buste d’Adam Smith sur la place. M. Alan Greenspan qui à l’époque était encore à la tête de la Federal Reserve – la banque centrale américaine – a fait un splendide discours qu’on retient certainement parce que c’est un discours qui nous expliquait que toute crise d’ordre financier était impossible. On était en 2006. Ce monsieur n’était pas un imbécile – il n’est toujours pas un imbécile; il y vit toujours – mais c’est un Libertarien, comme on dit, radical. C’est quelqu’un qui est convaincu que la main invisible d’Adam Smith règle absolument tout. Quand il a été accusé – c’était dans les derniers jours du mois de septembre ou peut-être dans les premiers du mois d’octobre, juste après l’effondrement – quand il a été interpellé devant le sénat américain, il a fait une référence assez obscure au fait que les banquiers n’avaient pas suivi leur intérêt et qu’il n’aurait pas pu prévoir ça. C’était une référence à la main invisible d’Adam Smith qui dit la chose suivante : « Il ne faut pas demander au boucher, au brasseur, au boulanger de veiller tous à l’intérêt général. Ils veilleront à l’intérêt général bien plus sûrement en s’occupant – de manière assez égoïste – de leurs propres affaires »

À quoi répondait Adam Smith quand il a dit ça ? C’était une réflexion encore – il était Écossais mais, bien entendu, il circulait dans le cadre de la Grande-Bretagne à l’époque – c’était encore une contribution au grand débat qui durait depuis la révolution, la Révolution anglaise [1642-1651], la révolte contre le roi Charles 1er, dirigée par Olivier Cromwell. Que se passe-t-il ? Un général remplace la royauté, on se débarrasse ensuite [de son fils qui lui a succédé] et on ré-instaure la royauté [en 1660]. Alors, dans toute la période qui suit, grand débat en Grande-Bretagne : où faut-il mettre le seuil ? Où faut-il arrêter le pouvoir de l’État sur les citoyens pour respecter au mieux la liberté des citoyens individuels ? Donc, débat qui dure depuis pratiquement un siècle au moment où Adam Smith pose la question, donc, dans son livre majeur La richesse des nations publié en 1776, il répond toujours à cette question : que le roi ne s’occupe pas trop de la vie individuelle des citoyens. Le système va fonctionner de manière spontanée, bien mieux que si on réglait une société uniquement par injonctions venant du haut. M. Adam Smith, il faut bien le dire, c’est quelqu’un qu’on appellerait « de gauche » aujourd’hui : il fait des remarques extrêmement déplaisantes sur les patrons et est très très positif sur les ouvriers. Quand la révolution française éclate en France, il est l’un des rares en Grande-Bretagne à prendre parti officiellement pour la révolution française. Il meurt très rapidement – si j’ai bon souvenir, il meurt en 1790 ou 1791 [1790] – mais c’est quelqu’un qui se situerait maintenant à l’extrême gauche s’il fallait le situer. Quand les grands banquiers de Wall Street vont dévoiler un buste à son honneur à Kirkcaldy, dans sa ville natale, il y a là un énorme malentendu.

La question à laquelle il répondait, c’était celle de la Révolution anglaise. Ce n’était pas une réflexion sur le libéralisme ou même sur l’ultra-libéralisme qui conduit maintenant à dire que, à la limite, il faudrait que l’État ne s’occupe plus que d’une seule chose, c’est la propriété privée, et pour le reste, il faut laisser les initiatives aux individus. Vous savez que il y a en particulier des libertariens qui sont, je dirais, la forme ultime de l’ultra-libéralisme, des gens comme M. Rothbard aux États-Unis qui prônait que même la défense nationale soit assurée simplement par l’initiative individuelle : « S’il y a des gens qui ont de l’argent et qui veulent qu’on protège le pays, eh bien pourquoi ne le mettraient-ils pas là à la disposition ? » C’est la position qu’on appelait au début du XIXe siècle « l’État veilleur de nuit » : l’État doit s’occuper uniquement de veiller, peut-être même pas à la sécurité nationale, mais à la défense de la propriété.

