Brexit et apocalypse, le 3 septembre 2019 – Retranscription

Retranscription de Brexit et apocalypse, le 3 septembre 2019. Ouvert aux commentaires.

Bonjour, nous sommes le mardi 3 septembre 2019 et cela fait plusieurs jours, peut-être même une semaine, que j’ai envie de vous faire quelque chose sur le Brexit.

Quand je parle du Brexit, il y a deux choses qui me retiennent : d’abord, c’est le fait que l’actualité change de minute en minute depuis pas mal de temps et donc il est difficile de faire un point sans se dire que ce sera obsolète, dépassé, dans les heures qui suivent, mais je vais quand même le faire. La seconde raison, c’est le fait que, comme mes vidéos sur Trump, mes vidéos sur le Brexit vous intéressent beaucoup moins.

Je parle personnellement volontiers de la Grande-Bretagne. C’est un pays où j’ai habité 11 ans. Je parle volontiers aussi des États-Unis, un pays où j’ai habité 12 ans, que je connais bien. Mais enfin, il y a encore moyen d’habiter 11 ans dans un pays sans comprendre comment ça marche. Dans les deux cas, aux États-Unis et en Grande-Bretagne, j’étais d’une certaine manière dans le réacteur – pas exactement le même réacteur. Aux États-Unis, vous le savez, j’étais au cœur du système financier lié aux prêts individuels, aux prêts au logement essentiellement, donc j’étais vraiment très près du cœur du réacteur dece qui allait provoquer la crise des subprimes. Ma connaissance de la Grande-Bretagne de l’intérieur, c’est plutôt lié au fait de m’être retrouvé – ce qui n’est pas évident pour un étranger – au cœur des institutions les plus élitistes du pays en étant accepté d’abord comme étudiant thésard à l’Université de Cambridge puis en y étant nommé jeune professeur.

De toute manière, même si je n’avais pas été au sein du réacteur des deux côtés, je crois que je me serais intéressé à ces pays : je m’intéresse à beaucoup de choses [rires]. Quand j’habitais dans un pays africain, je me suis fort intéressé à ce qui se passait dans ce pays : je ne suis pas du genre à être indifférent à ce qui se passe autour de moi, vous avez dû le remarquer si vous regardez un peu mes vidéos, si vous lisez ce que j’écris.

Pourquoi est-ce que tout ce qui se passe aux États-Unis et en Grande-Bretagne est plus important que vous ne l’imaginez peut-être ? C’est parce que, quand on parle d’effondrement, quand on parle de collapsologie et quand on parle d’apocalypse, tout le monde est d’accord que le risque existe mais, en même temps, quand on en parle aux gens – et je l’ai vu récemment – les gens ont l’impression que cet effondrement, il viendra « comme un voleur à la faveur de la nuit », qu’on se réveillera un matin et qu’on se dira : « Zut ! Tout s’est effondré ». Les gens n’imaginent pas qu’il y ait des évènements qui vont provoquer l’effondrement, qu’il y ait des pans entiers qui vont tomber, et quand je dis que M. Trump est un des éléments qui peut produire un effondrement d’un pan entier, par exemple en déclarant une guerre thermonucléaire, ou en faisant… il y a tellement de choses qu’il fait qui sont dangereuses, difficile d’en faire la liste. Et ça peut être aussi le Brexit : ce Brexit sans accord, c’est une catastrophe qui peut avoir des ramifications qui peuvent provoquer une réaction en chaîne, un effet boule de neige, quelque chose de « thermonucléaire » à sa façon.

Donc je comprends mal votre indifférence. Ça doit être lié à ce sentiment que l’effondrement, cela reste quelque chose d’assez vague, de difficile à visualiser mais que ce ne soit pas lié à des évènements précis comme ceux qui se déroulent sous nos yeux.

Après avoir dit ça, je ne vais pas entrer trop dans le détail de ce qui se passe en Grande-Bretagne mais je vais essayer de justifier quand même pourquoi là, on est au bord de quelque chose, d’une bombe à retardement, qui est quelque chose d’extrêmement dangereux.

M. Boris Johnson, nouveau Premier Ministre, fait comme M. Trump aux États-Unis : il teste, à partir de l’exécutif, la résistance du législatif en tant que contre-pouvoir et ils le font tous les deux dans la même perspective, que d’une certaine manière, l’exécutif qui les a mis au pouvoir représente le « Peuple » bien davantage que les institutions, en particulier le législatif qui, lui, serait une sorte d’émanation des élites par le système de représentation, délégué, par le fait que les gens votent et qu’il y ait des gens qui les représentent.

Quand on parle des États-Unis, avec des gens comme Mme Ocasio-Cortez, un certain nombre d’autres personnes : M. Sanders, Mme Elizabeth Warren, il est difficile d’avoir cette image de représentants du peuple qui seraient des gens qui, par définition, seraient opposés au « Peuple » entendu comme l’authentique source du pouvoir – qui aurait été privé de sa capacité de faire des choses.

Il est vrai – et j’en parle assez souvent – j’en parle presque, je dirais, dans chacune de mes vidéos récentes, il est vrai que les partis de pouvoir dits « civilisés » ont fait un très très mauvais boulot au cours des quarante dernières années. Ils se sont détachés dans les décisions qu’ils ont prises de la population en tant que telle. Ils ont laissé se créer des écarts. Ils n’ont rien fait, et parfois même, ils ont accéléré la concentration des richesses. Ils n’ont rien fait pour l’empêcher. Ils ont mis même en place – et c’est le paradoxe en France – c’est sous M. Mitterrand que se sont mis en place les grands mécanismes de concentration de la richesse.

C’est vrai que les pouvoirs élus n’ont pas un bon track-record comme on dit en anglais : ils n’ont pas grand-chose à montrer pour justifier qu’ils représenteraient véritablement la nation en tant que telle. Et M. Johnson, et M. Trump, jouent le jeu de dire : « Voilà, nous, nous représentons le Peuple en tant que tel » et, dans le cas de Johnson, de dire : « Le peuple a voté par 51,89 % pour la sortie de l’Union européenne donc je vais le faire quoi qu’il arrive, quoi qu’on fasse ! ».

