Un Virus, Deux Gouvernements et Trois Crises, par Duncan Sutherland

Le temps est manifestement venu pour le gouvernement écossais d’affirmer son autorité. Après avoir mené avec succès une stratégie d’élimination du virus en Écosse, alors qu’un gouvernement britannique inefficace, de troisième ordre, s’efforçait de mettre en œuvre en Angleterre une stratégie incompatible d’élimination du virus, où des foyers de deuxième vague semblent se manifester.

Non seulement le gouvernement écossais est maintenant confronté à la perspective imminente de devoir d’une manière ou d’une autre établir des contrôles à la frontière anglaise pour protéger l’Écosse contre la contagion en provenance d’Angleterre, mais il doit également dire au gouvernement britannique quelles politiques économiques et fiscales il requiert du Royaume-Uni pour le redressement de l’Écosse si les pouvoirs économiques et fiscaux nécessaires à la mise en œuvre indépendante de ces politiques ne sont pas transférés au gouvernement écossais sans plus tarder.

La crise sanitaire, qui est devenue une crise économique, peut donc être considérée comme étant en passe de devenir une crise constitutionnelle, dans un contexte de soutien majoritaire durable à l’indépendance de l’Écosse.

English version :

One Virus, Two Governments and Three Crises

The time has evidently come for the Scottish Government to assert itself. Having successfully pursued a virus elimination strategy in Scotland while the ineffectual third-rate UK Government has struggled to operate an incompatible virus suppression strategy in England, where second-wave outbreaks appear to be beginning, not only is the Scottish Government now faced with the imminent prospect of having to somehow establish controls at the English border to protect Scotland against infection from England but it is also having to tell the UK Government what economic and fiscal policies it requires from the UK for Scottish recovery if the economic and fiscal powers to implement such policies independently are not transferred to the Scottish Government without undue delay.

The health crisis which became an economic crisis can thus be seen to be en route to becoming a constitutional crisis, the background to which is sustained majority support for Scottish independence.

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14 réflexions sur « Un Virus, Deux Gouvernements et Trois Crises, par Duncan Sutherland »

  1. Un virus décidément mis à toutes les sauces !…

    Petite question au passage : pourquoi la souveraineté écossaise est-elle justifiée, défendable, noble et la souveraineté française tout au contraire injustifiée, indéfendable, ignoble ?
    Mon dieu, mais c’est bien sûr !! Parce que l’écosse est européiste, autrement dit prête à mettre sa « souveraineté » au service de la seule vraie souveraineté qui vaille, la souveraineté européenne…

    1. Deo gratias , c’est plutôt parce que l’Ecosse , qui sait compter et peser les choses , comprend qu’un avenir européen préserve mieux sa souveraineté qu’un royaume en décomposition et à vendre .

    2. Nan, la seule vraie souveraineté qui vaille, c’est la souveraineté des gens ouverts à tous, accueillants tous et partageants avec tous, soumis à aucun Etat. Et c’est comme le porc salut, c’est marqué dessus : s.OUVER.aineté ! Oui monsieur, c’est vrai !

      1. La souveraineté c’est la souveraineté, elle peut être bien ou mal utilisée.
        Comme la liberté.

      2. @CloClo
        Pensée philosophique et politique qui vous honore.
        Il n’en reste pas moins que sommes une espèce sociale et que par là se pose aussi la question du périmètre géographique qui fait sens pour le groupe. La condition (triste ?) de notre espèce nous oblige à débattre (mieux que de se battre) concrètement de ces questions.

      3. Une faille dans votre réflexion, CloClo:
        L’Ecosse se ferme pour s’ouvrir?

        D’ac, c’est mieux qu’une Ecosse qui s’ouvrirait pour mieux se fermer, aux Britt surtout.
        Déjà que la question de la frontière en dur entre les 2 Irlandes n’est pas résolue, contrairement aux salades dites par de Pfeffel-Johnson. La partie Sud n’en veut pas, le Nord est plus partagé, mais Bruxelles en a besoin.