Petite remarque : il n’y a pas qu’aux États-Unis, il n’y a pas qu’en Grande Bretagne. Vous vous souvenez qu’en 1789 – une révolution qui est à la fois populaire et bourgeoise – c’est un moment où une pensée fort anticléricale apparaît aussi dans la population. Beaucoup de prêtres sont réfractaires, il y a un grand courant anti-religieux dans la population à ce moment-là. On élimine toute réflexion en termes de religieux quand on écrit la Déclaration universelle des droits de l’homme et des citoyens, sauf dans l’article 17 où on écrit « la propriété étant un droit inviolable et sacré… » ! C’est-à-dire que ce mot qu’on refuse d’utiliser définitivement, on le réintroduit pour défendre autre chose, qui est la propriété privée. C’est la grande naissance du libéralisme, et quand on me parle, comme quand moi je reprends des choses à Robespierre, par exemple sa proposition dans son Discours sur les subsistances, pour la gratuité pour l’indispensable, et qu’on me critique comme M. Baverez – avec qui j’aurai une grande discussion après-demain, une fois de plus – qui m’est tombé dessus quand j’ai cité Robespierre : j’ai dit « Mais monsieur, n’oubliez pas que Robespierre c’est le grand défenseur des petites et moyennes entreprises, comme on dirait maintenant, et qu’on ne peut pas l’attaquer comme ça ! » voilà. Il faut re-situer toutes les choses dans leur contexte : les problématiques sont différentes à différentes époques. J’espère que j’ai répondu à votre question.

(à suivre…)

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34 réflexions sur « Saint-Etienne, Conférence de l’hôtel de ville : « Se débarrasser du capitalisme est une question de survie » (V) Libéralisme et ultralibéralisme »

  1. Il y a quelque temps on m’a offert et petit ouvrage intitulé « L’impossible Terreur », y figurent les discours de Robbespierre (et d’autres). Mon impression: un idéaliste aveugle, vivant dans l’abstrait, égomane. Il était convaincu que la Révolution c’était lui. Il était habité, dominé par un puissant sentiment d’insécurité – peut-être lié à sa personnalité (ca existe, ce type de personnalités), donc le danger était partout, omniprésent – et par conséquent la gouillotine l’était aussi.

  2. Si vous voulez voir une personne hors du commun , qui pense et parle juste sur l’essentiel , sans élever la voix mais dont la parole est d’une force incroyable , regardez et écoutez une bout de femme de 16 ans : Greta Thunberg .

    J’ ai peur pour elle qui porte le monde sur son dos .

    J’espère que toute la jeunesse saura l’accompagner sans se laisser polluer par le pouvoir d’achat , l’intelligence artificielle , le transhumanisme e, les pouvoirs et bassesses collectives .

      1. Je m’étais fait cette réflexion .

        La jeunesse française n’a pas été au rendez vous à Paris . La France est devenue la plus nullissime des nations .La lumière viendra d’ailleurs .

        Pourquoi un vieux finissant comme moi , se sent-il en affinité de cœur et de raison avec une étrange gamine suédoise , et pas avec ses compatriotes quelque soit la couleur de leur gilet ?

      2. Ceci dit , Jeanne d’Arc ( et peut être Greta , si on l’interrogeait sur le sujet ) , aurait répondu sur la question du billet que la parole de NSJC s’imposait non seulement aux puissants royaux , mais aussi aux marchands et donc au libéralisme .

        Si l’on pose que le libéralisme n’est possible que par la propriété , on est alors conduit à chercher ce que Jésus a bien pu raconter sur la propriété , et les réponses sont alors aléatoires .

        Si on se fie à la parabole du vigneron et des deniers , Jésus serait plutôt un économiste de l’école autrichienne , donc un libéral voire ultra-libéral : la vigne et son produit conduisent la décision et la rémunération plutôt que le vendangeur sujet .Le rapport de force économique prime sur la justice du travail .

        Si on se fie à l’affichage du détachement des biens matériels qui est le sien et celui des apôtres , on peut penser qu’il rejetait la propriété que les théologiens chrétiens ( tel Thomas d’Aquin ) se sont empressés de réintégrer dans le décor en inventant la propriété « nécessaire » et la propriété « superflue » ( pour l’aumône ) .

        Bref , du « nécessaire » et du « superflu » , non pas à recevoir ( comme on en parle maintenant ) par l’aval , mais à « fabriquer » par l’amont .

