Pourquoi le complotisme ? À cause de la misère, économique et morale

Un article très intéressant dans le Guardian d’aujourd’hui : Why people believe Covid conspiracy theories: could folklore hold the answer? : Pourquoi les gens croient-ils aux théories conspirationnistes de la Covid : le folklore contient-il la réponse ?

Un folkloriste reconnaît dans le complotisme de la Covid la même structure et la même genèse que dans les histoires de sorcières d’autrefois : les gens qui ont peur, et de tas de choses en particulier, parviennent, dans un bel exercice d’intelligence (sic) collective, à connecter l’ensemble de leurs peurs particulières en un seul scénario.

Le remède : faire en sorte que les gens n’aient pas peur pour leur sort et fragmentent leur peur globale en peurs diverses. Avis à ceux qui nous disent : « L’impôt sur les grosses fortunes ? C’est derrière nous ! » : vous encouragez l’apparition de bûchers où on brûlera comme d’habitude, des innocents. Jusqu’au jour où il y aura quelques têtes au bout d’une pique, dont l’une pourrait bien être la vôtre.

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56 réflexions sur « Pourquoi le complotisme ? À cause de la misère, économique et morale »

  1. Oui, c’est ça. Enfin la bonne explication. On y trouve ces braves gens qui ont peur et qui disent « ils veulent nous faire peur », etc. Relient les peurs entre elles. Ne voient pas les contradictions entre elles car ce qui est plus fort que tout c’est de tout relier, ramener tout à une seule raison. Il y a même là une sorte de brève joie, de joie mauvaise, d’illumination intellectuelle, « ah, tout s’explique ». Au moment de boucler le cercle il ne faut rien oublier, même le viol et la dégustation satanique des petits enfants (QAnon), leur présence dans l’histoire n’est pas une ultime fantaisie mais nécessaire.

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    1. Complotisme : j’ai échangé avec deux collègues qui correspondent à ça : l’un voyant dans le covid un plan orchestré à l’avance par un clan bill gates ; l’autre sans le dire trop explicitement, dénonçant une grande manipulation « mondialiste ». Ce qui m’attriste, c’est que mes deux protagonistes sont à la base plutôt ce que j’appellerais « de bonnes personnes », aux bagages intellectuels a priori corrects, avec lesquelles j’avais plutôt plaisir à échanger des idées, et avec lesquelles je me retrouvais sur pas mal de sujets. Avec l’une et avec l’autre, j’ai essayé d’échanger pour comprendre : de la première, j’en ai déduit à la base une forme de paranoïa, exacerbée pas le climat actuel, et certainement par une sorte de peur ou d’angoisse personnelle. D’origine iranienne, je n’ai pas pu m’empêcher de penser que le passif du régime totalitaire islamiste qu’il avait dû fuir pouvait avoir été une source. L’autre facteur est celui d’internet et des réseaux sociaux, qui ont tendance à nourrir et amplifier certains biais paranoïaques (à la façon dont cela avait été analysé à la façon des « fanatiques » recrutés par daech), et faire confondre une croyance appuyée par des corrélations servies sur un plateau par le moyen d’internet. La discussion a pu aller au point où mon interlocuteur a bien voulu concéder qu’il n’avait pas de preuve, mais que le plan se déroulait exactement comme il le prévoyait. Et de conclure, non par plaisanterie mais tout à fait sérieusement : « tu verras, Macron va être le président du monde ».
      La seconde personne, elle, part plutôt d’un présupposé religieux, et m’a esquissé une série de signe dont l’aboutissement serait l’apocalypse. Sans dire que le covid aurait été inventé, mon interlocuteur m’a néanmoins développé l’idée d’une grande manipulation mensongère qui aurait exagéré la gravité du covid et serait une tromperie monstrueuse, voire quasi-satanique. A rapporter ces deux cas, j’avoue que j’ai ressenti a quel point on pouvait être vulnérable à de telles croyances, malgré un niveau d’éducation et d’esprit critique censé nous mettre à l’abri. Fondamentalement, cela m’a montré à quel point les êtres humains ont besoin de croire à tout prix, surtout à des moments de crise comme celle que nous traversons. Cela doit servir de leçon en ces temps troubles…..

    1. C’est le propre de toute élite au sein d’une société se disant développée, que de feindre de vouloir faire preuve de « bienveillance » à l’égard de quelques esprits égarés, alors même que ces derniers se comptent désormais par millions du fait de décennies de propagande machiavélique accumulées ; pas sûr que ces mêmes élites tiendraient de si jolis discours en étant jetées directement dans l’arène le moment venu ; c’est toujours plus facile de le faire à huis-clos, en se tenant droit comme un i derrière un micro…

      Ce jeune journaliste est littéralement passé à côté de l’essentiel, ce qui se révèle fort regrettable in fine…

      Tout cela n’est donc hélas ! qu’hypocrisie sans nom ; seul fruit possible issu d’une enquête vraisemblablement totalement inachevée, et ne pouvant que produire des amalgames tout aussi maladroits qu’infâmes…

      Amitiés.

      Philippe

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        1. @ Juannessy,
          Cherchez un peu mieux ce qui vous déplait dans le propos de Ph. Soubeyrand:
          L’essentiel pour lui ? Ne pas « tendre la main », sous entendu, épurer sans états d’âme…
          Voyons Juan!
          Bientôt la pensée humaine se résumera à ces deux termes stupides,
          Conspirationnisme ou anti-conspirationnisme.
          Compteriez vous vraiment choisir votre camp entre les deux seuls qui nous sont présentés?
          (je me doute que non, mais alors que quelqu’un réagisse au moins!)
          Il me semble que vous valez mieux que cela comme la plupart d’ailleurs ici!
          Eric.

          PS: A titre d’exemple, relisons la première phrase de Ph. Soubeyrand:
          « C’est le propre de toute élite au sein d’une société se disant développée, que de feindre de vouloir faire preuve de
          bienveillance » à l’égard de quelques esprits égarés, … »
          Ce ne serait pas un magnifique exemple de conspirationnisme ça?
          (A quoi Ph.S. répondrait surement !  » Pas du tout, ce n’est que pure vérité! »)
          Ce serait presque à mourir (de rire!), Si ce n’était pas si consternant sur un blog comme celui de PJ!

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          1. Ma question était totalement factuelle et je n’attendais que la réponse de Philippe Soubeyrand , sans parasites sur la ligne .

            Mais vous , comment appréciez vous le complotisme et les complotistes et quel type de réponse trouveriez vous bon d’y faire ?

            1. Sauf qu’avec une telle question Juannessy, vous ne pouviez qu’espérer de tels parasites sur la ligne, de « simples » Trolls ne sachant en permanence que déformer la pensée d’autrui…

              Si vous voulez connaître cet « essentiel » Juannessy, prenez-vous y autrement… depuis le temps…

              De toute façon, vous ferez comme tout le monde, il vous faudra patienter encore un peu…

              Et pour votre gouverne Sieur torpedo, je n’ai rien contre les élites, et encore moins contre les esprits égarés… Mais on ne sortira pas du conspirationnisme en procédant ainsi… Car ce n’est certainement pas ainsi que l’on tend une main, et certainement pas en le disant aussi ouvertement dans les médias…

              C’est d’une maladresse sans nom…

              Bien à vous.

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                1. Comment tendriez-vous la vôtre à l’un de vos proches qui en aurait besoin ? En passant sur France Inter, vous Juannessy, afin de le lui dire à l’antenne ?

                  Soyons sérieux…

                  Bonne soirée.

                  ps : Il serait intéressant de savoir combien de conspirationnistes ont écouté cette émission de France Inter, et surout ce qu’ils éprouvent suite à cela…

            2. Bonjour, Juannessy.
              J’étais absent. Désolé.
              (Réponse un peu tardive à Juannessy suite à sa question du 26 octobre 2021 à 17h19)

              Parasitage assumé. Nous sommes tous des conspirationnistes qui s’ignorent.
              L’imagination permet bien souvent de combler des informations et/ou des connaissances lacunaires…
              Le complotisme n’est pour moi qu’une forme banale de sectarisme parmi d’autres.
              A lui donner trop d’importance on crée des courants inverses de même intensité (l’anti-conspirationnisme),
              Tout aussi sectaires et superficiels que le mal auquel ils entendent s’opposer.
              Pour le type de réponse à y apporter: les mêmes que ceux ayant trait à tous les sectaires,

              D’ABORD NE PAS OUBLIER QUE CE SONT AUSSI DES ETRES HUMAINS…Puis,
              Aller pointer au chômage, prendre un tabouret et s’assoir avec l’un d’entre eux (au zinc généralement!).
              Identifier les causes du mal (souvent des échecs personnels causant des colères mal refoulées)…
              Tenter de convaincre de la valeur des expériences passées, bonnes ou mauvaises
              Et aussi des responsabilités personnelles…
              Affirmer que les manettes intimes activant les choix personnels futurs sont toujours fonctionnelles
              Bref, conspirer avec tous les sectaires, les racistes, les cons, les cocus, les jaloux, les chômeurs, les fous,
              Les fanatiques religieux, les suicidaires et même les anti-conspirationnistes… J’en passe… Et des bien pires…
              Rien de plus dangereux qu’un sectaire qu’on écoute pas.
              Un sectaire se soigne un peu en poussant son raisonnement jusqu’à l’absurde.
              Il convient de l’y aider sans lui apporter de contradiction.
              Plus le discours veut choquer plus il perd en crédibilité, y compris aux yeux de son auteur.
              Au bout d’un certain temps, le sectaire changera lui-même de sujet.
              Si ce n’est pas le cas et qu’en plus ils sont nombreux…
              S’éclipser prudemment par la porte de derrière!
              Bon, Dommage que je ne fréquente plus guère les bistrots!

