Présidence Trump : Quatre ans qui ont ébranlé le monde, mais ont laissé de marbre les gauches européennes !, par Yorgos Mitralias

Le premier acte de l’actuel drame américain étant achevé avec l’investiture de Joe Biden, on peut légitimement s’interroger sur les réactions ou le manque de réactions qu’a provoqué la tumultueuse présidence de Donald Trump en dehors des États-Unis. Et évidemment, s’interroger sur la totale incompréhension de ce qui s’est passé tant au sommet qu’à la base de la société américaine durant les 4 ans de cette présidence Trump, dont ont fait preuve les médias et les élites intellectuelles internationales mais aussi l’écrasante majorité des gauches européennes.

Il ne fait pas de doute que l’origine de cette « totale incompréhension » doit être recherchée dans la scandaleuse indifférence que tout ce monde, pour le reste très hétéroclite, a montré pour ce qui se passait non pas dans un petit pays du Tiers Monde mais au cœur de la super-puissance mondiale ! Et si la victoire, l’ intronisation et les quatre ans de la présidence de Trump ont attiré un peu l’attention, on ne pas dire de même de la candidature de Bernie Sanders et du grand mouvement populaire qui s’est formé autour d’elle. Il va sans dire que l’indifférence des médias n’est pas surprenante vue qu’ils n’avaient aucun intérêt à informer l’opinion publique européenne qu’aux États-Unis était en train de naître un formidable mouvement populaire de masse, composé surtout de jeunes gens radicalisés qui osaient se déclarer socialistes au pays où ce mot était traditionnellement plus que diabolisé.

Mais, que dire des gauches européennes qui logiquement, devraient avoir tout intérêt à propager la bonne nouvelle de la naissance et du développement de ce formidable mouvement populaire américain… et pourtant persistent à l’ignorer superbement et à lui tourner le dos? Que dire de ces gauches qui non seulement refusent obstinément de lui manifester la moindre solidarité internationaliste, mais surtout ne profitent pas de cette véritable aubaine qu’est ce jeune mouvement de masse américain pour rehausser le moral de leurs troupes, montrer que parler et se battre pour le socialisme n’est pas si démodé que ça… et surtout, tisser des liens militants avec lui.

Mais, il y a malheureusement pire que ça. Une fraction de ces gauches, celle communément appelée « souverainiste », ne se limite pas à ignorer le mouvement de masse, ainsi que la nouvelle gauche radicale américaine, ses leaders et leurs luttes, mais elle donne l’impression de tout faire pour les dénigrer, les caricaturer, les présenter comme simples appendices de l’establishment Démocrate. Manifestement, pour ces souverainistes on ne peut rien attendre de bon de la société américaine car tous les américains se valent, sont pareils et donc, complices de l’impérialisme américain. Alors, ce n’est pas surprenant de voir certains d’eux aller jusqu’à déclarer qu’ils « aiment voir les américains s’entre-tuer » tout en croyant qu’en proférant cette monstruosité ils font profession de foi…anti-impérialiste et de gauche ! (1)

Ceci étant dit, ce n’est pas un hasard que tant les médias internationaux que les gauches européennes se sont toujours trompées dans leurs prévisions et analyses de la situation américaine. Mais encore une fois, tandis que les médias avaient tout intérêt (de classe) à ne pas dramatiser la situation créée aux États-Unis ces 4 dernières années, les gauches n’en avaient aucun quand elles se refusaient de voir que la super-puissance mondiale était entrée dans une terrible crise historique et que Trump n’était pas seulement un clown, mais plutôt -comme le disait si justement Bernie Sanders- «un clown fasciste ».

C’est ainsi que les avertissements -de plus en plus fréquents depuis déjà 2018- que les États-Unis allaient droit vers une situation de guerre civile larvée, laquelle pourrait très bien conduire à des affrontements violents, ont toujours été ignorés, passés sous silence ou même accueillis par des commentaires ironiques. (2) Comme d’ailleurs étaient accueillies avec une incrédulité proche de l’aveuglement, les mises en garde répétées concernant l’intention de Trump de rester cramponner au pouvoir par tous les moyens et de qualifier les élections de frauduleuses bien qu’il avait commencé à le faire préventivement au moins 9 mois avant le 3 novembre 2020. Et pendant que les uns trouvaient totalement irréaliste et alarmiste de constater que la société américaine était désormais irrémédiablement divisée et polarisée pour longtemps, les autres nous rassuraient que « finalement » les Démocrates et les Républicains ne pourraient que trouver un modus vivendi et se réconcilier. Et tout ça avec l’argument imbattable qu’aux États-Unis… « ça a toujours été comme ça »

Pourquoi cet aveuglement devant les intentions plus qu’autoritaires de Trump et de ses énergumènes suprémacistes blancs, néo-nazis, complotistes et évangéliques ? Mais, parce que leur foi à la solidité (éternelle?) de la « plus grande démocratie du monde » et de ses institutions, poussait tous ces médias, partis et « spécialistes des États-Unis » -d’horizons politiques si différents- à ne pas croire Trump quand, jour après jour, il affirmait sa préférence pour les dictateurs et exprimait sa volonté de rester à la Maison Blanche quatre ou même douze ans de plus. En somme, prenant jusqu’au dernier moment, leurs désirs pour la réalité, médias internationaux mais aussi gens et partis de gauche ne faisaient qu’imiter leurs ancêtres de l’entre deux-guerres qui refusaient de prendre au sérieux les menaces d’un certain Adolphe Hitler même peu avant que celui-ci déclenche la seconde guerre mondiale en envahissant la Pologne…

On connaît la suite des événements. Le fait que Trump s’adonnait frénétiquement à la préparation de ses putschs légaux et illégaux n’était pas une simple vue d’esprit de quelques illuminés. D’ailleurs, ces préparatifs n’étaient pas secrets ou plutôt, ils crevaient les yeux, et il faudrait être aveugle ou borné pour ne pas s’en apercevoir. Et c’est comme ça qu’on est arrivé au couronnement de ses tentatives putschistes avec la prise d’assaut du Capitole par les hordes trumpistes le 6 janvier. Le choc était de taille mais ceux qui n’ont jamais vu venir les complots séditieux de Trump, restent incorrigibles. Aussi incroyable qu’il puisse paraître, ils persistent encore aujourd’hui, ici en Europe à la différence de ce qui se passe aux États-Unis, à minimiser l’importance des événements déroulés à Washington D.C. le 6 janvier, refusant obstinément de voir en eux une tentative de coup d’État ! Rappel historique : Le coup d’État (avorté) de Hitler à Munich en 1923 visait des centres de pouvoir bien moins importants que celui qui a eu lieu le 6 janvier 2021 au Capitole. Et pourtant, personne n’a jamais contesté que Hitler avait tenté un coup d’État en 1923…

Nous avouons avoir toujours pensé que les gens de gauche ne pourraient pas éternellement ne pas voir la réalité, et que ce moment de vérité coïnciderait avec un événement d’importance historique comme p.ex. la tentative de coup d’état de Trump. On doit reconnaître qu’on s’est trompé. Même maintenant après tout ce qui s’est passé, les médias mais aussi la grande majorité des gens de gauche européens persistent à regarder les États-Unis avec les mêmes lunettes qui déforment leur réalité. Minimisant toujours la gravité de la menace mortelle que représente Trump, ils font tout pour nous faire croire que Trump est isolé, que son parti semble vouloir lui tourner le dos, qu’il est progressivement abandonné par une partie grandissante de ses partisans. En somme, que la normalisation de la situation n’est qu’une question de temps et que tôt ou tard, Trump appartiendra au passé.