        Mais ça n’a pas convaincu tout le monde , et on peut se demander si la querelle sur la pauvreté conduite par les franciscains au 13 -ème siècle est close ( où l’on reparle de fraternité et de rasoir d’Ockham ) .

      3. @Juannessy
        « La jeunesse française n’a pas été au rendez-vous à Paris . »
        Et, d’après vous, pour quelle raison ?
        Est-ce parce qu’elle n’a pas encore saisi le sens de ce qui est tragique ?
        Les jeunes ne lisent-ils plus «Antigone» ?

      4. Jeanne d’Arc , Antigone ….

        J’ai vraiment peur pour Greta .

        Mais encore plus pour une jeunesse si vieille .

        Vivre pour consommer , ou vivre pour un idéal et une dignité humaine , il faut choisir . Ou mourir deux fois .

        Le capitalisme , le marché et le libéralisme ont enterré Antigone .

      5. Faut toujours se méfier quand c’est trop bien , j’y crois à moitié à cette belle histoire cousue de fil blanc , je me demande qui est derrière et qui manipule cette brave jeune fille

      6. Mais, mon cher Juannessy, « La jeunesse n’a pas d’âge. » Pablo Picasso
        ……….
        Aussi, je pense à une idée qui n’a peut-être pas été proposée parmi les nombreuses contributions de Place Publique, et qui d’une certaine manière pourrait répondre à votre dernier commentaire. Commentaire dans lequel vous critiquez un modèle de société qui cherche plus à « éclairer », pour ne pas dire éblouir l’individu-consommateur pour le rendre encore plus dépendant de l’argent, au lieu de véritablement l’informer, librement et indépendamment, des possibilités pour chacun(e) de s’émanciper par ses droits et devoirs. Comme si la volonté, la conscience, la responsabilité et la participation de chacun(e) en tant que « citoyen(ne) » relevait dorénavant du superflu, dans le cadre d’une société devenue hautement individualiste et technicisée. Ne faudrait-il pas alors accorder le droit de vote dès 16 ans ?
        A votre avis, Greta Thunberg serait-elle contre ?
        http://eclairs.fr/wp-content/uploads/2012/06/Droitdevote16ansPrixImpertinence.pdf

      7. @Bain :

        Je n’ai pas d’avis à sa place .

        Le mien, au delà du fait que les taux de participation sont assez faibles parmi les 18-25 ans , est que ça ne devrait pas bien modifié les équilibres actuels ( je ne connais pas trop mal que la sensibilité française ) .
        L’offre politique dans son entièreté ne me semble pas avoir de cadre capable de recevoir honnêtement un élan juvénile .

        De ma jeunesse , et de la jeunesse , je n’ai le souvenir positif ,et n’attend , que la détection sans filtres de l’essentiel pour garder un avenir . Et le montrer aux responsables adultes .

      8. Quel avis et l’avis de qui ?

        S’il s’agit de l’avis de la jeunesse , je crois venir d’écrire que la jeunesse n’a pas d’avis .

        Elle a l’intuition de la vie et l’exprime sans langage construit .

        Elle se trompe souvent quand elle conceptualise son élan . Les responsables se trompent toujours quand ils ne tiennent pas compte , avec la capacité de mesure d’importance dont ils sont dépositaires , du « sens » que manifeste la jeunesse . L’espèce humaine a besoin de tous ses vivants et ses morts pour survivre , comme le temps joue de ses quatre états .

        Le tragique est complexe à défaut d’être logique .

        Et encore plus tragique si la jeunesse n’est plus , ou plus qu’un carpe diem .

      9. Cependant, Juannessy, les jeunes (15-25 ans), dont la navigation mobile et numérique est continue, resteraient malheureusement assez mûrs pour consommer de plus en plus ; mais pas assez (mûrs), comme toujours, voire de moins en moins, pour se soucier vraiment de l’avis que pourrait avoir malgré tout un certain nombre d’entre eux sur leur avenir ?!!…
        Or, ces manifestations régulières pour le climat, ne seraient-elles pas d’une certaine manière, l’effet d’un autre « ressentiment », d’un fossé qui se creuse au sujet particulièrement de la notion d’urgence ?
        …Comme si le dissensus, produit par le ressentiment accumulé entre classes sociales (dont nous parle régulièrement Paul Jorion), venait à masquer cet autre possible ressentiment (entre les générations), et acte par lequel nos enfants nous jugeront sévèrement si les « adultes » qui nous dirigent ne font rien.