              Pour ce qui est de Mr Ph. S. qui voit (comme d’autres ici) un troll en chaque contradicteur,
              Je ne vois rien de bien utile (pour lui ) à ajouter.
              Si ce n’est que lui adresser mes plus vifs encouragements pour la tâche difficile qu’il s’est allouée de
              répandre alentours, des pensées qui ne pourraient jamais être ni critiquées, ni même déformées,
              Prouvant par là qu’il est au pire, un authentique idéaliste, et au mieux, un génie méconnu!
              Ce qui force dans les deux cas le respect.
              Et toute ma fraternelle considération d’être humain faillible, mais sincère.
              Eric.

  2. Je me dis parfois que si le complotisme n’existait pas il faudrait l’inventer, ou , dans le cas de cet article , comment prendre des théories grotesques , les assimiler à un remake de la chasse aux sorcières et finalement servir frais à nos cerveaux ébahis que toute remise en cause de certaines technologies s’apparente à un ridicule fond de peur moyenâgeuse .
    Je ne connais pas Bill Gates et il ne m’intéresse pas , à part le fait qu’il nous a vendu ( chère ) de la daube informatique , et que fortune faite il semble développer une conscience sociale via sa fondation , à la manière des Robber Barons genre Carnegie et ses bibliothèques
    Pour la 5G , éclater de rire sur les prétentions qu’on lui prête à diffuser le virus nous rendra plus tolérants d’une technologie qui s’est implantée, encore une fois, sans et même contre l’avis du public . Mon côté complotiste note que dans mon petit pays, eco-conscious comme tous les pays germaniques , l’opposition à la 5G fin 2019 était assez active, avec nombre de pétitions . Avec la 5G on passe dans les hautes fréquences ,et il est normal que la population s’interroge des effets possibles sur la santé . Arrive la crise sanitaire et, miracle, fin 2020 le pays est équipé d’antennes dernière génération . Merci qui ? Merci Covid . Pour une technologie dont j’ai du mal à voir l’intérêt : en tête des arguments « commerciaux » , soucis sanitaires obliges, , la télémédecine et encore mieux, la téléchirurgie , à se demander pourquoi diable on a installé la fibre optique partout . Ensuite viennent des trucs débiles comme les voitures autonomes , les « objets connectés » ( un délire de technocrate geek ) , les jeux vidéos , etc…De mon point de vue, la 5G est typiquement une technologie pour happy fews , qui va permettre de « bouger » de gros volumes de données en un temps record depuis et pour des appareils portables de managers libérés des contraintes d’un bureau fixe .
    Pour les possibles effets de la 5G sur la santé un résumé en lien . Aucune relation à ce jour n’a été prouvée entre la 5G et des effets cancérigènes par exemple ..tu m’étonnes, après si peu de temps . Rendez-vous dans une dizaine d’années et encore là je doute qu’on ait prouvé une quelconque relation de cause à effet , même et surtout si elle existe .
    https://www.healthline.com/health/is-5g-harmful

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  3. Et peut être bien aussi à cause d’un outil mal conçu et où maîtrise, dont on se rend compte « après coup » de la nocivité…
    https://edition.cnn.com/2021/10/26/tech/facebook-papers-takeaways/index.html
    En fait c’est pas skynet qui aura notre peau, c’est l’IA de Facebook ou tel autre réseau « social » qui nous fera nous bouffer entre nous.
    Et le pire c’est qu’en plus ça contribue au changement climatique… Chapeau !

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    1. L’IA de Facebook est une authentique machine à produire de la rancœur et de la violence sociale.
      Ne faudrait il pas interdire une telle arme de destruction massive ?

      https://www.lemonde.fr/pixels/article/2021/10/26/comment-l-algorithme-de-facebook-echappe-au-controle-de-ses-createurs_6099888_4408996.html
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      ENQUÊTEFacebook Files | Dans des documents internes de l’entreprise, ses ingénieurs avouent leur incompréhension face à un code informatique aux effets imprévus, qui fait du réseau social une machine complexe, difficile à maîtriser.

      C’est peut-être le principal sentiment qui émerge à la lecture des « Facebook Files ». Parmi ces milliers de pages de documents internes à Facebook, récupérés par Frances Haugen, une ancienne employée, et transmis par une source parlementaire américaine à plusieurs médias, dont Le Monde, de nombreux passages semblent indiquer que Facebook ne comprend plus, ou mal, ce que font ses propres algorithmes. Et que son réseau social est devenu une machine difficile à contrôler.
      C’est notamment le cas pour un algorithme crucial, chargé de « classer » les messages qui s’affichent dans le fil d’actualité des utilisateurs : Facebook utilise une multitude de signaux, des plus simples – le nombre de personnes abonnées à une page – aux plus complexes – l’intérêt que les « amis » d’un utilisateur ont manifesté pour un sujet – afin d’attribuer un « score » à un message. Plus ce score est élevé, plus il a des chances d’apparaître dans le fil d’actualités.
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      ENQUÊTEFacebook Files | Dans des documents internes de l’entreprise, ses ingénieurs avouent leur incompréhension face à un code informatique aux effets imprévus, qui fait du réseau social une machine complexe, difficile à maîtriser.

      C’est peut-être le principal sentiment qui émerge à la lecture des « Facebook Files ». Parmi ces milliers de pages de documents internes à Facebook, récupérés par Frances Haugen, une ancienne employée, et transmis par une source parlementaire américaine à plusieurs médias, dont Le Monde, de nombreux passages semblent indiquer que Facebook ne comprend plus, ou mal, ce que font ses propres algorithmes. Et que son réseau social est devenu une machine difficile à contrôler.

      Posez vos questions :
      Facebook a-t-il définitivement échappé à ses créateurs ?
      Les « Facebook Files », une plongée dans les rouages de la machine à « likes »
      Les « Facebook Files » sont plusieurs centaines de documents internes à Facebook copiés par Frances Haugen, une spécialiste des algorithmes, lorsqu’elle était salariée du réseau social. Ils ont été fournis au régulateur américain et au Congrès, puis transmis par une source parlementaire américaine à plusieurs médias, expurgés des informations personnelles des salariés de Facebook. En Europe, ces médias sont, outre Le Monde, le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, les chaînes de télévision WDR et NDR, le Groupe Tamedia, Knack, Berlingske et l’OCCRP.

      Ils montrent que Facebook consacre davantage de ressources à limiter ses effets néfastes en Occident, au détriment du reste du monde. Ils attestent que ces effets sont connus en interne mais les signaux d’alerte pas toujours pris en compte. Enfin, ils prouvent que les algorithmes de Facebook sont devenus d’une complexité telle qu’ils semblent parfois échapper à leurs propres auteurs.

      C’est notamment le cas pour un algorithme crucial, chargé de « classer » les messages qui s’affichent dans le fil d’actualité des utilisateurs : Facebook utilise une multitude de signaux, des plus simples – le nombre de personnes abonnées à une page – aux plus complexes – l’intérêt que les « amis » d’un utilisateur ont manifesté pour un sujet – afin d’attribuer un « score » à un message. Plus ce score est élevé, plus il a des chances d’apparaître dans le fil d’actualités.

