Le Monde – « Gilets jaunes » : Bordeaux la bourgeoise paie ses fractures, le 4 août 2019

Ouvert aux commentaires.

À propos de « Gilets jaunes » : Bordeaux la bourgeoise paie ses fractures, un commentaire que je viens de laisser sur le site du quotidien.

Excellent article mais, une fois de plus, les rédacteurs du Monde seront consternés par les réactions des lecteurs de leur journal, qui ont eux choisi leur camp : ils savent, et s’en irritent, que ceux qui se plaignent sont des envieux, des louseurs trop stupides pour comprendre comment on fait de l’argent, qui trouvent qu’« être tous ensemble dans la misère c’est quand même plus sympa ! » (sic), etc.

Comme aux États- Unis en ce moment, l’esprit « brioches de Marie-Antoinette » exprimé dans les commentaires du Monde signale une affaire qui risque de très mal finir.

P.S. Rédacteurs du Monde continuez de dire aux lecteurs de votre journal ce que vous pensez d’eux – ce n’est pas de l’éducation populaire mais de l’éducation élitaire. C’est aujourd’hui aussi utile, voire davantage.

Je n’avais même pas relevé que nous sommes le 4 août (230e anniversaire).

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29 réflexions sur « Le Monde – « Gilets jaunes » : Bordeaux la bourgeoise paie ses fractures, le 4 août 2019 »

  1. Le niveau baisse ? Ce n’est même pas sûr. C’est plutôt le son qui est poussé pus haut. Les lecteurs biberonnés aux excès des réseaux sociaux éprouvent seulement moins de pudeur à s’exprimer. La ceinture et les bretelles des débats tombent plus facilement. Faire la leçon, pousser à plus de retenue n’empêchera probablement pas grand monde de continuer à se faire ce genre de réflexion. Je le vois bien quand j’explique que je m’occupe de migrants. Comme je me suis fâché quelques fois à la suite de réflexions, on ne me dit plus rien mais je sais qu’on n’en pense pas moins. Les explications et l’exemple donné ne suffisent pas à changer des mentalités. Au mieux, à la marge peut-être…
    Ceci dit, les lecteurs du Monde ont offert un spectacle bien plus navrant il y a quelques mois : https://www.lemonde.fr/societe/article/2018/12/20/pourquoi-le-quotidien-d-un-couple-de-gilets-jaunes-derange-une-partie-des-lecteurs_5400408_3224.html
    Plus que jamais, les populistes ont un boulevard devant eux !

  2. https://www.facebook.com/watch/?v=479255859152665
    Henri Guillemin affine l’analyse des événements qui se sont passés en deux temps. Pour ce, il parle de réforme pour la nuit du 4 aout 89 (« droits rachetables ») et de révolution à partir de 92 pour son complément obtenu par la persistance du rapport de force.
    Il n’est pas interdit de penser à un scénario en deux temps concernant le coup de sang des « gilets jaunes ».
    Les mouvements de fonds ne disparaissent pas si facilement. Si 89 a repoussé en 92, novembre 2018 va ressurgir.

    1. Avec la réforme des retraites, il est probable que le mouvement reprenne.
      Le diable se cachant dans les détails, leur mise au grand jour ne laissera guère d’illusion sur l’objet de cette réforme.
      Quelques gagnants à court terme pour faire passer la pilule mais tous perdants à moyen et long terme.
      https://youtu.be/SJpmn2Br4i0

  3. Bonsoir Paul,
    Ce soir, 4 août, m’est revenu à l’esprit le souvenir d’un billet.
    Me connectant à votre site, je constate qu’il est toujours d’actualité.
    Au fil des années vous tissez votre cohérence et cela me réjouit.
    Merci

  4. Ce n’est qu’en juin 93 que les privilèges furent réellement abolies sous la pression des révoltes paysannes. La fausse abolition des privilèges du 4 août fût faite sous la pression de « La Grande peur de juillet 1789 » qui s’empara de la France (Très bien détaillée dans le livre majeur de Georges Lefebvre créateur de l’Ecole des Annales. Livre paru en 1932 et sans cesse réédité). Deux ans auparavant en 1787 , un accord de libre échange avait supprimé tous droits de douane entre la France et l’Angleterre, parallèlement la vente du blé dérégulé vit les grands marchands s’emparer du blé pour l’exporter entraînant une disette. A son retour Necker supprima la dérégulation de la vente du blé mais trop tard sans doute.