      10. Les 18 -25 ans votent déjà .

        Je me bornais à dire que rajouter une tranche de votants 16 ( 15 finalement ?… j’ai de la peine à suivre ) -18 ans ne me semblait pas devoir « peser » sur les décisions radicales nécessaires , même si on peut remarquer que (signe des temps ) il est plus « évident » d’obtenir son permis de conduire à cet âge là que son permis de voter .

        La bagarre entre générations a toujours existé et elle est nécessaire …. pour éviter le conservatisme et la sclérose .

        Le fait civilisationnel , c’est que le conservatisme est en voie de signifier fin de l’humanité . Cette conviction est celle de pas mal d’individus de toutes générations ( dont une qui a déjà disparu ).

        Mon étonnement est que la jeunesse (française ?) soit anesthésiée et vieille au point de ne pas voir que c’est d’elle et de sa survie qu’elle devrait se soucier d’urgence , pas de parcours sup ou du pouvoir d’achat des gilets de toutes couleurs .

        Ou alors le Giec a tout faux ; ou la jeunesse s’en fout et danse sur le pont .

        Le tragique n’est sensible qu’à des individus de toutes générations , et les premières poutres qui s’écroulent n’affolent encore pas une masse significative .

        Les votes utiles ne commenceront que lorsque les morts ne seront pas qu’en Méditerranée .

        Pas sur qu’on aura encore la parade opérationnelle à ce moment là .

      11. « Mon étonnement est que la jeunesse (française ?) soit anesthésiée et vieille au point de ne pas voir que c’est d’elle et de sa survie qu’elle devrait se soucier d’urgence »
        Et voilà bien la raison pour laquelle – mais apparemment, vous n’y croyez pas du tout – je vous posais la question : donner le droit de vote aux 16–18 ans serait une incitation possible (parmi d’autres), pour passer davantage à l’action, en apportant une dynamique motivationnelle citoyenne à cette jeunesse, qui serait à la mesure de l’urgence, et face aux nombreuses sollicitations marchandes qui l’assaille à peu près partout. À moins que vous ne pensiez à un Service Civique universel obligatoire ?

      12. Je ne regrettais pas un manque de motivation « citoyenne » .

        Je suis alarmé par une « simple » ablation de l’instinct de survie dont on aurait pu croire qu’elle soit réservée aux générations obnubilées par « la vie active » .

        Si même la jeunesse perd l’instinct , il est vraiment temps de se débarrasser du capitalisme .

      13. ”Pourquoi un vieux finissant comme moi , se sent-il en affinité de cœur et de raison avec une étrange gamine suédoise , et pas avec ses compatriotes quelque soit la couleur de leur gilet““

        N’est-ce pas parce que la jeunesse représente une sorte de pureté, que par définition les gilets colorés n’auront jamais à vos yeux ? N’est-ce pas une votre difficulté à appréhender le social dans toute son épaisseur ?
        Je ne dis pas cela pour dévaloriser Greta, au contraire, car elle est la preuve vivante que c’est dans et avec toute sa diversité que l’humanité peut se sauver d’elle-même (merci à Timiota pour son commentaire), mais enfin, que ne voyons-nous pas que ce qui est souhaitable, digne d’encouragement c’est que convergent Greta et les Gilets. Au lieu de dénigrer en bloc les gilets à la moindre occasion, n’eut-il pas été plus sage de relever, encourager cet élan qui poussent des hommes et des femmes à refuser la misère sociale et même voir plus loin. La dernière manif’ c’est passée dans le calme à Paris, le nombre des manifestants s’est même accru, et il y avait cette banderole « fin de mois difficiles, fin du monde, même combat. » Que vous faut-il de plus ?

      14. @PYD :

        Je ne dénigre personne ( ou presque ) .

