La presse : « Axel Miller, ancien PdG de Dexia devient chef de cabinet du MR »

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La nouvelle m’a envahi de nostalgie. J’ai voulu me replonger dans l’atmosphère de cette époque où la population (toujours mal avisée) exprimait une amertume (très déplacée) envers certains banquiers prétendument « responsables » de la crise financière.

Voici ce que j’écrivais par exemple ici, le 26 février 2012, à propos de Dexia  :

À part quelques errements dus à l’hubris personnelle, ces dirigeants ont mené Dexia à sa perte retentissante avec l’aval de tous ceux autour d’eux dont l’avis pouvait compter. Disons-le autrement : le Titanic a sombré dans l’enthousiasme général, non seulement de la classe financière mais aussi de la classe politique dans son ensemble ! Ce qui s’est passé, c’est en effet exactement ce qu’ils voulaient : privatisation à tout crin, dérégulation à toute pompe, pour faire place à une autorégulation dont on a découvert au grand regret de tout le monde qu’elle était morte à un moment difficile à préciser entre l’époque d’Adam Smith et la nôtre, sans qu’on s’en soit malheureusement aperçu en temps utile.

Le Titanic n’a pas sombré à la grande satisfaction des actionnaires de Dexia bien entendu, ni celle des contribuables belges et français à qui on demande maintenant de régler l’ardoise en leur disant : « C’est la faute à pas de chance ! »

Or, si ce n’est ni la faute à « pas de chance », ni la faute à ces individus particulièrement peu doués pour le métier qu’ils ont exercé chez Dexia – et qu’ils continuent d’exercer aujourd’hui ailleurs, à notre grande inquiétude, c’est bien la faute au fait que nous acceptons de nous lancer dans de grandes aventures comme Dexia sans avoir la moindre idée de la manière dont tout ce système financier fonctionne – c’est le « valideur de modèles financiers » que j’ai été à une époque, qui vous parle ici.

Pas la peine de convoquer d’outre-tombe M. Bérégovoy pour lui demander : « Mon pauvre ami, qu’est-ce qui a bien pu vous passer par la tête ? », pas la peine de convoquer tous ces « experts », dont la supposée « expertise » ne valait pas un clou à l’épreuve des faits, pour leur attribuer une responsabilité évaluée au pifomètre dans ce qui s’est passé.

Mais ce qu’il vaudrait la peine de faire – et je suggère qu’on s’en occupe toutes affaires cessantes – c’est de réunir tout ce beau monde pour leur faire dire devant un micro et une caméra – comme M. Greenspan dans ses petits souliers devant une commission du Congrès américain en octobre 2008 : « Je croyais ceci et cela et je me suis complètement planté : ce n’est pas du tout comme cela apparemment que ça marche », on apprendrait au moins quelque chose et – on peut toujours rêver – on pourrait peut-être tirer des leçons de toute cette ignorance, de toutes ces certitudes sans fondement, de toute cette arrogance d’apprenti-sorciers, la prochaine fois…

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14 réflexions sur « La presse : « Axel Miller, ancien PdG de Dexia devient chef de cabinet du MR » »

  1. Le cas de Dexia est assez typique de l’évolution du système bancaire en Belgique, qui sous la pression des milieux d’affaire et la complicité du système politique, ont poussés à transformer le « Crédit Communal de Belgique », banque coopérative avec participation des communes, en une banque visant l’international, changeant les statuts et la dénomination, avec la suite que l’on connaît.
    La nomination de ce monsieur Axel Miller, ne fait que confirmer l’intrication toujours actuelle du milieu des affaires avec le milieu politique.

    1. Et le scandale de Nethis le confirme, où l’on a vu des dirigeants politiques prendre le contrôle et imposer le secret dans une vaste Communauté de Communes (structure publique avec des élus locaux) dans une perspective affairiste jouant le capital des taxes sur la détention d’une TV et autres rentrées imposées aux citoyens ; dans un style maffieux, ils ont manifestement créé des pyramides (pour le secret), détourné les règles (compensé par des primes secrètes la perte imposée sur leurs émoluments par un plafond de rénumération pour tous les gestionnaires publics) et acheté le silence des élus locaux, par des primes de réunion pour des comités qui ne se réunissaient pas ou presque. Trois ans après le scandale, personne n’est en prison, certains ont démissionné, d’autres ont remboursé des sommes reçues sous la menace d’un procès, et il a fallu changer la structure pour écarter le directeur principal. Des affaires issues du montage financier ont été mises en vente (et dans l’ombre, le directeur manoeuvrait pour les racheter…) et finalement la structure chapeautant le réseau cablé de télévision (c’est-à-dire le pactole de nos redevances annuelles) est vendu à une société américaine, le prix de la transaction très bas ayant été revu in extrémis.
      Tous les partis y sont mouillés et, pour le parti socialiste, la liste est longue des dérives de gestion des 20 dernières années.
      Sur Dexia, le ministre des finances qui a géré la crise en 2008 est aujourd’hui le Commissaire européen belge…

  2. Beaucoup de ‘Axel Miller’ ont été mis en examen, banques et marchés financiers très contrôlés, spéculation condamnée, etc… Just kidding… 😉

  3. Cette nouvelle ne me paraît pas casser une patte à un canard.
    Ce qui serait une nouvelle, ce serait une rupture du MR ou de n’importe lequel de ses semblables d’avec le modèle standard.