Il s’oppose bien entendu non seulement aux partis d’opposition qui seraient plutôt contre : le parti Labour, travailliste, est divisé, le parti SNP (Scottish National Party) qui représente les nationalistes écossais unis autour de cette idée de ne pas sortir de l’Union Européenne de même que les LibDems, les libéraux démocrates. Il nous dit : « Je vais le faire puisque j’ai le pouvoir de le faire ». Mais s’opposent à ça un certain nombre de gens, même dans son camp, qui disent : « Oui, mais le référendum n’a pas donné un mandat pour sortir de l’Union Européenne sans accord ! », avec tous les risques qui sont associés éventuellement, risques qui ne sont pas simplement des choses qu’agite l’opposition au Brexit mais des rapports internes qui fuitent et qui montrent le chaos qui pourrait avoir lieu le 31 octobre en cas de sortie de l’Union Européenne sans accord : des queues invraisemblables aux frontières, des pénuries de médicaments, des pénuries d’alimentation… Le pays, depuis l’intégration dans l’Union européenne, s’est habitué et, détricoter un si grand nombre de choses qu’il est très difficile de changer ça du jour au lendemain, sans compter la chose sur laquelle j’insiste moi depuis le départ, pour avoir vécu en Angleterre pendant 11 ans, pour avoir « vécu » la guerre civile en Irlande du Nord, et pas simplement en Irlande du Nord…

… Tiens, je vais vous raconter une anecdote. Je travaille à Londres. Ce n’est pas dans la City à cette époque-là mais ce n’est pas loin [de la City]. Je travaille pour un certain David Freud qui est un petit-neveu de Sigmund Freud et nous nous trouvons dans la situation suivante, c’est qu’il y a des attentats à cette époque-là, il y a des attentats. On est au milieu des années 90. Il y a des attentats de l’IRA à Londres. Il y a des bombes qui sont placées un peu partout. L’IRA a toujours la même stratégie. Elle dépose une bombe. Elle situe à peu près là où ça se trouve, quitte aux gens de prendre leurs jambes à leur cou et, pour que la police essaye de désamorcer ça.

Je me trouve donc dans cette entreprise et on apprend qu’un établissement qui est à la fois un café, un magasin mais qui appartient aussi à David Freud [198 Shaftesbury Avenue, London, WC2H 8JL], qu’il y a une bombe juste à proximité. Et David me regarde, moi et son collaborateur, et dit : « Qu’est-ce qu’on fait ? ». Après avoir réfléchi un petit peu, il dit : « On y va ! ». Et son collaborateur dit : « Non, moi, écoutez, j’ai des enfants. Je n’y vais pas ! ». Moi j’ai dit : « J’y vais ! » (j’avais des enfants aussi [rires]). J’ai dit à David Freud : « On va y aller. On ne peut pas laisser le personnel comme ça, se disant que ça va péter ! ».

Et alors, bien entendu, il y a des cordons de police. On ne peut pas aller à l’endroit qui est à l’intérieur du cordon, qui est circonscrit. Il me dit : « Je connais une ruelle ». On prend une petite ruelle par derrière. Il faut monter un petit peu sur des trucs et puis redescendre de l’autre côté. On se retrouve [quand même] dans ce magasin/restaurant et, la première chose qu’on constate… – enfin, on le savait ! – il y a une grande verrière au-dessus et tous les gens [le personnel du magasin et du café] sont assis [juste] en-dessous, les gens qui travaillent là-dedans. On leur dit : « Restez pas là ! Restez surtout pas là ! » [ils auraient été transpercés par les éclats de verre s’il y avait eu une explosion]. On dit aux gens d’aller se planquer. Et voilà : on a passé quelques heures là à attendre que la police vienne nous dire qu’on avait trouvé la bombe et qu’on pouvait sortir.

Quand je vous dis depuis des mois et mois, depuis le vote du référendum, que je sais ce que c’est la guerre civile en Irlande du Nord, je n’ai jamais pensé à ça ! Je n’ai jamais pensé à cet incident. J’ai toujours eu le sentiment que c’était de connaître un peu l’Irlande : d’être allé dans le County Sligo [et le County Mayo], à la frontière des deux, mais je ne pensais pas à ça. C’est vrai, j’ai vécu, moi, et dans une situation, dans ce cas-là, qui était un peu dangereuse : j’ai « vécu » cette guerre civile. C’est pour ça que j’y attache tant d’importance.

Et c’est que M. Johnson s’en fout. Il parle de ce [Irish] backstop. Il y a des rapports qui sont faits sur ce backstop, c’est-à-dire une situation de rechange dans le cas d’une sortie de l’Union Européenne et tout ça ne vaut pas un clou ! Un rapport qui vient de fuiter montre qu’il n’y a pas de solution connue véritablement pour cette situation.

Tout ça confirme d’abord ce que je vous dis dès le départ : ce n’est pas faisable ! Ce Brexit n’est pas faisable sur un plan économique et ce serait une catastrophe. Cela relancerait certainement les troubles en Irlande du Nord, pas simplement mes petites aventures à moi en rapport avec ça.

Voilà, je vais continuer à vous tenir au courant. Il y a une réunion importante ce soir. Je voulais encore attendre demain matin mais, bon, comme je dis : il faut mettre ça à jour toutes les 10 minutes ! M. Johnson menace les gens qui s’opposeraient à lui à l’intérieur de son parti de les démettre de leurs fonctions de parlementaire du Parti conservateur et, là, ce matin en particulier, il y a véritablement une fronde. C’est Philip Hammond, un ancien ministre, soutenu par David Gauke, aussi un ancien ministre, qui sont des Conservateurs et qui sont contre Johnson. S’ils ne sont pas pour s’opposer au Brexit et à un second référendum, en tout cas, ils sont contre une sortie en force. Face à eux, il y a un certain M. Dominic Cummings qui joue un peu le rôle qu’a joué à une époque Steve Bannon aux États-Unis pour Trump, qui est une espèce d’âme damnée, qui menace, qui a viré des collaborateurs d’un ministre [du Chancellor of the Exchequer, le ministre des Finances], à l’insu de ce ministre. C’est la personne qui menace de démettre du Parti conservateur des gens qui comme Phil Hammond ont répété ce matin qu’ils sont à l’intérieur du Parti conservateur où ils ont joué un rôle important en tant que ministres depuis 45 ans, que c’est pas un type qui n’a même pas une carte du parti qui va les virer [PJ : il le fera le lendemain, pour 21 piliers du parti]. Quand le reporter de la BBC demande à ce monsieur [Phil Hammond] s’il envisage des mesures de type juridique pour se défendre, il répond oui.

Donc, voilà où on en est. Ce n’est pas une guerre civile qui se prépare, au sens où ça pourrait l’être aux États-Unis, où les partisans de Trump sont des gens surarmés, qui sont des fanas des kalachnikovs ou de fusils d’assaut équivalents de modèle américain mais il y a une opposition autour des institutions (je suis distrait par une mouche), des institutions démocratiques de type classique avec parlement, ministres, cabinets ministériels, Premier ministre, etc.

