Réforme ou révolution ?, le 28 juin 2019 – Retranscription

Retranscription de Réforme ou révolution, le 28 juin 2019. Ouvert aux commentaires.

Bonjour, nous sommes le vendredi 28 juin 2019 et j’ai réfléchi au titre que je pourrais donner à ma petite causerie. Il y a trois titres possibles. Le premier est « De l’influence que l’on peut avoir sur le cours des choses ». C’est un peu long. Ce n’est sans doute pas ça que je vais retenir. Le deuxième auquel j’ai pensé, c’est « Pourquoi le MEDEF invite-t-il Mme Marion Maréchal plutôt que M. Paul Jorion ? » et le troisième, c’est « Réforme ou révolution ? ». Les trois titres, en fait, vous allez le voir, renvoient exactement à la même chose. Je vais sans doute prendre le plus court parce que vous le savez, sur YouTube, on n’a pas beaucoup de place pour mettre le titre alors je vais mettre « Réforme ou révolution ? ». En plus, ça paraîtra moins sibyllin, moins à interpréter ou à déchiffrer, que les deux autres.

Je vais commencer par le premier thème, la première façon d’aborder les choses : « Quelle influence peut-on avoir sur le cours des choses ? », du fait que j’ai une expérience maintenant de 12 ans. Il y a 11 ans – 12 ans si on pense au fait qu’il y a un certain nombre de gens qui se sont rendu compte que la crise des subprimes commençait en 2007, 11 ans pour ceux qui ont attendu l’écroulement final de septembre 2008 pour se convaincre qu’il y avait un problème dans la finance.

La presse financière a daté le début de la crise, comme moi-même quand j’ai commencé le blog, en février 2007. D’ailleurs, moi, travaillant pour la plus grosse boîte qui faisait du subprime et s’appelait Countrywide aux Etats-Unis, j’ai été licencié en octobre 2007, avant même Bear Stearns au mois de mars 2008, avant Lehman Brothers en septembre 2008. L’effondrement à l’intérieur de ce secteur, il a eu lieu tout au cours de l’année 2007.

Quand j’ai été licencié en octobre 2007, vous pouvez trouver ça sur le blog, j’ai raconté tout ça en direct, j’ai été licencié en même temps que 30 % de la firme pour laquelle je travaillais, ce qui n’était pas gênant du tout parce qu’il y avait déjà plusieurs mois que l’on ne faisait plus rien. Pourquoi ? Parce que, comme je l’expliquais à l’époque, nos patrons étaient en train de constituer, de construire des radeaux pour eux-mêmes. Ils ne venaient plus aux réunions où ils nous avaient conviés. Ils étaient aux abonnés absents. Donc, on pouvait enlever 30 % de la main d’œuvre.

On a commencé par les emmerdeurs, ce qui est de bonne guerre, mais les autres ont suivi, ceux qui n’avaient jamais moufté sont partis 3 mois plus tard. Tout ça, le récit des évènements, vous le trouverez sur le blog et dans les livres que j’ai écrits au fur et à mesure, en particulier sur cet effondrement de jour en jour dans les deux bouquins qui s’appellent « L’implosion » et « La crise ». Et, je vois qu’ils continuent – parce que j’ai reçu les droits d’auteur au mois de juin – à se vendre. Ça continue à vous intéresser.

Qu’est-ce qu’il s’est passé après ? J’avais annoncé la crise dans un livre de 250 pages donc c’est quand même assez détaillé. Nous étions 3 (appelons les choses par leur nom) à avoir expliqué de manière un peu détaillée qu’il y aurait une crise, où elle aurait lieu et comment ça se passerait. Il y avait M. Nouriel Roubini, un américano-iranien, et il y avait M. [Wynne] Godley, un Britannique qui, malheureusement, était malade et qui est mort peu de temps après. Et dans le monde francophone, il y avait moi-même. J’ai raconté aussi tout ça à l’époque.

À ce moment-là, en 2007-2008, il y a M. Attali, qui est la personne qui avait – le seul – lu ça à l’époque, qui avait lu mon manuscrit et au lieu de dire : « Ce type rêve parce qu’il parle d’une crise du capitalisme américain. Il n’y a rien du tout de ce genre-là ! », M. Attali avait lu ça et avait dit : « Oh là ! Oui, ça confirme de manière détaillée, avec des éléments, des données, des data, ce dont j’avais l’intuition ».

Il a commencé à en parler dans ses chroniques et à cette époque-là, il a eu ce geste d’écrire à 6 écoles de commerce et facultés d’économie en disant : « Il faut absolument que vous recrutiez ce gars-là ! ». S’adressant à moi, il a dit : « Vous allez voir, on va se battre pour que vous veniez enseigner dans les facultés d’économie ou dans les écoles de commerce ! ». Et, ça ne s’est pas passé comme ça. Il a reçu une réponse à ses 6 lettres. Les 5 autres l’ont tout simplement ignoré. La lettre de réponse a dit : « Non, malheureusement, ce n’est pas possible ».