        Je ne sais pas encore clairement ce que représente les gilets jaunes qui ont tant de mal à être d’accord entre eux , mais je sais depuis longtemps ce que représente la jeunesse .

        Et je préfèrerais , et de loin , que ce soit les gilets jaunes qui rejoignent la jeunesse dans ce qu’elle a d’irréfléchi et de vital , et les forces plus assises dans ce qu’elles ont de structuré et d’opérationnel .

        50 000 manifestants , ou même 100 000 chaque semaine pendant 10 ans ne font pas action politique fondamentale et inscrite dans le réel .

        Des millions de jeunes et des centaines de milliers de militants au quotidien , si .

      15. @Bain :

        Je ne sais pas si c’est le « défi le plus grand » , mais c’est une condition nécessaire , et elle ne concerne pas que les
         » générations » .

      16. @Bain :

        J’ai bien compris dans quel sens vous reprenez  » la jeunesse n’est qu’un mot » , mais je relativiserais un peu cette enthousiaste affirmation qui flatte les vieux qui se sentent jeunes dans la tête , en notant cependant que les élans jeunes sont largement plus massifs chez les  » vrais jeunes » , et que la jeunesse de tête est quand même bien mieux entretenue et alimentée par la jeunesse de corps !

    1. Merci Juanessy ! (et Paul Jorion)

      « regardez et écoutez une bout de femme de 16 ans : Greta Thunberg  »

      De nous avoir offert ce joli cadeau si réconfortant.
      Merci la jeunesse ! l’humanité n’est pas foutue ! Vous êtes « l’humanité qui peut ». Nous les « vieux  » (pas moi…) on s’est perdu en route. Je côtoie bcp la jeunesse et nous échangeons souvent, ces petits jeunes sont plus solidaires que nombreux parmi nous ont su l’être, quand bien même cette jeunesse ne se lève pas spontanément pour laisser une place dans le tram ou le métro aux personnes âgées ; suffit de leur demander simplement quand on n’est pas très en forme, un petit sourire échangé et hop! ils nous laissent leur place volontiers. L’occasion de se parler. Cool Raoul ! Ils se compliquent moins la vie….l

      1. D’ailleurs regardez comme il y a des vieux (ou des encore jeunes/vieux comme Macron) se voulant si « sécuritaires » et « protecteurs » de notre « santé » qu’il faut à présent à un feu orange, outre en un clin d’œil bien regarder derrière, en une fraction de seconde observer les piétons pour déterminer leur profit psychologique et deviner sans risquer un PV qui risquerait de traverser la rue sans regarder…….. Combien ont été flashés parmi vous ? (pas moi, je n’ai plus de voiture)
        Merci la jeunesse de ne pas être aussi conne et de parler vrai.

  3. @ Juannessy
    Sa petite chance en plus est peut-être son « trait Asperger » :
    Moins d’influence émotionnelle, plus de ténacité directe et sans ambage, on fait ce qu’il faut, « by-the-book », dans une logique épurée telle qu’elle est écrite quelque part, et nullement tenté par le pouvoir en tant que pouvoir sur les autres. Tenir à sa « fixette », dans les termes péjoratifs usuels, est retournée en une qualité au lieu d’un défaut.

  4. Ah là là ! la li la lère comme vous me faites du bien ! Je vous retrouve tel que je vous ai « découvert » en 2004 (en extrait seulement, je lis rarement des livres entiers quand ils sont « explication de texte », quelques phrases piochées par ci par là me suffisent et tant pis si elles sortent d’un contexte trop logique pour moi, qui suis hélas trop logique moi-même). Comme vous m’avez plu ! Avec votre humour en prime.

    Je me suis plus intéressée à l’économie (comme une petite abeille butinant et pas mégalo ) grâce à Adam Smith que j’aime bcp (du « feeling » entre moi et lui – pas entre lui et moi hélas- ).
    Robespierre je ne l’aime pas vraiment, je trouve qu’il n’a pas bien compris les pauvres de son époque ; pour un défenseur des pauvres, ça la fout mal. Pour moi, il était une sorte de « dame patronnesse » du XXe du temps de la prohibition ; mais au « masculin » de son époque, un peu trop rigide à mon goût comme ces patronnesses ; bourgeois plus qu’avec particule, et sans sensibilité émotive en se voulant trop lucide. Me plait pas. D’ailleurs il a été décapité, c’est dire !
    Voyez, je suis votre conseil, je resitue dans le contexte, mais à ma manière, à la volette* : qui voit trouble mais loin devant et loin derrière.
    *Il me reste encore un peu de primitivité et j’en suis fière, je reste encore un peu une chimpanzé(e) ma cousine (suis sauvée !).