Quand je dis, quand j’attire votre attention sur des choses comme ce Brexit bâclé éventuellement le 31 octobre, comme certaines décisions de Trump comme étant des déclencheurs éventuels de ces grands effondrements dont on parle, auxquels je reproche à certains d’entre vous de refuser de le visualiser, refuser de l’associer à des évènements précis. Ce Brexit a le potentiel d’une déflagration pas seulement pour la Grande-Bretagne, pour le Royaume-Uni, mais éventuellement pour nous aussi, pour l’Europe, et vous le savez bien.

C’est ça la stupidité de M. Trump, qui ignore que le marché boursier, que le marché financier, que le marché des capitaux, c’est un truc international. Tout le monde devrait le savoir : c’est complètement mondialisé. Il ne peut pas, avec des murailles, avec des décisions unilatérales, il n peut pas dire, comme il l’a fait l’autre jour : « J’ordonne par la présente que les entreprises américaines cessent de faire du commerce avec des entreprises chinoises ! ».

Il peut le dire mais il passe simplement pour un fou comme quand il dit : « Je suis l’élu ! » ces jours-ci. (Certaines personnes attendent de voir s’il bascule complètement dans la psychose ou non avec des déclarations de ce type-là).

On n’en est pas là avec M. Johnson. M. Johnson se présente comme un voyou, un démagogue du côté du « Peuple ». Comme je l’ai déjà souligné, M. Johnson n’a pas les références de M. Trump. M. Trump est un faux parvenu, « faux » parce qu’il a reçu l’argent de son père malgré qu’il prétende que c’est lui qui a tout fait, mais c’est un nouveau riche. Il a une prétention, d’une certaine manière, d’être vraiment du populo. M. Johnson absolument pas : c’est quelqu’un qui a des aristocrates dans [son ascendance], qui est passé par Eton, qui est passé par Oxford. Ce monsieur n’a aucune référence crédible pour se présenter comme un « défenseur du Peuple », sauf peut-être un tribun comme les Gracques, qui tout à coup prennent le parti du Peuple. Mais, pour avoir une certaine crédibilité de ce côté-là, il faudrait qu’il fasse encore beaucoup de choses et, surtout, qu’il se préoccupe du bien commun, ce qu’il n’est absolument pas en train de faire.

Voilà, allez, un [billet] quand même sur le Brexit. Comme je vous l’ai dit : j’étais un peu hésitant à le faire. Je l’ai fait quand même. Allez, à bientôt !

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47 réflexions sur « Brexit et apocalypse, le 3 septembre 2019 – Retranscription »

  1. Je ne suis pas si inquiet sur une possible catastrophe financière en cas de Brexit sans accord, essentiellement parce que ce ne serait pas un événement imprévu prenant tout le monde au dépourvu. Qu’ils en estiment la probabilité à 90%, 50% ou même 10%, les dirigeants des grandes banques et assureurs doivent déjà pris depuis belle lurette leurs dispositions pour s’en protéger au mieux – sauf si ce sont des ahuris, ce que je ne crois pas. C’est d’ailleurs plus facile pour eux de s’en protéger que pour les industriels qui ne peuvent reconfigurer leurs chaînes d’approvisionnement ou trouver de nouveaux clients qu’au prix de beaucoup d’efforts, tandis qu’une banque peut simplement se contenter de rééquilibrer ses activités spéculatives dans tel ou tel centre, à Londres ou à Hong Kong, à Paris ou à Amsterdam…

    Cela dit, même si on pense que ce risque est mineur, ce n’est certes pas une raison pour souhaiter le courir ! D’autant que les autres risques sont grands, surtout pour la Grande-Bretagne :

    1. A court terme, c’est le risque logistique : une pénurie ne pourrait pas être déclenchée par les douaniers britanniques qui auront pour instruction de n’appliquer aucun contrôle supplémentaire aux produits européens, mais comme le gros des échanges de produits entre Royaume-Uni et Continent se fait par l’axe Douvres-Calais, où une noria de ferrys et de trains assure à la fois les exportations et les importations, ce sont les douaniers français appliquant les règlements de l’UE sur les produits venant de pays tiers qui pourraient ralentir fortement les échanges, parce qu’un camion qui doit attendre de nombreuses heures à la douane que ses marchandises britanniques soient contrôlées ne peut pendant ce temps charger les marchandises européennes qu’il est censé ensuite ramener au pays.

    Le gouvernement Johnson, notamment Michael Gove le chargé de préparation de la sortie sans accord, semble être conscient de ce risque. Il est prévu de ne laisser embarquer à Douvres que les camions transportant des marchandises déjà pré-acceptées du côté européen, afin d’éviter tout ralentissement à Calais. Et on parle même d’interdire aux camions de prendre la route vers Douvres s’ils n’ont pas déjà vérifié auprès des services gouvernementaux que leur marchandise est dans la liste des « ne posant pas de souci », afin d’éviter des embouteillages potentiellement monstrueux à Douvres.

    Mais restent deux problèmes : d’une part il est permis de soupçonner que le système gouvernemental donnant ces instructions aux transporteurs routiers ne sera pas nécessairement fin prêt le 31 octobre. C’est-à-dire qu’il pourrait l’être, mais il ne sera pas encore testé, et pourtant il lui faudrait faire face d’un coup à la charge maximale. Toute personne qui a eu moindrement à voir avec la conception de grands systèmes y verra un triple signal danger, avec sirènes hurlantes ! Le « rodage » du système pourrait être long… D’autre part, bloquer certains produits exportés en UE fera évidemment diminuer les exportations britanniques. Ce qui nous amène au problème de long terme, le pire :

    2. Sur le moyen-long terme, les exportations britanniques en direction des 27 ne pourront que fortement diminuer. Or les 27 pèsent collectivement plus de 50% des clients britanniques.

    En plus de la diminution initiale pour raison logistique, il faut compter avec une plus ou moins lente ou rapide, mais très probablement profonde saignée de clients industriels, rebutés par les droits de douane qu’ils devront désormais payer pour importer un produit britannique, en plus des formalités plus lourdes (par exemple, ce n’est plus le producteur qui pourra assurer la garantie d’un produit, ce devra être l’importateur), ce qui s’ajoutera à la profonde chute des investissements directs en provenance d’autres pays – chute qui a déjà eu lieu.

    Pire encore peut-être, si l’économie britannique est peu performante pour les produits (importations couvertes à moins de 65% par des exportations, contre par exemple plus de 85% en France), elle compense une partie de cet énorme déficit par son excédent dans les services. Or, celui-ci ne pourra qu’être gravement atteint par le Brexit, peut-être plus encore que l’activité industrielle : en effet l’échange de services suppose toute une série de reconnaissances réciproques de qualifications, de droits etc. qui font partie du Marché unique mais auxquelles n’ont pas droit les pays tiers. Cela concerne à l’évidence le secteur financier si hypertrophié au Royaume-Uni, mais pas seulement lui : le transport aérien par exemple et bien d’autres.

