7 réflexions sur « Vidéo – Antisémitisme et antisionisme »

  1. Bravo, je vous approuve totalement.
    Au sujet de l’orthographe neutre (je ne sais pas comment on l’appelle, neutre au sens de ni masculin ni féminin), moi ce que j’aurais proposé c’est la création d’un genre neutre, comme cela existe en anglais. Il y aurait eu une orthographe associée à ce genre, et on aurait attribué ce genre à tous les mots actuellement féminin ou masculin qui posent problème de ce point de vue : nom de fonctions, etc.
    Ce travail aurait pu être fait par une équipe de linguistes et de grammairiens, qui auraient été nommé et super-visés par une commission de l’Académie. A mon avis Hélène Carrère d’Encausse a raté une belle occasion, au lieu de cela l’Académie a refusé en bloc, ce qui ne peut être qu’un mauvais statu quo.

  2. Cher M. Jorion,
    Merci pour votre video sur le juste nom de choses. Vous citez Aristote et Thomas, ce fut aussi l’un des enseignements majeurs de Confucius.

    Confucius et la Rectification des Noms

    Le prince de Ts’i interrogea Confucius sur l’art de gouverner. Confucius répondit : « Que le prince soit prince ; le sujet, sujet ; le père, père ; le fils, fils. – Très bien, dit le prince. En effet, si le prince n’est point prince, le sujet point sujet, le père point père, le fils point fils, quand bien même il y aurait du grain, pourrais-je en manger ? »

    Ailleurs …
    «……Quand il ne sait pas de quoi il parle, un homme de bien préfère se taire. Si les noms sont incorrects, on ne peut tenir de discours cohérent. Si le langage est incohérent, les affaires ne peuvent pas se régler. Si les affaires sont laissées en plan, les rites et la musique ne peuvent pas s’épanouir. Si la musique et les rites sont négligés, les peines et les châtiments ne sauraient frapper juste. Si les châtiments sont dépourvus d’équité, le peuple ne sait plus sur quel pied danser. Voilà pourquoi l’homme de bien n’use des noms que s’ils impliquent un discours cohérent, et ne tient de discours que s’il débouche sur la pratique. Voilà pourquoi l’homme de bien est si prudent dans ce qu’il dit. »

    Dans un registre plus trivial : il n’est pas indifférent que le « Directeur des Ressources Humaines » ait remplacé le « Directeur du personnel » ou que l’expression « gardien de la paix » n’évoque plus policiers et/ou gendarmes au profit de « forces de l’ordre »

  3. Ta vidéo fait un point bien nécessaire sur les problèmes dus au politiquement correct. Ces problèmes sont magnifiquement développés dans deux chapitres du livre de N. Tournadre « le Prisme des langues » (L’Asiathèque). https://www.asiatheque.com/fr/book/le-prisme-des-langues

    Tout d’abord le chapitre « Manipulation et xyloglossie [formule humoristique pour langue de bois], pp 133-143, ce qu’il appelle « la logique de fuite et d’évitement ». En français, nègre est devenu péjoratif dans la bouche des racistes qui n’ont même plus besoin de dire « sale nègre ». La leçon de Léopold Sédar Senghor sur sa négritude a été oublié ! On sait ce qu’il en est : Nègre, Noir, Renoi, Black, série sans fin donc. D’ailleurs on doit arrêter avec ça comme l’avait écrit dans un tweet le 04.03.2018, Audrey Pulvar :
    « Les mots noir, noire, noirs ou noires ne m’écorchent pas la bouche. Pourquoi ce mot vous fait-il peur ? C’est ce que je suis, entre autres, une noire. »

    Pour mieux comprendre cette notion de fuite sémantique, autant citer Nicolas Tournadre :

    « Les mots Nègre et Négresse sont neutres dans leurs dénotations, même s’ils peuvent dans certaines conditions véhiculer une connotation raciste. Ils sont susceptibles d’être très valorisants et pleins de tendresse dans certains contextes, et cela pas uniquement sous le plume d’un Aimé Césaire, d’un Jorge Amado ou d’un Chester Himes ! C’est l’intention de certains locuteurs et la situation d’énonciation qui en font un usage raciste, qui se manifeste souvent par une intonation péjorative ‘à l’oral) ou par un contexte négatif (à l’écrit). »

    Cela dit c’est sans doute trop tard pour ce vieux mot et je doute qu’Audrey se dise négresse.
    Il faut noter une confusion possible en français/anglais sur les termes normaux /péjoratifs argotiques : respectivement en français Nègre/ négro et en anglais américain : Negro / nigger. (cf. Negro spiritual ─ question subsidiaire : comment nos amis américains appellent aujourd’hui ces chants ?)

