44 réflexions sur « Vidéo – On ne répare pas l’intolérance avec de l’intolérance »

  1. Le rapport de force, c’est toute l’histoire des juifs : Victimes pendant la shoah et devenus à leur tour tortionnaires en Palestine.

    1. C’est un peu plus compliqué que cela ! Seuls les juifs “sionistes” ont fait le choix de coloniser la palestine (territoire ottoman sous domination occidentale depuis 1918) pour offrir un “refuge” (comme les habitants des pays-bas ont songé à créer un royaume autonome (de l’Espagne) et “refuge” pour les protestants). Mais au prix d’une chasse meurtrière aux habitants actuels de ce territoire… et la colonisation est devenue sans limite. (Bien des juifs se refusent à cette option de l’Etat juif, tout en ayant une sympathie pour leurs “corréligionnaires” ayant fait ce choix).
      Et il y a sans doute des motifs culturels (intégrés dans la religion hébraïque) dans une attitude à la fois de supériorité (comme peuple élu d’un dieu jaloux et intolérant, excluant toute autre religion, ce que ne faisaient pas les autres peuples) et faiblesse appelant à se laisser faire comme sous l’effet d’une sanction divine.
      Et ne parlons pas des peuples colonisateurs (Angleterre, France, Belgique, Allemagne), parfois sous mandat de la Société des Nations, ancêtre de l’ONU, dont la violence de colonisation est bien documentée, tandis que le cliché de la “mission civilisatrice” tout aussi intolérante est peu questionné.

  2. Bonjour Paul,

    Et la légitime défense dans tout ça ? Vous en faites quoi ?

    Il y a opposition : action préméditée vs. réflex spontané…

    Car si votre propos s’applique bel et bien aux deux cas, alors il y a là, sauf erreur de ma part, un léger petit problème…

    Amitiés,

    Philippe

    1. C’est bien la notion de légitimité qui est en question ici.

      Personne n’est légitime pour s’exprimer objectivement sur un rapport de force passé ou actuel.

      La seule issue passe pourtant par le fait de s’exprimer ! C’est ça le job.

    2. S’il s’agit de revanche ce n’est pas le morphotype qui est haï mais le comportement passé associé à un morphotype… Du coup s’agit il d’un racisme?? Si la personne qui est détestée n’est pas celle qui a commis les actes passés, il ne lui reste donc plus que le morphotype c’est donc bel et bien du racisme. Si un jour un vert m’a volé (ou a volé mes grands parents) et que de ce fait je déteste tous les verts c’est bien du racisme le véritable motif de la rancoeur est la couleur, pas le vol. CQFD

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  3. “Que de polémiques autour de l’homme de Cheddar, ce squelette de sapiens découvert en 1903 dans le Somerset et daté d’environ 10 000 ans ! Ce lointain grand-père des Britanniques avait la peau foncée et les yeux bleus … Tout le contraire de l’ancêtre qu’imaginaient nos honorables voisins qui l’auraient plutôt cru blanc.

    Car la génétique ne cesse de montrer que l’histoire humaine n’est qu’une longue chaine de mélanges successifs et que toute “pureté raciale” n’est que mythe idéologique.

    Et ce constat nous invite aussi à la prudence s’agissant de question de genre : on pense à ce guerrier viking surarmé mis au jour près de Stockholm et dont l’analyse révéla qu’il s’agissait d’une femme. La légende du mâle combattant en prenait un coup.”

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    1. Allez! pas de quoi en faire un fromage.

      Mais je retiens de votre viking (e) qu’il y a deux races dans le genre humain: la féminine et la masculine. Remarquez qu’ils se mélangent assez souvent et depuis longtemps. On tient le bon bout. Même un fana de l’apartheid reconnaitra qu’il se trompe…

      1. Toute pureté raciale n’est qu’un mythe… Voire.
        Il faut sans doute supposer que les groupes d’ “homo”, étant apparus succcessivement dérivant de lignées de singes africains étaient 1/ noirs 2/ velus. La 2e caractéristique a disparu la première. L’autre a varié suivant les lentes migrations sur les divers continents. Puis le développement de la mobilité artificielle (radeaux, bateaux, chevaux, roue…) a permis le mélange des migrants. Mais on peut aussi le dire autrement : puis les migrations, même pédestres, se sont faites dans des territoires déjà envahis d’humains, obligeant à s’y mélanger.

