Leçon de choses #1 – Fonctionnement (très simplifié) du système immunitaire, par François M

Le système immunitaire est pour moi une source d’émerveillement, de la même manière que le sont la création de l’ADN, la spécialisation des cellules souches, l’organisation communautaire d’un organisme vivant, la création de l’intelligence et de la conscience, …

C’est un système complexe de cellules de différents types, dispersées dans l’organisme, avec des mécanismes de communications entre-elles et avec leur environnement (les autres cellules du corps humains) élaborés, et ayant un fonctionnement que je qualifierais d’intelligent.

Je vais en faire une description simplifiée, peut-être même simpliste, avec des omissions.

Niveau 1 : système immunitaire inné.

C’est la deuxième barrière, la moins efficace, mais celle qui agit promptement (la première barrière est la peau, qui, non lésée, ne laisse rien passer).

Partout dans notre corps, et plus particulièrement au niveau des « portes d’entrée » que sont le nez, bouche, oreilles, yeux, … il y a plusieurs catégories de cellules guetteuses. Elles sont chargées de trier ce qu’il y a autour d’elles entre ce qui est « ami » (nos propres cellules, des bactéries utiles, …) de ce qui est « ennemi » (virus, bactéries non utiles, champignons, …). Lorsqu’un intrus arrive, elles vont, selon leur spécialisation :

émettre un signal d’alarme (sous forme chimique) ;

tenter de détruire l’ennemi ;

tenter de le capturer pour le présenter au niveau 2 du système immunitaire.

Niveau 2 : système immunitaire adaptatif.

Cette troisième barrière est chargée de mettre en place le moyen de lutte le plus efficace possible contre un intrus donné. Ce système adaptatif va créer, pour chaque intrus, des cellules spécialisées chargées de lutter efficacement contre cet intrus. 

Lorsqu’un intrus lui a été présenté par les cellules du système inné, il va 

1) voir s’il n’a pas déjà précédemment trouvé une solution. Si oui, il produira les cellules chargées spécifiquement de lutter contre l’intrus.

2) chercher la meilleure technique de lutte possible. Une fois la solution trouvée (cela prend quelques jours), il va :

2.1) Mettre en production les cellules spécialisées chargées de la lutte contre cet intrus.

2.2) Mémoriser sa trouvaille, pour le cas où l’on se retrouverait au cas 1 ci-dessus dans un futur plus ou moins proche.

Vaccination.

Le rôle du vaccin est de simuler l’arrivée d’un virus dans l’organisme. Le système immunitaire inné va transmettre ce «virus simulé » au système adaptatif, qui va chercher la solution la plus efficace et la mémoriser. Du coup, lorsque le « vrai virus » arrive, le système immunitaire est prêt, et le virus n’a pas le temps nécessaire pour prendre le dessus.

Le vaccin sera d’autant plus efficace que «le virus simulé » ressemble au « vrai virus ». Si ce dernier mute par contre, le mutant risque de contourner plus ou moins la solution mise en place.

On le voit, le vaccin n’empêche pas le virus de s’introduire dans l’organisme ni même de s’introduire dans les cellules cibles pour s’y reproduire, mais créé un entraînement préalable du système immunitaire pour que celui-ci lutte plus rapidement et plus efficacement contre le virus.

Deux sous-systèmes.

Lorsqu’un virion se trouve dans l’organisme, il peut être :

– à l’intérieur d’une cellule cible, en train de détourner à son profit (pour sa reproduction) la machinerie interne de fabrication de protéines ;

– dans le milieu extra-cellulaire, à « la recherche » d’une cellule cible.

Le système immunitaire adaptatif va donc créer deux catégories d’armes :

– des lymphocytes T, qui vont être chargés de détruire les cellules cibles contaminées et les virions qui sont à l’intérieur (de toute manière, la cellule cible aurait fini par « mourir » d’épuisement (de ses ressources internes) en s’autodétruisant). C’est ce qu’on appelle le système immunitaire adaptatif cellulaire.

– des lymphocytes B, qui vont être chargés de fabriquer des anticorps bloquant le déplacement d’un virion dans le milieu extracellulaire, permettant à des cellules du système immunitaire inné de phagocyter cet agglomérat (d’un virion et de deux anticorps « agrippés » dessus). C’est le système immunitaire adaptatif humoral.