Encore une fois, c’est archi-faux, et c’est le contraire de ce que dit, jour après jour, le nouveau président américain, les médias de son pays et même… le FBI. Dire tout ça au moment où Trump purge -avec grand succès- le parti Républicain de ses adversaires, qui d’ailleurs n’ont jamais été plus d’une douzaine, est tout simplement une contre-vérité. Comme d’ailleurs, c’est une contre-vérité flagrante dire que Trump est isolé et est en train de perdre ses soutiens au moment précis où il devient le maître absolu du parti Républicain qui le suit désormais aveuglément. En quelques mots, dire tout ça c’est non seulement désinformer et désorienter mais aussi et surtout quand il s’agit des gens et des forces de gauche, c’est se résoudre à rester en marge de l’histoire, à la traîne des événements, sans pouvoir intervenir pour lutter aux côtés de ses camarades américains « qui se battent dans le ventre de la bête ». C’est triste et c’est tragique mais malheureusement c’est aussi la vérité…

Notes

1. Il est à noter que le Monde Diplomatique n’a jamais considéré dignes d’intérêt ni la campagne présidentielle de Bernie Sanders qui a mobilisé des millions de jeunes radicalisés, ni la nouvelle gauche socialiste américaine et ses leaders Bernie Sanders, Alexandria Ocasio-Cortez, Rashida Tlaib, Cory Bush ou Ilhan Omar. Cette indifférence persistante a d’ailleurs conduit à des situations plutôt comiques quand par exemple le directeur du Monde Diplo polémique avec ce qu’il appelle la gauche américaine sans nommer un de ses leaders mais tout en lui attribuant les thèses et les pratiques de…Hillary Clinton et de ses amis !

2. Ayant consacré 52 articles aux péripéties politiques et sociales qu’ont connues les États-Unis depuis novembre 2015 jusqu’à aujourd’hui, nous tirons aussi de notre propre expérience les constats, les leçons et les bilans du présent article. Pour consulter ceux de ces 52 articles qui sont traduits en français, voir : https://cadtm.org/Yorgos-Mitralias?lang=fr

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47 réflexions sur « Présidence Trump : Quatre ans qui ont ébranlé le monde, mais ont laissé de marbre les gauches européennes !, par Yorgos Mitralias »

  1. “non pas dans un petit pays du Tiers Monde mais au cœur de la super-puissance mondiale !”

    Supposition déraisonnable: une super-puissance mondiale descendue au niveau d’un grand pays du tiers-monde.
    Mais non, la Goôoche n’oserait pas.

    C’est donc que l’auteur nous offre un constat de carence. Le constat du décès interminable de cette Gauche, suicidée de son plein gré. Depuis 1983, on savait.

    Que l’on se rassure, ça se bouscule ferme au portillon pour s’habiller de ses oripeaux.
    Comprenez bien, il faut évoluer, discours et pratique.

    On comprend mieux pourquoi la tentative de la France Insoumise est ostracisée.

    1. j’aurais pu adhérer jusqu’à a référence à la FI… La Fi est de mon point de vue une réminiscence du P.S. Il n’y a donc pas d’évolution de ce point de vue, une récupération dans le meilleur des cas.

    2. @daniel

      La FI constitue l’aile gauche de feu le P.S, tandis que LREM son aile droite. Dans un cas comme dans l’autre on peut s’attendre à des partis socio-traitres (le premier étant probablement encore plus sournois que le second), et comme je l’ai déjà dit, des marche-pied pour l’extrême droite. Effectivement le sort des États-Unis indiffère toutes les gauches du monde, mais ce depuis bien plus longtemps que la présidence de Trump, parce qu’on a compris de longue date qu’il n’y avait rien à attendre de cette puissance hégémonique (qui l’est de moins en moins).

      Cet article posté maintenant est pour le moins curieux, puisqu’il cherche à maintenir un clivage qui, quelles que soient les positions de chacun, n’a à priori plus lieu d’être: Pro ou anti Trump. On aurait encore pu comprendre la nécessité d’un tel article il y a 2 semaines. Sa publication le 29 janvier ressemble juste à de l’acharnement ou à une tentative d’embrasement. Mais là encore, quelle drôle d’idée sur un blog français/francophone, tant le sort américain indiffère (certes peut-être pas sur ce blog en particulier, mais dans la population générale, ça ne fait aucun doute). On pourrait croire que Trump était un bouc-émissaire commode dont il est bien difficile de se détacher.

      Plutôt que les dérives autoritaires américaines, j’aimerais voir des discussions sur celles (les dérives) qui se multiplient en France et en Europe. Or là, rien, silence radio, et depuis longtemps. Il semble que M. Macron fasse pour le mieux, à quelque chose près, de même que l’U.E. De l’internationalisme dans sa pire forme, celle qui se préoccupe de tout le monde sauf de la population dont il émane. Ce ne sont pourtant pas les sujets qui manquent. Au fascisme émergeant aux États-Unis fait écho un fascisme Européen qui n’a rien à lui envier, y compris en France. Mais soyons rigoureux, ne disons pas “fascisme”, parlons plutôt de “dictature sanitaire” (que j’avais déjà évoquée).

      On vit désormais sous couvre-feu (un couvre-feu idiot au demeurant puisqu’il concentre les consommateurs dans les grandes surfaces à des heures précises, soit dit en passant) en période de paix, mais pas de problème, faisons comme si de rien n’était… Nos technocrates ont été formés en pure théorie mais en pratique ils sont paumés et ça se voit. A vrai dire personne n’a été formé pour ce genre de situation de crise, mais nos élus sont probablement les pires qui soient, sur ce sujet comme sur bien d’autres (principe de Dilbert: “On place les moins compétents aux postes de management”) parce qu’ils essaient encore et toujours de “ménager la chèvre et le chou”, “le beurre et l’argent du beurre”, bref, le “en même temps” macronien. Or l’heure est aux choix.