      Extrait de l’un des document anonymisés transmis au Congrès américain par l’ex-employée de Facebook Frances Haugen, dans lequel un salarié s’étonne que les scores de classement de certains contenus soient très élevés.
      Extrait de l’un des document anonymisés transmis au Congrès américain par l’ex-employée de Facebook Frances Haugen, dans lequel un salarié s’étonne que les scores de classement de certains contenus soient très élevés.
      Or, avec le temps et l’accumulation de nouveaux signaux ajoutés par les ingénieurs du réseau social, le « score » moyen d’un message a explosé. Dans un document non daté, un analyste de Facebook a procédé à quelques calculs, et constate que pour certains contenus, le score « peut dépasser 1 milliard ». Ce qui a pour conséquence très directe de rendre de nombreux outils de modération inopérants. Ces derniers réduisent de 20 %, 30 % ou 50 % le score de certains messages problématiques, afin d’éviter qu’ils ne soient trop diffusés. Mais pour les contenus les mieux notés, le score est tellement élevé que le diviser par deux ne les empêche pas de continuer à s’afficher. « Certains de ces contenus resteraient en tête même si on appliquait une baisse de leur score de 90 % », regrette l’auteur du document.

      Système complexe sans « vision unifiée »
      Ce problème n’est absolument pas le résultat d’une politique intentionnellement mise en place, qui considérerait que certains messages devraient être immunisés contre les outils de modération automatiques. C’est simplement l’un des très nombreux effets de bord provoqués par les centaines de modifications des algorithmes de Facebook, au fil des ans, dont les propres ingénieurs du réseau social semblent ne pas pouvoir anticiper toutes les conséquences
      « Les différentes parties des applications de Facebook interagissent les unes avec les autres de façon complexe » et chaque équipe développe des modifications sans qu’il y ait une « vision systémique unifiée », regrette ainsi l’employée Mary Beth Hunzaker, dans une longue note rédigée à l’occasion de son départ de Facebook, en août 2020. La conséquence ? « Un risque accru de problèmes facilités ou amplifiés par des interactions imprévues entre des fonctions ou des services de la plate-forme. »A de multiples reprises, des employés témoignent, dans des documents internes, de leur incompréhension face à des comportements problématiques de leur code informatique. En Inde, ce sont des vidéos pornographiques soft qui se retrouvent subitement mises en avant dans l’onglet Watch, sans que personne ne comprenne pourquoi. Aux Etats-Unis, des ingénieurs s’arrachent les cheveux pour comprendre pourquoi certains groupes politiques continuent d’être recommandés aux utilisateurs alors qu’ils ne devraient plus l’être.

      « Chaque expérience change la composition du fil d’actualité de manière imprévue », note un document de 2018. Deux ans plus
      tard, les analystes de Facebook se réjouissent de constater que le nombre de contenus engendrant de la colère semble en forte baisse dans les fils d’actualité, mais ils sont bien en peine d’expliquer pourquoi. « Ce résultat pourrait en théorie être la conséquence d’un ou plusieurs changements apportés à l’algorithme dans les deux derniers mois. En dernière analyse, il pourrait être difficile de déterminer lesquels », note un document.

      Interrogé à ce sujet, Facebook reconnaît volontiers que ses algorithmes sont devenus des outils très complexes, mais s’enorgueillit de les modifier régulièrement pour les améliorer. Si les conséquences des changements ne sont pas toujours simples à prévoir, le réseau social assure que les sondages qu’il effectue régulièrement auprès de ses utilisateurs lui permettent de détecter rapidement tout problème majeur et, le cas échéant, de revenir en arrière si une modification s’avère trop problématique.
      personnalisation du contenu et amplification algorithmique, comme dans le fil de Facebook, l’onglet Pour vous de TikTok ou dans les recommandations de YouTube », écrit Roddy Lindsay, ex-ingénieur chez Facebook, dans une tribune publiée en juin dans le New York Times. Il ajoute :

      « Ces algorithmes […] perpétuent des biais et affectent la société d’une manière que leurs créateurs comprennent à peine. Facebook a eu quinze ans pour démontrer que les algorithmes de classement des contenus en fonction de l’engagement [le nombre de commentaires, de partages…] peuvent être conçus de manière responsable ; s’ils n’ont pas réussi à le faire jusqu’à présent, ils n’y arriveront jamais. »

      Et, les documents de Facebook le montrent, ce n’est pas faute d’avoir essayé. Les analyses réalisées en interne éclairent d’un jour nouveau les multiples modifications, majeures ou mineures, apportées par Facebook à ses différents algorithmes ces dernières années. A commencer par le crucial pivot de 2018, qui ambitionnait de mettre au premier plan ce que Facebook appelle les « interactions sociales significatives » (meaningful social interactions, ou MSI). Le projet avait un but clair : privilégier les contenus publiés par les proches, photos de famille et textes des amis, au détriment des contenus politiques et de ceux publiés par des médias et des pages « appeau à clic », dont la consommation passive était jugée peu utile par les internautes.

      Or, le changement MSI a eu, en partie, l’effet inverse de celui qui était recherché : comme le montrent de multiples analyses postérieures menées par les équipes de Facebook, il a favorisé les contenus clivants. En partie parce que l’algorithme modifié a donné énormément de poids aux contenus partagés par les proches, y compris lorsque ceux-ci provenaient de pages douteuses ou très engagées politiquement. Résultat, les deep reshares, les contenus repartagés par des amis d’amis, ont subitement pris une grande importance dans les fils d’actualités des utilisateurs, tout en étant, d’après les propres recherches de Facebook, l’un des principaux vecteurs de diffusion pour des pages d’extrême droite ou complotistes.

      Une modification d’algorithme, en 2018, a eu en partie l’effet inverse de celui recherché : il a favorisé les contenus clivants

      Depuis, fin avril 2019, une analyse menée au sein de l’équipe « integrity », chargée d’étudier et de proposer des solutions contre la désinformation ou les contenus dangereux chez Facebook, estimait qu’une baisse massive du poids de ces deep reshares permettrait de réduire la visibilité des messages de désinformation de 25 % à 50 %, selon les formats. Ce serait « une manière efficace et neutre pour limiter les risques que posent les contenus les plus dangereux [sur la politique ou la santé] », estimait alors l’auteur de la proposition.

      « Nous avons d’autres outils pour réduire la visibilité de certains types de contenus, comme les messages haineux ou les photos de nus », explique un porte-parole de Facebook. La diminution globale du poids des deep reshares est un « outil brutal, qui touche aussi des messages positifs ou anodins en même temps que les discours possiblement violents ou provocateurs, et nous l’utilisons donc avec discernement ». Facebook l’a mis en place récemment et de manière temporaire en Ethiopie, en Birmanie, aux Etats-Unis ou au Sri Lanka.

      Longue liste de tâtonnements
      Les détracteurs de l’entreprise, dont Frances Haugen, l’accusent de privilégier, dans les choix de réglages de sa plate-forme, ses chiffres d’engagement des utilisateurs : l’activité, le temps passé, le nombre de likes, de partages… Facebook ignorerait donc largement les conséquences négatives de ses changements d’algorithmes. En 2020, pour l’élection présidentielle américaine, l’entreprise avait mis en place toute une série de mesures préventives, qu’elle a désactivées une fois l’élection passée – avant d’en réactiver une partie le 6 janvier, lors de l’attaque du Capitole menée par les partisans de Donald Trump.

      Lire aussi
      Article réservé à nos abonnés Dans la tour de contrôle de Facebook pendant l’assaut du Capitole
      Ces allers-retours sont-ils le signe que l’entreprise cherche surtout à protéger ses statistiques d’usage, cruciales pour vendre de la publicité ? Facebook le nie avec véhémence, et affirme avoir parfois pris des mesures qui réduisaient l’engagement, lorsque c’était nécessaire pour la sécurité de ses utilisateurs. En 2018, le changement d’algorithme avait pour but « de prioriser le contenu des amis et des familles et était fondé sur des études d’experts du bien-être, a ainsi expliqué au Monde début octobre Monika Bickert, la responsable des politiques de contenu de Facebook. Et, comme nous nous y attendions, ce changement a en fait réduit le temps passé sur la plate-forme, de 50 millions d’heures par jour. »

      Plus généralement, Facebook assure que privilégier à tout prix « l’engagement » serait un non-sens pour l’entreprise, car son intérêt à long terme est que ses utilisateurs – et annonceurs – se sentent bien sur la plate-forme, pour s’assurer qu’ils y restent. La longue liste des tâtonnements et des modifications laisse cependant entrevoir toute la complexité d’algorithmes devenus difficiles à maîtriser, et dont les conséquences ne sont pas toujours immédiatement détectables. Malgré les nombreux changements, des problèmes demeurent.

      Au fil des ans, les mesures proposées par les membres de l’équipe « integrity » semblent de plus en plus complexes, quand elles ne contournent tout simplement pas le problème en suggérant des modifications, non plus des algorithmes, mais de l’interface. Ainsi, plusieurs documents des deux dernières années évoquent comme piste l’idée d’ajouter des éléments de « friction » pour inciter les utilisateurs à moins partager certains types de contenus, par exemple en le forçant à cliquer sur un article avant de le rediffuser.