        1. “Il faut sans doute supposer que les groupes d’ “homo”, étant apparus succcessivement dérivant de lignées de singes africains étaient 1/ noirs 2/ velus.”

          Aucune idée, mais on peut tout aussi logiquement faire l’option inverse ! Ils étaient blancs de peau et en perdant leur pilosité qui protégée la couche cutanée des UV, seul on survécu et se sont reproduits ceux à la peau mate !

          Pour avoir un aperçu de mon idée, tapez “singe sans poils” sur google image !

      2. Daniel, non, pas deux races féminine et masculine dans l’humain. Dans toute espèce animale il y a des mâles et femelles et ils ont souvent des distinctions de sexe mais aussi de parure. Il semble que l’organisation d’une horde ou d’une société nécessite une caractérisation des genres, avec des rôles et des rites de fréquentation ; mais parures, rôles et rites sont si divers selon les branches de ces espèces qu’il faut escompter que des choix ont été faits et nous appartiennent comme une seconde nature, une nature culturelle. Pourtant un nombre assez important d’humains (quelques %) se sent en discordance avec ces répartitions de genre selon le sexe, et revendiquent aujourd’hui une place dans l’humanité. Dès lors rites et rôles ne sont plus si évidents, sont questionnés à raison, et nous obligent à prendre conscience des choix que nous prônons et de l’intolérance que nous exerçons.

        1. “Dans toute espèce animale il y a des mâles et femelles”
          Et les escargots, méduses, … ont en parle?

          Personnellement j’ai résolu le problème des genres et des fractionnements sexuées en ne reconnaissant que le genre humain avec l’humanisme pour chapeau (terme un peu fourre-tout, mais c’est bien l’objet).

          1. En revanche la théorie des jeux (Nash , Lotka Volterra, et tout ça) montre qu’une fois qu’on a une reproduction sexuée,
            c’est un équilibre proche de 50/50 ou rien.
            Les évolutions vers des productions 25/75 ou autres sont mathématiquement vouées à l’échec.
            Pour moi c’était “seulement” une question d’ADN et du “double” brin qui mettait un facteur 2 dans la machine
            et je mélangeais cela avec XX et XY. Mais c’est pas du tout ça.
            L’expression des gènes (pas à l’échelle de tout un chromosome, mais d’un “ensemble fonctionnel de protéines”) est contrôlée, et rien n’empâcherait
            un organisme à l’ADN usuel de faire des ratio autre que 50/50.
            Je ne sais pas si Mendel s’était aussi posé cette question là, lui voyait que sur les autres caractères,
            c’étaient des proportions en 1/(2^n) etc.

      3. La réduction du dimorphisme sexuel est un phénomène évolutif beaucoup plus ancien que le Néolithique 🙂

  4. Il me semble qu’une partie de l’explication vient de ce que, lassé par une lutte qui excède le temps de plusieurs vies humaines, des opprimés de quelque nature qu’ils soient, finissent bien souvent par se contenter d’un strapontin aux cotés des oppresseurs en fermant les yeux sur les raisons premières de l’oppression – si tant est d’ailleurs que leur insurrection se fut aventurée sur le terrain peu praticable (et nullement indispensable) de la causalité sans y laisser son âme.

    Il n’est toutefois pas aisé de trop tenir rigueur aux insurgés car ce serait conditionner leur contentement à une hypothétique résolution prochaine du problème à sa racine, autant leur demander d’attendre l’avènement du paradis sur la terre. En allant un peu plus loin dans ce sens, on pourrait bien avancer que l’égalité dans le ‘mal’ c’est déjà autre chose que le statuquo dans le refus d’égalité. Nous plongeons alors dans un abîme insondable car pour une façon de faire le ‘bien’ combien ne trouve-t-on pas de manières différentes de faire le ‘mal’ ?