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  2. Bonjour, le blog de Paul Jorion est appréciable entre autres parce qu’il se positionne dans l’interprétation critique des faits, et non dans son contraire, le mensonge éhonté visant à la manipulation idéologique. On ne peut en dire autant de certains billets invités.
    Le vocabulaire: “les gauches européennes” “souverainistes” … est fort contestable, mais chacun a bien compris qui est visé dans ce pays-ci: le PCF, la France Insoumise, des mouvements politiques apparentés, et les quelques médias qui peuvent encore être dits de gauche, dont
    l’Humanité, et explicitement, le Monde Diplomatique.
    Lecteur assidu du Monde Diplomatique et membre d’un groupe local de la France Insoumise, j’affirme que ces allégations les concernant sont totalement contraires à la vérité. (Il en va de même concernant les autres mouvements et journaux précités).

    Depuis des années, M. Mélenchon ne cesse de citer M. Sanders (en même temps que MM. et Mmes Lula, Obrador, Ocasio-Cortez, Iglesias, etc.) comme des alliés, des modèles, porteurs d’espoir; de commenter positivement leurs stratégies, et de tirer les conséquences de leurs succès et de leurs échecs, etc.
    “Victoire au Nevada : avec Sanders, le monde peut enfin changer” (23 fév 2020); “Sanders a gagné en Iowa ! Une hirondelle et c’est le printemps” (6 fév 2020); “Antisémitisme : un bon prétexte contre Sanders aussi” (27 déc 2019); et bien d’autres billets: https://melenchon.fr/?s=sanders

    Quant au Monde Diplomatique:
    https://www.monde-diplomatique.fr/recherche?s=sanders renvoie 109 documents, dont les articles:
    “Haro sur Bernie Sanders” par Julie Hollar, mars 2020;
    “Tir groupé contre Bernie Sanders” par Thomas Frank, décembre 2016;
    “Bernie Sanders, un socialiste à l’assaut de la Maison Blanche” par Bhaskar Sunkara, janvier 2016;
    “Sanders et « le bras de la classe dirigeante »” par Pierre Rimbert, mai 2016…

    Il est vrai que quand il s’agit de tirer sur ceux qui s’opposent aux intérêts dominants, aucune calomnie n’est trop énorme.
    Et je ne doute pas qu’on tirera parti de ce qui précède pour accuser M. Mélenchon et la direction du Monde Diplomatique d’une coupable idolâtrie envers M. Sanders…

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    1. En me demandant pourquoi j’ai arrêté (après 15 ans assez assidu jusque vers 2005) de lire le Diplo,
      je me demande si un résumé court ne serait pas qu’il est “platonicien” et pas très “aristotélicien” :
      ida est :
      Se voulant porteur d’une version pure du concept, et peu en prise sur les lieux où le rapport de force peut se renouer en une réelle évolution.
      Et donc en parallèle de la pureté un côté moralisateur, ce qui avec une bonne plume fait qu’on peut fustiger à bon escient les dominants,
      ce que j’écris est uniquement basé sur mon “souvenir-affect”, je n’essaye pas de le prouver sur le contenu réel (et récent).
      Et bien sûr si vous nuancez par auteur, il y aura des variations (Vidal, Lordon, Berger y ont écrit ! Barbara Stiegler je ne suis pas encore allé voir…)

  3. Medellín, le 29 janvier 2021

    @ M. YORGOS MITRALIAS

    Votre analyse exprime bien les préoccupations de beaucoup de personnes.

    Probablement c’est un petit peu trop d’honneur pour Donald T de le comparer avec l’exemplaire nazi avec sa ¨solution finale¨, la Wannseekonferenz et la réalisation de ce plan barbare,

    Néanmoins, les tendances racistes ont une histoire profonde aux EEUU, et, comme nous le savons bien, ce n’était pas pour rien que Henry Ford estimait beaucoup ce que faisait le dictateur en Allemagne, d’ailleurs comme beaucoup d’autres personnes au monde, et certainement pas uniquement en Europe.

    Dans tout cela, comme toujours, l’ancien ¨dictum¨ néerlandais s’applique: ¨Goed voorbeeld doet goed volgen.¨: De bons exemples sont suivis.
    Alors, dans votre cas du parti républicain aux EEUU on pourrait ainsi bien critiquer les personnes et les entreprises qui restaient et qui restent a bord, attendant l’angle d’ou souffle le vent.

    Faire de la politique implique des choix. Et pas le comportement des autruches.

    Pour vous donner un petit support au dos, je vous ai traduit, avec un grand merci au dr. Gereon Frakhling, http://www.deepl.com, l’article suivant de Jeffrey Sachs avec qui nous travaillons ici au pays pour réaliser, finalement, l’inclusion complete qu’il propose et que nous aimerions concrétiser.

    b.a.v. toutes et tous jl

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    Le départ de Trump est l’occasion d’un nouveau départ, non seulement dans les États-Unis profondément blessés, mais dans toutes les sociétés multiethniques

    Par Jeffrey Sachs, le 29 janvier, publié par El Tiempo, Bogotá.

    En célébrant la libération de la mauvaise gouvernance de Donald Trump, nous ne devons pas oublier que la présidence de Trump a incarné la politique brute de la suprématie blanche des États-Unis. Il parlait souvent comme un gouverneur ségrégationniste du Sud des années 1960 et, après avoir perdu les élections de 2020, comme un sénateur sécessionniste à la veille de la guerre civile. Pour soutenir la victoire sur la politique destructrice de Trump, nous devons surmonter le racisme qui l’a porté au pouvoir. Ce défi urgent ne concerne pas seulement les États-Unis, mais de nombreuses sociétés multiethniques dans le monde entier.

    Trump a vendu un segment de la société américaine – blanc, plus âgé, moins éduqué, du sud et de l’ouest, des banlieues et des campagnes, chrétien évangélique – à l’idée qu’ils pouvaient se réapproprier le passé raciste de l’Amérique. Ce groupe d’électeurs, qui représente environ 20 à 25 % des adultes américains, est devenu l’ardente base de Trump lors des élections de 2016. Cette base était suffisamment importante pour que Trump puisse s’emparer du parti républicain et ensuite grincer des dents pour remporter le Collège électoral, malgré une perte de trois millions de voix.

    D’autres bizarreries de la politique américaine ont permis à Trump de remporter la victoire en 2016. Si une forte proportion d’Américains avait voté, comme dans les pays où l’inscription est automatique et où le vote est encouragé, voire obligatoire, Trump n’aurait pas été proche de la victoire en 2016. Mais les obstacles au vote qui pèsent sur les Afro-Américains, les pauvres et les jeunes font depuis longtemps partie de la politique américaine, leur but étant de maintenir la suprématie politique et économique des blancs riches. En bref, leur but est de permettre l’élection de personnes comme Trump.

    La politique vulgaire de Trump a démontré la persistance de son appel raciste aux évangéliques blancs plus âgés, et à certains électeurs plus jeunes également, comme ceux qui ont pris d’assaut le Capitole le 6 janvier et ont menacé de lyncher le vice-président Mike Pence pour ne pas avoir bloqué la certification de la victoire de Joe Biden au Collège électoral. Trop peu d’experts ont souligné la continuité de la nostalgie raciste de Trump avec la politique similaire de Ronald Reagan, qui a utilisé le slogan presque identique – “Let’s Make America Great Again” – dans le même but.