      Un document d’avril 2020 propose, lui, la mise en place d’un outil « de transparence interne pour centraliser l’assurance-qualité et le contrôle des rétrogradations de contenus dans le fil d’actualité », signe que, même pour les équipes travaillant sur ces sujets, avoir une vue transversale des modifications faites dans l’entreprise est difficile.
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      Comment l’algorithme de Facebook échappe au contrôle de ses créateurs
      Par Alexandre Piquard et Damien Leloup
      Publié aujourd’hui à 06h10, mis à jour à 14h44

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      ENQUÊTEFacebook Files | Dans des documents internes de l’entreprise, ses ingénieurs avouent leur incompréhension face à un code informatique aux effets imprévus, qui fait du réseau social une machine complexe, difficile à maîtriser.

      C’est peut-être le principal sentiment qui émerge à la lecture des « Facebook Files ». Parmi ces milliers de pages de documents internes à Facebook, récupérés par Frances Haugen, une ancienne employée, et transmis par une source parlementaire américaine à plusieurs médias, dont Le Monde, de nombreux passages semblent indiquer que Facebook ne comprend plus, ou mal, ce que font ses propres algorithmes. Et que son réseau social est devenu une machine difficile à contrôler.

      Posez vos questions :
      Facebook a-t-il définitivement échappé à ses créateurs ?
      Les « Facebook Files », une plongée dans les rouages de la machine à « likes »
      Les « Facebook Files » sont plusieurs centaines de documents internes à Facebook copiés par Frances Haugen, une spécialiste des algorithmes, lorsqu’elle était salariée du réseau social. Ils ont été fournis au régulateur américain et au Congrès, puis transmis par une source parlementaire américaine à plusieurs médias, expurgés des informations personnelles des salariés de Facebook. En Europe, ces médias sont, outre Le Monde, le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, les chaînes de télévision WDR et NDR, le Groupe Tamedia, Knack, Berlingske et l’OCCRP.

      Ils montrent que Facebook consacre davantage de ressources à limiter ses effets néfastes en Occident, au détriment du reste du monde. Ils attestent que ces effets sont connus en interne mais les signaux d’alerte pas toujours pris en compte. Enfin, ils prouvent que les algorithmes de Facebook sont devenus d’une complexité telle qu’ils semblent parfois échapper à leurs propres auteurs.

      C’est notamment le cas pour un algorithme crucial, chargé de « classer » les messages qui s’affichent dans le fil d’actualité des utilisateurs : Facebook utilise une multitude de signaux, des plus simples – le nombre de personnes abonnées à une page – aux plus complexes – l’intérêt que les « amis » d’un utilisateur ont manifesté pour un sujet – afin d’attribuer un « score » à un message. Plus ce score est élevé, plus il a des chances d’apparaître dans le fil d’actualités.

      Extrait de l’un des document anonymisés transmis au Congrès américain par l’ex-employée de Facebook Frances Haugen, dans lequel un salarié s’étonne que les scores de classement de certains contenus soient très élevés.
      Extrait de l’un des document anonymisés transmis au Congrès américain par l’ex-employée de Facebook Frances Haugen, dans lequel un salarié s’étonne que les scores de classement de certains contenus soient très élevés.
      Or, avec le temps et l’accumulation de nouveaux signaux ajoutés par les ingénieurs du réseau social, le « score » moyen d’un message a explosé. Dans un document non daté, un analyste de Facebook a procédé à quelques calculs, et constate que pour certains contenus, le score « peut dépasser 1 milliard ». Ce qui a pour conséquence très directe de rendre de nombreux outils de modération inopérants. Ces derniers réduisent de 20 %, 30 % ou 50 % le score de certains messages problématiques, afin d’éviter qu’ils ne soient trop diffusés. Mais pour les contenus les mieux notés, le score est tellement élevé que le diviser par deux ne les empêche pas de continuer à s’afficher. « Certains de ces contenus resteraient en tête même si on appliquait une baisse de leur score de 90 % », regrette l’auteur du document.

      Système complexe sans « vision unifiée »
      Ce problème n’est absolument pas le résultat d’une politique intentionnellement mise en place, qui considérerait que certains messages devraient être immunisés contre les outils de modération automatiques. C’est simplement l’un des très nombreux effets de bord provoqués par les centaines de modifications des algorithmes de Facebook, au fil des ans, dont les propres ingénieurs du réseau social semblent ne pas pouvoir anticiper toutes les conséquences.

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      « Les différentes parties des applications de Facebook interagissent les unes avec les autres de façon complexe » et chaque équipe développe des modifications sans qu’il y ait une « vision systémique unifiée », regrette ainsi l’employée Mary Beth Hunzaker, dans une longue note rédigée à l’occasion de son départ de Facebook, en août 2020. La conséquence ? « Un risque accru de problèmes facilités ou amplifiés par des interactions imprévues entre des fonctions ou des services de la plate-forme. »

      Dans l’un des document anonymisés transmis au Congrès américain par l’ex-employée de Facebook Frances Haugen, une employée regrette, à l’occasion de son départ, la complexité des systèmes mis en place par le réseau social.
      Dans l’un des document anonymisés transmis au Congrès américain par l’ex-employée de Facebook Frances Haugen, une employée regrette, à l’occasion de son départ, la complexité des systèmes mis en place par le réseau social.
      A de multiples reprises, des employés témoignent, dans des documents internes, de leur incompréhension face à des comportements problématiques de leur code informatique. En Inde, ce sont des vidéos pornographiques soft qui se retrouvent subitement mises en avant dans l’onglet Watch, sans que personne ne comprenne pourquoi. Aux Etats-Unis, des ingénieurs s’arrachent les cheveux pour comprendre pourquoi certains groupes politiques continuent d’être recommandés aux utilisateurs alors qu’ils ne devraient plus l’être.

      « Chaque expérience change la composition du fil d’actualité de manière imprévue », note un document de 2018. Deux ans plus tard, les analystes de Facebook se réjouissent de constater que le nombre de contenus engendrant de la colère semble en forte baisse dans les fils d’actualité, mais ils sont bien en peine d’expliquer pourquoi. « Ce résultat pourrait en théorie être la conséquence d’un ou plusieurs changements apportés à l’algorithme dans les deux derniers mois. En dernière analyse, il pourrait être difficile de déterminer lesquels », note un document.

      Interrogé à ce sujet, Facebook reconnaît volontiers que ses algorithmes sont devenus des outils très complexes, mais s’enorgueillit de les modifier régulièrement pour les améliorer. Si les conséquences des changements ne sont pas toujours simples à prévoir, le réseau social assure que les sondages qu’il effectue régulièrement auprès de ses utilisateurs lui permettent de détecter rapidement tout problème majeur et, le cas échéant, de revenir en arrière si une modification s’avère trop problématique.

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      « Des biais »
      Ces problèmes ne viennent pas d’un manque de compétence. Facebook recrute certains des meilleurs ingénieurs au monde. Et ces travers ne sont pas non plus spécifiques au réseau social : les mêmes effets de bord imprévus se produisent « à chaque fois que des data scientists et des ingénieurs en informatique mêlent personnalisation du contenu et amplification algorithmique, comme dans le fil de Facebook, l’onglet Pour vous de TikTok ou dans les recommandations de YouTube », écrit Roddy Lindsay, ex-ingénieur chez Facebook, dans une tribune publiée en juin dans le New York Times. Il ajoute :

      « Ces algorithmes […] perpétuent des biais et affectent la société d’une manière que leurs créateurs comprennent à peine. Facebook a eu quinze ans pour démontrer que les algorithmes de classement des contenus en fonction de l’engagement [le nombre de commentaires, de partages…] peuvent être conçus de manière responsable ; s’ils n’ont pas réussi à le faire jusqu’à présent, ils n’y arriveront jamais. »

      Et, les documents de Facebook le montrent, ce n’est pas faute d’avoir essayé. Les analyses réalisées en interne éclairent d’un jour nouveau les multiples modifications, majeures ou mineures, apportées par Facebook à ses différents algorithmes ces dernières années. A commencer par le crucial pivot de 2018, qui ambitionnait de mettre au premier plan ce que Facebook appelle les « interactions sociales significatives » (meaningful social interactions, ou MSI). Le projet avait un but clair : privilégier les contenus publiés par les proches, photos de famille et textes des amis, au détriment des contenus politiques et de ceux publiés par des médias et des pages « appeau à clic », dont la consommation passive était jugée peu utile par les internautes.

