18 réflexions sur « J’étais là… »

  1. Oh mais vous êtes incorrigible ! 11 Février 1992 . Des vieux papiers ! Même pas digitalisé ! Et pourquoi pas des hiéroglyphes tant qu’on y est ? J’en connais un qui ne va pas être content .

    Tiens j’ai eu l’extrême surprise de revoir un ancien camarade d’université à la TV au sujet du lancement réussi d’un satellite ! Ca m’a fait chaud au coeur…. ah mais j’oubliais c’est du passé !

    1. Il y a aussi ça , plus récent ,où le même Pierre Frankhauser et en bon français pour Bernadette :

      https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00461655/document

      Pour ma part , mais de façon beaucoup moins structurée et plus « qualitative » , c’est dans la bouche d’un architecte -urbaniste du CAUE de la Loire , que j’ai pour la première fois entendu associer le terme de fractale à un mode d’organisation spatiale des constructions , et nous nous soucions alors de lotissements ,dans le tout début des années 80 .

      Mais de la fractale aux lèvres , il y avait le poids du foncier , des clients ,des budgets , de l’articulation avec l’existant , et nos très rares réussites lotisso-fractales étaient de pures horreurs en tant qu’aménagement du territoire et de l’équilibre de la commune .

      Mais on doit pouvoir faire mieux dans la durée .

  2. Par la porte entrouverte:

    Tu arrive à le croire ? Aujourd’hui. Elle marche. Elle bouffe. Elle dort. Elle pisse. Elle chie. Elle aime. Elle hait. Elle boit. Elle est assise. Elle vit. Elle sautille. Et en plus de ça, elle est en train de le faire.
    Au bon moment. Le jour précis où elle passe l’épreuve de mathématique du baccalauréat.
    Au bon moment et au bon endroit. Dans une salle de classe. On ne peut plus normale. Comme seule l’éducation nationale sait en produire. Un lieu qui même au bout de 15 ans semble ne jamais vouloir changer. Un concept figé dans l’ambre. Un putain d’espace générique. Avec ses tables standards. Avec ses chaises standards. Avec sa peinture aux murs standard. Avec son tableau noir standard. Avec ses plafonniers standards ainsi, sans doute, que toutes leurs ampoules. Un endroit où tout est fait pour qu’elle ne se sente pas dépaysé. Où toute incitation au voyage est bannie.
    Elle le fait. Crois-moi. Et avec le bon objet. Le gros coup de chance. Le sujet de mathématique.
    Parce qu’ici, il n’y a que le sujet de mathématique qui n’est pas standard. Quand elle lit la formule de la fonction à étudier, il est évident qu’elle ne l’est pas. La fonction qu’elle a sous les yeux n’a rien d’une fonction classique. Elle n’a rien de ce qu’elle a étudié de fond en comble pendent toute l’année. Elle n’est pas normale. Il n’y a rien dans sa forme qui éveille en elle le sentiment d’habitude, le sentiment d’avoir travaillé la chose mainte et mainte fois. De l’avoir rabâché. De s’être fait chier avec. En fait elle est perplexe. Attention: elle n’est pas troublée. Elle n’est pas prise par une totale angoisse qui la paralyserait complètement. Elle ne transpire pas. Son cœur ne se met pas à battre comme un fou. Elle ne perd pas ses moyens. Non. Elle est perplexe.
    Et elle s’en tient là. Aussi bizarre que ça puisse paraitre. Elle continue d’observer la fonction. Elle accepte qu’elle ne lui évoque rien du tout.
    Le voilà maintenant son problème. Ce rien. Cette absence totale de sens. La fonction qui n’est plus qu’un amas de signes imprimé sur une feuille. A peine présente. En tous cas plus présente au sens où on l’entend habituellement. En tant que fonction : disparue.
    Et elle reste calme. A l’intérieur de son esprit. Laisse entrer ce qui n’est déjà donc plus une fonction. Au mieux l’empreinte d’une essence, au pire un signifiant voir une abstraction, ou l’inverse.
    Et tant que perdure le lien. Garder le contact. Avec le problème. Cette absence de sens. Le. Rien. Elle se fout que le fil soit tenu.
    Assemblage de traits. Petits segments de droites. Portions de courbes. La chose réduite à sa plus simple expression. Avec quoi elle établit une relation. Faite de chatouilles. Très enfantine. Jusqu’à l’explosion. Mystérieuse. Expansion maximum de la problématique. Jusqu’à ce que ça pète. Expansion du rien. Dit autrement : Le hiatus. Elle est tombée en extase. Puis un valentin surgit.
    Elle le fait. Bordel de merde. La voici qui se dédouble. A deux endroits. A deux époques différentes. Dans la salle de classe où elle suit ses cours de mathématique de terminale et dans la salle de classe où elle passe son examen. Un jour, en cours d’année. Et ce jour, en fin d’année scolaire. Tu ne trouve pas ça étrange ?
    Tu as déjà entendu parler d’une chose pareille ? Elle le fait. Elle se voit en en train de le faire. Elle y est. Dans cette salle de classe. Dans son lycée. Il y a quelque chose qui se passe avec le gribouillis que son professeur de mathématique a tracé à la craie blanche sur le tableau noir. Et ce n’est pas tout. Il y a l’odeur. Et sa voisine de droite qui est ici. Son voisin de gauche est ici. Tous ses camarades de classes sont ici. Elle porte les mêmes vêtements, ceux qu’elle portait alors. Tous les éléments qui composaient cet instant sont ici. Et le professeur, monsieur S qui fait l’étude de la fonction. Et elle qui écoute. En même temps elle constate que la fonction est en train de s’animer. Elle la contemple. Quelque chose en train d’éclore. Développement d’un sens à partir de ce qui s’écrit à la craie blanche sur le tableau noir. Appropriation de l’étude de la fonction. Devenue cohérente. Logique. Création du sens. Une sorte d’histoire à propos d’une formule. Histoire qu’elle pourra se répéter à l’infini. Non pas parce qu’elle l’a apprise par cœur mais parce qu’elle peut en vivre la genèse encore et encore. Souvenir éveillé. Souvenir total. Souvenir incarné.
    Elle le fait. Incroyable. Avec son valentin. Qu’elle éprouve ici dans cette salle d’examen, au mois de juin. Et qu’elle éprouve ici, aussi, à dix kilomètres de là, au mois de mars. Exactement le même valentin. Pas d’erreur possible. « Même »: A l’état brut.
    Tu imagine le nombre de portes qui sont en train de s’ouvrir. Tu mesure la portée du truc. Cette capacité. Ce don. Ce pouvoir. Ce talent. Peux même pousser jusqu’à parler de génie.
    Et bien : Non ! Tout ça c’est de la merde. Toutes ces portes. Et c’est ici que réside la chance du débutant : Elle les laisse fermées. Elle les a vues. Je te jure qu’elle les a toutes vues. Et rien. Ça pourrait sembler : Manque total d’ambition. Absence de curiosité.
    On pourrait y voir un défaut. Qu’elle se contente de l’étude de cette fonction. Qu’elle la réalise. Qu’elle la produise. Qu’elle rédige tout ça par écrit sur le papier à en-tête de l’académie de Paris. Qu’elle en obtienne la note de 11/20.
    Ça peut sembler petit. Petite existence. Avec ce diplôme. Même si elle l’a du premier coup, à l’écrit. 351/700 avec les coefficients. Juste la moyenne. Suffisant pour se maintenir dans la norme. Continuer d’y évoluer. Invisible.
    On a même le droit de penser que c’est inutile. Rien qui brille. Rien de concret. Pas le moindre petit symbole pour rehausser, soit vers le beau, soit vers le bien, sa petite existence. Aucun artifice. Rien qui puisse s’apparenter à quelque chose dont on puisse dire : « Ça au moins c’est manifeste ».
    Oui, tout ça peut sembler un peu fade.
    En attendant elle le fait.