        On remarquera que si tout va bien pour l’Ecosse, l’UE créera au moins une frontière en Europe…

        Ces histoires de souverainisme sont dépassées, inutiles, gâcheuses de temps et d’énergie. Virus( plusieurs) en deçà, liberté au-delà.

      4. @Arkao,

        Aucun honneur, c’est juste une question de regard. Tu te souviens du « point bleu » ? Tu t’en souviens au milieu du sombre espace ? (collé y a pas longtemps ici même encore et encore en vidéo)

        Le voilà ton périmètre qui fait sens, faut juste prendre le recul nécessaire. Garder toujours une certaine altitude pour penser les choses d’ici bas à leur juste mesure. Ensuite tout est plus évident.

        @ DMB, je ne te le fais pas dire !

      5. Wikipedia fait dans la nuance :
        « On dégage aujourd’hui le plus souvent trois dimensions de souveraineté, quoique certains auteurs, comme le politologue Stephen Krasner, en présentent parfois plus. »
        https://fr.wikipedia.org/wiki/Souveraineté

        A part ça , on peut considérer que le Covid19 , avec sa couronne, fait aussi dans la souveraineté…

  2. L’un des effets de ce virus, outre son aspect particulièrement néfaste en rapport avec la santé des humains, sera sans doute de jouer un rôle de catalyseur dans bien d’autres domaines également : politique, économique, organisation de la société, etc..

  3. Je vois que les sondages sur l’indépendance de l’Ecosse, qui n’ont pas cessé depuis le référendum négatif de 2014, présentent une évolution cette année, la majorité des sondages montrant l’indépendance en tête, tandis que jusqu’en 2019 c’était le maintien dans le Royaume-Uni qui était le plus souvent en tête (1)

    Cela dit, ce mouvement d’opinion ne débouchera pas nécessairement sur l’indépendance de l’Ecosse. Pour qu’il y mène, il me semble qu’il faudrait trois conditions :

    1. Que ce mouvement d’opinion soit durable, non à l’échelle de quelques mois, mais de plusieurs années. Ce qui est certes possible – qui connaît l’avenir ? – mais n’est pas acquis

    2. Que la force de conviction et la durée de ce mouvement d’opinion soit suffisante pour convaincre les autorités du Royaume-Uni d’organiser un deuxième référendum seulement quelques années après le premier. La position du gouvernement britannique est assez claire : quand on vote sur un sujet si important que l’unité d’un pays, c’est pour longtemps, et si les Écossais votent un jour à nouveau sur l’indépendance, ce ne seront pas les mêmes Écossais, mais leurs enfants ou petits-enfants. Forcer la classe politique britannique à changer d’opinion est sans doute possible, mais il y faudrait une force de conviction suffisante pour leur rendre impossible de l’ignorer (campagne de désobéissance civique ?)

    3. Que cette force de conviction résiste à la perspective du choix cornélien devant lequel elle se trouvera en cas d’indépendance : soit demeurer hors de l’UE alors que la plupart des Écossais sont pro-UE, soit accepter une frontière physique avec barrières, contrôles et douaniers avec l’Angleterre. Car il semble bien que Londres se dirige en fin d’année vers un équivalent pas très lointain du « Hard Brexit » la version « dure » de la sortie de l’UE, sans accord commercial significatif, suite à quoi l’UE devrait nécessairement à une Ecosse qui la rejoindrait d’établir à sa frontière avec l’Angleterre le même genre de contrôles que la Grèce maintient à sa frontière avec la Turquie, ou la Pologne à sa frontière avec la Biélorussie. La question est de savoir si une partie des Écossais indépendantistes pourraient être découragés par la perspective d’une frontière « dure » les séparant de leurs cousins britanniques – il n’en faudrait pas nécessairement beaucoup pour « grignoter » une éventuelle majorité pro-indépendance et la faire redevenir une minorité (2)