    Le problème de moyen-long terme, l’étouffement des exportations, est le plus grave parce que le plus durable. Les ratés sur la logistique trouveront leur solution – même au prix d’une aggravation du problème sur les exportations – mais celui-là n’a pas de solution hors de la négociation soit d’accords économiques poussés avec l’UE, soit avec d’autres partenaires.

    La première possibilité prendra du temps. Beaucoup de temps. D’une part l’UE a signifié clairement et à plusieurs reprises qu’avant de négocier un tel accord les « questions qui fâchent » dans l’accord de retrait devront être résolues : frontière nord-irlandaise, règlement financier et droits des citoyens – c’est-à-dire que si le RU veut négocier avec l’UE il lui faudra d’abord accepter ce qu’il aurait refusé en sortant sans accord ! D’autre part et surtout, la négociation d’un accord avec un pays tiers prend de nombreuses années, voir les exemples du Canada et du Mercosur, le processus d’approbation du côté UE est aussi plus complexe.

    La deuxième possibilité aura un coût important : l’Inde par exemple a signalé que si le RU veut des relations économiques plus proches, il faudra accorder beaucoup plus de visas à des Indiens. Quant aux Etats-Unis, derrière le sourire carnassier de Trump et ses compliments dithyrambiques à Johnson, les objectifs des négociateurs américains (qui sont publics ) dessinent un accord léonin, où Londres devrait diminuer ses normes sanitaires pour permettre à l’agro-alimentaire américain d’exporter sans entraves, ouvrir son système de santé aux entreprises d’outre-Atlantique, s’assurer que sa monnaie ne varie que peu par rapport au dollar et se garder de passer des accords commerciaux avec des pays déplaisant à l’Oncle Sam ! Même si le RU décidait de payer un tel prix – ça s’appelle une satellisation – cela ne pourrait compenser qu’une partie de ce qu’il perdrait en sortant complètement du Marché unique sans accord : il exporte cinq fois moins aux Etats-Unis que vers l’UE, et « la nature ne fait pas de saut », une augmentation de ses exportations américaines ne pourrait être que graduelle.

    Bref, un Brexit sans accord provoquerait à coup sûr à moyen terme une grave et durable diminution de prospérité pour le Royaume-Uni – que les plus modestes subiraient de plein fouet – en plus de probables troubles logistiques certes passagers mais désagréables et d’un risque d’effondrement financier réduit mais non nul. Tout cela pour retrouver immédiatement sur son chemin la question sur la frontière irlandaise qui a été l’une des motivations du refus à trois reprises par le Parlement de l’accord de sortie…

    Ce qui est vraiment triste, c’est que dans les trois dernières années l’affrontement idéologique en Grande-Bretagne a ressemblé à une « montée aux extrêmes », beaucoup des pro-Brexit se persuadant que tout compromis, toute solution « mi-chèvre mi-chou » tel un accord à la norvégienne – que pourtant certains portaient aux nues avant le référendum – serait trahison de la Cause et de la Couronne, pendant que beaucoup des anti-Brexit refusaient également de telles solutions, n’étant prêts à accepter qu’une annulation du Brexit. Le résultat des courses, c’est que le terrain central, celui qui aurait pu servir à des compromis, s’est effondré. Ne restent plus que les solutions extrêmes, Brexit sans accord et annulation.

    Vu les dernières communications du côté européen – Le Drian et Montchalin côté français, Sassoli le nouveau président du parlement de l’UE – j’ai beaucoup de mal à imaginer que le Conseil européen des 17-18 octobre accorde le nouveau délai de 3 mois que le parlement britannique a obligé le premier ministre Johnson à demander, sauf à enfreindre la loi.

    J’espère du moins qu’il adoptera une stratégie similaire à celle que semble-t-il Macron avait proposée en avril dernier : accorder un ultime délai très court dans des conditions qui forcent les parlementaires britanniques à choisir sans plus aucune échappatoire. Par exemple un délai d’un mois, conditionné à l’approbation de l’accord de sortie d’ici le 31 octobre – celui qu’ils ont déjà refusé trois fois ! L’approbation en elle-même est très courte, c’est une loi de une ligne « L’accord Machin est approuvé », et les neuf jours ouvrés entre 21 et 31 octobre suffiraient amplement. Le mois suivant servirait à approuver la législation d’application, ce qui serait un peu plus long.

    Si une telle stratégie « ultime chance » n’est pas choisie, j’ai bien peur que la seule alternative soit le refus net. Qui surprendra beaucoup de monde en Grande-Bretagne, surtout au parlement, c’est clair… Il resterait toujours la possibilité aux députés d’approuver l’accord de sortie en urgence pour éviter le pire, et de passer la législation afférente en débordant un peu du 31 octobre – ça n’aurait pas d’influence sur l’UE, l’accord de sortie étant approuvé – d’où peut-être un message du genre « la Reine fait la grimace mais allez ça passe pour cette fois » ?

    Une chose est sûre : le peuple britannique est TRÈS mal servi.

  2. A titre d’aperçu sur le « magasin des horreurs » – ce que cachent le sourire de Trump et ses gazouillis enflammés à Boris Johnson – voici les objectifs de négociation pour le futur accord de libre-échange avec le Royaume-Uni, tout à fait officiels https://ustr.gov/sites/default/files/Summary_of_U.S.-UK_Negotiating_Objectives.pdf

    J’ai retranscrit quelques extraits (mes commentaires sont entre parenthèses, comme ceci) :

    « Assurer un accès complet au marché britannique pour les produits agricoles américains en réduisant ou en éliminant les droits de douane.

    (Eh oui… il s’agit d’exporter les produits agricoles américains, et plus généralement d’améliorer la santé des consommateurs britanniques)

    Éliminer rapidement les obstacles injustifiés qui entravent l’exportation de produits alimentaires et agricoles américains – en matière sanitaire et phytosanitaire

    (Obstacles injustifiés… comme des règles sanitaires ou phytosanitaires qui seraient plus rigoureuses au Royaume-Uni qu’aux Etats-Unis, par exemple ? Ben oui, puisque les lobbys l’ont obtenu aux Etats-Unis, ça doit être bon au Royaume-Uni aussi !)

    Réduire les fardeaux associés aux différences inutiles dans la réglementation – pour les produits industriels comme agricoles

    (Donc faire converger autant que possible les régulations. Reste à savoir qui va s’aligner sur l’autre… vous avez une idée ?)

    Veiller à ce que le Royaume-Uni évite de manipuler les taux de change afin d’empêcher un ajustement effectif de la balance des paiements ou d’obtenir un avantage concurrentiel déloyal

    (Ne figure généralement pas dans les traités commerciaux. Mais il paraît que le gouvernement Trump a rajouté cette exigence aussi aux négociations commerciales avec Japon et Chine. Bon, cela dit c’est pas bien grave, il suffit que la livre britannique reste dans un « serpent monétaire » autour du dollar américain et tout ira bien. Il ne s’agit quand même d’imaginer que ce soit le dollar qui devienne dépendant de la livre sterling, n’est-ce pas ?)