      Or, le changement MSI a eu, en partie, l’effet inverse de celui qui était recherché : comme le montrent de multiples analyses postérieures menées par les équipes de Facebook, il a favorisé les contenus clivants. En partie parce que l’algorithme modifié a donné énormément de poids aux contenus partagés par les proches, y compris lorsque ceux-ci provenaient de pages douteuses ou très engagées politiquement. Résultat, les deep reshares, les contenus repartagés par des amis d’amis, ont subitement pris une grande importance dans les fils d’actualités des utilisateurs, tout en étant, d’après les propres recherches de Facebook, l’un des principaux vecteurs de diffusion pour des pages d’extrême droite ou complotistes.

      Une modification d’algorithme, en 2018, a eu en partie l’effet inverse de celui recherché : il a favorisé les contenus clivants

      Depuis, fin avril 2019, une analyse menée au sein de l’équipe « integrity », chargée d’étudier et de proposer des solutions contre la désinformation ou les contenus dangereux chez Facebook, estimait qu’une baisse massive du poids de ces deep reshares permettrait de réduire la visibilité des messages de désinformation de 25 % à 50 %, selon les formats. Ce serait « une manière efficace et neutre pour limiter les risques que posent les contenus les plus dangereux [sur la politique ou la santé] », estimait alors l’auteur de la proposition.

      « Nous avons d’autres outils pour réduire la visibilité de certains types de contenus, comme les messages haineux ou les photos de nus », explique un porte-parole de Facebook. La diminution globale du poids des deep reshares est un « outil brutal, qui touche aussi des messages positifs ou anodins en même temps que les discours possiblement violents ou provocateurs, et nous l’utilisons donc avec discernement ». Facebook l’a mis en place récemment et de manière temporaire en Ethiopie, en Birmanie, aux Etats-Unis ou au Sri Lanka.

      Longue liste de tâtonnements
      Les détracteurs de l’entreprise, dont Frances Haugen, l’accusent de privilégier, dans les choix de réglages de sa plate-forme, ses chiffres d’engagement des utilisateurs : l’activité, le temps passé, le nombre de likes, de partages… Facebook ignorerait donc largement les conséquences négatives de ses changements d’algorithmes. En 2020, pour l’élection présidentielle américaine, l’entreprise avait mis en place toute une série de mesures préventives, qu’elle a désactivées une fois l’élection passée – avant d’en réactiver une partie le 6 janvier, lors de l’attaque du Capitole menée par les partisans de Donald Trump.

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      Ces allers-retours sont-ils le signe que l’entreprise cherche surtout à protéger ses statistiques d’usage, cruciales pour vendre de la publicité ? Facebook le nie avec véhémence, et affirme avoir parfois pris des mesures qui réduisaient l’engagement, lorsque c’était nécessaire pour la sécurité de ses utilisateurs. En 2018, le changement d’algorithme avait pour but « de prioriser le contenu des amis et des familles et était fondé sur des études d’experts du bien-être, a ainsi expliqué au Monde début octobre Monika Bickert, la responsable des politiques de contenu de Facebook. Et, comme nous nous y attendions, ce changement a en fait réduit le temps passé sur la plate-forme, de 50 millions d’heures par jour. »

      Plus généralement, Facebook assure que privilégier à tout prix « l’engagement » serait un non-sens pour l’entreprise, car son intérêt à long terme est que ses utilisateurs – et annonceurs – se sentent bien sur la plate-forme, pour s’assurer qu’ils y restent. La longue liste des tâtonnements et des modifications laisse cependant entrevoir toute la complexité d’algorithmes devenus difficiles à maîtriser, et dont les conséquences ne sont pas toujours immédiatement détectables. Malgré les nombreux changements, des problèmes demeurent.

      Au fil des ans, les mesures proposées par les membres de l’équipe « integrity » semblent de plus en plus complexes, quand elles ne contournent tout simplement pas le problème en suggérant des modifications, non plus des algorithmes, mais de l’interface. Ainsi, plusieurs documents des deux dernières années évoquent comme piste l’idée d’ajouter des éléments de « friction » pour inciter les utilisateurs à moins partager certains types de contenus, par exemple en le forçant à cliquer sur un article avant de le rediffuser.

      Un document d’avril 2020 propose, lui, la mise en place d’un outil « de transparence interne pour centraliser l’assurance-qualité et le contrôle des rétrogradations de contenus dans le fil d’actualité », signe que, même pour les équipes travaillant sur ces sujets, avoir une vue transversale des modifications faites dans l’entreprise est difficile.

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      Certaines pistes de changement les plus récentes semblent même avoir un côté paradoxal, et presque ironique : depuis début 2021, Facebook mène « dans 70 pays » des expériences pour afficher moins de contenus politiques dans les fils de ses utilisateurs et a pérennisé ce changement aux Etats-Unis et au Canada. « C’est une copie carbone de ce qu’ils disaient déjà en 2018 », s’amuse Katie Harbath, une autre ancienne employée du réseau social partie en 2021 pour fonder son entreprise. « La réduction des contenus politiques était l’une des raisons principales du changement d’algorithme MSI : on a vraiment l’impression qu’on tourne en rond », regrette-t-elle.

      Secret industriel
      Si l’une des plus puissantes entreprises au monde ne parvient pas à remplir ses propres objectifs, c’est peut-être aussi parce que bon nombre de mesures mises en place par Facebook ces trois dernières années vont directement à l’encontre, non pas de son modèle économique, mais de l’essence même de sa plate-forme et de ses algorithmes. Dans le fil d’actualité, tout comme dans les recommandations de pages ou de groupes à suivre, Facebook a surtout cherché à construire une machine à amplifier, capable de détecter les contenus et les comptes qui susciteront l’enthousiasme de ses utilisateurs. Rendre plus difficile le partage, masquer, ou réduire la visibilité de ces contenus qui « marchent », est fondamentalement contraire à la mission première de l’algorithme.

      Bon nombre de mesures vont en fait à l’encontre de l’essence de la plate-forme, construite comme une machine à amplifier

      C’est pour cette raison que les régulateurs, aux Etats-Unis comme en Europe, s’intéressent de plus en plus au fonctionnement même des algorithmes. Certains, comme Frances Haugen ou Roddy Lindsay seraient même d’avis d’inciter les plates-formes à revenir à un classement chronologique des contenus. D’autres, dont Facebook, répondent déjà que le résultat serait pire pour l’utilisateur car les algorithmes filtrent aussi des contenus néfastes…

      Interpellé par les politiques, Facebook ne souhaite bien sûr pas communiquer d’informations détaillées sur ces logiciels qui sont l’un de ses principaux secrets industriels. Mais le projet de règlement européen Digital Services Act, actuellement en cours de discussion à Bruxelles, prévoit d’imposer aux réseaux sociaux d’être plus transparents sur leurs algorithmes et permettre aux internautes de modifier les paramètres des systèmes de classement des contenus. Un enjeu pour les régulateurs est d’arriver à vraiment avoir accès à la machine interne de ces plates-formes, jusqu’ici opaques. Le texte prévoit des audits, mais le tableau dépeint par les documents internes de Facebook pourrait pousser les politiques européens à se montrer beaucoup plus exigeants.

  4. J’éprouve le besoin de faire tinter d’autres cloches.

    C’est pour notre bien que, lors de ces derniers temps passés en mondialisation, les portes voix du discours dominant nous avaient convaincu que la concurrence était la ligne Maginot, l’effort demandé pour conquérir des parts de marché et engranger les victoires du pouvoir d’achat et qu’à ce jeu tout le monde serait gagnant, les pays pauvres émergeraient, les pays riches s’enrichiraient
    Comment jugeons-nous aujourd’hui cette euphorie d’hier ?
    Complotiste quelque peu ce discours là, non ?

    Côté environnement climatique, aujourd’hui plus que jamais c’est le brouillard.
    On voit mal la silhouette des vainqueurs. Enfin, à vous de voir.

    Suis-je complotiste si je fais un lien avec le post précédant : « Qu’est-ce qui nous intéresse vraiment, nous les humains ? ».

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    1. Je tinte, je tinte. Mais j’ai du mal à suivre et j’ai l’impression que vous confondez complot et propagande et que si vous exprimiez clairement votre thèse elle tomberait à plat.

      1. @Marcel
        On fait de la propagande lorsqu’on fait l’apologie d’un « système » qui n’est pas vraiment ce qu’il dit être.
        Lorsqu’on parle de complot c’est probablement un cran au dessus dans l’invective car sont visés ceux qui sont dans les marges du pouvoir.
        Etes-vous d’accord si je dis que la démocratie est un complot permanent ?

        Mon commentaire voulait attirer l’attention sur le fait que l’on pouvait « à postériori » considérer que ce libéralisme pouvait lui aussi être taxé de complotiste vu la situation catastrophique dans laquelle il nous a réduit en ayant toujours fait fi des nombreuses alertes qui annonçaient que ce système allait à sa perte (la notre).