    (1) Voir la liste de ces sondages ici https://en.wikipedia.org/wiki/Opinion_polling_on_Scottish_independence#Post-referendum_polling
    (2) Plus le Brexit est « dur », moins l’indépendance écossaise devient économiquement plausible. C’est le paradoxe souligné par exemple par Ambrose Evans-Pritchard https://www.telegraph.co.uk/business/2019/12/18/boris-johnsons-hard-brexit-makes-scottish-independence-impossible/
    « Plus Brexit devient difficile, moins il est économiquement plausible que l’Écosse se sépare et rejoigne l’Union européenne. Les coûts atteignent des niveaux prohibitifs. Tel est le paradoxe de Brexit pour l’indépendance écossaise. »

    1. Tout ce qui vient du Telegraph, et d’ Ambrose Evans-Pritchard en particulier, est à prendre avec prudence ou un grain de sel…

      Tout, sauf MATT.

    2. Plan C de BoJo et autres naufrageurs du bon peuple : faire sauter l’Europe avant qu’elle ne fasse sauter le Royaume Uni.
      Quelques petits accords avec les Marchands en chefs (les Pays-Bas) et les Toreros en chef pour les touriste (l’Espagne), sur fond de « covid-avec ou sans…, et la provoc pourrait dégénérer non intentionnellement (façon Serbie 1914).

    3. It may be worth noting that the recent opinion polls to which you refer are showing consistent majority support for independence in spite of the fact that no campaigning for independence has been taking place, the Scottish National Party having suspended all such activity as soon as the health emergency began. All that it has been doing is endeavouring to make use of the powers of the devolved Scottish Government to manage the crisis as effectively as possible and to eliminate (rather than merely suppress) the coronavirus within Scotland as fast as possible pending development of a vaccine.

      Nevertheless, the Scottish Government has been unable to avoid demonstrating that the present constitutional arrangements provide no defence against an incompetent and disreputable UK Government, whose idea of cooperation with devolved administrations leaves much to be desired, especially in a time of crisis, and the Scottish electorate has not failed to notice this. The Johnson regime’s deplorably cavalier treatment of the more efficient Scottish Government has met with disapproval over the full range of political opinion on both sides of the independence question. Hence the increase in support for independence to as much as 54%.

      This is, however, not a level of support which would be considered by the SNP to be sufficient to do anything more than simply increase its control over the Scottish Parliament at the next Holyrood general election, which is scheduled to take place in May of next year, and to make another demand for a constitutional referendum. By then, however, following second-wave coronavirus infections from England and a hard Brexit with the compliments of the UK Government, plus a UK refusal to either implement economic and fiscal policies required for Scottish economic recovery or transfer to the Scottish Government the full range of powers which it would need to manage that recovery satisfactorily itself, support for independence may have reached the 60% level (support among young voters having already gone above 70%). At that point we are in a whole new landscape, in which there might conceivably be a prevailing disposition to conclude that desperate times call for desperate measures. Caution may yet be thrown to the wind, as that is how independence is always won.

      I do not for a moment imagine, incidentally, that independence within the EU, however it might be achieved and whenever that might be, would necessarily result in a harder border between Scotland and what would remain of the UK in the long term than there is to be between the Republic of Ireland and the UK or than currently exists between Norway and Sweden. We shall see what we shall see.

      On the subject of the Daily Telegraph, I do not know anyone in Scotland who takes its prognostications seriously. It was always known as the Daily Torygraph, but now it is the Daily Brexigraph, having been taken over by Brexit fanatics, for whom the very idea of Scotland is anathema to no less an extent than is the idea of the European Union.

      From a Scottish perspective a hard Brexit means economic disaster for our country and represents an existential threat to our society. This is a fate from which Scotland deserves to be saved, I venture to suggest. If we come knocking on Europe’s door, you will have to decide whether to let us in or leave us out in the cold. I can tell you now that the Republic of Ireland for one will not favour the latter course of action.

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