    Mécanisme permettant d’assurer la transparence et de prendre les mesures appropriées si le Royaume-Uni négocie un accord de libre-échange avec un pays qui n’a pas une économie de marché

    (En clair, si Londres conclut avec Pékin un traité que Washington n’aime pas… il pourra « prendre les mesures appropriées », comme par exemple dénoncer le traité commercial avec les « respectés cousins » britanniques) »

    Il manque la petite culotte de la Reine. Mais c’est seulement parce que Donald n’est pas d’humeur.

    Une chose est claire, si le Royaume-Uni entend développer le libre-échange, il va se faire dépecer et satelliser par les bienveillants cousins d’outre-Atlantique. Sortir de l’UE pour développer le libre-échange, c’est complètement con… tre-productif, restons poli.

    Sortir de l’UE pour mener une politique moins libre-échangiste, par exemple maniant protectionnisme et libre-échange comme des outils en fonction des circonstances sans s’attacher de manière idéologique ni à l’un ni à l’autre, c’est une option qui peut être discutée : quoi qu’on en pense, elle est au moins cohérente.

    Mais sortir de l’UE pour devenir « le Singapour de l’Europe » et autres billevesées… eh bien ce sont des billevesées justement. Toujours pour rester poli. Ça revient à se mettre en position de négocier le libre-échange comme un « moyen » parmi les « gros » – donc à n’avoir guère que le choix de se faire dévorer par tel ou tel gros. Et comme les Britanniques en sortant sans accord de retrait auraient décidé de s’éloigner du gros à leur porte non pas modérément, non pas de manière contrôlée, mais sans retenue et en désordre…

  3. Un petit résumé humoristique – mais juste – des négociations RU-UE sur le Brexit : https://image.noelshack.com/fichiers/2019/37/5/1568370833-489a9856-08f8-48a6-bade-324439c3c021.jpeg

    Voici la traduction en français :

    RU : Nous voulons une licorne
    UE : Les licornes n’existent pas. Mais vous pouvez avoir un poney
    RU : Nous votons contre votre poney
    UE : Nous avons déjà discuté cela en détails : ce sera un poney ou rien
    RU : Nous votons contre votre poney
    UE : Soit ! Alors ce sera rien
    RU : Nous votons contre votre rien
    UE : … Vous n’arrivez vraiment pas à suivre, c’est ça ?
    RU : Nous avons besoin de plus de temps pour y réfléchir
    UE : Réfléchir au poney ou au rien ?
    RU : Nous voulons une licorne

    – la licorne, c’est un accord de sortie sans obligation britannique sur la frontière nord-irlandaise et avec un futur accord de libre-échange sans obligation du RU de s’aligner sur les normes de l’UE
    – le poney c’est l’accord de retrait existant
    – le rien c’est un Brexit sans accord
    – la première et la dernière ligne « RU » c’est le gouvernement qui parle, May d’abord, Johnson en dernier
    – toutes les autres lignes « RU » c’est le parlement
    – la voix UE est unifiée

    1. Monchieur ils vont importer ces produits des Etats Unis tout bonnement , penser qu’il s n auront plus un seul cachet d aspirine suite au brexit ce sont justes des histoires de vieilles femmes pour effrayer les enfants

  4. Contrairement à ce que pense M. Jorion, je crois que le Brexit aura lieu (avec ou sans accord avec l’UE, c’est sans importance). Il n’y a pas que des considérations économiques en cause, mais également des aspects géopolitiques : la France, en particulier, a un grand intérêt au départ du RU, qui lui permettra de casser la tenaille germano-britannique qui l’enserre en même temps que de regonfler son influence sur les structures de l’UE pour faire valoir sa vision (chimère?) d’une ‘Europe puissance’ qui semble commencer de prendre corps dans ce qu’on sait de la composition de la prochaine commission. Une réélection de Donald Trump (sur le succès de laquelle je veux bien parier) serait de ce point de vue une bénédiction.

    1. Le vrai Richelieu luttait contre l’aventure impériale de l’Espagne et de l’Empire, pas contre la Grande-Bretagne ni contre une prétendue domination allemande de l’UE… bien difficile à discerner ces derniers temps.

      D’accord avec vous sur ce point : le Brexit aura très probablement lieu. Le scénario de renversement du gouvernement Johnson + désignation d’un gouvernement d’union nationale + annonce d’un référendum avant le 17 octobre de façon à obtenir un délai de la part du Conseil européen + victoire de l’option rester dans l’UE semble être le seul qui permette encore d’éviter tout Brexit. C’est un scénario très fragile pour dire le moins.

      Pour le reste, quelles que soient les considérations géopolitiques, « avec ou sans accord avec l’UE, c’est sans importance » n’est tout simplement pas vrai.

      Voyez mon premier post sur ce fil pour une explication détaillée de la différence.

  5. Faut arrêter le délire et la parano , un effondrement ne viendra pas du brexit ,il est beaucoup plus vraisemblable qu il résulte du réchauffement climatique de la raréfaction de l eau et du pétrole et des flots migratoires induits

    1. C’est ce que je dis : la plupart des gens préfèrent se dire comme vous que l’effondrement viendra d’abstractions flottant vaguement dans l’atmosphère comme « réchauffement climatique », « raréfaction de l’eau et du pétrole », « flots migratoires induits » (whatever that means), plutôt que d’événements précis.

      Il y a des gens qui me disent : « Jules Pongron avait aussi prévu une crise en 2008 ! » Et quand vous allez voir, en effet, Jules Pongron disait « Va y avoir une crise ! » Crise de quoi, à quel endroit et à quel moment ? Là, non, fallait pas trop lui demander, à Jules !

      1. De quoi ? voilà que le réchauffement climatique serait une vague chimère maintenant? Le brexit et une pure abstraction , une construction mentale ,la raréfaction de l eau potable pas du tout helas

      2. Jeanjean
        14 septembre 2019 à 22 h 13 min

        Toutes probabilités pour que, si crise (depuis le temps qu’on nous la promet elle va finir par avoir lieu), le Brexit soit le premier sur la liste des causes,

        question crise par le climat on a encore le temps (si je puis dire, sans ironie) Donc aucunement question de chimère mais de temporalité.

      3. Le brexit est un non événement , inutile de vous consoler avec cette lubie , la crise pas besoin de l attendre on est en plein dedans

      4. @Jeanjean
        L’assassinat d’un archiduc à Sarajevo a été considéré par certains à l’époque comme un non-événement.
        La suite vous la connaissez.