    1. @Maud
      oui, la violence fut considérablement renforcé par le fait que les grands marchands n’ont pris en considération que leur profit -avec le consentment du pouvoir, disait-on – et non pas le bien du peuple (contrairement au pharaon Louis XIV, qui savait trop bien où ca peut conduire si la peuple a faim). L’histoire semble repasser le même plat aujourd’hui, dans une vaisselle différente.

  5. Anniversaire du 4 Août, oui. Mais la petite vidéo collée dans le lien de Hervey de l’inénarrable Henri Guillermin apporte un éclairage surprenant sur la réalité de l’abolition, et ma foi c’est bien réjouissant car il porte en arrière plan un message simple qui m’apparaît de plus en plus limpide :

    La réforme c’est souvent l’enfumage, seule la révolution veut et peut mettre à terre l’inégalité.

    Sur le sujet dans wiki on comprend bien l’entourloupe des possédants :

    https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9cret_du_15_mars_1790#TITRE_III_:_Des_droits_seigneuriaux_rachetables

  6. L’incompréhension, et la détestation qui en découle, grandissent en effet entre les classes sociales. Il y a de quoi s’inquiéter, c’est vrai.
    Nous avons pourtant tout pour être heureux.
    Globalement nous n’avons jamais été aussi riches, n’avons jamais eu une vie aussi confortable, n’avons jamais été aussi bien soignés… globalement…
    Pourquoi le « système » s’est-il bloqué ? Pourquoi tous les changements et toutes les réformes mises en oeuvre depuis 30 ou 40 ans pour améliorer les choses ne font-elles que les aggraver ?
    Peut-être parce que l’argent, le confort, la santé ne font pas tout…
    N’est-ce pas cela que révèlent les gilets-jaunes et que les lecteurs du Monde ne veulent pas voir ?

    1. Vous faites erreur.

      Globalement, l’argent ne manque pas. Simplement, il n’est pas là où le besoin s’en fait sentir. On reconnaîtra sans peine la tare du capitalisme selon Paul.

      L’argent ne manque donc pas. Toutes les ‘réformes’ avaient pour but de diriger ses flux dans les poches des amis et des importants, les 1%. Avec la politique actuelle, ce mouvement est amplifié d’une façon grotesque.

      En revanche les crédits socialisés manquent, socialisés dans le sens d’argent investit au profit de la collectivité: hôpitaux, services publiques de proximité, écoles et …. travail de proximité.
      C’est ce pourquoi les Gilets Jaunes ( jilè joôone, selon JA) luttent. Car la santé, ils connaissent peu, et surtout le confort, ils ne connaissent plus du tout, les femmes assujetties au travail temporaire surtout.

      1. Vous dites que je fais erreur, pourtant vous dites, comme moi ou à peu près, que « l’argent ne manque pas », que c’est une question de répartition.

    2. « Globalement nous n’avons jamais été aussi riches, n’avons jamais eu une vie aussi confortable, n’avons jamais été aussi bien soignés… globalement… »

      Tu penses vraiment ça DMB ?

      Alors moi je te propose une autre manière de voir les choses. En valeur absolue il n’y a jamais eu autant de miséreux et de pauvres sur cette planète alors qu’il n’y a en valeur absolue jamais eu autant de richesse et en valeur absolue autant de riche ! Il est là ton globalement ! Globalement ne veut rien dire et ne permet pas de penser. Une civilisation qui laisse mourrir des centaines de millions de personnes de malnutrition et de maladie est spécifiquement mauvaise et globalement stupide. Quant au message des gilets jaunes contrairement à ce que tu racontes, c’est certainement pour plus d’argent, plus de confort et plus de santé qu’il se révèle. Ou alors on n’écoute pas les mêmes revendications.

