Nous nions la réalité, chapitre 2, par Jean-François Le Bitoux

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Une révolution sanitaire est aussi nécessaire

Nous nions la réalité nous dit Vincent Burnand-Galpin et il développe différents aspects de ce refus du réel. Il faudra pourtant choisir les urgences même si la hiérarchisation est forcément différente car chacun voit midi ou minuit à sa porte. La hiérarchisation des priorités du Capital lui est spécifique ! Mais « l’impréparation des pouvoirs publics aujourd’hui est symptomatique. Nous proposons une autre approche : celle de la visualisation par la cinématographie, et l’art plus généralement. ».

Effectivement je ne doute plus que l’Art donne un accès plus immédiat à quantités de « ressentis » qui ne sont pas pour autant des « connaissances conscientes ». De multiples films récents, des BD plus expressives que des textes, des conférences, des powerpoints et d’autres «tutos » disponibles sur le web sont devenus des éléments de connaissance et de culture incontournables qui contribuent à remodeler les civilisations.

Personnellement, j’utilise le mot Art dans le contexte médical (cf. La médecine est-elle Art ou Science ?) où il signifie un « savoir-faire » construit à l’aide de strates de Sciences aussi variées et épaisses que possible. C’est bien une appréciation « qualité » du patient et de ses problèmes en termes pas toujours « quantifiables » sur des phénomènes qui nous dépassent. Alors effectivement, les observer en deux dimensions est un premier pas. Mais la vie est un processus cinétique qui évolue plus ou moins vite pour tout un chacun selon son état et son environnement et il est souvent difficile de « modéliser » des solutions pérennes soi-disant cartésiennes. Pour beaucoup de chercheurs, l’équation est le graal de l’explication scientifique. En fait dès qu’on met un résultat en équations on en oublie les conditions environnementales de validité. Cela signifie que la vie même de l’écosystème n’importe plus et que les problèmes en seraient indépendants. C’est rarement le cas et particulièrement faux en écologie où prévalent des phénomènes cycliques plus ou moins durables selon l’échelle à laquelle on analyse les mécanismes en jeu. Chacun envisage l’évolution de la situation en fonction de « sa boîte à outils » et de la proximité de la fin de mois économique ; deux formes d’énergie qui en pilotent d’autres. 

Le dimanche 8/12/19, entre Téléthon et grève générale, entre COP 25, Brexit, crise de l’Otan et d’autres règlements de compte nationaux et internationaux, je veux prendre le temps de placer un appel à une « Révolution sanitaire ». J’ai par le passé fait l’hypothèse qu’une catastrophe sanitaire précédera la catastrophe climatique annoncée.

D’aucuns ignorants des mécanismes en jeu lient les deux et imaginent par exemple que c’est le réchauffement de la planète qui multiplie depuis des décennies les zones de mers mortes à travers le monde par déficit d’oxygène. Ce n’est pas faux mais ce sont quand même nos propres pollutions qui les ont induits et notre abandon « culturel » qui les entretient et les favorise. Tant qu’on peut prélever quelques productions naturelles, on en profite puis on abandonne la nature en l’état : la gérer devient une « charge », un coût. En France, ces abandons produisent des mortalités de coquillages sur les estrans, la disparition de la biodiversité, des proliférations d’algues toxiques dans les étangs et les rivières et des marées vertes, entre autres. Les agriculteurs ont le dos large mais en fait, nous en sommes tous responsables à plus d’un titre par nos habitudes politiquement et sociétalement paresseuses. Le simple fait de dénoncer un mouton noir est en soi une pratique paresseuse qui évite d’y réfléchir plus profondément.

En marge du Téléthon, une pédiatre signale qu’on retire des lits d’hôpitaux destinés à recevoir des enfants atteints de bronchiolite, une épidémie qui s’annonce plus grave d’année en année. J’ai découvert cette pathologie infantile préoccupante mais non invalidante pour l’heure chez mon petit fils. Cette pathologie autrefois inoffensive devient de plus en plus longue et affaiblissante et elle circule dans les crèches du monde entier. Il n’y aurait pas de traitement et elle peut durer 3 mois et plus dans l’attente d’une guérison naturelle avec les beaux jours ! Et les choses semblent aller plus mal d’une année sur l’autre. En France la Haute Autorité de Médecine constatant l’impuissance de sa science, déconseille de demander l’aide des kinésithérapeutes ou physiothérapeutes qui soulagent l’enfant, faute de mieux. Je vis très mal cette impuissance : l’expression d’un droit à l’ignorance ?