      5. Faut être tout à fait clair dans ses propos , pas mélanger les choux et les carottes , le brexit est bien un non événement ,la preuve il n a pas encore eu lieu , pour ma part s il n y avait que le brexit comme épée de Guillaume Tell au dessus de nos têtes je dormirais sur mes 2 orteils

      6. @arkao j’y pensais (à la guerre de 14)

        @Jeanjean
        libre à vous de garder la tête dans le sac, ça vous permet de dormir tranquillement.

        Pour en revenir la guerre de 14 elle a eu des conséquences aussi dans l’organisation et la composition du RU (Irlande) jusqu’à la veille du la 2de.

        Et actuellement c’est encore l’Irlande qui est dans le collimateur. Un côté qui veut rester dans l’EU l’autre qui n’a pas l’air de trop savoir, sinon rester sous la protection du RU… et c’est le grain de sable qui peut tout faire vriller : où mettre la frontière et comment ? cela parait insoluble (à moins d’unir l’Irlande… on peut rêver !)

        Pour revenir à nos moutons : que la GB sorte va provoquer un bouleversement dans toute la GB pour sa vie quotidienne, ses approvisionnements de tous ordres, augmenter le coût de la vie en particulier des plus modestes, … si ce n’était que ça
        Aussi dans l’UE et son commerce extérieur, et donc le commerce mondial car tout le monde est concerné dont US et Chine,

        ça aura aussi une répercussion sur le Commonwealth

        en conséquences les monnaies, le cours des matières premières…

      7. @Arkao
        Pas faux. Sauf que, la situation et le contexte général international sont radicalement différents. Comparaison totalement déplacée voire inappropriée. En outre, le RU tient tout particulièrement à rester dans l’alliance l’OTAN; brexit ou pas.
        https://www.lepoint.fr/monde/les-troupes-britanniques-de-l-otan-montrent-leur-engagement-malgre-le-brexit-10-10-2018-2261901_24.php

        En outre, une hypothèse de travail est un scénario de préparation; ce ne sont pas des faits et encore moins des prédictions.

        Pénuries de nourriture, carburants et médicaments, frontière en Irlande et même émeutes… Quand Londres dévoile le pire scénario d’un Brexit sans accord
        « Le gouvernement britannique a publié les conclusions de son dossier « Opération Yellowhammer », le rapport qui évalue les conséquences les plus brutales d’un Brexit sans accord mais que le cabinet Johnson s’emploie à présenter comme une simple hypothèse de travail. »

        « Le rapport Yellowhammer – son nom, celui d’un petit passereau, le bruant jaune, lui a été donné au hasard – juge probable que la préparation de la population et des entreprises britanniques à l’éventualité d’un divorce sans accord avec l’Union européenne soit faible, notamment du fait de l’incertitude politique qui règne autour du Brexit.
        Partisan déclaré d’une politique « jusqu’au-boutiste » (do or die), Boris Johnson, au pouvoir depuis le 24 juillet, martèle que le Royaume-Uni quittera « coûte que coûte » l’UE avec ou sans accord le 31 octobre prochain. »

        « Mais il est désormais minoritaire au Parlement qui, avant la suspension de ses travaux, a fait voter et promulguer par la reine Elizabeth II une loi qui le contraint à demander un report de trois mois de la date du divorce s’il ne parvient pas à un accord avec les Européens d’ici au 19 octobre. »
        https://www.lindependant.fr/2019/09/13/penuries-de-nourriture-carburants-et-medicaments-frontiere-en-irlande-et-meme-emeutes-quand-londres-devoile-le-pire-scenario-dun-brexit-sans-accord,8411321.php

        Quoi qu’il en soit, l’Irlande a eut largement le temps de se préparer, tout comme tous les autres pays concernés.

        L’Irlande prépare son budget 2020 en tablant sur un Brexit sans accord
        http://www.lefigaro.fr/economie/l-irlande-prepare-son-budget-2020-en-tablant-sur-un-brexit-sans-accord-20190911

      8. Eh oui ,et puis vs savez c est bien vrai ce que disait ce vieux philosophe : ‘ le malheur n est jamais aussi pire que l idée que l on s en fait ‘

      9. @Dundee
        Ce n’était pas une comparaison 😉
        C’était pour illustrer le fait qu’un événement qui peut paraitre marginal à beaucoup peut être le détonateur d’une crise majeure en gestation depuis longtemps.
        Est-ce quelqu’un a dit à François-Ferdinand: « n’allez pas à Sarajevo parce que vous risquez de vous faire assassiner et que cet événement est susceptible de déclencher un conflit mondial qui fera dix-huit millions de morts. » ?

    2. Il y aurait un problème avec la Deutsche Bank qui envisage une suppression de 20000 postes. Je ne sais plus où j’ai lu ça mais il semble que l’Allemagne, l’Italie et peut être l’Espagne soit au bord de la récession. Ce qui affecterait bien évidement la France mais aussi la zone Euro.
      Paul Jorion nous l’a dit : avant la crise de 2008, il était tout à fait possible d’établir le scénario menant à la crise et aujourd’hui il est plus difficile de dire d’où la fissure viendra.
      Il ne semble donc pas du tout délirant de dire que le brexit peut être l’étincelle qui met le feu aux poudres.

      1. Ce n’est pas délirant non. Juste improbable.

        L’attaque coordonnée de drones « houthis » ( comprendre : iraniens ) sur la moitié de la production saoudienne de pétrole qui a eu lieu aujourd’hui… je la trouve assez inquiétante, personnellement.

      2. « C’était pour illustrer le fait qu’un événement qui peut paraitre marginal à beaucoup peut être le détonateur d’une crise majeure en gestation depuis longtemps. »

        Ok, autant pour moi. Je suis d’accord.
        Ben vi, ce n’est pas nouveau, tout n’est pas prévisible et heureusement. Ce serait d’un chiant ! 😉

  6. « Ce n’est pas délirant non. Juste improbable.
    L’attaque coordonnée de drones « houthis » ( comprendre : iraniens ) sur la moitié de la production saoudienne de pétrole qui a eu lieu aujourd’hui… je la trouve assez inquiétante, personnellement. »

    Tout à fait d’accord.
    rfi.fr/moyen-orient/20190914-arabie-saoudite-houthis-attaque-drones-petrole-abqaiq-khurais

    1. @ Dundee et Jacquot, je partage votre inquiétude mais faire l’équation Houthis = Iraniens, c’est reprendre exactement le discours belliqueux des Néocons US. Attention !
      Au Yémen, il y a une guerre civile atroce(qui laisse bien indifférents les Français de leur gouvernement à la « gauche » …) dans laquelle les Saoudiens ajoutent leurs saloperies avec leurs bombardements. Je n’ai aucune sympathie particulière pour les Houthis mais on peut penser qu’un simple œil pour œil serait également une explication …

      1. @ Jacques,

        Oui, l’équation Houthis = Iraniens nous vient bien de nos amis néoconservateurs américains, et dans le cas général elle est fausse vous avez raison.