Les anticorps vont continuer à être fabriqués après la bataille, au cas où une nouvelle attaque arriverait. Cependant, une baisse de production sera mise en œuvre (car cela consomme des ressources) avec le temps si aucune autre attaque n’intervient (d’où la deuxième dose vaccinale quelques semaines après).

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30 réflexions sur « Leçon de choses #1 – Fonctionnement (très simplifié) du système immunitaire, par François M »

  1. excellent travail de vulgarisation . Clair, précis , sans autre ambition que d’exposer des notions de base. Bon travail d’introduction digne d’un cours de science de terminale .
    Merci

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  2. Du point de vue du système immunitaire, n’est-ce donc pas une hérésie que d’apporter à l’organisme toute sortes de médicaments allopathiques, antibiotiques en particulier, dès le moindre petit rhume? Un petit 38 de fièvre et on bourre son gosse de paracétamol, empêchant ce travail du système immunitaire lui permettant de lutter par lui-même et de se fortifier par la même occasion. Attention je parle ici des abus de la médecine moderne et du « système », il ne s’agit pas de proscrire le antibiotiques systématiquement.

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    1. C’est bien connu, un rhume se guérit en 7 jours avec des médicaments, et en une semaine sans ! Dans le cas précis du paracétamol pour le rhume, il ne sert qu’à supprimer les symptômes, et n’améliore en rien la guérison, qui est réalisée par le système immunitaire. C’est juste une histoire de « confort » pour le malade.

      Le rhume est causé par un virus (dont certains sont de la famille des coronavirus). Les antibiotiques n’ont aucun effet contre un virus.

      1. Oui mais faire baisser la fièvre par exemple, n’est-ce pas lutter contre un processus du système immunitaire justement ? Il n’en résulterait pas un affaiblissement de son action ?
        Merci pour vos explications et votre bel exposé au passage ! 🙂

        1. Si c’est pourquoi les recommandations sont de ne traiter la fièvre qu’à plus de 38,5 ou si mal supportée (hors cas particuliers)

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  3. @ Francois M.
    merci pour ce travail , qui clarifie la complexité relative du dispositif immunitaire humain.
    Bonne Journée
    A113

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  4. Bonjour,
    Très clair, oui!
    … Mai le vaccin n’est pas une modalité naturelle du système immunitaire: il n’a donc pas sa place dans cet exposé.

    1. « ..le vaccin n’est pas une modalité naturelle du système immunitaire… »
      on peut le voir autrement :
      l’être humain , membre de cette nature , possède une capacité supplémentaire d’adaptation aux agressions microbiennes du fait des savoirs qu’il a pu accumuler avec le temps , capacités de défense qui font partie des modalités de défenses dont il dispose « naturellement » , capacités qui utilisent des procédés biomoléculaires on ne peut plus naturels ….
      le chemin entre nature et naturel est combien escarpé!!!!
      l’U235 est aussi un produit naturel , qu’il suffit de concentrer pour un usage combien problématique….
      si nous voulons essayer de dessiner un avenir pour notre espèce , il va falloir se décider à clarifier ce point (c’est là que je parle de révolution nécessaire , au sens où il nécessite un sacré ménage dans nos têtes)
      pour revenir aux propos de Francois.M. , cela montre bien l’intrication des dispositifs « spontanément » fournis à la naissance (immunité naturelle) avec ceux mis au point ( les vaccins , en l’occurrence , ici ) par des millénaires d’intelligence du monde , monde dont nous faisons partie.
      Mais que « naturellement » , la fréquentation d’un agent hostile génère des défenses immunitaires « spontanées » , et qu’ il suffit d’attendre (le fameux « facteur temps » qu’évoque P.Jorion ) que la nature fasse son œuvre avec le plus de naturel possible est une excellente objection ….
      le vaccin permet uniquement de « gagner » du temps ( en apparence , et éviter aussi des conséquences trop dramatiques) , ce qui n’est pas sans provoquer d’autres problèmes.
      peut-on faire un lien avec le politique ? (time is money)

      à nouveau , nous sommes confronté à un problème de choix.