  3. Je ne sais pas si c’est la confirmation que je deviens vraiment très ( trop ) vieux , mais quand je trie mes vieux papiers j’y trouve plus de résultats d’analyse en laboratoire que de lettres d’amour .

    Ha si , en recherchant la copie de la lettre demandant la grâce de Bové , citée sur un autre billet, je suis retombé sur un bulletin ( un peu amoché) de notes du temps où j’étais en Spé ( c’est ma mère qui les collectionnait pour tous ces enfants , et qui me les avaient rendus avant sa mort ) . C’était la version papier ( à peine lisible ) mais très  » ramassée » des bulletins numériques à rallonge et pleins de stats de type Pro-note d’aujourd’hui . Grosse désillusion . Dans mon souvenir j’étais dans le top 20 % de la classe , la dure réalité c’était plutôt  » fin du premier tiers » . Heureusement , il doit rester un fond de Champagne d’hier pour digérer ce cruel retour aux preuves .

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    1. ah bin moi aussi ! Je me croyais idiot et en fait non ou plutôt si je suis vraiment idiot ! Sauf que je n’ai même plus de champagne alors je vais me noyer dans mes larmes! 🤧🤧🤧🤧🤧🤧

      Fraternellement

      1. > je n’ai même plus de champagne alors je vais me noyer dans mes larmes
        Rassurez-vous Khanard, entre zéro et un, entre champagne et larmes, entre deux noyades, il y a une multitude de choses et de liquides éventuellement alcoolisés, il y a même une multitude d’ivresses !

  4. Oui, vous avez raison, les vieux papiers peuvent être insupportables surtout par le témoignage implacable qu’ils donnent du temps qui passe. Mais ils sont aussi un bon prétexte pour se jeter encore quelques fleurs en parlant de ce qu’on a pu faire autrefois et qu’on a souvent du mal à réaliser aujourd’hui.
    ( THIS IS NOT CONFIDENTIAL )

    1. … ce qu’on a pu faire autrefois et qu’on a souvent du mal à réaliser aujourd’hui

      J’ai la très grande chance que dans mon cas ce soit le contraire. Mais je suis conscient de faire figure d’exception sur ce plan-là.

      1. Ma remarque était très générale et je conçois qu’il existe des exceptions qui confirment la règle. Quoiqu’au sujet des fleurs votre réponse me fait douter…

      1. En analogie avec l’univers de l’harmonie en musique, ce que vous venez de produire sonne à mon oreille comme une magnifique progression 2-5-1. J’adore ça.

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