        Ce n’est pas un thèse, juste un commentaire.

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      1. Quand vous prenez conscience que la « réalité » qui vous entoure n’est qu’un spectacle, votre conscience vous pousse naturellement à la paranoïa. J’hésite entre Le Truman Show et La Société du spectacle de Debord.
        Au demeurant, je ne dis pas que le complotisme est un remède efficace, je dis que c’est une attitude naturelle.

        1. @Asclepios
          Le complotisme n’est il pas plutôt une conséquence de la société du spectacle ? En ce sens que lorsque le spectacle d’État, le spectacle officiel n’est plus crédible, chacun se fait son propre spectacle en essayant de mobiliser le plus de spectateurs possibles pour tenter de valider son scénario.
          Pour ce qui est de la « conscience de la réalité « , si c’était vraiment le cas là population jetterait en masse tous ses écrans ! 😊
          Prendre conscience de la réalité, c’est abandonner tout spectacle, pas en inventer de nouveaux.

          1. Bonjour Pascal,

            A mon humble avis:
            1 – Effectivement, une partie non négligeable de la population a (symboliquement) jeté les medias d’état ou apparentés par la fenêtre! Plus largement, cela progresse (un peu) pour tout ce qui relève des medias d’influence. Mais la masse critique n’est tout simplement pas encore atteinte!
            2 – Le spectacle totalitaire (type Magicien d’Oz) secrète du « complotisme » pour mieux garantir sa propre sécurité. C’est retors et de bonne guerre! Ce qui me fait dire que ceux que vous désignez comme « complotiste » au sens usuel du terme (dans les medias… d’influence!) ne sont que les idiots utiles du Spectacle.
            Je m’étonne un peu que personne sur ce blog ne pense à Debord pour déconstruire ce satané concept puant de « complotisme », alors je le fais, à mon modeste niveau…

            Cordialement,

  5. L’inexplicable engendre l’incertitude sur l’avenir, qui est insupportable.

    Le complotisme est une des échappatoires; le bouc émissaire en est une variante. La foi religieuse en est une autre (qu’il y ait du vrai derrière ou non).

    Les agents d’influence peuvent entraîner la foule vers l’une ou l’autre de ces échappatoires. Les gouvernements y ont intérêt, pour éviter les états d’indétermination favorables aux émeutes (cf René Girard).

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    1. Merci Ermisse
      J’ajouterait le rôle joué par les multinationales qui pour défendre des intérêts économiques allant à l’encontre du bien commun et de la morale, ont développé à coup de millions une « contre science  » destinée à instaurer le doute sur toute vérité scientifique mettant en péril leur source de dividendes : Philippe Morris, Monsanto, Total….
      Ainsi, les climatoseptiques entraînent ils dans leur sillage toute une flopée de personnes persuadées que que le Giec est le siège d’une conspiration.
      Nous vivons une époque où les marchands de doutes sont infiniment plus nombreux que les scientifiques sincères et modérés.
      Semez le doute à pleine poignée et vous verrez la vérité scientifique se noyer au milieu des vagues de vérités de comptoir (cf Paul sur les différentes vérités).
      Ajoutez un soupçon de conflictualité servi à dessein par les médias drogués à l émotivité de ces cervelles disponibles et fascinées par leur petit écran bleu.
      Versez quelques discours politiques qui assènent des « vérités  » un jour pour affirmer mordicus le contraire quelques semaines plus tard.
      Saupoudrez de buzz relevé au profilage et à l’algorithme qui va bien.
      Et vous obtiendrez une parfaite soupe de sorcière en pleine ébullition, aux suaves parfums de révolte tout azimuts, de dégoût institutionnel, de discrédit de la pensée scientifique, de tous pourris, j’en passe et des meilleurs.

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  6. Chacun de nous n’écrit-il pas une histoire de la vie qu’il mène ? Notre vie est une composition que nous mettons en forme jour après jour en l’enrichissant autant qu’il est possible.
    Narration de fiction ou récit qui emprunte à une vérité qu’il s’efforce de déconstruire puis de reconstruire.
    Lorsque j’étais instituteur j’étais convaincu et le suis toujours que pour aider mes élèves à écrire, je devais mettre des structures à leur disposition. Simples pour commencer puis que nous enrichissions collectivement selon les besoins. ( Nous ne rédigeons pas un compte rendu d’expériences comme nous adressons une lettre à notre Maman chérie pour sa fête. )
    Beaucoup d’enfants et un grand nombre d’adultes ne disposent pas des outils nécessaires car nul n’a songé à cette exigence première qu’il convient d’abord de les aider à les forger et par conséquent, ils se montrent bien incapables de construire une pensée à travers les écrits qu’ils proposent.
    Alors que font-ils ? Il me semble qu’ils recourent au plus simple ; aux pensées les plus frustes et les plus vulgaires… complotistes pour rester dans le sujet. Pensées, si l’on ose le dire ainsi, dont les marchands de mensonges et de chimères ont les poches bourrées pour guérir les coliques, chasser le mal de dents et rassurer. Rassurer avant toutes choses mais ne surtout pas dessiller les yeux.

  7. On attend bien sûr également avec impatience, sur le blog de Paul Jorion, le même genre d' »étude »(sic) sur les « rationalistes sceptiques », qu’on s’amuse un peu, qui prendrait aussi la forme d’une variante, plus ou moins méprisante, plus ou moins méprisable donc, de « ils ne sont pas intelligents » mais « c’est parce qu’ils sont méchants » ou « manipulés par X », ou « désespérés » ou  » + ou – confusément apeurés ou « ils préfèrent les explications (simplistes) de la main cachée qui donnent (artificiellement) du sens à une complexité croissante qu’on ne peut plus embrasser »…
    :-))
    De l’art d’insulter et de déshumaniser l’adversaire sans avoir l’air d’y toucher…

    Bien entendu, toutes ces explications des raisons pour lesquelles telles ou telles croyances sont tenues pour vraies n’ont aucune utilité, et visent simplement à éviter d’avoir à discuter du fond (vieux procédé totalitaire de la psychanalyse : si vous être d’accord c’est très bien, et si vous pensez que c’est de la pure bêtise, de fait, « vous faites de la résistance », ce qui prouve que la théorie est vraie; procédé rhétorique repris ensuite par les marxistes à propos de la « lutte des classes »). Le fond étant « les éléments matériels à charge avancés par les « complotistes » ». Combien de théories complotistes fumeuses attribuées aux complotistes se sont révelées exactes après coup ces dernières années (il faut vraiment qu’on les liste?)
    Ces pseudo-explications sociologiques vaudraient tout pareillement pour expliquer les croyances des rationalistes sceptiques (d’autres diraient « des naïfs »), à quelques variantes près (« personne ne peut être aussi méchant/corrompu/imprudent, etc. »).

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    1. C’est la misère économique et morale qui produit la peur, que ses victimes cherchent à exorciser par leurs explications délirantes. Le rationaliste sceptique ne produit pas ses explications sous l’emprise de la terreur. Le complotiste, oui.

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      1. @ Paul,

        « C’est la misère économique et morale qui produit la peur »

        C’est bien pourquoi certains ont tout intérêt d’entretenir cette misère économique et morale !?

        1
        1. C’est bien pourquoi certains ont tout intérêt d’entretenir cette misère économique et morale !?

          C’est beaucoup leur prêter. Ils ne sont en général pas même au courant qu’elle existe. Souvenez-vous des ricanements des lecteurs du quotidien Le Monde à l’interview d’une famille de Gilets jaunes dans les colonnes du journal, au point de consterner la rédaction, qui se fendit d’une déclaration où elle prenait ses distances par rapport à … son propre lectorat.

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          1. @ Paul,

            Votre réponse me rappelle curieusement cette citation de Victor Hugo : « C’est à la faveur de l’ignorance que certaines doctrines fatales passent de l’esprit impitoyable des théoriciens dans le cerveau confus des multitudes. »

            Et là, elle me parait tellement d’actualité cette citation !… 🙁

      2. Cher Paul, je ne dis pas le contraire sur l’effet de la peur sur les population en general.
        On pourrait discuter et préférer parler d’exploitation de la frustration, à égalité avec celle de la peur. Mais passons…

        Maintenant, ce qui est discuté ici, c’est le qualificatif de « délirantes ».
        Car une théorie socio-psychologique, possiblement correcte (quoi qu’incomplète j’y reviendrai à la fin), est une chose.
        La question de la labellisation adéquate de ce qui se passe en ce moment en est une autre.