    Mais parvenir à ne pas réparer l’intolérance par l’intolérance n’est pas si accessible. Cela demande souvent du temps, de la compréhension je crois, de la constance dans l’endiguement de l’élan reptilien ; en définitive le choix volontaire ou contraint d’une existence toxique à la vie elle-même ! La chose parait bien surhumaine, tant sonnent juste les mots d’Henry David Thoreau « Si je suis venu au monde, ce n’est pas pour le transformer en un lieu où il fasse bon vivre, mais pour y vivre ».

    Une issue possible me semble cependant être offerte par la possibilité d’identifier et de poursuivre un changement susceptible d’égaliser les perspectives des opprimés d’avec celles des oppresseurs, par la possibilité de rester en mouvement sur le chemin d’un aboutissement prochain, imminent. Alors il devient possible d’envisager la temporisation, d’accepter de tendre l’autre joue…

  5. “Aussi , ce qui est équitable est il juste , supérieur même au juste , non pas au juste en soi , mais au juste qui en raison de sa généralité comporte de l’erreur….De ce qui précède se dégage nettement la nature du juge d’équité . C’est l’homme qui de propos délibéré se décide et agit pratiquement , ce n’est pas l’homme d’une justice tatillonne et enclin à adopter la solution la moins favorable pour les autres .”

    Mais Camus aussi : “N’attendez pas le jugement dernier . Il a lieu tous les jours ” .

    PS : quand on remarque la filiation entre “saint” et ” sanction ” , et à propos de réciprocité positive , on peut trouver qu’il vaut mieux avoir affaire à Jésus qu’à ses saints .

  6. Nous connaissons tous malheureusement, des exemples proches ou loin de nous, d’un enfant battu qui deviendra un parent violent, des enfants ayant vécu dans la peur d’un milieu familial gangréné par l’alcool qui reproduiront cette même descente aux enfers. Et tant de situations qui semblent tourner en boucle sans fin.
    Quand on fait le chemin d’explorer sa propre histoire psychologique, on mesure à quel point certaines blessures se reproduisent de génération en génération. Rappelons-nous comment le bizutage était encore considéré comme “normal” il y a peu, avant de le considérer pour ce qu’il est une violence reproduite cycliquement. Et nos médias qui s’enivrent de conflictualité et de violence interpersonnelle.
    Comment sortir de ce cercle vicieux ?

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    1. On connait aussi des êtres qui ont subi une jeunesse d’enfer , qui en sorte psychiquement et humainement forts et aimables comme des dieux . Certains parlent alors de résilience . J’ai souvent eu plutôt le sentiment qu’ils étaient nés comme ça et pour ça .

      1. “Boris Cyrulnik, psychiatre et psychanalyste qui a basé ses recherches sur la résilience et qui dit : « Le malheur n’est pas une destinée, rien n’est irrémédiablement inscrit, on peut toujours s’en sortir. »
        On ne peut pas « apprendre la résilience » comme on apprendrait à jouer d’un instrument. En revanche, on peut développer des compétences et des attitudes qui permettront de faire preuve de résilience le moment venu.”
        https://www.corpsetsante.fr/psycho/la-resilience/
        Encore faudrait-il qu’il y ait une volonté de mettre en place ces accompagnements.

  7. Mais si on ne répare pas l’intolérance avec de l’intolérance, faut-il ou ne faut-il pas boycotter les Jeux olympiques dans un pays où s’exerce l’intolérance la plus extrême envers une minorité  ?

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  8. comment attendre de l’être humain qui éradique la vie sauvage sciemment

    le premier degré du travail de tolérance envers l’altérité étant alors absent

    de respecter l’autre dans sa propre espèce
    forcément moins facile à réaliser

    de l’indifférence à la stigmatisation

    1. l’au delà de l’intolérance ce peut être le savoir , qui est finalement l’au delà de pas mal de problèmes recensés .

