Les ravages du business as usual

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Le débat fait rage sur les vraies nouvelles et les fake news, sur la censure qu’exercent, à l’occasion ou par habitude, des patrons de presse richissimes sur leur empire, ou sur l’autocensure que s’infligent les journalistes de peur de perdre leur boulot dans un contexte de naufrage de la presse écrite.

« Quelqu’un s’est-il préoccupé de la perte en valeur ajoutée ? », avais-je demandé quand la suppression du supplément Économie du journal Le Monde – pour réduction hélas inévitable des coûts ! – avait conduit le mois dernier à la suppression de ma chronique mensuelle. La réponse fut – accrochez-vous bien – Non !

C’est à juste titre que le sensationnalisme a mauvaise presse  : il a toujours constitué l’ordinaire de la presse de caniveau cherchant à faire vendre à n’importe quel prix. « Comment j’ai découvert que mon mari était non seulement extraterrestre mais aussi homosexuel », affiche ainsi le National Enquirer, honte de la profession, organe de presse qui fournit un soutien capital à Donald Trump durant sa campagne électorale par une combinaison de moyen légaux et illégaux, comme plus personne ne l’ignore.

Mais l’inverse du sensationnalisme, le lénifiant business as usual n’est pas moins toxique. Ce qui m’y fait penser c’est de lire ce soir les titres de la presse française, britannique et américaine, trahissant tous aux yeux d’un observateur modérément attentif, l’effondrement simultané de ces trois sociétés, formulés dans chacun de ces pays sur le ton soporifique de l’inoffensif et routinier chiens écrasés.

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8 réflexions sur « Les ravages du business as usual »

  1. Quand le supplément quotidien économie du Monde a été créé, c’était par pure démarche de marketing envers les jeunes, futurs prescripteurs d’abonnement, futurs lecteurs… Quatre pages de honteux bavardage qui nous ont confirmé la « perte de valeur » de notre achat épisodique, abandonné depuis. Vous n’y étiez pas encore chroniqueur…
    Lisez nos journaux belges « sérieux » (bourgeois), vous avez la victoire à Paris-Roubaix, le scandale de l’arrêt du match du Standard car les spectateurs n’ont pas pu être assez fouillés. Chacun ses chats écrasés.
    Et la vision people de la vie de reclus de Assange (avec aussi un édito au vitriol contre lui qui a communiqué en direct avec le public sans le filtre des journaux d’abord partenaires, un scandale pour eux). Une démarche de tous les journaux dans le genre presse de caniveau, pour ne pas défendre un organisme de presse des lanceurs d’alerte qui a nourri si bien les journaux, c’est spécialement odieux.
    Et des tas de fausses promesses liées à la campagne électorale belge (trois scrutins), sans que le journal ne le signale, prenant tout au sérieux.
    D’un autre côté, nous sommes trop en attente. En attente de l’événement qui confirmera nos craintes de délitement des sociétés et d’effondrement de l’humanité. Et cela, les journaux ne l’offriront pas comme cela de toute façon, il faut rassurer le public, édulcorer les news. Ainsi du Brexit. C’est l’effondrement d’un consensus national en UK et les médias ne font qu’entretenir le feuilleton.
    Quand le pire sera là, qui accuseront-ils de déni, de manque d’anticipation ? Mauvaise question : qu’attendons-nous ? un meilleur média, pourquoi faire ?
    Bien sur c’est pour cela que nous lisons le blog de Paul Jorion.
    Hélas pourtant, on parle aujourd’hui du parti d’opposition « PS/Place publique ». Juste une nuance ?

    1. Chabian
      Et oui, le monde médiatique est devenu vulgaire, car c’est ainsi que je qualifie ce que vous décrivez avec justesse. Vulgaire étant pour moi une manière de présenter sans rien dire, faire semblant, montrer faux.
      Pas avec nuance, sans nuance au contraire, comme une aguicheuse vulgaire se maquille à outrance avec pleins de couleurs vives pour faire croire qu’elle peut offrir l’apothéose, alors qu’elle ne fait qu’exciter les sens les plus primaires et les assouvir d’un jet en un simple râle. Vulgaire.

      J’avais déjà constaté cela après avoir écrit nombreuses lettres pour dénoncer, avec la plus grande sincérité, tous les malaises et mal-être de notre société que j’avais constatés dès fin 90 ainsi que ses dysfonctionnements, sans faire réagir (à part une fois). C’est alors que j’ai commencé à faire « la folle du Roi », mêlant vulgarité comme il sied dans un monde vulgaire pour être plus entendue, à poèmes ou réflexions authentiques et suggestions le plus étudié qu’il me fut possible => bien plus de réactions.

      Ex. ci-dessous concernant les journaux télévisuels aux heures de grande écoute, lesquels je considère ayant « formaté » les téléspectateurs à voir et entendre sans comprendre, passifs, indifférents, mûrs ensuite pour les télé-réalités les plus obscènes ou top shows ramenant tout à la pire bassesse qui font les choux gras des chaînes TV. Lettre (forme vulgaire) incluse ensuite dans « les morales de Jaja » :

      ET SCLHUP ! ET CROC CROC ! ET MIAM MIAM !