        S’agissant du covid, les explications qui y voient un complot ne sont aucunement délirantes.
        Elles méritent, à minima, un minimum de considération scientifique.
        Certes elles peuvent être affinées:
        – on peut discuter ce qui relève de l’exploitation pur et simple du donné à des fins ideologiques (ne pas laisser perdre une bonne crise) et ce qui releve de la production délibérée de la crise.
        ex: faire du profit
        ex:lancer le premier prototype de contrôle social totalitaire qu’est le passe sanitaire (dont l’efficacité contre la pandémie est en elle-même nulle, ce qu’aucun scientifique ne conteste).
        – on peut discuter la validité du critère du « secret » qui permet ou non de parler de « complot » (que je sache, les populations ignoraient complètement la mainmise totale de Bill Gates sur les organismes sanitaires internationaux, sur laquelle il travaille consciencieusement depuis les années 80!) . La question de décloisonnement de l’information, surtout à l’ère d’internet, est toujours relative et c’est une question d’appréciation personnelle, in fine, que d’attribuer un niveau de confidentialité déterminé au concept de « complot ».

        Il reste que si l’essentiel relève de la « corruption ordinaire » (pourquoi le blog de PJ n’a pas relayé la liste des médecins, médiatiques ou non , relayée par France Soir, qui touchaient un paquet d’argent des labos ?) et du jeu des rapports de force/intérêts ordinaires, cela n’enlève rien à la caractérisation correcte de complot.

        Les explications délirantes, ce sont celles qui nient les faits, et qui font l’irrationalité totales des pseudo rationalistes-sceptiques, dont vous êtes, et dont il faudra bien également, à un moment, donner une explication psychanalytique ou sociologique. Je propose de partir du concept de « DENI ».

        Nier qu’il y ait eu complot de la part de Bill Gates et tentative au très long court (et succès) de main mise complète de sa part sur les organismes de santé mondiaux est délirant (dans un entretien, le monsieur s’en vantait déjà auprès de Kennedy!). Il faudrait aussi parler de ses prises de participation dans Moderna…
        (Rappel : dans une société traditionnelle africaine, au Benin de mémoire, avoir simplement essayé de coloniser/monopoliser le contrôle d’un certain type d’information, même sans y être effectivement parvenu, suffit à mériter la mise à mort).

        Nier le rôle de ces organismes financés par lui dans les politiques de santé publique adoptées, en dehors de tout cadre démocratique, est délirant (la France est un bon exemple, les USA aussi… mais dans un autre style du non-démocratique, on pourrait parler des dirigeants africains exécutés pour avoir refusé la politique sanitaire qui leur avait été si généreusement « suggérée »).

        Nier l’interdiction ubuesque de chloroquine (manifestement surévaluée comme traitement potentiel par les comploteurs eux-mêmes), en France, juste avant le déclenchement de l’épidémie, est délirant.

        Nier le nombre hallucinant d’assassinats (officiellement reconnus comme tels) de chercheurs dans le domaine depuis 2017 est également délirant. Bizarrement, aucun article là dessus sur le blog de P.J…

        Nier que les médias dominants ont initialement et délibérément mené les populations en bateau sur les origines soit-disant non humaines du virus est délirant …

        Nier l’ostracisme et le harcèlement institutionnel dont sont victimes les chercheurs, scientifiques et médecins qui refusent de faire circuler le « mot d’ordre » du pouvoir (belle expression de Deleuze), et qui s’expriment en tant que chercheurs, scientifiques et médecins est délirant.

        Tout cela pour qu’au final, on vous annonce crânement, sur le blog de PJ, que « c’est la misère éco et morale » qui génère la « peur » qui elle même suscite l’adhésion à tel type d’explication de la main cachée qui « rassure ».
        Ce qui évite d’avoir à parler des éléments matériels de la preuve (on risquerait d’être confronté à ce qu’on dénie), tout en n’évoquant pas non plus le principal moteur du complotisme : la mort de la presse indépendante de qualité aux USA, GB, Allemagne et France (devenue presse d’Etat – ou plutôt presse de défense des intérêts des capitalistes- pour tout ce qui est doté d’un caractère stratégique) et le niveau de corruption et d’immoralité des politiques (scandales récents aux Caraïbes, mediator, sang contaminé), qui ont évidemment laminé, et à juste titre!, la confiance dans les institutions sanitaires.
        Mais on ne parlera que de la peur… autre manière de dire que ce sont les plus fragiles, les perdants de cette société capitaliste, donc, qui adhèrent aux théories dites « complotistes ». Et bien sûr… personne, y compris les lecteurs de ce blog, ne souhaite partager quoique ce soit avec des « perdants »…

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    2. @tranquilou(19h08) écrit :

      …  » Combien de théories complotistes fumeuses attribuées aux complotistes se sont révélées exactes après coup ces dernières années ( il faut vraiment qu’on les liste?)  »

      il faut vraiment qu’on les liste?

      Oui , s’il vous plait.

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      1. M’enfin Otromeros !

        Je lance la liste des théories complotistes qui se sont révélées exactes après coup ces dernières années :

        1° Que les alunissages ont été mis en scène en studio (tout le monde sait maintenant que c’est vrai)

        2° Que les pirates qui ont écrasé 2 avions de ligne sur les tours jumelles à New York étaient des agents de la CIA (plus personne ne le nie)

        3° Que la pandémie du Covid-19 n’a jamais eu lieu (les chiffres de décès en 2020 et 2021 sont quasiment identiques dans tous les pays à ceux des années précédentes)

        Etc.

        Otromeros, nierez-vous l’évidence ?

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        1. Quand on met délibérément sur le même plan tous les complots – et c’était bien le but du « label » « complotiste » – ce n’est pas la peine d’aller plus loin.
          Entre des lézards qui règneraient sans partage sur le monde ou les partisans de la terre plate, et ce qui s’est produit avec l’épidémie de covid, il y a, sur le plan épistémique, un MONDE de différence.

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          1. Il y a un vrai complot pour 1 million de complots inventés par des gens en colère en train de ruminer. Je regardais hier Bill Maher qui faisait la remarque : « Il ne dit pas que vous avez tort parce qu’il est d’un autre avis que vous, il dit que vous avez tort parce qu’il vous hait ».

            C’est comme les Trumpistes affirmant que les scientifiques mentent : ce n’est pas parce qu’ils croient qu’ils se trompent, c’est parce qu’ils soupçonnent les scientifiques d’être des « communistes ».

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  8. Les histoires de sorcières d’autrefois ? Savez vous pourquoi elles ont été éliminées au moins , juste pour les empêcher d’exercer la médecine car pendant des siècles ce sont elles qui soignaient les gens presque gratuitement , alors bien sur certains leur ont enlevé ce monopole pour s’enrichir , c’est toujours la même histoire comme vous dites

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    1. @Phill

      Vous insinuez que Paracelse se serait enrichi sur le dos des « sorcières » ?

      Personnellement, j’en doute fort.

      Que l’église catholique toute puissante n’ait jamais supporté de voir des femmes indépendantes courir la campagne dans un sens et dans un autre, me parait déjà un peu plus convainquant mais je n’ai pas assez travaillé sur le sujet.

      Votre questionnement m’en donnera sans doute l’occasion dans un jour proche.

    2. Savez vous pourquoi elles ont été éliminées au moins , juste pour les empêcher d’exercer la médecine car pendant des siècles ce sont elles qui soignaient les gens presque gratuitement , alors bien sur certains leur ont enlevé ce monopole pour s’enrichir , c’est toujours la même histoire comme vous dites.

      Vous confondez me semble-t-il « sorcières » et « sages-femmes ». Oui, les médecins ont tenté de mettre les sages-femmes sur la touche, comme ils ont tenté de le faire avec les chirurgiens, qui cumulaient le plus souvent leur spécialité avec celle de … barbier (experts du rasoir « coupe-choux »).

    3. @Phill
      C’est plus compliqué que cela.
      La chasse aux sorcière atteint son paroxysme lors des Guerres de Religion et de la montée en puissance du pouvoir absolu des royautés.
      Par ailleurs, la recherche actuelle sur cette question est fortement orientée par les problématiques de genre.
      Autant dire qu’un historien de sexe masculin publiant sur les sorcières ne serait plus trop audible dans certains milieux universitaires.

  9. D’abord ce principe : Pas de Sorcières sans Prêtrise officielle. Ce dernier désigne la première. Au nom de ses pouvoirs divins prétendus/reconnus. Illégitimité absolue de la désignation.
    Déclinaison : pas de secte sans religion reconnue, pas de charlatan/alchimiste sans science (dogmatique), etc.
    Discussion : non, la science a ses critères méthodologiques de vérité. Elle « progresse » dans sa vérité sans jamais errer.