      ” Gnothi seauton “

  9. Bonsoir Paul,

    George Washington Carver disait voici plus d’un siècle que « la peur de quelque chose est la graine qui mène à la haine des autres, et la haine portée en soi finit par détruire celui qui la nourrit ».

    Je pense qu’une grande partie des actes d’intolérance en réponse à une intolérance subie (comme par exemple le racisme de revanche) est, en fait, l’expression d’une peur (une graine) – de l’autre, du rejet, de l’injustice, du système, de l’histoire, … – qui s’est transformée en haine (une bien mauvaise plante) qui progressivement atrophie l’esprit « critique » de celles et ceux qui en épousent les principes (comme la mauvaise plante appauvrie le sol ou l’hôte végétal qui la nourrit).

    C’est pourquoi, même si je n’ai jamais été un adepte de l’esprit de vendetta, je ne suis pas sûr pour autant que l’idéal de réciprocité positive que vous proposez puisse si facilement s’appliquer lorsqu’on doit (individuellement ou collectivement) faire face à une intolérance qui s’exprime de manière récurrente – ce qui est généralement (et malheureusement) le cas pour le racisme : celle ou celui qui en est profondément victime subit rarement quelques actes isolés.

    Lorsque l’intolérance systématique s’exprime sous diverses formes (verbale, comportementale, psychologique ou physique) et parfois en provenance de différentes « communautés » (voire le rejet que subissent certaines personnes métisses dans leurs deux communautés d’origine), il me semble que temporiser pour gagner (un peu) de temps et accepter de tendre (et retendre) l’autre joue face à chaque acte subis n’est pas une posture toujours tenable dans la durée : il peut y avoir chez l’opprimé une lassitude et, chemin faisant, une tentation d’épouser des idées de revanche qui le ferait passer d’opprimé à oppresseur… ce qui d’une certaine façon n’est peut-être pas si loin d’être une illustration du paradoxe de la tolérance décrit par Karl Popper (The Open Society and Its Enemies, 1945) !?

    PS : pour celles et ceux qui n’auraient pas fait le lien, la citation de Georges Washington Carver a été détournée pour devenir une des répliques « culte » de la saga Star Wars (la peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine mène à la souffrance et la souffrance mène au coté obscur de la Force – Maitre Yoda, épisode 3).

  10. Souvent les chrétiens sont méprisés pour cette attitude de souffre-douleur qui tend l’autre joue. Qu’est-ce qui rend ce beau principe, de “réciprocité positive ” laid?
    Le calcul intéressé. Oh pas un intérêt mondain ou matérialiste (encore qu’une bonne partie vise la gloriole) mais un intérêt post-existentiel, où le cumul des bonnes actions est collectionné en vue du jugement dernier et d’un supposé accès au paradis.
    L’objet de cette attitude de réciprocité positive devrait être (et c’est ce que je crois Jésus avait en vue) de rendre justice en toute circonstance sans attendre des autres qu’ils nous rendent justice. Pour le bien commun. En cela ce n’est pas un idéal mais une manifestation d’un amour profond pour le genre humain et l’existence toute entière. Les philosophes ne pensaient pas possible ce cadre de référence car ils appartiennent à la raison alors que l’amour appartient à lui seul…

      1. L’intolérance découle d’un processus de pensée en partie inconscient. Mais le sentiment amoureux dans sa forme la plus pure (et très rare à tel point que beaucoup doutent de sa réalité) est exempt de toute forme d’égoïsme et ne peut être souillé par quelconque forme de pensée, positive ou négative. C’est pour cela qu’on dit souvent que l’amour appartient à un monde au delà du bien et du mal…

  11. Cette réciprocité positive a été magnifiquement mise en pratique par le mouvement des droits civiques et en particulier par l’action des bus de la liberté. Ces activistes expliquent aujourd’hui qu’ils étaient formés à ne pas réagir à la violence, à ne pas tenter de se protéger des coups et à regarder dans les yeux leurs agresseurs en cherchant à les aimer. À reconnaître leur qualité d’être humain.