    Pourtant, la politique raciste n’est pas seulement un problème américain, bien que l’Amérique en ait été exceptionnellement affectée depuis qu’elle est devenue une société esclavagiste. Le style politique de Trump trouve des équivalents dans d’autres pays multiethniques où le racisme façonne de la même façon les structures du pouvoir.

    Prenons l’exemple du Premier ministre israélien Binyamin Netanyahu, un autre politicien corrompu et manipulateur. Nétanyahou s’est maintenu au pouvoir en dénigrant les Arabes israéliens et en refusant au peuple palestinien la justice la plus élémentaire. Les évangéliques blancs américains ont une profonde parenté avec la droite israélienne, et Trump et Netanyahu ont partagé la même politique d’exclusion.

    Ou encore le Brésilien Jair Bolsonaro, largement connu comme “l’atout des tropiques”. Ici aussi, le lien avec “Trump” ne se limite pas au style et au tempérament. Les groupes évangéliques blancs américains ont vu en Bolsonaro l’un des leurs et ont travaillé assidûment pour l’aider à gagner.

    Ou encore, considérez les relations étroites de Trump avec le président russe Vladimir Poutine. Certains prétendent que Poutine a du kompromat (matériel compromettant) sur Trump. D’autres y voient des intérêts financiers communs. Mais une autre partie de l’histoire est une affinité politique évidente. Un ingrédient majeur du succès de Poutine a été de rappeler aux Russes ethniques qu’ils sont les véritables leaders de la société multiethnique russe. L’adhésion politique de Poutine à l’Orthodoxie [église jl] Russe reflète l’adhésion politique de Trump à l’évangélisme blanc.

    Le Premier ministre indien Narendra Modi a été un autre admirateur de Trump, et les deux hommes se sont mutuellement félicités lors de la visite de Trump en Inde en 2020. La base de Modi comprend des nationalistes hindous d’extrême droite qui prêchent la haine contre la population musulmane minoritaire de l’Inde. L’occupation militaire du Cachemire à majorité musulmane par le gouvernement Modi en 2019 a suscité peu d’inquiétude au niveau international, mais offre un exemple frappant de répression ethnique violente à des fins politiques internes.

    Hélas, le chauvinisme ethnique se retrouve dans presque toutes les sociétés multiethniques. Ce n’est pas un hasard si Trump a fait l’éloge de la répression chinoise contre la population ouïgoure, principalement musulmane, de la province du Xinjiang. De même, l’expulsion violente de la population musulmane rohingya par le Myanmar a surtout suscité le silence de l’administration Trump. Et au Brésil, Bolsonaro gouverne maintenant en s’attaquant à la culture afro-brésilienne et aux populations indigènes du Brésil.

    S’il y a une constante dans les politiques racistes du monde entier, c’est bien cette persécution quasi universelle des populations indigènes. Dans le monde entier, les peuples indigènes ont été dépouillés de leurs terres, contraints à la servitude, brutalement tués et poussés à la pauvreté par des colons arrivés tardivement. Pourtant, cette dépossession n’a jamais été suffisante pour les conquérants. En plus de leur infliger des préjudices, voire un génocide, les conquérants ont également blâmé les peuples indigènes pour leurs malheurs, les présentant comme paresseux, indignes de confiance et dangereux alors que leurs terres étaient volées.

    Mais il y a aussi de bonnes nouvelles. La défaite de Trump, et l’opprobre public américain écrasant qui a rencontré les insurgés du Capitole, nous enseigne que nous pouvons dépasser nos pires instincts, peurs et préjugés. Les racistes blancs en Amérique perdent leur emprise sur le pouvoir, et ils le savent. Les temps changent vraiment. Le peuple américain a voté “Trump” pour quitter le pouvoir. La veille de l’insurrection, les électeurs géorgiens ont élu un Afro-Américain et un Juif comme sénateurs américains – deux premières pour l’État qui se sont faites au détriment de deux candidats sortants pro-Trump.

    Le départ de Trump est donc l’occasion d’un nouveau départ, non seulement dans la société américaine profondément blessée, mais aussi dans les sociétés multiethniques divisées du monde entier. Il n’y a nulle part d’excuse pour gouverner par la haine raciale et le chauvinisme ethnique. Dans l’ère post-Trump, les gouvernements du monde entier devraient expulser les semeurs de haine.

    Le monde devrait aussi regarder en arrière dans l’histoire pour nous aider à aller de l’avant. En 1948, dans l’ombre des atrocités de la Seconde Guerre mondiale, tous les États membres des nouvelles Nations unies ont adopté la Déclaration universelle des droits de l’homme. Cette magnifique déclaration est fondée sur le principe de la dignité humaine universelle, “sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation”.

    La Déclaration universelle doit être notre point de départ. Son 75e anniversaire en 2023 approche, et nous avons les moyens de dire non aux haineux, aux démagogues et aux diviseurs. Trump a laissé l’Amérique en pagaille, avec 400 000 morts de COVID-19. Maintenant que nous nous sommes débarrassés de Trump, nous pouvons nous atteler à la tâche de mettre fin à la pandémie et de guérir nos sociétés profondément divisées.

    Jeffrey D. Sachs, professeur de développement durable et professeur de politique et de gestion de la santé à l’université de Columbia, est directeur du Centre pour le développement durable de Columbia et du Réseau de solutions pour le développement durable des Nations unies.

    Cet article a été publié à l’origine sur http://www.project-syndicate.org

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  4. Cet article est effectivement bizarre, en ce qu’il se prétend de gauche tout en faisant un procès à la gauche. En matière de division interne, de clivage, on ne ferait pas meilleur exemple !
    Ce “grand récit lance le concept de “fraction de ces gauches, celle communément appelée « souverainiste »” qui n’est certes pas commune. Il faut poursuivre la lecture puis consulter une note pour découvrir qu’est visé le Monde Diplomatique, qui peut difficilement désigner une “fraction”.
    Il est plutôt péremptoire ensuite de prétendre que “tant les médias internationaux que les gauches européennes se sont toujours trompées dans leurs prévisions et analyses de la situation américaine”. Drôle d’amalgame et de généralisation absolue (“les gauches”, “toujours”) !
    Relever une “Ignorance, indifférence, ironie , incrédulité, aveuglément” envers …l’auteur qui se réclame à ses 54 billets, c’est assurément nombriliste.
    Je termine la lecture de “Les Amnésiques” de Géraldine Swartz (Champs Flammarion) qui relève comment l’amnésie envers le nazisme a été pratiquée différemment dans différents pays européens, ce qui amène à une tolérance envers les extrêmes droites aujourd’hui menaçant de prendre le pouvoir dans divers Etat. C’est un travail sérieux et interpellant, qui n’incrimine aucunement la gauche plus que la droite. C’est aussi un témoignage vécu sur la manière dont la petite bourgeoisie allemande a pu être “Mitlaufer”, compagnon de route du nazisme, ce qui n’est pas propre à un pays ou une culture.
    Le coup de gueule de ce billet est donc malvenu et contre-productif.
    Les événements du Capitole peuvent effectivement amener à une réflexion approfondie au sein de la gauche, mais ce n’est pas par la prétention qu’on y arrivera !
    La gauche est effectivement atomisée et loin de chercher à une unité salutaire.
    L’ignorance sur le danger de la tendance populiste et fasciste dans nos sociétés est une erreur politique.
    La volonté d’associer nazisme et socialisme (cfr la récente motion du parlement européen) par le concept très critiquable du “totalitarisme” doit faire l’objet d’une discussion approfondie. (Le livre cité a le tort de recourir également à ces concepts en évoquant la RDA).
    Mais ce n’est peut être pas cela qui est prioritaire. La colère contre le capitalisme doit être nourrie et disposer d’un programme d’avenir clair et porteur (du type “comment sauvegarder le genre humain”) pour se rassembler.

