À propos de « Se remettre en question, moi le premier », par Alexis Toulet

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Concernant cette phrase de l’intervention présidentielle hier « il est nécessaire de préparer l’après et de se remettre en question, moi le premier », j’ai personnellement une position agnostique. Je ne pars ni du principe comme quoi ce ne serait forcément que poudre aux yeux, ni du principe comme quoi Emmanuel Macron aurait trouvé son chemin de Damas – cela peut encore être en bonne partie de la communication, ou de simples velléités qui ne dureront pas.

Si on part de l’hypothèse que le président a au moins une part de sincérité, alors il vaut la peine d’aller au texte de son intervention * pour y trouver les indications des changements qu’il envisage. J’ai noté en particulier :

Le moment que nous vivons est un ébranlement intime et collectif. Sachons le vivre comme tel. Il nous rappelle que nous sommes vulnérables, nous l’avions sans doute oublié. Ne cherchons pas tout de suite à y trouver la confirmation de ce en quoi nous avions toujours cru. Non. Sachons, dans ce moment, sortir des sentiers battus, des idéologies, nous réinventer – et moi le premier.

Ce sont des paroles vraiment sages. J’espère que Macron saura les appliquer dans les faits. Soit dit en passant, il n’est pas le seul qui gagnerait à les entendre. « Sortir des idéologies », « Se réinventer »… cela peut concerner chacun d’entre nous.

J’observe d’ailleurs qu’il y a plusieurs manières de trouver son chemin de Damas. Si Macron s’est effectivement décidé à entamer un changement profond de la politique française, se remettant en question lui-même… qui sait si ses nouvelles décisions seront plus ou moins à mon goût, ou au goût de telle ou telle autre personne 🙂 ?

Il nous faudra rebâtir une indépendance agricole, sanitaire, industrielle et technologique française et plus d’autonomie stratégique pour notre Europe. Cela passera par un plan massif pour notre santé, notre recherche.

La formulation est intéressante. Elle aurait été TRÈS surprenante dans le Macron d’avant, celui de 2017 par exemple et encore un peu après.

Car enfin le président de la République, ancien « candidat le plus pro-UE imaginable » parmi les 11 candidats de 2017, est bien en train de parler d’indépendance y compris « sanitaire, industrielle et technologique » … française !!! Pour l’Europe, il ne propose que l’ « autonomie stratégique » – c’est-à-dire ce que la France a déjà, et dont il était question il y a quelques mois de discuter comment la France pourrait contribuer à en étendre le bénéfice à ses voisins. Bref il propose de considérer dans un cadre européen… ce qui est le plus bénéfique pour la France, là où sa position relative est la plus forte.

On disait que nous étions un peuple indiscipliné, et voilà que (…) On disait que nous étions un peuple épuisé, routinier, bien loin de l’élan des fondations, et voilà que (…) Nous voilà tous solidaires, fraternels, unis, concitoyens d’un pays qui fait face. (…) Et je veux ce soir partager avec vous, au cœur de l’épreuve, cette fierté. Cette certaine idée qui a fait la France est bien là, vivante et créatrice.

D’une manière générale, Macron hier soir a beaucoup parlé de la France – ce qu’elle vit, ce qu’elle fera et changera, les raisons d’espérer.

Il a parlé de la coopération et du Monde : « Aujourd’hui, à Bergame, Madrid, Bruxelles, Londres, Pékin, New York, Alger ou Dakar, nous pleurons les morts d’un même virus. Alors si notre monde sans doute se fragmentera, il est de notre responsabilité de bâtir dès aujourd’hui des solidarités et des coopérations nouvelles »

Il a somme toute assez peu parlé de l’Europe « Je tâcherai de porter en Europe notre voix afin d’avoir plus d’unité et de solidarité », ce n’est pas rien mais ce n’est pas grand chose non plus.

Sinon le rappel que contrairement à 2015 lorsque Hollande aidait Merkel à cogner sur Tsipras pour l’amener à raison et lui obéissait lorsqu’elle refusait que le ministre de l’Economie français continue à faire partie des discussions (il avait commis l’impudence d’appeler les conditions faites à la Grèce un « nouveau traité de Versailles »), la France se tient aujourd’hui clairement du côté des autres pays du Sud comme elle, alliée à Italie, Espagne, Portugal et Grèce. Il faut dire que le ministre de l’Economie en question… est devenu entre temps président de la République 🙂 !

Si on définit la position pro-UE à partir de la formule de Mitterrand « La France est mon pays, l’Europe est mon avenir », et la position souverainiste à partir du duo et de l’équilibre entre « La Nation » et « Le Monde », force est de reconnaître que Emmanuel Macron avait hier des accents nettement souverainistes… L’UE faisait tout au plus partie du paysage, l’avenir était du côté de la France non de l’Europe, et la coopération était à l’échelle du Monde non de l’Europe.

Encore une fois je ne me prononce pas sur la question de savoir quelle est la part de sincérité et de simulacre (ou de posture sans lendemain) dans le discours présidentiel. Mais si la sincérité y est… on peut dire que Macron est en train de bouger !

Nous devons aussi savoir aider nos voisins d’Afrique à lutter contre le virus plus efficacement, à les aider aussi sur le plan économique en annulant massivement leurs dettes.

François l’a dit, Emmanuel suit ! Qui dira encore que la France n’est plus « la fille aînée de l’Eglise ? » 😉 ?

Plaisanterie mise à part, c’est à l’évidence une nécessité. Mais je suis un peu inquiet de la possibilité pour la France d’en convaincre non seulement nos voisins européens, mais encore nos amis américains – vu leur gouvernement actuel.

* L’intervention présidentielle du 13 avril, c’est ici.

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