Par la suite, j’ai été reconnu, si pas par les experts et les spécialistes, par le public, comme quelqu’un qui avait prévu la crise, qui avait expliqué comment ça allait se passer et dont l’explication était convaincante. Oui, c’était bien de la manière dont je l’avais dit que les choses se sont passées. Les rapports causaux, disant ceci va entraîner cela et cela va entraîner cela, ce que l’on a pu constater était bien ce que j’avais expliqué.

J’ai commencé à publier des livres, en particulier un recueil avec tout ce que j’avais déjà expliqué dans des articles sur la formation des prix. Ça a fait un livre qui s’appelait « Le prix », qui a été publié en 2010. D’autres choses ont paru et les gens ont dit : « Voilà ! Non seulement il avait prévu ça mais ce n’est pas un prophète, il n’avait pas lu ça dans le marc de café. Il avait des explications. Il a une théorie alternative ».

Par la suite, j’ai fait un livre qui s’appelle « Penser tout haut l’économie avec Keynes » qui est une relecture de Keynes et où j’ai l’impression de remplir les blancs qui existaient ou alors les erreurs. Il y avait quand même quelques erreurs de faites liées au fait que Keynes se faisait fort confiance sur le fait qu’il avait une intuition de spéculateur et ces parties-là sont des parties qui ne sont pas intéressantes : c’est du n’importe quoi. Les parties où ça marche bien chez Keynes, c’est parce qu’il avait ce groupe d’étudiants de choc. Vous avez entre autres M. Piero Sraffa, ou il y avait cette dame très grande professeur d’économie dont le nom m’échappe en ce moment. Ça me reviendra peut-être avant la fin. Je vous le dirai ou je le mettrai en-dessous [Joan Robinson]. Compléter Keynes, ce n’est pas si compliqué que ça. 

J’ai beaucoup été invité. J’ai beaucoup parlé. Aux yeux du public, j’avais compris ce qui allait se passer. Je comprenais le mécanisme et je pouvais expliquer ce qui était en train de se passer. Donc, j’ai été invité à plein d’endroits, par des syndicats, par tous les départements des universités sauf le département d’économie. J’ai été invité assez souvent dans les écoles de commerce mais uniquement par les associations d’étudiants. De la même manière que j’ai été invité à la Banque centrale européenne à Francfort par… le syndicat du personnel. On m’avait dit : « Il y a quelqu’un au fond de la salle qui fait partie des huiles mais il est parti rapidement avant la fin pour que je n’aie pas à vous présenter à lui ». Et ainsi de suite.

Du côté du public, j’avais compris ce qui allait se passer. J’avais compris comment cela marchait. J’ai toujours compris comment ça marche et j’ai été invité par Attali – c’est une reconnaissance, bien entendu – à faire partie de sa commission par la suite, la 2ème commission sur l’économie sociale et solidaire que la commission appelait « économie positive ». J’ai été nommé à Bruxelles – pas les 5 ans du contrat – mais à une chaire de réforme de la finance qui avait été créée par le milieu de l’assurance parce que le milieu de l’assurance voulait se démarquer de ce qui s’était passé dans le reste de la finance et a créé une chaire où on allait expliquer ce qui s’était passé en finance. La chaire n’a pas été supprimée. Moi, j’ai été viré, par coïncidence, – je l’ai expliqué à l’époque – à quelques semaines près du moment où cette université a essayé de se privatiser et est entrée en bourse. Comme je l’ai bien expliqué à l’époque, c’est une pure coïncidence. J’ai été quand même invité aussi à faire partie de ce comité de 8 experts « de haut niveau » selon l’intitulé, pour l’avenir du secteur financier belge. 

Donc, dans les deux commissions, la commission Attali et la commission en Belgique, j’ai fait partie d’instances reconnues. À titre consultatif. J’ai eu une influence sur la manière dont les rapports ont été rédigés. Dans le cas de la commission en Belgique, vous pouvez voir cela dans les journaux. On dit : « C’est étonnant quand même, avec les gens qu’il y avait dans cette commission, que ça paraisse quand même donner des recommandations de gauche ». Ce n’était pas les 7 autres. C’était moi. La personne qui m’avait invité à Bruxelles, c’était M. le Professeur Flammée. Il a du mérite parce que, dans le milieu où il était, on n’avait pas intérêt à ce que mes idées à moi soient répandues. La personne qui m’a fait venir au comité en Belgique, c’est M. Geert Noels, qui n’est pas un dissident : il est à l’intérieur du sérail, mais c’est un monsieur qui ne mâche pas ses mots. Si vous ne connaissiez pas encore ce nom, faites attention à ce qu’il dit. C’est une personnalité en Belgique, essentiellement dans le milieu flamandophone, néerlandophone, mais c’est quelqu’un d’intéressant, d’important. Il avait fait ce geste d’insister pour que je fasse partie de ce « haut comité ». 