    Comme vous me faites en cadeau ce que vous avez étudié, je vous offre en retour ce que je pense :

    Quant au titre de la conférence : « Se débarrasser du capitalisme est une question de survie ».

    Vous voulez vous couper les pieds ou quoi ??? Ou redevenir chasseur-cueilleur (écolo) ?

    Sans longue-vue ni stéthoscope, j’ai vu le « capitalisme protozoaire », bien au delà de Marx . Ne cherchez pas sur Wikipédia, il n’a pas encore été inventé (je suis peut-être une voyante qui s’ignore, allez savoir)
    Comme vous ne pouvez avoir le temps de lire tous les commentaires (bouh!) je vais rechercher pour vous ce que j’ai écrit à ma manière (puisqu’il me faut mettre des mots censeurs à ce que je ressens) :

    (Ouf! je suis allée chercher loin dans l’accumulation des billets et articles)
    Dans « où en sommes-nous ? »:

     » Venons-en aux sources du capitalisme (« origine » très personnelle )
    Je reviens très longtemps en arrière, très loin dans l’histoire des civilisations quand il ne pouvait encore être nommé.
    Dès lors que nos ancêtres homo-sapiens se sont sédentarisés, ils ont inventé la culture et l’élevage (ce qui d’ailleurs est commun à certaines sociétés d’insectes). Lesquels « culture & élevage » constituant des réserves permettant de se prémunir des impondérables (« réserve économique » ou épargne) et profitant à la communauté sans laquelle ils n’auraient pu se sédentariser. Déjà alors celui ou ceux qui avaient le pouvoir sur le groupe (comme dans toute société animale) se servaient les premiers, puis le partage se faisait selon sa hiérarchie . les derniers n’ayant que les racines ou les os à ronger. Encore fallait-il que ces réserves soient suffisantes et ne risquent aucun péril (climatiques, guerres et recels entre tributs … etc.)
    Très vite ensuite pour pallier à ces périls, le progrès aidant, ils pratiquèrent des greffes (quant à la culture) et sélectionnèrent les étalons reproducteurs (quant à l’élevage), soit : « multiplication miraculeuse des petits pains » (selon les évangiles), « miraculeuse » donc hypothétique (spéculation)
    Personnellement je le nommerais « capitalisme protozoaire ».  »

    Je suis allée trop vite quand j’ai écrit cela, j’ai oublié de préciser avant « spéculation » ( j’ai fait venir Jésus Christ bien trop tôt) :

    j’ajoute mon oubli : « puis réserves (épargne) devenant plus abondantes que besoins, ils échangèrent leur excédant contre celui d’autres tributs ce qu’ils ne pouvaient pas produire (commerce). Et ils se méfièrent moins de ces « autres qu’eux » pour pouvoir dormir dans un abri douillet. »

    Perso, ce n’est pas le « capitalisme » que je préfère détruire mais le « Christ faiseur de miracles » pour ne garder que Jésus ( cf un de mes commentaires à :  » Les deux manières d’être un Homme pour un fils »: J’y « parle » plus que j’écris sur près de la moitié des com. = un livre ! vous m’aviez inspirée).

    Quant à la spéculation, peut-être faudrait-il y mettre de la vertu, il serait temps ; parce que comment créer une entreprise sans fonds financiers ? N’est pas philanthrope qui n’en a pas les moyens, d’où : prêt contre intérêts. Mieux vaut relire Smith, vous avez raison de le rappeler.
    Refaire du troc diraient certains ?! Si idéalisé par quelques trop sensibles alors que tant de son époque (avant la monnaie) s’y sont laissés duper. Ah non ! préfère la monnaie sonnante et trébuchante bien que me servant de ma carte visa. Mais il est vrai que mes comptes à moi, qui ne suis pas spéculatrice vorace, sont très vite faits.