      1. Les gilets jaunes veulent d’abord plus de considération, ils ne veulent pas continuer à être les dindons de la farce, ceux dont le niveau de baisse année après année dans un pays qui globalement s’enrichit. On les comprend.

      2. Ma réponse à cela : dans Télérama du 12 juillet.

        Moi au journaliste : « Il n’y a pas de scandale : c’est la pratique courante ! »
        En filigrane (comme certains d’entre vous l’ont relevé ici-même) : « Le scandale c’est que c’est la pratique courante ! »

      3. Quand je songe à ma situation d’ouvrier dans les années 70/80, et la situation des jeunes d’aujourd’hui :
        Nous avions des hauts salaires et en croissance un peu partout dans les grosses boites. Sans combine du genre tiket repas et autres fraudes à la sécu. Nous avions une protection contre le chômage encore relativement valable (la notion de cohabitant venait d’apparaître, permettant un plafonnement par ménage écrasant les droits de chaque conjoint). Nous n’avions pas de sentiment de précarité. L’avenir était « radieux ».
        Les crises du pétrole sont arrivées, puis les techniques de GRH et autres cercles de qualité, puis la chute du Mur : Les grandes entreprises industrielles ont été démantelées et avec elle un certain rapport de force syndical. Aujourd’hui la précarité menace même ceux qui ont un bon emploi ouvrier. Et il y a des « économiquement faibles » (au minimum du chômage et menacés d’exclusion et ne se soignant plus bien,etc., dans toutes les familles ouvrières. Cela est essentiel et souvent inaperçu par les hérauts intellectuels (récemment encore par Patrick Viveret dans un article sur le bonheur). Sortir la tête hors de l’eau est l’urgence, la dégradation climatique est un ennui pour plus tard. L’avenir est devenu « insensé ». Bien sur, nous ne sommes pas dans la situation des grecs, mais rien ne dit que nous n’en prendrons pas le chemin. (Il fallait dire cela pour regarder 1789 etc. avec les bonnes lunettes, je crois.)

  7. Bonjour,
    C’est parfois dur de voir comment s’opposent des visions du monde. Le capitalisme a fait bien des dégâts dans les têtes. Je ne sais pas si c’est réparable. En tout cas pour les anciennes générations, c’est mort. Le ciment idéologique est trop puissant.
    On nous a fait croire à chacun d’entre nous que nous étions les maîtres de nos vies et que nous pouvions compter que sur notre propre volonté (laquelle?) et la force de nos bras pour nous élever vers une certaine réussite sociale. Le fait collectif a été savamment banni de nos esprits. Je ne peux pas m’empêcher de penser que derrière tout çà ; il y avait un dessein. Je ne crois pas à l’émergence « naturelle » de ce néo libéralisme. Des Hommes ont clairement dicté une vision de la société ou plutôt de LEUR société. Maintenant, le peuple s’affronte sur les ruines de ces valeurs.

    Orban, Erdogan, Poutine, Salvini, Trump, Johnson , Bolsonaro,etc,etc…le monde se remplit de ces leaders dont le commerce est la peur et la récupération de ces frustrations.
    J’ai même peur moi même de succomber un jour à ces sirènes. Je tiens le coup mais jusqu’à quand…..

  8. @Daniel,
    Vous avez raison, l’argent ne manque pas.
    Lorsque je vois la reconstruction de certain hôpital, je me demande un jour si je ne vais pas payer l’intervention chirurgicale subie et le personnel de service ?
    Bien cordialement,