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    2. Oui Asclépios, le vaccin n’est pas une modalité naturelle du système immunitaire, mais il l’utilise. J’avais d’abord rédigé ce texte dans l’objectif de clarifier une de mes réponses sur le fil suivant : https://www.pauljorion.com/blog/2021/08/15/veille-effondrement-25-les-virus-sont-ils-malins-je-ne-crois-pas/#comment-858596
      Mais devant la longueur du texte, j’ai proposé à Paul que cela soit un nouveau fil de discussion. L’intérêt n’est pas uniquement de connaître le fonctionnement du système immunitaire, mais aussi de voir les interactions existantes avec le vaccin. D’où le blabla sur le vaccin (mais dans un paragraphe séparé).

      a113,
      Le vaccin fait plus que de nous faire gagner du temps : l’entraînement du système immunitaire se fait sur un matériau inerte (le « virus simulé ») pour un très très grand nombre de personnes, avec des effets secondaires bien faibles comparativement aux dégâts que fait le vrai virus. Les rares dommages graves liés à la vaccination, dus à l’extrême diversité du vivant, ne contrebalancent pas, et de loin, les dégâts que le virus provoque dans l’organisme. La probabilité d’échapper au virus est quasi nulle, car celui-ci est maintenant « bien installé », « bien adapté » aux modes de vie humain, et il est à mon avis impossible de le faire disparaitre (en tout cas rapidement, c’est-à-dire en quelques années). Vaut mieux donc l’avoir avec un système immunitaire bien préparé !

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      1. Question de boétien;
        Y a-t-il des personnes dont le système immunitaire suffit à contrer la covid-19?
        Sont-ce les asymptomatiques?
        Je trouve ce point assez confus.
        Et mes questions peuvent même entrer dans le cadre des explications de François M., mais je ne crains pas le ridicule!…
        Un spécialiste pour me venir en aide, s’il vous plaît.

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        1. Les asymptomatiques et Covid léger ont un système immunitaire qui contre bien le virus. Les Covid-long (13% des symptomatiques) et ceux qui se retrouvent à l’hôpital et/ou en réa ont en général un système immunitaire qui soit n’est pas assez rapide et/ou efficace, soit dysfonctionne notamment au niveau de la réponse inflammatoire qui est trop importante (et qui endommage fortement les organes concernés).

          (La réponse inflammatoire est un mécanisme qui permet aux cellules du système immunitaire inné de passer la barrière des vaisseaux sanguins pour aller « au combat » là où circule le virus).

          1. Je vous remercie de confirmer ce que je pensais sans certitude, faute de compétence scientifique!

        2. A noter que même chez des Covid léger, il peut y avoir des séquelles postérieures à la guérison, qu’elles soient psychologiques ou somatiques. Le virus peut se retrouver à l’intérieur de l’organe le mieux protégé du corps humain : le cerveau. Certains anciens malades se retrouvent avec des troubles de la mémoire ou du langage, qu’ils n’avaient pas avant.
          https://www.lci.fr/sante/covid-19-des-symptomes-neurologiques-ou-psychiatriques-chez-un-tiers-des-patients-gueris-du-coronavirus-2189043.html

  5. J’entends bien votre objection: la technique nous est naturelle, mais en ce cas, il n’y a plus rien d’artificiel.
    Lever la distinction entre naturel et artificiel n’est pas sans conséquences, je suis tout à fait d’accord.
    C’est un vrai cas de conscience.
    Je retourne à ma lecture de Mary Shelley…

    1. Bonjour Asclépios,

      C’est un des points sur lequel j’ai du mal à suivre monsieur Jorion. Quand il dit – et à moins que je n’ai pas compris, ce qui n’est pas impossible ! – que le nucléaire est « naturel ». J’avais déjà cette discussion avec un copain à la Fac et m’en étais maladroitement sorti en parlant de « seuil » pour les conséquences – i.e. de type global dans le cas du nucléaire.

      Mais c’est pas très satisfaisant :-/

      1. On pourrait parler des « lois de Nature selon la raison humaine ». C’est ce qui me vient tout de suite à l’esprit.

  6. Donc il y a bien  » mémorisation » du système immunitaire ( c’est ce que j’avais toujours cru comprendre de mes maigres connaissances lycéennes sur la question ), qui servira lors d’une infection future; les anticorps étant produits au moment de l’infection . Dans ce cas, pourquoi tout le monde hystérise sur le nombre d’anticorps , leur amoindrissement ou leur disparition à terme , ce qui nécessiterait donc une ou des piqûres de rappel ? Le SARS-cov19 et les coronavirus seraient dans une catégorie à part ? Les anticorps seraient-ils une sorte de capital mis sur un « compte » immunitaire qu’il faudrait approvisionner ad vitam aeternam ? Et qu’en pensent les chinois qui devraient maintenant avoir un recul suffisant sur leur vaccin à virus inactivé ?