Les virus de la crèche évoluent très rapidement et une première solution serait donc dans une désinfection répétée des espaces recevant nos chers bambins. Il y a cent façons d’y procéder mais encore faut-il le faire sérieusement, avec un minimum de produits sanitaires (pas forcément des doses élevées qui deviendraient toxiques mais des traitements doux et répétés).

Les éleveurs et les vétérinaires connaissent ces situations car l’entretien sanitaire des lieux est une condition sine qua non de tout élevage sécurisé. Au cœur de toute population animale, « tout agent peut devenir infectieux quand il trouve une combinaison favorable de paramètres » (Mayr et Rojan 1968, Bulletin de l’Office International des Epizooties). C’est une loi sanitaire simple mais exigeante car l’entretien quotidien limite une évolution biochimique « naturelle » vers la virulence et la pathogénicité.

Assez curieusement ce constat épidémiologique que j’imaginais évident reste mal perçu. L’enseignement populaire de M. Pasteur et de M. Koch laisse croire qu’une maladie infectieuse est due à un germe, comme seul « responsable ». Ces bases ont permis de progresser en épidémiologie pendant plus d’un siècle mais aujourd’hui elles ne suffisent pas. Cette approche se veut cartésienne : tout y est découpé en pièces de puzzle qui construisent une « vérité » d’assemblage et d’engrenage et chacun peut imaginer que si ce n’est pas exactement ce germe responsable, il n’y a pas « maladie ». Alors que ce sont des situations sanitairement déficientes qui favorisent puis entretiennent des « pathologies » qui permettent à des germes banaux de proliférer et de devenir plus agressifs et virulents – selon des lois biochimiques connues.

En tant qu’éleveur dont le troupeau est malade ou en tant que grand père quand mon petit-fils éternue, je ne méconnais pas les lois de M. Pasteur et Koch mais je sais que tout traitement efficace commence par une amélioration des conditions des uns et des autres et par une meilleure gestion de leur environnement immédiat.

Du côté des animaux c’est aussi ce qu’il faudrait faire en conchyliculture mais ce n’est pas le sujet, du côté des marées vertes idem, ce n’est pas le sujet, du côté de mon petit-fils et de ses millions de semblables à travers le monde, il est possible et économiquement peu coûteux d’imposer de normes de désinfection des espaces publics où ils se rassemblent.

Dans une assemblée nationale où la même semaine un député évoque un « prétendu réchauffement climatique », qui osera demander une norme de désinfection sanitaire des crèches ? Une vaccination généralisée serait une fuite en avant facile : l’Industrie prend tout en charge et définit une politique qui sera entérinée par le Parlement ?

Le but du Téléthon est de s’attaquer à des pathologies orphelines qui n’intéressent pas l’Industrie – pas rentables faute de suffisamment de patients – mais il s’agit ici de pathologie universelle : curieusement elles ne seraient pas rentables non plus pour l’Industrie car elles imposent un travail individuel responsable qui n’est pas brevetable ?

Mon petit-fils ayant une année de plus, à son retour de la crèche nous avons découverts ensemble une nouvelle maladie infantile dénommée « Pied-main-bouche ». C’est une autre maladie virale qui à cette heure précise, n’est pas encore « trop » grave mais qui produit des boutons et des cloques urticantes et qui affecte le tube digestif avec les problèmes d’alimentation qu’on imagine et de gestion familiale qui les accompagne. Une nouvelle épidémie mondiale est en cours; elle s’ajoutera bientôt aux lits manquants de la bronchiolite.

Des patients d’autres continents témoignent sur YouTUBE. Notre Haute Autorité médicale est prise de court par ce nouvel outil car elle aurait pu avoir reconnu cette épidémie à l’avance. Au Canada des adultes sont atteints : on va peut-être prendre au sérieux ces virus mutants ? Il y a une sensibilité particulière asiatique et on peut espérer que les laboratoires chinois mettent au point traitement et éventuellement vaccin. Côté positif de la mondialisation.

Conclusion très provisoire, le réchauffement de la planète participe certes directement à l’élimination de l’espèce Homo pseudo-sapiens mais il y aura de mécanismes microbiologiques bien plus rapides qui participeront à cette extinction s’il n’y a pas « d’Adultes au travail ». Il faudra bien mieux gérer l’état des lieux, même si l’Etat « ne sait pas » tenir compte des lieux. Cela devient une antienne insupportable : « Etat ne sait pas faire ! ».

PS Des témoignages « artistiques » se sont multipliés ces dernières semaines ; profitez-en.