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  5. Coucou,

    Moi ce qui m’épate, c’est l’impunité de ubutrump avec les mots qu’il employait. Il a dit , sans problème , avant les elections, que les votes par correspondance ne compteraient pas . “on verra çà”, “il faudra trouver une solution”. Et personne n’a rien dit.
    C’etait tellement grotesque peut-être. Ne compter que les votes favorables, forcemment, c’est plus facile pour gagner une election!
    Et sur tous les sujets. Il voulait bombarder un cyclone, enfin bref je n’ai pas fait attention à toutes ses élucubrations délirantes. Mais juridiquement,rien. Il n’était responsable de rien de ce qu’il disait.

    Par ma chandelle verte, il incarnait vraiment le père Ubu. Il aurait envahi la saintonge ce con ! merdre alors !

    Bonne journée

    Stéphane

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  6. Autant je souscris au constat de l’émergence dans la politique américaine d’une nouvelle génération qui surprend et qu’il faut applaudir (ce que je fais au plus profond de moi), autant je reste bête et sans voix des coups portés sur cette autre”gauche” de par ici, si tant est qu’on m’y assigne.
    Voilà des décennies que l’on matraque “à bon escient” par la pub tout ce qui vient de l’Ouest et ce n’est pas prêt de s’arrêter. Durant la dernière campagne électorale américaine, j’ai régulièrement vu sur les plateaux mainstream d’informations une flopée de journalistes d’une “neutralité exemplaire” soutenir la droite du parti démocrate mais surtout pas sa gauche, montrant que là se jouait l’avenir de l’Amérique, et que le vrai danger (pour ceux qui n’avaient pas compris) était surtout cette extrême gauche… compte tenu de ce que vous dites je crois plutôt qu’il faudrait faire porter le chapeau à ces torrents de “bienséances” qui sont légion et formate l’opinion plutôt que de tapper à bras raccourci (et après coup finalement … une fois que les dés sont jetés) sur une gauche suffisamment éclopée et groggy et qui ne comprendrait pas tout.

    Mais, vous avez raison “l’affaire” n’est pas terminé, on va pouvoir juger du rapport de force au Sénat, comment vont se comporter les républicains, si l’épine Trump est venimeuse ou si elle guérit.
    C’est la confrontation de deux empêchements.
    La réussite de la destitution de Trump signera la victoire des Démocrates et le ralliement des Républicains aux institutions. Son échec marquera des désordres plus importants et une impossible gouvernance des US.
    Mais là c’est un business yankee.

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  7. La gauche et le souverainisme (mot politiquement correct camouflant le nationalisme) sont incompatibles. La gauche chante l’internationale et respecte l’humain universel, elle ne sacralise pas les frontières qui sont aux humains ce que les barbelés sont aux vaches. Lors des dernières élections, M Le Pen afficha les nombreuses mesures identiques aux RN et FI. RN et FI se rapprochent dans leur haine de l’Europe et de l’Amérique, ne se différenciant essentiellement que par l’islamo-africano -philie proclamée de l’un et par l’islamo-africano phobie dissimulée de l’autre.

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    1. @ Hadrien

      Vous vous égarez et vous reprenez à votre compte, sans les interroger, les éléments de langage dont CNews ou BFMTV vous ont farci le cerveau sans aller voir ce qu’il en est vraiment sur le terrain politique concerné. Et pendant que certains se complaisent à se faire les passe-plats d’un argumentaire frelaté venu d’un sous-secteur médiatique de l’extrême-droite, M. Véran peut continuer à fermer des lits d’hôpitaux en pleine pandémie de Covid 19, M.Macron peut tranquillement aider l’Arabie Saoudite à bombarder les populations civiles du Yemen, M.Blanquer peut tranquillement sacrifier les personnels éducatifs sans jamais trop se soucier ni de les tester ni de les vacciner, tandis que M. Castex regarde avantageusement ailleurs lorsque grossissent à vue d’œil les impressionnantes files d’attentes d’étudiants en quête d’une simple pitance en plein cœur de Paris ou d’ailleurs en France. Décidément, il suffit que des mains agiles et intéressées agitent mollement la muleta devant les yeux de certains pour que ces derniers y foncent assurément. Quand au frontières rassurez-vous, elles sont facilement franchissables par certains tandis que nous sommes tous enfermés.

      Médiapart : ” Médicaments: quand le «génie français» passe sous pavillon coréen ” :
      https://www.mediapart.fr/journal/france/300121/medicaments-quand-le-genie-francais-passe-sous-pavillon-coreen

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      1. @Hervé
        M. Véran en continuant à fermer des lits d’hôpitaux en pleine pandémie de Covid 19, abaisse le seuil auquel Macron se sentira obliger de confiner et limitera ainsi l’hécatombe.
        M.Macron aide l’Arabie Saoudite (pays pétrolier, exécuteur d’opposants, wahabite et ami) , à bombarder les populations civiles du Yemen pour fournir du travail aux chomeurs français dans l’industie de défense, l’aéronautique étant par ailleurs sinistrée.
        Le bombardement des populations urbaines d’Irak ou de Syrie (voire du Mali) a été fait directement et à nos frais.
        ..Le grossissement à vue d’œil des impressionnantes files d’attentes d’étudiants en quête d’une simple pitance en plein cœur de Paris ou d’ailleurs en France, n’est en partie qu’une mise en valeur télévisuelle (CNews ou BFMTV ?) de 450 étudiants attirés par une association en un point unique de Paris sans programmation/réservation adéquate.