        Dans ce cas particulier cependant :
        – Les attaques ont eu lieu par drones, et probablement pas des toutes petites choses étant donné qu’ils transportaient assez d’explosif pour mettre en carafe une énorme usine de raffinage pétrolier. Or, il est très improbable que des rebelles ne disposant pas des moyens d’un Etat construisent ce genre de machine tout seuls
        – Surtout, ce sont les installations à Abqaïq qui ont été attaquées, c’est-à-dire à plus de 1 000 km de la zone que les Houthis contrôlent au Yémen. Or, des drones artisanaux ne voyageront certainement pas aussi loin, et il paraît pour le moins difficile à des groupes d’irréguliers de traverser mille kilomètres de désert en Arabie saoudite sans être détectés.

        La revendication par les Houthis n’est qu’une fiction. Cette attaque n’a pas été menée par des troupes irrégulières, mais par celles d’un Etat. A l’évidence, l’Iran.

        Il s’agit d’un épisode de la « montée aux extrêmes » en cours entre Etats-Unis et Iran. Ayant intimidé Européens, Chinois et Japonais, Washington applique un quasi blocus économique de l’Iran, l’empêchant d’exporter son pétrole et étranglant – l’image n’est pas trop forte – son économie. Le prix demandé de l’Iran inclut la renonciation à toutes ses armes – les balistiques – ce qui ne pourrait de toute évidence que déboucher sur de nouvelles agressions et la mise au pas de ce pays. Téhéran refuse évidemment l’ultimatum.

        Etant en cours d’étranglement et ne disposant pas d’armes nucléaires, la seule stratégie qui leur reste est de mettre en jeu leur dissuasion économique c’est-à-dire leur capacité de s’assurer que « si l’Iran ne peut exporter son pétrole, alors personne d’autre dans le Golfe ne l’exportera non plus » : l’Iran a les moyens de très fortement troubler sinon mettre fin aux exportations de pétrole issues de la région c’est-à-dire 40% des exportations mondiales de pétrole. Ce n’est probablement pas une récession économique mondiale qui s’ensuivrait : plutôt une dépression.

        Ne souhaitant évidemment pas mettre en jeu pleinement sa dissuasion économique, Téhéran donne des signes de plus en plus inquiétants de ses capacités, montant un barreau de l’échelle à la fois, espérant convaincre « ceux d’en face » de bouger, soit les Américains si Trump peut entendre raison, soit les Européens s’ils arrivent à se trouver une colonne vertébrale. Stratégie très dangereuse à l’évidence, stratégie de bord du gouffre, avec de forts risques de dérapage et « guerre accidentelle »… mais celui qu’on étrangle n’a pas grand chose à perdre.

        Forcer à suspendre 5% des exportations mondiales de pétrole pour un délai qui aux dernières nouvelles se compterait « en semaines »… c’est une escalade impressionnante dans la stratégie de tension. Plutôt deux barreaux de l’échelle à la fois qu’un seul.

        A côté de ces nuages d’orage, les signes d’espoir sont relativement faibles : renvoi de l’ultra-néoconservateur John Bolton, diplomatie volontariste d’Emmanuel Macron pour obtenir une « pause » dans l’étranglement pendant laquelle une réunion entre les présidents américain et iranien serait organisée. Tout cela est positif… mais c’est à peu près tout ce qu’il y a de positif.

        De mon point de vue, c’est là le pire risque pour l’économie mondiale, sans parler naturellement de la paix. Je le vois comme bien plus grave qu’un Brexit sans accord – qui présente déjà des risques indéniables.

    2. Avec ou sans néo-cons, ce conflit géostratégique, entre autres, n’a de cesse de se réactiver, malgré les bonnes volontés qui essaient de le résoudre…C’était « improbable » mais Trump a limogé Bolton, il y a peu.

      « Que l’Iran soit directement responsable des attaques samedi de drones contre des installations pétrolières en Arabie saoudite ou qu’elles aient été menées par leurs affidés yéménites, les rebelles Houthis, n’est pas fondamentalement différent : ce grave incident fait monter encore d’un cran la confrontation entre les deux puissances dominant la géopolitique du Moyen Orient, et au-delà celle entre Téhéran et Washington. A quelques jours de l’ouverture de la 74e Assemblée générale des Nations Unies à New York, il fait également planer un doute sur une rencontre entre Donald Trump et Hassan Rohani, qui pourrait être la première depuis la révolution iranienne de 1979 entre un président américain et un président iranien. »
      https://www.lesechos.fr/monde/afrique-moyen-orient/un-dangereux-face-a-face-entre-liran-et-les-etats-unis-1131775

  7. « @ Dundee et Jacquot, je partage votre inquiétude mais faire l’équation Houthis = Iraniens, c’est reprendre exactement le discours belliqueux des Néocons US. Attention ! »

    Faux, c’est juste reprendre les termes du soutien international affiché du « guide suprême » de l’Iran aux rebelles Houtis, hélàs…

    PS: rien à faire de l’avis des néocons US…no thanks !

    « L’Iran a réaffirmé mercredi au plus haut niveau son soutien aux rebelles Houthis du Yémen, à l’occasion de la réception d’un de leurs responsables par le Guide suprême, au moment où la coalition militaire anti-Houthis menée par l’Arabie saoudite est confrontée à des dissensions. »
    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/yemen-le-guide-supreme-iranien-recoit-un-responsable-des-rebelles-houthis-20190814

    1. @ Dundee, j’ai répondu à Jacquot et je prends acte des arguments. Ça va plomber mon dimanche soir.

      PS – l’avis de nécons US m’intéresse comme m’intéresse toujours l’avis des ennemis.

  8. « PS – l’avis de nécons US m’intéresse comme m’intéresse toujours l’avis des ennemis. »

    J’en suis d’accord, mais autant se passer d’eux si la réponse vient directement d’une déclaration d’un de leur « guide
    suprême ».