  12. Quand on parvient à s’intéresser à une seule personne par amitié ou par amour, je veux dire sans arrière pensée, ni jugement, ni même notion d’intérêt personnel, on découvre alors qu’on peut s’intéresser à n’importe qui, et même au pire de nos semblables.
    Mon meilleur ami, décédé aujourd’hui, était un travailleur manuel qui n’avait que le certificat d’étude. Sa vision du monde était de celles qui font dire à beaucoup, c’est un raciste. Je n’ai jamais essayé de le convaincre de quoi que ce soit, nous étions capable d’échanger en tous domaines et je ne pensais pas avoir beaucoup plus de légitimité que lui pour aborder des domaines dont je ne connaissait rien. Ces discussions toujours respectueuses de l’autre et de ses convictions m’ont permis de comprendre que le racisme consistait essentiellement à affubler les idées des autres d’une étiquette en -isme.

    Eric.

  13. Je ne suis pas sûr qu’il s’agisse exactement d’intolérance. En allant à la source de cette histoire, lorsque l’éditeur Meulenhoff a annoncé que le traducteur du poème d’Amanda Gorman serait Marieke Lucas Rijneveld, c’est l’opinion publiée dans Volkskrant par Janice Deul qui a vraiment mis le feu aux poudres (1)

    Ce que dit Deul, qui est néerlandaise et a la peau noire, c’est que “le travail et la vie (de Gorman) sont colorés par ses expériences et son identité de femme noire”, alors que Rijneveld “n’a aucune expérience dans ce domaine”, étant “blanche”.

    Deul ne dit pas que Rijneveld devrait payer pour quelque faute que ce soit, par exemple commise il y a plusieurs générations par des personnes ayant la même couleur qu’elle (toutes décédées depuis) contre des personnes ayant la même couleur que Gorman (décédées depuis elles aussi). Elle ne cherche pas une “revanche”, son message est différent. Je n’ai pas dit que c’est moins grave – ça me semble différent.

    Ce qu’elle dit, c’est que pour bien comprendre, donc bien traduire, le poème de Gorman, il faut être “jeune, femme et: sans vergogne noir”. Rijneveld que coche que deux de ces cases, il manque la troisième. Donc, ça ne va pas.

    L’idée derrière cet argument, c’est que pour comprendre quelqu’un, il est absolument indispensable de lui ressembler. Ceci, s’agissant de sujets qui ont une influence concrète et évidente sur la vie d’une personne – être femme ou homme, être jeune ou vieux – et même des sujets qui n’ont que peu d’influence sur la vie d’une personne comme la couleur de sa peau – même s’ils en ont eu autrefois.

    “L’éternel masculin”, essai sur ce qu’est et peut signifier la virilité, est à jeter au panier. En effet, son auteur n’est autre que Jacqueline Kelen – une femme. Moi je l’ai apprécié, Janice Deul dira t elle que je ne suis pas “sans vergogne” un homme, que je n’affirme pas assez ma virilité puisque je reconnais qu’un auteur femme a pu m’éclairer et ouvrir des perspectives sur ce qu’être homme signifie ?

    Telle personne âgée qui partage ses idées sur ce qu’être jeune veut dire, telle jeune personne qui réfléchit sur ce que la vieillesse peut bien être ? Qu’ils se taisent.

    L’auteur qui réfléchit sur la Shoah, sans être juif ? Quel manque de respect, quel ridicule que son idée qu’il pourrait y entendre quelque chose !

    Ce que nie Deul – et elle n’est pas la seule – c’est la communicabilité de l’expérience humaine. C’est la possibilité de “se mettre à la place” de l’autre. On pourrait dire encore qu’elle le fait de manière incohérente, puisque l’expérience d’être Noir au moment où ça avait vraiment une influence – et une influence lourde ! – Rijnefeld ne l’a pas… mais Gorman et Deul non plus. Aucune des trois, Dieu merci, n’a eu à trimer les fers aux pieds sous la menace du fouet, ni ne s’est trouvée obligée de céder sa place dans un bus sous prétexte que quelqu’un à la peau plus claire la voulait. Toutes trois sont – comme moi – des gens à revenus plutôt élevés vivant dans un pays prospère et sûr.