    Dans le chapitre « problème du genre grammatical, sexe et idéologie », p153-163, Tournadre développe des arguments basés sur la linguistique et l’étude des langues mais je comprends désormais que la xyloglossie (comme dit avec humour Tournadre) rend ces considérations inopérantes pour la majorité de nos contemporains (mais est-ce différent pour les problèmes liés au réchauffement anthropique, que valent les études et les faits ?).
    Pour votre curiosité, je cite à nouveau l’auteur :
    « Même lorsque les langues possèdent une opposition entre masculin et féminin, il est facile de mettre en défaut l’idée selon laquelle les genres grammaticaux reflètent le sexe des animés. (…) [exemples donnés par lui : en allemand das Fräulein, das Weib, mots neutres = une jeune fille, une épouse ; en français, vedette ou personne, mots féminins désignent des hommes et des femmes mais un canon = une belle femme ; en italien la spia, la guia, féminins = l’espion, le guide…]

    Mais Tournadre reconnait que « la conception confondant genre et sexe est ancrée dans l’esprit des contemporains car elle est fort ancienne ».
    Enfin une petite remarque pour Paul Jorion qui a étudié une ou des langues africaines : tu seras intéressé par sa conclusion rapprochant notre masculin/féminin des classes nominales observables dans les langues bantoues par exemple.
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Classe_nominale

    Par contre ce linguiste propose avec raison que les accords se fassent de façon plus souple : majorité hommes ou femmes d’une assemblée (chères ou chers) ou proximité dans la phrase pour en finir avec cette règle qui provoque aussi une grande confusion (et justifiée) : le « masculin » l’emporte sur le « féminin » ─ et je comprends tout à fait la réaction d’une fillette à qui Tournadre n’aurait pas en détail expliqué ce qui vient d’être dit.

  4. Longtemps, je me suis intéressé à la Littérature de Jeunesse. Je me souviens, ce soir, d’un essai de Christian Poslaniec -Je crois qu’il s’agit de :  » De la lecture à la littérature  » – dans lequel il propose de distinguer plusieurs livres dans un  » livre objet  ».
    Il y a le livre que l’auteur a voulu écrire et celui qu’il a écrit. Ensuite il y a le livre que l’éditeur a lu, retenu et publié après qu’il a été remanié. Enfin, il y a les livres que chaque lecteur avec ses bagages intellectuel et sentimental a lu. Remplaçons  » livre  » par thèse, article, pétition, etc… et l’on pourra peut-être comprendre où se nichent parfois l’incompréhension, la querelle ou la guerre.
    Remplaçons maintenant  » livre  » par  » mot  ».
    Il y a le mot que je cherche pour l’utiliser et celui que j’écris ou je prononce. Il y a le mot que les autres entendent et comprennent; il y a aussi les mots qui alors nourrissent des controverses infinies si au préalable nous n’avons pas pris soin de les définir soigneusement.
    Mais peut-être nous contentons-nous d’un jeu de dupes qui satisfait notre penchant pour la dispute.

  5. Décidément vos dernières vidéos me donnent encore plus de grain à moudre qu’habituellement. Je ne m’en plains pas, bien au contraire. Je partage à nouveau votre analyse ainsi que votre diagnostic (agir sur la racine du mal plutôt que d’ergoter sans fin sur le sens des mots) et cela me rappelait l’une des Lettres à Lucilius de Sénèque que je relisais l’autre jour. Dans cette lettre Sénèque critique les philosophes de son époque et ceux qui l’ont précédé (dans la période de la République romaine) car ces derniers ne faisaient qu’étudier les syllogismes et les sens de ceux-ci sans se préoccuper de mettre en application les leçons de ces syllogismes ou de songer à l’éthique. Cela me rappelle également la définition de cet archétype de personnage que l’on trouve chez Dostoïevski et dont parlait Gilles Deleuze dans sa conférence sur l’acte de création : l’Idiot. Toujours à penser à des questions qui ne sont pas pertinentes dans une situation critique. L’appartement est en flammes mais personne ne sortira tant que l’on aura pas mis le doigt sur un problème totalement abstrait et pourtant tellement plus urgent. Aujourd’hui notre monde est en flammes mais il est plus important de diviser l’opinion sur un autre sujet (qu’il s’agisse de l’antisionisme ou d’autre chose) plutôt que de nous laisser constater que la racine du mal n’est autre que le néolibéralisme qui a autant sacrifié l’éthique que la logique pour obtenir un ultime billet vert avant la fin. Il y a une saveur aigre-douce à se dire qu’avec notre niveau technologique actuel nous aurions pu bâtir un monde réellement sans frontières et dans lequel chacun aurait sa place mais on lui a préféré un panoptique mortifère. Comme disait Rabelais : « La sagesse ne peut pas rentrer dans un esprit méchant et science sans conscience n’est que ruine de l’âme. »

  6. Mon premier commentaire sur ce blog concernait justement le vocabulaire.
    La maitrise des mots accompagne le pouvoir (voir la novlangue d’Orwell).
    Un cas flagrant : « islamophobie » qui permet d’assimiler toute critique de l’islam à du racisme.
    Un cas d’erreur: « effondrement »: qui implique la rapidité: effondrement d’un immeuble. Comme le déclin et les catastrophes qui nous menacent ne sont pas rapides à l’échelle d’une vie humaine, ce terme facilite le négationisme climatique ou environnemental.

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