    1. Les lymphocytes B « mémoires » ne sont pas exactement les lymphocytes B « usines » fabriquant les anticorps. Une baisse des anticorps indique une baisse des lymphocytes B « usines ». Lors d’une nouvelle infection, les lymphocytes B « mémoires » vont se remettre à se multiplier en lymphocytes B « usines ». Cela prend un peu de temps, certes nettement moins long que lors du « premier contact » avec le virus, mais plus long que si les lymphocytes B « usines » et les anticorps sont directement là en nombre. Un virion qui pénètre dans une cellule fabriquera une centaine de virions ; si on peut l’attraper avant, c’est mieux, non ? Surtout qu’ils sont déjà plusieurs centaines de milliers lorsqu’ils arrivent dans le corps …

      Par analogie, on pourrait dire que c’est le même problème qu’il y a entre une armée démobilisée d’un côté, et une sur le pied de guerre, armée jusqu’aux dents et présente sur la ligne de front.

      En période de circulation active du virus, où la probabilité d’être en contact avec lui est forte, il ne me semble pas aberrant d’être « au top » côté anticorps. De plus, les rappels pourront se faire avec des souches issues des variants, ce qui augmente la « trousse à outils » du système immunitaire. Pour les virus moins circulants, les rappels se font avec des intervalles beaucoup plus long.

    1. Parce que ses cellules cibles sont celles … du système immunitaire. D’où son nom : Syndrome d’ImmunoDéficience Acquise. La meilleure défense, c’est l’attaque.

  7. C’est le billet le plus récent qui se rapporte au sujet (même si c’est d’un point de vue « élargi »). J’en « profite » donc.
    Dernières nouvelles du Covid. Du côté où le Soleil se lève, elles ne sont pas bonnes. (Du côté des Antilles – très peu vaccinées- et de la Corse non plus d’ailleurs).
    https://www.lemonde.fr/international/article/2021/08/18/le-gouvernement-japonais-depasse-par-une-hausse-sans-precedent-du-nombre-de-cas-de-covid-19_6091729_3210.html
    Un abonné pourra peut-être transgresser les règles et nous aider à en savoir plus.

  8. (d’où la deuxième dose vaccinale quelques semaines après).
    Cette deuxième dose n’a pas été prescrite partout avec le même délai. Je crois que les labos préconisaient, pour les vaccins Arn, au moins 6 semaines entre les 2 injections or avant les départs en vacances on pouvait recevoir les deux doses en 15 jours!
    En Angletere une grande partie de la population a reçu en priorité une première dose, pour la deuxième il a sans doutes fallu attendre plusieurs semaines…
    Ces disparités pourraient elles laisser penser que des personnes aient été « mieux vaccinées » que d’autres?

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    1. Sous toute réserve (de mémoire), Pfizer avait préconisé 3 semaines, Moderna 4, et AstraZeneca un peu plus (6 ou 8 semaines).

  9. Bonjour François M

    Merci pour votre article très explicatif .

    Une info : traitement préventif contre le Covid: AZD7442

    https://fr.wikipedia.org/wiki/AZD7442

    L’étude clinique
    https://www.clinicaltrials.gov/ct2/show/NCT04723394

    https://www.directorstalkinterviews.com/astrazenecas-azd7442-prophylaxis-trial-meets-primary-endpoint/4121018038

    Phase 3
    « Les essais randomisés réalisés en Espagne, en France, en Belgique, au Royaume-Uni et aux États-Unis ont porté sur 5 197 participants, dont 75 % présentaient des co-morbidités qui auraient causé une réduction de la réponse immunitaire à la vaccination. . Le traitement a été administré par voie intramusculaire.
    L’AZD7442, une combinaison de deux anticorps à action prolongée (LAAB), a réduit le risque de développer un COVID-19 symptomatique de 77 % (intervalle de confiance (IC) à 95 %) par rapport au placebo.

    AZD7442 est la première combinaison d’anticorps (non vaccinale) modifiée pour fournir potentiellement une protection durable qui a démontré la prévention de la COVID-19 dans un essai clinique. »

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