    Mais même si cette négation de la communicabilité de l’expérience humaine était appliquée de manière plus cohérente, elle resterait à mon avis fausse et surtout dangereuse. Si nous ne pouvons “nous mettre à la place de l’autre”, que devient notre capacité à communiquer ? Que devient d’ailleurs la “réciprocité positive” ? Et si l’on pense que ces choses sont impossibles, eh bien assez rapidement elles risquent de le devenir… parce qu’on n’essaiera plus !

    (1) “Une traductrice blanche pour la poésie d’Amanda Gorman: incompréhensible” – https://www.volkskrant.nl/columns-opinie/opinie-een-witte-vertaler-voor-poezie-van-amanda-gorman-onbegrijpelijk~bf128ae4/

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    1. Ah ! Oui ! je comprends : si Baudelaire a su si bien traduire Edgar Poe, c’est parce qu’il était comme lui bourré du matin au soir.

      Mais il faudrait encore prouver qu’il n’y a pas eu de bonnes traductions de Poe dans d’autres langues par des gens qui étaient sobres.

      P.S. Pour être sérieux, la condition d’être humain est une caractéristique suffisante à comprendre l’expérience humaine. Quiconque affirme le contraire joue le jeu de la non-réciprocité : me dénie le statut d’être humain à part entière… et me verra ne pas me laisser faire.

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      1. “Ah ! Oui ! je comprends : si Baudelaire a su si bien traduire Edgar Poe, c’est parce qu’il était comme lui bourré du matin au soir.”

        Je confirme et plussoie !

        Les frères connaissent les frères.

  14. Derrière tout cela, il y a aussi la question de la repentance, et celle de savoir jusqu’à quand on doit se sentir responsable ou coupable ? Intuitivement, pour ma part, je n’ai pas trop de problèmes pour penser qu’il faut que j’endosse ma part de responsabilité pour des actes commis par mon pays au XXème siècle … Allez, peut-être jusqu’au XIXème. Mais au-delà ? Je n’ai vraiment pas envie d’endosser une quelconque responsabilité pour les Croisades, par exemple.

    On ne va tout de même pas demander aux italiens de faire acte de repentance pour la guerre des Gaules, non ? J’ai lu que l’Espagne avait présenté des excuses pour l’expulsion des juifs d’Espagne sous Isabelle la Catholique, autour de 1500. Vingt générations se sont succédées depuis cette époque, cela me paraît complètement extravagant

    https://www.20minutes.fr/monde/2618583-20191002-espagne-132000-descendants-juifs-expulses-1492-demande-nationalite-espagnole

    (avec tout de même ce bémol que le décret en question, le décret de l’Alhambra n’a été abrogé qu’en 1967 par Franco).

  15. Je viens d’écouter les propos de Mélanie Luce sur Europe 1 avouants que l’UNEF organisait des réunions “sans-blanc” (sang blanc ou semblant me ferait remarquer un psychanalyste). Les bras m’en sont tombés. Avec des militants anti-racistes de ce genre, le racisme a encore de beau jour devant lui.

    1. C’est vraisemblablement l’application du principe de non-mixité. Rien de très extraordinaire pour qui est un peu au fait des pratiques féministes, entre autres, ni pour qui a intégré les problématiques sur les privilèges de classes.

    2. J’ajoute que c’est un principe qu’on aimerait aussi voir appliquer aux médias selon la critique inspirée par Bourdieu et perpétuée chez Acrimed (entre autres): La pluralité des opinions suivant dans les médias “mainstream” à peu près la recette du pâté d’alouettes, les intellectuels “hétérodoxes” sont plus ou moins contraints de se retrancher dans des espaces protégés, dans lesquels ils ne seront pas embarqués dans le cirque médiatique habituel (débats-traquenard avec n intervenants dont n-1 tenant de la pensée dominante, simulacres d’interviews visant essentiellement à décrédibiliser l’interviewé, etc.) et dans lesquels, pour reprendre le mot de Bourdieu, “ils auront une petite chance de pouvoir dire quelque chose”.

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