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  8. @Yorgos
    “Mais, que dire des gauches européennes qui logiquement, devraient avoir tout intérêt à propager la bonne nouvelle de la naissance et du développement de ce formidable mouvement populaire américain… et pourtant persistent à l’ignorer superbement et à lui tourner le dos? »
    Votre billet semble laisser également de marbre les lecteurs de Blog pendant ce week end pluvieux
    Peut être plus de commentaires après le couvre feu ?
    Quelque commentaires se concentrent sur une partie de votre billet , à savoir si un journal « de gauche » aurait suffisamment parlé ou pas de Bernie Sanders.
    Sujet périphérique en ce qui me concerne
    Et , le coeur de votre billet plutôt sur « la véritable aubaine qu’est ce jeune mouvement de masse «  pour nous.
    Les jeunes sont un peu empêchés chez nous en ce moment .
    Espérons que les gauches s’en rendent comptent , mais l’intelligence collective est difficile d’accès, et la bêtise individuelle malheureusement aussi.
    De tout coeur avec vous

  9. Mais si l’origine de l’incompréhension que nous avons du drame américain est due avant tout à une « scandaleuse indifférence » des médias et des gauches européennes envers les mouvements populaires des États-Unis, d’après Yorgos Mitralias, comment expliquer que cette absence d’intérêt perdure encore aujourd’hui ?
    Pourrait-elle venir du caractère parfois fallacieux et hypocrite de notre manière d’être en Occident ?
    Aussi, pourquoi parle-t-on d’un retour de la politesse avec l’arrivée à la Maison Blanche de Joe Biden, et qualifie-t-on Donald Trump de « clown fasciste» ? Comme si nous éprouvions une difficulté particulière à prendre au sérieux les menaces d’un personnage faisant le pitre…
    Dans le livre « L’empire des signes » (Courbettes, p.85-87), Roland Barthes a écrit :
    « Pourquoi, en Occident, la politesse est-elle considérée avec suspicion ? […] L’impolitesse de l’Occident repose sur une certaine mythologie de la « personne ». Topologiquement, l’homme occidental est réputé double, composé d’un « extérieur », social, factice, faux, et d’un « intérieur », personnel, authentique (lieu de la communication divine). […] Cependant, dès lors que c’est l’intérieur de la « personne » qui est jugé respectable, il est logique de reconnaître mieux cette personne en déniant tout intérêt à son enveloppe mondaine : c’est donc le rapport prétendument franc, brutal, nu, mutilé (pense-t-on) de toute signalétique, indifférent à tout code intermédiaire, qui respectera le mieux le prix individuel de l’autre : être impoli, c’est être vrai, dit logiquement la morale occidentale. »
    L’ère Trump, en bousculant les codes de l’establishment, a ainsi porté à son paroxysme cette faille de l’Occidental, en faisant de l’impolitesse un signe d’authenticité, loin donc de l’image du politicien lisse et politiquement correct.

    Enfin, est-ce à cause de la plénitude de la nouvelle gauche américaine, que les gauches européennes feignent toujours de ne pas la reconnaître ? Car s’il y a bien une « gauche » socialiste, humaine et dense aux États-Unis – comme entre deux « personnes » –, il en résulte inévitablement que, dans un premier mouvement, les unes craignent d’entrer en compétition avec la plénitude de l’autre.

    1. @ Phillgil

      Plutôt que de reprendre l’argumentaire fallacieux de M. Yorgos Mitralias qui très visiblement a raté son article comme nous le prouve Gaël Meigniez en apportant les preuves de l’incohérence manifeste de l’auteur en question, posez-vous plutôt la question de savoir pourquoi M.Trump est-il encore en liberté et pourquoi il n’a pas encore été arrêté au vu de sa tentative de putsch ? Informons-nous sur les avancées de la justice US plutôt que de nous perdre dans des ratiocinations à côté de la plaque et sans fondement autre que de fragiliser à dessein des forces politiques françaises qui ne demandent pourtant qu’à se renforcer.

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      1. “qui ne demandent qu’à se renforcer” … la gauche , en France ?
        En ce moment ? (Hidalgo, Hamon, Place Publique, la FI avec ses semi-FI (Ruffin, Autain), les écolos, Piolle, Aubry, Jadot).
        Oui ils “demandent” à se renforcer.
        Mais dans un régime que nous appelons en optique “d’interférences destructives” :
        “Mon voisin d’assemblée ne voit pas les défauts du capitalisme et de l’intersectionnalité comme moi, alors on ça sera illisible pour les électeurs si on se met ensemble, nan ? ”
        Peut-être qu’en posant la question “de quoi à besoin la “classe moyenne inférieure” en train de sombrer et de nous préparer une “populite” chronique voire aigüe”, on aurait un semblant d’accord, à condition de casser quelques œufs pour faire l’omelette.

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          1. Appliquée à aujourd’hui cela donne quoi votre analyse foucaldienne mon cher Rosebud1871 ?

            Je sais bien que vous me comptez au nombre des ‘ droitsdel’hommistes’ »par vous honnis et qu’’à ce titre je ne suis sans doute pas à vos yeux de la bonne gauche.

            Est-ce pourtant bien sérieux, depuis le temps que vous me lisez sur le blog, de faire ce parallèle foucaldien avec ceux qui fréquent ce blog depuis des lustres et ont eu le temps de faire connaître leurs idées, leurs sentiments sur un tas de sujets ?

            Sérieusement, je ne suis pas de gauche, Timiota n’est pas de gauche ?

            Toute personne pour laquelle les droits de l’homme veulent dire quelque chose sont recalées selon votre critères ?

            En dehors de FI il doit bien y avoir quelques personnes de gauche, je veux dire qui ont des valeurs de gauche et même dans les partis autre que FI non ?
            J’aimerais bien que FI avec Ruffin et Autain emportent l’adhésion de toute la gauche sous sa seule bannière. Mais vous croyez sérieusement que cela peut marcher ?

            PS. Si vous avez la recette pour emmener tout le beau monde cité par Timiota sous la houlette de FI, je suis preneur. Mais présentez-nous un truc vraiment sérieux.
            En ce qui me concerne, pour l’heure je ne vois pas où et comment pourrait se faire le rassemblement.

            1. PS. Ne me dites pas que j’ai soutenu sur le blog PP, je le sais, et tous les anciens du blog le savent. .
              Personne n’est parfait ! Ceci dit Glucksmann, au risque de choquer certains de mes amis, a tout de même eu le mérite à mes yeux d’évoquer la situation des Ouïgours au parlement européen, et rien que pour cela je trouve qu’il n’à pas démérité de son mandat.