(Joker, J’accuse, Alice et le maire, Adults in the room de Costa-Gravas »,

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8 réflexions sur « Nous nions la réalité, chapitre 2, par Jean-François Le Bitoux »

  1. Pour que la « catastrophe sanitaire » et la « catastrophe climatique » deviennent des préoccupations principales, il est nécessaire aussi de faire une « révolution sanitaire » médiatique globale ! 😉

  2. Attention, la culture a un coût, et, en général, la « bonne information « , qui exige du temps et de l’ analyse, devient une denrée rare. Elle est par ailleurs l’une des premières cibles lorsque le pouvoir en place se sent menacé. Ce qui est le cas ou le sera malheureusement de plus en plus.
    La représentation de « la muette de Portici » le 25 août 1830 à Bruxelles fut une étape importante de la révolution belge. Or, les énormes coupes budgétaires dans la culture en Flandre ne sont pas de bon augure. Ou bien on coupe le « robinet », ou bien on nous sert des fadaises (gratuitement) selon le cas…
    Bien sûr, d’aucuns vous diront qu’il s’agit de rétablir l’ équilibre budgétaire, mais ce n’est qu’un symptôme parmi d’autres de l’état de décomposition avancé du « système »…

  3. Le réchauffement climatique est propice au développement de certaines espèces animales.
    Depuis la tempête de 1999, certaines especes animales prolifèrent rapidement et c’est inquiétant pour les populations humaines car elles apportent des maladies à l’homme.
    Participer à la régulation de ces espèces permettrait de nous sauver.

  4. Merci pour ce texte !! Dans un système économique marchand dont le moteur est la croissance de la production de biens et services exprimée en monnaie, et l’objectif de la maintenir infinie, guérir sera toujours plus rentable que prévenir, car pour tous ceux qui ne font pas partie de l’élite, consacrer une partie de son revenu à la prévention coute proportionnellement plus cher qu’aux plus favorisés, et se fait donc relativement peu. Par contre, tout le monde est prêt à dépenser ce qui est nécessaire pour guérir d’une maladie, ce qui, par parenthèse, donne un levier important au système de santé curative marchand pour fixer le prix de ses interventions au plus haut, non pas en fonction de leur cout de production, mais de l’inconfort, ou, au pire, de la menace sur la survie, que fait peser la maladie sur le patient.

    Par contraste, la médecine préventive, elle, est effectivement à base d’hygiène personnelle et collective, dont la relation coopérative ou conflictuelle entre microbiomes et individus et l’alimentation sont des composantes importantes, car elles conditionnement l’efficacité du système immunitaire. Il est possible l’améliorer ponctuellement, mais elle doit être abordée de façon systémique pour être efficace. Nous ne pouvons le faire que quand nous comprenons la complexité de ces relations, ce qui est hélas loin d’être le cas et qui donc peut prendre « un certain temps » car il est peu probable que la médecine curative marchande dominante s’engage de gaité de cœur dans les recherches indispensables sur ce thème. Ce n’est pas une raison pour se décourager et ne pas tenter de diffuser le message.

  5. « Etat ne sait pas faire ! » État ne sait pas tenir compte de l’« ici et maintenant » et ferme à clé notre sortie de secours. Les seuls qui sauraient s’appellent anarchistes et, comme le mot l’indique, sont réfractaires à la hiérarchie. Pour l’espèce, il faudrait donc en arriver à souhaiter un effondrement rapide de l’état, ce qui suppose, pour l’individu qui prétend y survivre, de commencer au plus tôt l’entrainement.

    1. Effectivement ETAT ne sait pas faire pour la raison « simple » que les lois sur lesquelles il construit sa légitimité et pour lesquelles il sélectionne puis forme sa bureaucratie, n’avaient pas intégré ce paramètre. Et il est difficile par la suite de prendre en compte des paramètres ignorés auparavant et qui deviennent « directeurs » à l’insu de notre plein gré… jusqu’à ce qu’on en découvre les énergies masquées.
      Il a fallu plus de 60 ans pour reconnaître les résultats d’Ignace Semmelweis en obstétrique – « Il faut se laver les mains avant d’opérer » . Il a fallu attendre la boucherie de 1914 et les échecs de la chirurgie de guerre de cette année-là pour obliger en 1915 à tout désinfecter à la liqueur de Dakin (= eau de javel améliorée car elle existait depuis un siècle) mais surtout brevetée !
      J’ai appris alors que le brevet ne protège pas seulement l’investisseur mais aussi et surtout l’Administration qui autorisera – parfois selon financement comme pour les médicaments – l’utilisation officielle de cette technique ! Sans brevet, elle pourrait être responsable de son ignorance !

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