    Mais bon, le monde est ainsi fait, il y en a toujours de trop fragiles pour se faire manger et d’autres trop puissants pour se gaver jusqu’à n’être plus que des cannibales pervertis.

    1. « Mais bon, le monde est ainsi fait, il y en a toujours de trop fragiles pour se faire manger et d’autres trop puissants pour se gaver jusqu’à n’être plus que des cannibales pervertis. »

      ‘Philosophie’ de bazar éminemment dispensable.

      Y’arrive souvent un moment où la plus profonde des réflexions se conclue par une observation confondante de nullité. Je dis nullité , et non véracité contestable.

      J’ai l’impression -et là je vous fais un procès d’intention- que si on était sur un site libertarien, votre conclusion aurait été « comme Darwin l’a si bien démontré : le plus fort triomphe du plus faible. »

      Apparté : J’ai pris ce parti de procès d’intention pour avoir l’occasion de vous faire rire, avec beaucoup d’autre je l’espère. Mon espoir le plus profond serait d’y associer JduCac4o, qui semble renaître…

      Donc disons le franchement, ce Darwinisme de pacotille est une tautologie, plus que stupide. A-t-on jamais observé que dans une lutte de longue durée mettant en jeu toutes les ressources de l’organisme, le plus faible triomphe ? D’abord il est plus simple d’attendre la fin de la lutte pour déterminer fort et faible. Ainsi pas d’erreur.

      Il est évident que la théorie de Darwin est infiniment plus complexe et subtile que cette conclusion ne le laisse penser. Originellement, elle visait l’évolution à très long terme des espèces. Mais elle a fait les délices des tenants du darwinisme sociale qui l’ont étendue sans sourciller à la société considérée comme une culture de bactéries en boite de Pétri.

      Je crois que quand une classe (marxiste la classe, inclus le niveau culturel) s’accroche à une tautologie aussi lamentable parce qu’elle les justifie si bien, le croient-ils, il y a percolation et adéquation entre l’homme et l’idée : nullité égale de part et d’autre, infra-humain dans les perspectives d’évolution etc. Sont destinés à crever le cœur sec, l’âme ravagée et dément de la tronche, peut-être pas tout ensemble. Tout? C’est là qu’on rit.

      Il faut rappeler avec force – et j’en reviens à votre phrase mise en exergue, qualifiée de ‘Philosophie’ de bazar- qu’être humain et l’humanité c’est d’abord l’entr’aide , l’appui mutuel, la solidarité. Générosité ? C’est déjà beaucoup mais on peut essayer.

      Donc, par mesure d’hygiène perso tout ce qui peut rappeler le très bas niveau de réflexion des libertariens ou autres individualistes systémiques doit être banni. Et c’est difficile tant ils nous imprègnent de leur facilité. Les portes ouvertes sont si tentantes.

      1. @ daniel 23 FEVRIER 2019 A 19 H 10 MIN

        « Apparté : J’ai pris ce parti de procès d’intention pour avoir l’occasion de vous faire rire, avec beaucoup d’autre je l’espère. Mon espoir le plus profond serait d’y associer JduCac4o, qui semble renaître… »

        Grand bien vous fasse ! Vous m’avez fait sourire.

  5. Daniel

    Oui vous m’avez fait rire rassurez-vous (pas « jaune, pas bon pour le teint).
    Je n’avais pas réalisé que je faisais du darwinisme . Merci de me l’apprendre (surtout que Darwin est plutôt contesté en ce moment, ça la fout mal pour moi).