  9. Je suis en train de lire Sébastien Haffner, « Histoire d’un allemand, Souvenirs » (1914-1933). , Actes Sud 2002-2003.
    Un passage intéressant (page 136), qui nous ramène à l’actualité :
    « Et pourtant, la personne de Hitler, son passé, sa façon d’être et de parler pouvaient être d’abord un handicap pour le mouvement qui se rassemblait derrière lui. Dans de nombreux milieux, il était encore en 1930 un personnage plutôt fâcheux sorti d’un trouble passé : le rédempteur bavarois de 1923, l’homme du putsch grotesque perpétré dans une brasserie… Son aura personnelle était parfaitement révulsante pour l’Allemand normal, et pas seulement pour les gens sensés : sa coiffure de souteneur, son élégance tapageuse, son accent sorti des faubourgs de Vienne, ses discours trop nombreux et trop longs qu’il accompagnait de gestes désordonnés et épileptiques, l’écume aux lèvres, le regard tour à tour fixe et vacillant. Et le contenu de ses discours : plaisir de la menace, plaisir de la cruauté, projets de massacres sanglants. »

    Bien sûr, mise à part la gestuelle qui ne passerait probablement plus sur les médias d’aujourd’hui !

  10. Il faut souligner que cet article est paru dans le Magazine du Monde… Son lectorat est typique : « style t’as pas ta Rollex à 50 ans, t’es nul ». Pour le dire avec la modération que vous me connaissez, c’est le Magazine de l’Immonde. En pleine saison, il y a ces pubs de mode avec des gamines anorexiques pour des fringues qui valent un max… des pubs ciblées pour ces bobos qui commentent avec leur hargne de classe. Si on considère le Figaro Magazine, au moins on sait à quoi s’attendre : c’est de la droite honnête et assumée. Avec L’Obs et ses pubs pour petits châteaux de rêves, Libé et ses titres Almanach Vermot on a un groupe de domination médiatique fort : et allez voir qui en sont les proprios.
    Je suis abonné depuis 1980 et bien sûr je me pose la question de résiler. Mais je vois que Paul y trouve comme moi des articles intéressants et comme je ne suis pas assez bon en anglais pour lire The Guardian (par ex.) alors je bouffe mon chapeau et en particulier le week-end …

  11. Le fond du problème c’est une politique visant « l’américanisation » rampante de l’économie des pays européens.

    Les investisseurs et acteurs économiques américains (très puissants), mais aussi les Chinois veulent retrouver en Europe les mêmes configurations qu’ils disposent dans leur pays. D’ailleurs, Trump a laissé entendre qu’en cas de rélations économiques encore plus étroits avec le Royaume Uni après le Brexit (traité de libre échange entre les deux pays par exemple), qu’il souhaiterait de larges privatisations au sein du système anglais, aussi celle du secteur de la santé, qui a déjà subi des démantelements importants depuis Maggie Thatcher.

  12. Si avant-hier était la date anniversaire de la nuit du 4 août et de l’abolition des privilèges en France, aujourd’hui 6 août est la date anniversaire de la bombe d’Hiroshima, c’est-à-dire de l’avènement du privilège nucléaire.

    Car le surlendemain 8 août était défini (accord de Londres) le crime contre l’humanité, catégorie dans laquelle il n’a jamais été question de faire entrer la vitrification d’une ville par une bombe atomique.

    « La bombe », quel privilège mondial exorbitant !

  13. Ceci dit le gilet jaune moyen de tamponne bien le coquillage de l africain qui crève la dalle, certes il y va de son on y peut rien au lieu du bien fait pour sa gueule mais le résultat est le même…

  14. Merci, Paul! Cet article m’avait échappé.

    Cependant, « les » rédacteurs du Monde, ça n’existe pas, ce n’est pas à un lacanien que je dois le dire. Certains sont dans une ligne dominante, d’autres pas. Combien reste-t-il de journalistes au Monde? Ils étaient 550 au début des années 1990.

    Cet article est clairement périphérique et certaines expressions du texte n’appartiennent pas à l’ours du journal. (« qui en avait marre »,  » Bordeaux, une ville édredon, avec sous la plume ses privilégiés gâtés et bien au chaud », …)

    Et encore, « la souffrance quotidienne, la tentative désespérée de récupérer une goutte de souveraineté citoyenne, l’ouverture d’une fosse commune pour tous les partis politiques… », observations qui me paraissent fondamentales et échappent à la littérature mainstream comme aux élites, n’appartient pas non plus à la vision moyenne de ce média.

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