      Il y a des jours comme ça où on entend une information à la télé, pendant qu’on déguste tranquillement la bonne soupe de barraquets aux coustélous de Mamie Denise et qu’on se régale comme des princes, en pleine paix, en pleine convivialité, en pleine fondamentale osmose familiale, en pleine unification génitrice d’harmonie… comme on reçoit une baffe.
      Tout simplement parce qu’on profite de cette réunion pacifique pour garder ensemble un regard sur le monde qui nous entoure, sans esprit d’animosité qui voile les clairvoyances et, dans ce climat de sérénité, sans méfiance. La nourriture du corps et de l’esprit, amen. Et parce que les informations télévisuelles se diffusent aux heures des repas, moment propice des chaînes pour obtenir un taux audimat maximum (si on ne mange pas bien sûr à l’heure des jeux bien débiles qui nous encouragent à demeurer des enfants gâteux franchouillards et rigolards qui s’amusent de tout et surtout, de rien…).
      C’est ainsi que les informations nous font surfer allègrement d’une plage au mois d’août où des corps s’affalent sous la flemme, à un atelier encore au travail où une ouvrière s‘égosille devant un micro compatissant sur ses amères revendications, à un bord d’autoroute où la chair humaine se mêle à la tôle de la machine dans un magma de sang, de carburant et de cambouis, à une scène festivale où des comédiens déguisés comme au carnaval gesticulent en clamant des être ou ne pas être, à une cour austère de justice où un avocat sans robe essaie de défendre un pédophile ou un criminel de guerre… tout cela pêle-mêle sous nos schhhlup, sous nos croc croc, sous nos miam miam, sous nos rôttt (- « pardon – ce n’est rien »)… Et avant qu’on ait pu réfléchir un tantinet à ce que nous suggèrent ces images accélérées comme des flashs clignotants, avant qu’on ait le temps de s’émouvoir, de réagir ou d’engager une discussion (« chut ! j’entends pas la suite »)… vlan !!!… on reçoit une baffe grosse comme ça en découvrant des corps décharnés d’enfants collés au squelette de leurs parents, au regard chargé d’une souffrance si lourde qu’elle nous échappe.
      Et les barraquets succulents deviennent tout à coup un nœud de vipères rongeant nos intestins…
      Saisis d’une émotion violente devant l’horreur soudaine, les commentaires coulant visqueusement sur notre torpeur hermétique en nous laissant saisir quelques mots comme guerre, famine sans que l’on puisse comprendre, la confusion s’installe dans notre esprit, dans notre estomac, au point que l’inacceptable devienne vomissure.
      Mais ce qui devrait ébranler nos indifférences et notre égoïsme pour nous permettre de nous construire par notre droit de savoir, nous démolit tant du plus vif de nos émotions que se met en branle notre instinct de survie et vite, vite, on passe à autre chose pour ne pas être atteint par la haine révolte. Et schhhlup, et croc croc, et miam miam… La vie continue avec, juste là au creux du ventre, un goût qui nous rappelle dans notre subconscient que nous, honteux, coupables, on a l’assiette pleine.
      Mais c’était quoi déjà ce qu’il voulait dire ce reportage ? Guerre ? Famine ? Crime ? Barbarie ? Pourquoi ? Comment ? Et nous, on y peut quoi ? Un chèque à envoyer ?!
      « Y en a marre ! On nous demande toujours des sous quand il a fallu trimer pour cueillir les barraquets qu’on a dans notre assiette… »

      Morale : Quand tu as quelque chose à dire, dis-le au moment où tu pourras le mieux être compris et pas seulement entendu ; et ARTICULE ! Sinon ferme ta gueule : « Qu’est-ce que je t’ai fait moi oh ??? Pourquoi tu m’agresses ??? »

  2. La presse est vide de sens actuellement. Body double.
    L information pleut pourtant. ..inonde et la vérité s estompe sous le nombre de fake news…Le temps de vérifier et déjà le doute à fait son travail de sape. Je me suis désabonne du Monde.
    Je souhaite la candidature de Paul Jorion aux européennes.

  3. Mais vous n’y êtes pas du tout !
    L’événement c’est Game of Thrones !
    Combien de fans, de spectateurs, de streamings, de téléchagrgements illégaux, d’ARGENT…
    Triste époque

    1. Le bon peuple veut avant tout de la distraction. Un nombre restreint de gens s’informent et ils savent où s’informer, car des sources fiables existent. En ce qui me concerne, mes infos en matière politique, économique et culturelle proviennent très souvent d ‘une première source. Il est vrai que une large partie de la presse est dirigée par des intérêts, par des gens qui payent pour influencer le public. Le bon peuple dans sa majorité ne semble pas se rendre compte que le monde est un train de se diviser selon l’ancien schéma « have and have-nots », et cela peut-être en projection durable. C’est la raison pour laquelle il sera interessant d’écouter Macron demain soir.

  4. Bonjour à tous,

    La volonté de faire bouger les institutions de l’intérieur !
    La gageure est ici encore si bien illustrée!
    Les chaires, les lignes éditoriales, les sièges d’assemblées,
    Ne sont que des tremplins compromettants et flatteurs.
    Et celui qui ne le veut entendre en s’y asseyant,
    S’expose à quelques beaux vols planés.
    Mais tomber avec panache n’est pas vraiment voler,
    Et l’assistance fidèle se lassera un jour,
    D’assister encore à de vaines et savantes cabrioles,
    Quand elle se terminent chaque fois de la même façon.
    Ne serait-il pas temps d’agir par l’extérieur,
    Au moyen de projectiles moins précieux,
    Surtout pour celui qui les tire…
    Lançons de Paul Jorion, seulement les idées,
    Et dissuadons leur auteur de s’asseoir, pour les défendre,
    Sur des chars fleuris cachant de vieilles catapultes!
    Beaucoup parmi nous pourront construire, ici même,
    Des estrades plus hautes, plus larges et plus amicales,
    Que les luxueuses tribunes des vieux discours pétrifiés.

    Eric.

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