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              1. Cher PYD, facile de repérer que le point de friction sur ce blog comme ailleurs est crispé sur le rapport à l’Histoire du communisme, de l’URSS, de sa dissolution. Je ne doute pas que le père de Jorion n’ait pas flirté avec les cocos de son temps et la transmission familiale existe. Vous citez Glucksmann, il suffit le lire la saga familiale, comment le fils ex. UEC vire au maoïsme puis comme beaucoup d’ex mao de 68 s’installe dans les réseaux confortables. Je ne propose pas d’analyse foucaldienne, juste un rappel des méfaits politiques des « nouveaux philosophes ». Regarder le bilan du « droit » et devoir d’ingérence et de l’ambition universaliste des « droits de l’homme » et persister dans la même veine, ce n’est pas mon camp. Le « Discours de la Guerre » d’André Glucksmann, a-t-il eu des conséquences pratiques et lesquelles ? Jorion a honnêtement témoigné de son expérience avec PP, votre analyse se résume à « personne n’est parfait », certes, mais court. Point final. L’opération « programme commun » 72-78, a fonctionné, après que la lutte des places et des egos masquent d’autres embrouilles… le moindre lien de couple démontre que compromis et dialogue sont de mise avec la discipline contractuelle en plus. En sont-ils capables ? Doivent-ils relire la lettre en 25 points du PCC au PCUS ? Quid du “culte de la personnalité” de nos jours internetisés ?

                1. Rosebud1871
                  « Personne n’est parfait » c’est une boutade pour évoquer mon attitude vis à vis de PP, pas celle de Glucksmann, je partage en partie vos critiques à son égard. Je ne reviens pas sur l’historique de l’engagement du blog autour de PP.

                  Je dis seulement que si quelqu’un s’empare d’une cause et se donne les moyens pour qu’elle vienne sur le devant de la scène politique, c’est toujours bon à prendre. On pourra contester à Glucksmann le fait qu’il a une conception des droits de l’homme à géométrie variable, ou qu’il se focalise sur les seuls droits de l’homme comme avait tendance à le faire son père, mais cela n’enlève rien au fait qu’une cause puisse être juste indépendamment d’autres causes. Et c’est ainsi, chacun ses combats ; il y a comme une division du travail qui s’opère, chacun ne peut soutenir toutes les causes en même temps et avec la même vigueur.
                  Le fait est que ce soit lui qui l’a plaidée à l’assemblée européenne, mais cela aurait pu être un autre, et j’aurais approuvé dans la même mesure.
                  Sur les droits de homme proprement dit, nous avons effectivement une divergence de point de vue.

                  1. PYD J’avais bien compris que l’imperfection vous concernait et laissait sauf Glucksmann.
                    La justice d’une cause est relative au tempo historique (voire après-coup !), la division du travail certes, mais cache misère sur le sujet.
                    Pour imposer nos normes factices (liberté égalité fraternité) il vous faudra plus que la US army, qui n’opère pas en Pologne ! Le rapport de forces pour soumettre le monde à nos normes n’est pas que militaire et la conviction qu’elles soient supérieures à d’autres produit l’effet d’y résister. Les plombiers des droits de l’homme ne manquent pas fuites.

                  2. @ Pierre Yves Dambrine

                    Votre idée est séduisante : ” Il y a comme une division du travail qui s’opère, chacun ne peut soutenir toutes les causes en même temps et avec la même vigueur ” / L’on aimerait vous croire mais hélas, il y a comme un loup dans le tapis et ce n’est pas nouveau. Les causes humaines et “humanitaires” qui emportent tous les suffrages médiatiques sont bien souvent et bien étrangement les mêmes qui suivent un certain agenda géopolitique. Je m’étonne que M.Glucksmann n’ait pas porté au parlement Européen, la question des droits humains au Yemen. Mais ne devenons-nous pas subitement muets lorsque ce sont précisément nos gouvernements qui œuvrent aux crimes dont la doxa du moment nous intime secrètement l’ordre de ne pas en parler. Sous aucun prétexte ! Quelle idée étrange, n’est-ce pas que de se dire que ” les droits de l’homme et du citoyen ” devraient être à géométrie variable ou promus par petit bout par tel ou tel secteur de la cité et vendus à la découpe par quelques vertueux VRP ?

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                    1. Hervé et Rosebud1871
                      vous semblé n’avoir rien compris.
                      Mais que ne voyez-vous pas que ce n’est pas Gluxcksmann dont il est question mais du sort de Ouïgours dont, peut-être, par la voix du parlementaire, il sera fait meilleur traitement.
                      Cela vous ennnuie-t-il tellement que des voix s’élèvent pour les Ouïgours plus que le silence les laisse le plus certainement à leur sort ?
                      A moins bien sûr que leur sort vous indiffère, , mais alors que ne l’ayez-vous pas dit tout de suite plutôt que de m’évoquer les droits humains au Yemen ? En quoi prendre fait et cause pour les Ouïgours devrait il nuire à la cause des Yéménites ? Vous croyez que les droits humains au Yemen seront mieux défendus si l’on parle moins des Ouïgours ?
                      J’ai surtout le sentiment que vous n’en avez strictement rien à faire de ceux-ci. Grand bien vous fasse !

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                    2. Je me fiche totalement de savoir si Glucksmann est cynique, politicien, que sais-je, si d’un iota la vie des Ouïgours peut être améliorée.
                      Et si vous voulez défendre les droits humains au Yemen, surtout ne vous retenez pas pour plaider leur cause, plutôt que de vous engager dans ces absurdes parallèles où les causes devraient entrer en concurrence.
                      Mes journées ne font que 24 heures, et je n’ai pas la force ni l’énergie pour plaider 20 causes en même temps. Il se trouve que mon parcours de vie m’a fait aller à la rencontre de la Chine, alors oui, je plaide leur cause non pas parce que c’est à la mode ou parce que je suis une victime naive de campagnes de communication mais parce que je me sens tout simplement concerné.

                    3. PS.
                      J’ai fait quelques petites vérifications et oh surprise, Glucksmann s’intéresse au Yemen.
                      https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/A-9-2020-0137_FR.html
                      Le fait est qu’il est signataire d’une résolution du Parlement européen visant à réglementer les ventes d’armes. Le Yemen est cité.
                      https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/A-9-2020-0137_FR.html
                      Candidat aux européennes, il avait dénoncé la situation au Yemen dans une tribune collective : https://www.hervesaulignac.fr/2019/04/18/mettons-fin-a-limplication-de-la-france-au-yemen/

                      Je veux bien que le bonhomme soit critiquable mais pas sur ce point là.

                      Par contre je découvre que le silence est la plus grande menace qui pèse sur les Ouïgours laissant toute latitude au gouvernement de Pékin, mais comme si cela ne suffisait pas un certain nombre de pays dont voici la liste en lien soutiennent activement la CHINE dans son attitude à l’égard des Ouïgours :
                      https://www.liberation.fr/checknews/2020/07/16/ouighours-des-pays-musulmans-dont-la-palestine-soutiennent-ils-la-politique-de-la-chine_1793929

              2. En effet, c’est bienvenu. Toujours défendre la cause des plus faibles.
                Mais je garde quant même des doutes sur les intentions de Glucksmann…

                1. @ Pierre-Yves Dambrine

                  Vous dites 1 / ” vous semblez n’avoir rien compris”
                  Vous dites 2 / “Je vous le dis tout net, vos arguties me dégoûtent ”

                  Apprenez à dialoguer de façon plus raisonnable à l’avenir. Je n’ai jamais prétendu avoir raison sur tout et je suis toujours resté poli. Je n’extrapole pas vos propos, alors n’extrapolez pas les miens. Descendez un peu de votre surplomb olympien, vous convaincrez mieux vos semblables à défaut de prochains.