« De l’influence que l’on peut avoir sur les évènements » ?  J’ai fait partie de ces comités importants. Ils ont fait leurs rapports. Leurs rapports ont été entièrement ignorés. Le fait qu’ils étaient peut-être un peu de gauche, effectivement, n’a pas dû aider au fait que l’on prenne en considération ce qu’ils ont dit. Vous le savez, le premier rapport Attali à l’époque de M. Sarkozy, il a été très déçu que l’on ne prenne pas l’ensemble des propositions mais il y a quand même une partie qui a été mise en application. Le rapport de la seconde commission, sous la présidence de M. Hollande, nous avons fait les propositions et, là, ça a été très différent parce qu’à ma connaissance, il n’y en a aucune qui a même été prise en considération.

Donc, voilà. Je dis ce qui va se passer en 2008. J’acquiers un certain prestige parce que ça se passe comme je l’ai dit. On me reconnaît d’une certaine manière. On me fait venir dans des comités consultatifs et ces comités consultatifs, les rapports sont sans doute lus ici et là mais il n’en est tenu absolument aucun compte. 

Qu’est-ce qui s’est passé à l’époque, en 2008 ? Il y a un rapport très intéressant. J’en ai parlé plusieurs fois ici. C’est un rapport fait par un cabinet d’étude en France qui envisage 4 scénarios possibles après l’effondrement de 2008. Parmi les 4 scénarios possibles, il y en a un qui est « Reconstituer / reconstruire le système à l’identique » et là, ce monsieur qui fait ce rapport très très bien fait, moi, il me met dans une des catégories, Attali, dans une autre un peu plus réformiste que mes propositions un peu révolutionnaires. Je ne suis pas aussi révolutionnaire que M. Wallerstein qui dit qu’on ne pourra absolument rien récupérer du système d’avant. Je dis « Non, il faudra le changer radicalement mais on peut réutiliser des morceaux ici et là ».

Pour le scénario qui dit : « On ne va rien changer. On va essayer de refaire la même chose », il n’arrive pas à trouver même le nom d’un seul spécialiste qui recommande ça. Qu’est-ce qui se passera dans les 10 ans, les 12 ans maintenant après ? On ne fera qu’une seule chose, on va reconstituer le système à l’identique. Pourquoi ? Parce que ça rapporte et que l’effondrement de 2008 a fait la preuve que ça rapportait. En 2008, c’est central à mes explications, on parle beaucoup du CDS (Credit-default Swap). C’est l’instrument inventé entre 1929 et 2008 qui permet à ceux qui pourraient essuyer des pertes sur des emprunts de s’assurer contre ça et de ne rien perdre à condition que les états s’endettent profondément pour payer non seulement les pertes économiques à proprement parler mais aussi tous les paris spéculatifs qui sont faits à cette occasion-là. Donc, pourquoi ne reconstruirait-on pas le système à l’identique puisque c’est celui qui rapporte le plus ? Ça rapporte dans le privé tant que ça marche et c’est le secteur public qui renfloue quand ça ne marche pas. Alors pourquoi voudriez-vous une seconde que l’on fasse autrement ? 

Ce qui me conduit de manière absolument logique, vous allez le voir, sur la 2ème manière possible d’articuler, de formuler le thème de ma petite causerie. Pourquoi le MEDEF invite-t-il Mme Marion Maréchal plutôt que M. Paul Jorion ? Ça a rapport avec cette idée de reconstituer les choses à l’identique.

J’ai retrouvé ça ce matin. Je cherchais le nom de ce penseur qui est la grande inspiration de M. Adolf Hitler, un certain Adolf Hitler, sur le plan économique. C’est un certain M. Gottfried Feder. C’est un nom qui n’est pas très connu mais il y a beaucoup dans le Mein Kampf de Hitler : il y a une moitié qui est de reprendre les idées d’un certain monsieur – il faudra que je revienne là-dessus aussi quand même – Richard Wagner (qui faisait de la musique par ailleurs à part le fait d’être un grand penseur de droite et un grand fondateur de la réflexion théorique de l’antisémitisme), l’autre partie, la partie économique, est empruntée à M. Gottfried Feder qui est un grand penseur de l’anticapitalisme.