     » l’humanité c’est d’abord l’entr’aide , l’appui mutuel, la solidarité. Générosité ? C’est déjà beaucoup mais on peut essayer » :
    Pour moi, notre « homonité » (darwiniste) ce n’est pas de la « générosité » mais de l’égoïsme ou de la survie de l’espèce. Et notre « humanité », c’est ce que nous ont permis les « religions/philosophes » (nous en avons déjà discuté) et c’est tant mieux malgré les très diverses interprétations manipulatrices que les pouvoirs « supérieurs » en ont fait. Mais…. question que je me pose souvent : Peut-on échapper vraiment à notre « homonidé » ? Je suis un tantinet sceptique. Pas vraiment de réponse. Et si j’admets que l’idéal peut nous faire avancer quitte à en perdre la tête jusqu’à la folie, je préfère mes pieds sur terre. M’y sens mieux. Cela ne m’a jamais empêchée d’être généreuse, que je fus moitié bourgeoise/moitié prolo par ma naissance, puis dans la dèche bohème, puis petite française moyenne, puis riche, puis fffuit au fond du gouffre très pauvre, puis enfin modeste sereine. Ouh là là !
    Je suis consciente de ma « philosophie de bazar » tout à fait dispensable évidemment (pour moi elle est plutôt dispendieuse). Je suis une sorte de « bourgeoise gentil-Homère » en quelque sorte.
    D’ailleurs tiens, je vais vous faire un petit cadeau, surtout pas pour vous offenser et encore moins vous insulter :

    Extrait de « Morales de Jaja » (tapuscrit envoyé en 98 comme étant pour moi « l’insulte suprême » à l’Assemblée nationale, le pouvoir en place … etc.)

    Mode d’emploi de la vie.

    Attention, âmes sérieuses s’abstenir, petite niaiserie chatouilleuse ou gratouilleuse.

    « Manger quand on a faim. Boire quand on a soif. Se reposer quand on est fatigué. S’activer quand on a la bougeotte. Faire l’amour quand on aime. Regarder quand on voit. Écouter quand on entend. Se rassurer quand on a peur. Se soulager quand on a mal. Donner quand on a trop. Recevoir quand on n’a pas assez. Aller vers les autres quand on se sent seul. S’exprimer quand on a à dire. S’isoler quand on a besoin de silence. …. etc. »(c’est un peu long…)
    (Pour finir  la liste : )
    «  Se faire aider quand on est incapable. Échanger quand on veut vivre en société. Et tout ça tout ça, quand on veut la paix.
    Mais des choses si simples n’ont pas besoin d’être rappelées ! Pffff ! Tout le monde le sait ! Ce n’est bon que pour les enfants…
    Alors parce qu’on est adulte, on préfère parler de philosophie pour comprendre plus, on préfère parler de science pour pouvoir plus, on préfère parler de politique pour décider plus, on préfère parler de religion pour être plus…
    Et à force, à force, à force de ne plus se dire des choses si évidentes, on finit par les oublier.
    Et pendant qu’on parle de philosophie, qu’on parle de science, qu’on parle de politique ou de religion, blablabla… blablabla…
    on bouffe sans avoir faim, on boit sans avoir soif, on se repose sans être fatigué, on agit sans avoir à faire, on baise sans aimer, on a peur sans savoir de quoi, on se soulage sans avoir mal, …etc ….etc.
    Et on devient moins à force de vouloir plus parce qu’on ne sait plus vivre.
    Alors on est si mal qu’on répète des mots pour essayer de s’en convaincre :
    Convivialité ? Démocratie ? Solidarité ?
    Et on cherche… on cherche…. On cherche là, on cherche ailleurs, mais scrogneugneu comment on fait ??? Au secours ! Cherche papa pour me le dire ! Me suis perdu…
    Tiens ! J’ai une idée :
    Puisqu’on a les moyens de faire et qu’on sait bien parler à présent qu’on est grand, si on se répétait les choses les plus simples ?
    Vous savez ? Ces choses puériles qu’on n’ose plus se dire parce qu’elles sont si…. évidentes :
    Mode d’emploi de la vie :
    Manger quand on a faim, boire quand on on a soif…….

    Morale : Peut-être qu’il faut rester enfant pour devenir adulte et non de l’adulte, redevenir enfant…
    Et alors on saurait ! Jaja »

    (ça m’a coûtée ! Oublié de manger…. Je blablablate….)

    Clin d’oeil amical.

      1. Salut Juanessy !
        Tiens ! j’ai échangé quelques mots dans le tram hier avec des kurdes. Aucune gâchette. C’était plutôt sympa.

    1. @ Jac : Merci. J’vais essayer, comme d’hab, je ne garantis rien.
      @ JduCac40 : Pas réveillé ? Le billard indirect n’inspire pas ? J’aurais tenté… sans finesse, c’est vrai.
      @ Juan : Va bene ?

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