                  2
                  1. Comme nous sommes mis dans le baquet des dégoutants, je m’en mêle en vous disant Hervé que vous n’êtes pas plus empathique avec PYD qu’avec les Ouïgours qui souffrent et qui font souffrir PYD, au point vu l’heure des messages de perturber sa nuit. Comme disait Sade « ce n’est pas ma façon de penser qui a fait mon malheur, c’est celle des autres ». J’en suis aussi convaincu que Sade et PYD, et les autres sont très très nombreux. 😊

      2. @Hervé
        Mais vu votre réaction, j’ai plutôt l’impression, qu’au contraire, cela confirme mon dernier propos.

  10. Pour revenir aux thèmes abordés par cet article, j’ai le sentiment qu’il faudrait rédiger un texte qui dirait :
    -/ la première force qui émerge en Europe est celle des “patriotes” (pour reprendre le terme américain) , soit les extrêmes droites qui excluent une autre masse de la citoyenneté. Cette force est émergente dans de très nombreux pays, et est contenue partiellement par un “cordon sanitaire”. Elle a montré ce dont elle pourrait être capable par la prise du Capitole aux USA le 6 janvier dernier;
    -/ la deuxième force qui émerge en Europe est le “libéralisme” qui défend le capitalisme, dont les tendances sont la centralisation accentuée de la propriété des biens et des capitaux, et les inégalités croissantes qui vont avec ; cette 2e force s’accommode peu ou prou avec des compromis ‘social démocrates” qui varient selon les pays ;
    -/ la troisième force qui émerge en Europe est l’islamisme radical/terroriste, qui s’appuie sur la relance surprenante des conversion aux Islams dans les populations d’origine de pays d’Islam, mais aussi de populations européennes ; des imams et des individus se réclament de cet islamisme radical et de son terrorisme. (cf. Boualem Samal 2013) ;
    Face à cela, la gauche européenne manque d’analyses pertinentes (que sait-elle des patriotismes, des Islams ?) et cultive des clivages inadaptés :
    -Jean-Luc Melanchon a cherché à récupérer les trotskystes puis les communistes sans leur laisser voix au chapitre, mais ceux-ci persistent à vouloir exister (sic) ;
    – la tradition” socialiste” du PS persiste mais n’offre plus aucune perpective ;
    – les “Verts” restent en proie à des concurrences internes malgré l’appel de l’électorat.
    Plutôt que de s’indigner des positions des forces dominantes dans l’opinion ou des clivages en son sein, la “gauche” devrait être porteuse d’un programme ‘socialiste’ faisant face au changement climatique en cours et offrant des perspectives hors de la sacro-sainte propriété privée et favorisant la planification (cfr notamment “Comment sauver le genre humain”).

    1. @Chabian

      Bravo! Et surtout ne tombez pas de nouveau dans les pieges de la priorité des ¨identités¨, simplement deux regles:

      1. respect de la déclaration universelle des droit de l’etre humain ( petite blague 😉 )

      Paris, 1948: https://www.un.org/fr/universal-declaration-human-rights/#:~:text=Le%2010%20d%C3%A9cembre%201948%2C%20les,chaque%20ann%C3%A9e%20le%2010%20d%C3%A9cembre.

      2. dans la prise de décisions par une majorité, toujours du respect (objectif, tangible) des minorités:
      alors: contre la politique de ¨winner takes all¨…

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      1. On peut dire comme en anglais : “les droits humains”. Et imposer ce nom. Mais on a peur de déboulonner une statue !
        De même le système “The Winner take all” est un monument ! La 5e république de De Gaulle ! et idem en UK et USA…
        Avec deux principes la vie serait simple. Mais dans la pratique…

    2. Les “forces” de gauche actuellement , n’ont pas ” un ” programme mais au moins trois . Comment peuvent elles prétendre faire adhérer largement le peuple français à un programme “commun” viable forcément sous contrainte des enjeux mondiaux , alors qu’elles ne sont pas foutues d’adhérer entre elles .

      Et le temps n’est pas aux ” sensibilités” , il est à l’urgence vitale à l’échelle de la planète .

      S’il y a une force de ” courant historique” , l’histoire se lit maintenant dans d’autres livres et catéchismes , dont celui de notre attelage vieux/jeune .

      C’est à peine mieux et rassurant à droite , et en l’absence de centre institutionnellement fort , les enjeux socio-politiques deviennent des objets manipulables à la botte d’illusions fascistes .

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_sondages_sur_la_prochaine_%C3%A9lection_pr%C3%A9sidentielle_fran%C3%A7aise

  11. Cocasse, Fabien Roussel disparait du sondage 2021, mais Cheminade y reste. Et le LR devient un “Divers droite”.
    Les “sensibilités” se multiplient effectivement. Politique spectacle des égos dominants.

    1. Pour prendre une élection pour un spectacle , il faut des égos-acteurs mais aussi et peut être surtout des citoyens qui aiment le spectacle et s’en contentent .

      La seule victime est la démocratie et l’élection .

  12. Alors, c’est tres bien, une majorité écrasante pour:

    1. affirmer l’universalité du champs d’application des droits de l’etre humain.e
    et
    2. un stop a la folie dangéreuse de la politique d’identité
    et
    3. du respect pour des minorités

    https://cphpost.dk/?p=121827

  13. J’ai trouvé ce billet de Yorgos très pertinent comme tous les précédents et j’adhère à son analyse ce qui en soi ça n’a guère d’intérêt.

    Toutefois je crois que sur la décrépitude intellectuelle des nos “gôches” européennes un point me paraît important à souligner et il peut être illustré avec l’actualité.
    Autrefois la gauche n’était pas nombriliste franco-centré ou plutôt Ve-arrondissement-centré, elle était internationaliste et tous les luttes dans le monde lui importaient, cf. le Vietnam.
    Une révolte de quelques centaines de millions de paysans en Inde contre Modi, un fasciste raciste et ses amis milliardaires ultralibéraux se développe avec force. Ce qui se joue est crucial pour ce tout petit pays dont nos intellos de gauche n’ont jamais eu grand chose à f***, ma foi c’est la plus grande démocratie du monde, n’est-ce pas ? (voir le grand film “Tigre Blanc” de Ramin Bahrani ).

    Par contre une grande voix, elle ne s’y est pas trompé.
    https://timesofindia.indiatimes.com/india/greta-thunberg-extends-support-to-farmers-protest/articleshow/80661450.cms
    Eh oui, Greta est une “internationaliste” !

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