    Il y a une contradiction interne dans la pensée de Paul Jorion, écartelée entre la clinicité de ses analyses et ses appels au dépassement du capitalisme, sa perception de la course à l’effondrement, et sa croyance en la raison raisonnable (qui n’est pas aux commandes), sa reconnaissance des rapports de force comme déterminants de la formation des prix, de la politique et des théories.
    Les préconisations de l’hôte de ces lieux ne sont pas à la hauteur de l’Histoire avec un grand H, vaste mouvement de bruit et de fureur sans autre pilote que l’aveugle confrontation des masses et des opinions sur base de prédation énergétique, dont la seule grille de lecture intelligible, malheureusement plus performante ex post qu’ex ante, est bien celle qui se pare de ces gros mots, la lutte de classes, pourtant reconnue même par Warren Buffett ,qui ne dit pas « lutte » mais « warfare« .

    Les seules perspectives d’avenir exigent des mouvements massifs comme le répète à l’envi le vieux Chomsky, tandis que Paul Jorion s’enthousiasme de façon récurrente pour des campagnes ou préconisations électorales du genre « Tomas Piketty président », ou des commissions d’experts auprès d’un ministre des finances de la droite dure.
    Il me semble que le mouvements des gilets jaunes par exemple, n’a pas été reconnu sur ce blog pour ce qu’il révèle, la souffrance sociale massive des invisibles, ni pour ce qu’il ouvre, un champ d’innovation historique – porté qui plus est par l’intelligence du commun, de gens entrés en politique après une vie de désintérêt formel pour la chose publique telle que définie par les pouvoirs.

    La souffrance sociale en général ne me paraît pas reconnue selon son importance réelle, alors que c’est bien elle qui génère les mouvements historiques, par les théoriciens politiques en général, qu’ils soient conservateurs ou de progrès, voire « révolutionnaires ». L’approbation précoce et chaleureuse au mouvement des gilets jaunes, encore une fois, est un bon marqueur de positionnement idéologique « consistant ». On n’a jamais vu et on ne verra jamais l’adhésion à des programmes fascistes se développer dans des sociétés prospères et en paix alors même qu’elles resteraient inégalitaires, n’est-ce pas? so what?

    Nous n’avons ni temps ni énergie à consacrer à la fidélité d’un parti libéral à ses fondamentaux.

    PS: je m’interroge sur un corollaire consubstantiel à la mise en avant de la souffrance sociale comme structuration de la pensée politique: la politique au sens noble est la recherche du bonheur pour le grand nombre. Qui dit ça sans être bisounours ou rêveur idéaliste, et qui met ça au coeur de son action?

    1. Découvrir qu’un banquier honni n’a jamais quitté vraiment les « affaires » politico-financières méritait bien une piqure de rappel, à mon avis.
      On peut fréquenter ce blog tout en gardant sa distance critique ; votre discours ne manque pas de prétention superbe, lui non plus.
      Et je crois que l’histoire (l’histoire des humains vaut-elle un grand Hache au regard de la permanence de la Terre ?) montre qu’une émeute massive sans direction définie et compréhension du rapport de force ne débouche que sur une « tuerie » sans lendemain.
      Le programme du Conseil de la Résistance a reçu le beau titre de « Des jours heureux », mais c’est par inadvertance d’un éditeur ! Il faut bien une indignation massive, mais aussi un programme précis et faisant consensus (loin des prétentions superbes). C’est ce qu’a connu et pratiqué la France de 44 à 80.

    2. « la recherche du bonheur pour le grand nombre »

      Ça se trouve chez Keynes, c’est le principe fondateur du socialisme « fabien » auquel il adhérait, qui était celui de la société des Apostles à Cambridge qui réunissait entre autres Bertrand Russell, H.G. Wells, George Bernard Shaw, les époux Webb.

      C’est la réflexion chez Keynes que s’il est impossible d’atteindre le consensus dans une société, il est facile de minimiser le dissensus, la somme des ressentiments. J’en parle dans mes bouquins, en particulier bien sûr celui sur Keynes, dans ma conférence TedX, et c’est comme nul ne l’ignore – sauf vous 😉 – la critique principale que j’adresse au quinquennat actuel.

    3. @ F. Simon,
      Hors sujet: Quelle serait votre interprétation des consignes gouvernementales au RU: à la lecture du Vif, le mot BREXIT sera tabou au RU après le 31/1/20, et sera remplacé par je cite une « Taskforce Europe ». Ce changement de terminologie n’est pas anodin: L’analyse de M. Jorion selon laquelle le Brexit ne se réalisera pas de la manière dont on pourrait s’y attendre, serait plus que jamais pertinente…

      1. Christian Brasseur:
        Euh… Je ne suis pas sûr d’avoir lu les derniers posts de Paul Jorion sur le Brexit. J’en suis resté à ceux où il explique qu’il n’y aura pas de Brexit parce que personne n’est prêt à assumer un retour de la guerre en Irlande du Nord.

  4. Le M. R., un parti libéral? Le corpus idéologique de ce parti est plus que léger, en tout cas ces 20 dernières années. Un parti de droite.

  5. Axel Miller, impunité de la finance protégé par la « Sience économique » (de merde).
    M. Matzneff, impunité d’une mafia politco-lettreuse se protégeant entre eux.
    Température et feux australiens, impunité des masses média au service de leurs propriétaires milliardaires.
    Trump, impunité pour cause d’un conflit jamais résolu entre deux visions de l’humanité.
    Le taux d’intérêt selon Keynes, impunité à cause de la stupidité des économistes embrigadés dans une religion féroce (de merde).
    Le machin craque de tous les côtés.

    1. Ce qui me fait bien chaud au cœur, c’est qu’il suffit d’attendre pour plus tard remarquer contre notre volonté que aussi vrai que Alpha go joue, nous serons bel et bien punis.

      1. Être lucide aujourd’hui c’est être prophète de malheur additionné d’une casquette de superhéros sacrifié.
        Dur dur 2020, Et pourtant nous n’avons pas faim.

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