    Ensuite cette question : qu’est-ce qu’un folkloriste ? De quel savoir et quels concepts dispose-t-il ?
    La phrase « les gens qui ont peur, et de tas de choses en particulier, parviennent, dans un bel exercice d’intelligence (sic) collective, à connecter l’ensemble de leurs peurs particulières en un seul scénario » me semble parler de la désignation du « bouc émissaire ». Cette notion (pas un concept !) est chargée de bien des sens ! Ainsi (l’exemple est polémique) les femmes sont le bouc émissaire du « désir maîtrisé » des hommes, de leur « correction » de leur propre chaos.

    Ce bouc est souvent lié à des forces surnaturelles (le diable) négatives. Mais quand le prêtre désigne un ennemi humain (Les US comme grand Satan par Komeiny, par exemple; les démocrates par Trump, et les opposants comme sectaire par Erdogan), il manipule le groupe et on ne peut plus incriminer « les gens ».

    Le « complotisme » est-il nourri uniquement par des peurs ? Les électeurs de Trump ont ils résumé le champ politique à des peurs ?

    Paul Jorion utilise depuis quelques temps l’expression « C’est la misère économique et morale qui produit… » et je ne peux suivre ce type d’assertion. Tous les gens du bas de l’échelle sociale ne sont pas dans la peur ! Dans la colère et le mépris réciproque, plutôt ! Et dès lors, qu’est-ce que la misère morale ? La malséance envers le bourgeois ?
    Tout discours sur « les gens » risque d’être un récit de domination, qui disqualifie.

    Enfin, notre époque est clivante. Elle tombe dans le débat simpliste et clivant. Chaque groupe a son récit et le renforce. Le groupe des intellectuels n’est pas à l’écart de la maladie. C’est facile de saupoudrer d’un peu de complexité ou de jargon des positions fermées à la discussion et de frapper les autres d’irrationnalité. Le débat Passeport sanitaire ou non (appelé souvent et erronément Vax-antivax) en est une bonne illustration. (Je découvre maintenant que le dessin de l’article parle par hasard de cela !)
    MAIS il nous manque une description qui décortique cette ambiance au clivage, cette crispation ! Elle nous vient de loin, du « Karsher » en tous cas, du Burkini aussi par nos grands-prêtres d’aujourd’hui. Quelles en sont les conditions sociales ? (crise de 2008, réferendums de 2005, etc? ?) Et les acteurs manipulateurs ? Le complotisme n’émane pas des victimes mais elles sont manipulables par un état d’esprit du moment.

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  10. La misère ne produit pas le complotisme d’aujourd’hui. La scolarisation mais aussi la propagande commerciale et politique massive augmentent notre vanité plus que nos compétences. Imbus de nous mêmes et confrontés à des « vérités qui dérangent », ( exemple: la piqûre) nous construisons des complots qui les nient en nous octroyant le beau rôle (exemple: je refuse la vaccin car moi, je connais les vices de « big pharma »).

    1. Dans ce cadre, il n’y a que la « terre plate » qui est une explication satisfaisante, et tant pis pour la terre ronde:

      Du moment que la complexité du système médical (y compris les big pharma) engendre des zones d’opacité,
      et qu’il est aussi peu naturel de le comprendre que de comprendre la terre ronde, on va se réfugier sur la version « terre plate » :
      c’est un système pervers destiné à sucer le sang et les dollars des foules.

      Qu’est-ce que « apporter l’explication de la terre ronde » pour le cas analogue de l’industrie médicale (big pharma + agences…) ?

      1. Vous y êtes presque Timiota.
        Le pass sanitaire prolongé jusqu’à l’été + les antidépresseurs bons contre la Covid (https://m.huffingtonpost.fr/entry/covid-des-antidepresseurs-confirment-leur-efficacite-contre-la-forme-grave-de-la-maladie_fr_617a9723e4b0931432151109) = à partir de janvier 2022, tout le monde sous antidépresseurs et obligation d’inscrire le numéro de la boîte de pilules sur l’application Antilles Covid !!! C’est pas beau ça ?
        Comment, comment, « complotiste « ? :-)))

  11. https://www.youtube.com/watch?v=IyilBAt2Cko

     » Voilà ce que c’est que la misère. On a beau s’en moquer , avoir un corps de cheval pour la supporter ,un courage d’esclave pour le travail ,, elle vous avilit , elle donne le droits aux butors qui ont de l’argent de vous insulter et de vous plaindre. »

    George Sand, lettres à Musset , 26 juin 1834

  12. De la misère économique et sociale peuvent découler tous les maux…le complotisme pourquoi pas, si tant est que ce néologisme recouvre une réalité sociologique avérée – mais de nouvelles informations viennent abonder dans le sens d’un virus manipulé, augmenté, par la main de l’ homme, des propos tenus dans ce sens il n’y a pas si longtemps rentraient tout à fait dans dans la fumeuse catégorie des « complotistes » – plutôt que de faire la focale sur ceux qui se trompent, occupons nous de ceux qui trompent – là est le véritable enjeu.

    https://www.lefigaro.fr/international/covid-19-les-laboratoires-de-wuhan-auraient-bien-manipule-des-coronavirus-20211027

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  13. Complotisme versus Information différée = Scoop !

    Révélation Covid 19 / Le Figaro – 27 octobre 2021 :

     » Des documents publiés par le NIH, l’Institut national de la santé américain, soulèvent de nouvelles questions sur les recherches en virologie menées par la Chine et sur certains financements octroyés par les États-Unis. Ils viennent confirmer en partie les soupçons que les laboratoires de Wuhan auraient conduit leurs travaux au-delà de ce qui avait été précédemment officiellement admis, notamment en manipulant génétiquement des coronavirus. Ils tendent aussi à montrer que l’ONG EcoHealth Alliance, qui les a en partie financés avec des fonds publics américains, a singulièrement manqué de transparence à leur propos.  »

    USA / CHINE = 1 point partout.

    Article Le Figaro : https://www.lefigaro.fr/international/covid-19-les-laboratoires-de-wuhan-auraient-bien-manipule-des-coronavirus-20211027

    Pour poursuivre la réflexion sur la collaboration USA-Chine & France sur la recherche sur les coronavirus à Wuhan, lire l’ouvrage du journaliste Brice Perrier :  » Sars Cov2 : Aux origines du mal  » – Ed Belin.

    Vidéo Denis Robert / Brice Perrier :
    BLAST : https://www.blast-info.fr/articles/2021/covid-19-enquete-aux-sources-de-la-pandemie-V1RrIHu2QQKjrmMemK6ZGA

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    1. J’aime bien quand les USA disent « on a aidé les chinois mais ils sont allés trop loin « ! 2 ans pour nous dire « on savait mais c’est pas nous qu’on est responsable « ! La même avec Kerviel et les banques. Privatisation des profits s’il y en a et dans tous les cas, si ça déconne on a un lampiste et on reporte les dégâts sur l’aide publique.
      Le néolibéralisme, à la différence des vampires, même en pleine lumière, il reste vivant.

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  14. Quand les citoyens constatent de leur vivant la disparition de leurs valeurs cardinales au profit du plaisir que l’on achète (consumériste) comme source essentiel du bonheur, celui qui permet de ressentir ce court instant de plaisir égoïste d’être renouvelé/agrandi/différent sans effort particulier sur sa personne morale/Intellectuelle/psychologique. Le tout, dans un brouhaha orchestré par les médiardères et leurs délégués à la communication (politicien jusqu’à peu). Le big data permet certainement de gagner plus d’argent, mais la bonne vielle propagande/publicité aussi et sans investir dans un parc informatique et son IH qui tune l’IA pour dévoiler la merde qui se trouve sous le tapis de la société.
    Le complotisme agrège contrairement au néolibéralisme/capitalisme qui stratifie et isole.
    Les citoyens s’accrochent aux complots comme à n’importe quel récit qui leur permet de faire corps.

    1. Dans la représentation que j’ai actuellement du vivant, le lien correspond au flux et le pouvoir est une force attractive comme la gravitation.
      Le vivant est une structure qui se reproduit en puisant dans des flux. Une matrice lui serre à reproduire un message et à produire des flux différents (émergence) de ceux ponctionnés.

      Avec ce modèle, le capitalisme est une structure vivante qui ponctionne/monétise des flux en prétendant stimuler leur source, mais ne produisant aucun flux original. C’est un cancer.

      Le néolibéralisme exerce un pouvoir qui détourne certains flux dans des puits sans fonds. C’est un acide qui casse des liens et soumettent les structures qui en vive à un stresse pour les rétablir.

      Le néolibéralisme détruit des liens que le capitalisme rétabli en y puisant sa source de vie jusqu’à ce que la mort des organismes à leur origine s’ensuive.

      Apoptose civilisationnelle dont les structures inadaptées aux nouvelles conditions de vie doit disparaître.

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