Dans ce papier de 2017, c’est une petite causerie comme celle-ci, je vous parle longuement de ce M. Gottfried Feder et ce qui s’est passé par la suite. C’est qu’en 1931 (donc pas en 40, on n’est encore qu’en 31), en 1931, quand le Parti national-socialiste n’a plus le sou, il  se tourne…  peut-être même pas : on vient le chercher du côté du milieu du grand patronat, on vient le chercher pour dire : « Écoutez, si vous mettiez un peu d’eau dans votre vin, finalement, vos idées ne nous dérangent pas trop. On peut vous aider sur le plan financier ».

Ce n’est pas de la blague ce que je vous raconte-là. C’est comme ça que ça s’est passé. Il y a des livres, des thèses universitaires, qui vous expliquent ça et, tout à coup, M. Adolf Hitler va remercier gentiment son maître à penser, Gottfried Feder, en matière d’anticapitalisme et il lui offrira même un poste de… sous-proviseur dans un lycée technique. Il est quand même reconnaissant mais le type, il est vraiment sur la touche. On n’a plus besoin de lui.

Qu’est-ce que ça veut dire ça ? Dans le papier, je continue à parler de l’héritage de M. Feder. Est-ce qu’on parle encore de lui ? Et là, je suis allé chercher en 2017 qui parlait encore de lui ? Qui avait parlé de lui par la suite, après la guerre ? Et là, Ô, surprise, et je dis aussi : pas une vraie surprise quand on trouve les noms. Qui est-ce qui dit que leur grand penseur de l’anticapitalisme et que le national-socialisme avait soutenu, endossé ses vues, c’est M. Ludwig Von Mises et M. Friedrich von Hayek. Si ces noms ne vous disent rien, ce sont les grands fondateurs, les grands penseurs de l’ultralibéralisme. Et je me dis, à ce moment-là  « Quel est le message sous-jacent ? » Je dis : « C’est du billard à 3 bandes ». C’est : « Chers amis, si vous êtes anticapitaliste, il vaut mieux quand même être fasciste que révolutionnaire ». Il n’est pas dit « Parce que ça nous arrange davantage », c’est sous-entendu. 

Alors, je ne vais pas répondre à la question « Pourquoi le MEDEF invite Mme Maréchal plutôt que M. Paul Jorion ? ». Ça a peut-être un rapport avec les rapports qu’ont entretenu l’ultralibéralisme et le fascisme. Ce ne sont pas des rapports… comment dire ? ce sont des modus vivendi : « On peut quand même s’arranger ». Pas « entre amis » véritablement mais enfin, entre gens qui ne se détestent pas franchement. On peut faire des affaires ensemble. 

La dernière formulation possible « Réforme ou révolution », je ne vais rien vous dire de précis. Je crois que tout ce que j’ai dit précédemment constitue une sorte de tableau sur ce que l’on peut faire et ne pas faire. Où sont les alliances qui sont en filigrane et comment les choses pourraient se passer ? 

Alors, la réflexion n’est pas terminée bien entendu. La preuve, je vous parle de choses que j’ai déjà évoquées à de nombreuses reprises mais là, j’ai voulu faire un petit tableau récapitulatif, synthétique, une petite synthèse. Et ce qui m’a conduit à cette synthèse, c’est le contraste hier entre l’actualité aux États-Unis, la guerre que l’on n’appelle pas encore génocidaire de M. Trump contre les Amérindiens, pas les Amérindiens qui habitaient aux États-Unis à l’origine parce que, ceux-là, on s’est occupé d’eux déjà précédemment, mais les Amérindiens qui remontent d’Amérique centrale et qui voudraient essayer de trouver autre chose que la misère absolue ou la guerre civile, aux États-Unis. Ceux-là, quand ils ne meurent pas en essayant de traverser, on les met dans des choses qui – voyez les photos – sont des camps de concentration comme l’a très bien Mme Ocasio-Cortez, et qui s’est fait engueuler par la droite qui dit : « Comment osez-vous ? ». Non, c’est ça, c’est ça un camp de concentration, c’est véritablement ça. Il n’y a pas d’autre nom pour ça. 

Donc, la réflexion n’est pas terminée. Pour ce matin, j’arrête-là. Il y a déjà, je crois, matière à réfléchir et, bien entendu, je vais lancer la discussion sur les choses que j’ai dites et je mettrai les références, ou les gens dont j’ai oublié le nom précis et, les choses que j’ai déjà pu dire, je mettrai des liens. 

A bientôt !

Partager :

3 réflexions sur « Réforme ou révolution ?, le 28 juin 2019 – Retranscription »

    1. Il est curieux (quoique…!!..) que cette implacable analyse n’arrive pas à faire surface dans l’espace médiatique « conventionnel ».
      A répandre sans modération à mon avis.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.