    Ps : ne vous laisser pas « plomber »; le plomb à forte dose , c’est toxique, mdrrrr 😉

  9. Pour revenir au Brexit, en référence à « Un « Super-Brexit » en forme de… non-Brexit », voici les déclarations du secrétaire d’Etat britannique au Brexit Steven Barclay issues d’une source qui n’est pas en zone payante 🙂
    https://www.theguardian.com/politics/2019/sep/15/brexit-uk-ministers-talk-up-irish-border-compromise-as-key-to-deal
    « Lors d’un entretien ultérieur, M. Barclay a également suggéré qu’une façon possible de faciliter la conclusion d’un accord serait de prolonger la période de transition suivant le départ, qui devrait prendre fin en décembre 2020, d’une ou deux années supplémentaires. »

    A noter que la période de transition n’existe que dans l’accord de retrait, celui qui a été négocié par Theresa May et Michel Barnier, puis refusé à trois reprises par le parlement britannique. En l’absence d’accord de retrait, point de période de transition, juste une sortie brutale, qui serait très nocive pour l’économie britannique. Et aucune possibilité d’étendre cette période de transition jusqu’à fin 2022 naturellement.

    Or, on ne parle de signer l’accord de retrait ni au parlement ni au gouvernement britannique. Cet accord de retrait inclut le fameux filet de sécurité (« backstop ») sur lequel tant de pro-Brexit s’excitent à tort, que l’UE ne peut en aucun cas abandonner, que Johnson prétend pourtant lui faire abandonner… en ne menant que des entretiens en trompe-l’œil avec des dirigeants de l’UE.

    Il est encore possible que les pro- et les anti-Brexit reprennent leurs esprits et signent enfin ce fameux accord. Mais il ne reste que très peu de temps, et ça n’en prend pas le chemin.

    1. merci pour le non-payant !
      P.J. doit être abonné à tous les journaux du monde (Fr, GB, EU) pas moi et je me refuse à payer à chaque fois pour 1 billet quel qu’il soit (sauf s’il nous annonçait la fin du monde pour demain, mais alors là je l’aurais sur la radio !
      donc ne comprend souvent rien à cette sorte de billet !

      Là j’ai cherché sur Qwant par mots clefs il nous propose que du HULK

      J’en profite pour remercier JP de m’avoir fait découvrir DeepL pour les traductions… ouf je peux ne plus me servir de Google qui m’agaçait copieusement.

      1. @Annie Stasse
        Oui, devoir payer pour consulter un document est agaçant.
        Certes, il faut admettre que les avancées techniques (fibre optique, processeurs plus rapides, meilleurs logiciels, etc..) ont permis une utilisation du Web beaucoup plus aisée. Qui se souvient des liaisons établies par modem et navigation par Mozilla…
        Mais, la chose a son revers, en l’occurrence, l’établissement de ‘bretelles’ vers des sites masqués chargés d’analyser la requête et d’introduire dans la réponse, soit une demande de paiement ou l’imposition de publicités qui sont de véritables parasites collés à la capsule HTML reçue !
        Bref, rien de changé sous le soleil, notre forme de société ne peut admettre de réaliser des choses gratuitement : la recherche du profit sous-tend cela…
        LINUX qui est toujours gratuit, voit quand même certaines sociétés commerciales qui le soutenait, abandonner la gestion des ‘dépôts’, mais aussi, l’on peut constater que le grand fournisseur de SE dont le nom commence par M……., adopte certaine fonctionnalités de Linux.
        Linux, bien qu’il soit gratuit a du mal à s’imposer partout, peut-être est-ce du aux nombreuses versions ?

      2. @Tout me hérisse
        Nous voilà engagez dans une discussion sur la gratuité du web.
        càd que j’ai commencé par des mauvaises habitudes (années 90) où nous défendions pied à pied la gratuité, dont pour les logiciels de tous ordres.

        Mais certaines parties sont encore gratuites. Par exemple mes sites, comme ce blog, sont sur WorPress encore en grande majorité gratuite. Peu à peu je vois les extensions et les thèmes évoluer vers une partie payante. Je peux encore m’équiper en partie gratuite, mais pour une qualité plus précise je suis bien obligée de payer.

        Je parle d’une époque où nous étions des milliers de blogs, pas encore les grands médias sur le net. Bien sur il faut bien qu’ils se rémunèrent, c’est une réalité, mais ça partage l’humanité en deux les « pouvant payer » bien informés, et les autres. Mais nous reste encore la radio et la télé, mais nous imposent leur pubs. FI me devient insupportable depuis qu’il a mis des pubs : ce qui est là totalement injustifié car domaine public et non privé, nos impôts payent et ça suffit bien, question de répartition des budgets.

  10. Bonjour le blog,
    Je viens de lire le post « Super-Brexit »….
    J’ai rigolé car je pense la même chose….Sacré Anglais….
    Imaginez dans un an les Anglais dans une fête à Bruxelles au Parlement….
    « Mais puisqu’on vous dit qu’on est parti!!!!!N’insistez pas!!!!Bon d’accord, alors un dernier verre mais vraiment pour vous faire plaire!….Euh… au fait … elles sont où les cacahuètes!!!! » 😉

  11. Le brexit sera une étincelle de trop comme Rosa Parks. Cela fera exploser le système mondial. Je ne connais pas grand chose en politique et en économie mais je vois chaque jour de plus en plus des gens dormir dehors même s ils ont trois boulots et si le boulot est une torture qui donne à beaucoup des envies de se suicider avec passage à l acte quelque soit les métiers et les entreprises (petites ou grandes). Les sdf ne sont pas des fainéants. Les gens en arrêt maladie non plus. Le service invalidité regorge de personnes mises à l écart parce que ça arrange certains. Après ces personnes sont stimagmatisées par leur entourage. Là n est pas le propos vous me direz, mais si justement. Tout est lié. Les gilets jaunes, ce n est pas à cause de la hausse du pétrole qu ils sont dehors depuis des mois. C était juste une étincelle de trop. Si les anglais veulent sortir de l Europe qui a des cotés positifs, le fait que les décisions se prennent loin ne correspond pas aux besoins de proximité. Et de plus, cela permet à certains de s en mettre plein les poches en toute impunité, car comment demander des comptes à quelqu un à l autre bout du monde ? On nous bombarde de produits pas cher, certe on est content, mais avec quels pesticides dedans et fabriqués par qui et dans quelles conditions ? Les personnes qui ont voté pour une sortie de l Europe sont conscients de tous ça et sont prêt à accepter des petits sacrifices pour une vie meilleure pour leurs enfants car si on n en passe pas par là, les collapsologues dont on se moque bien et qui predisent que nous serons armés très prochainement pour protéger le peu de nourriture et d eau potable que nous aurons, malheureusement, je pense qu ils pourraient bien avoir raison. Et là, personne ne se plaindra parce qu il n aura pas le nouveau t shirt de marque à se mettre. Les publicitaires ne pourront que nous conseiller sur la façon de survivre et même de tuer si quelqu’un s approche de trop près de notre petite communauté. Et on dit que les êtres humains sont beaucoup plus évolués mentalement que des siècles en arrière ! Certains veulent coloniser d autres planètes puisque ils savent que la Terre sera détruite mais j espère bien qu ils seront reçus comme ils le méritent.

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