Le transfert en psychanalyse, le 18 septembre 2022 – Retranscription

Le transfert en psychanalyse, le 18 septembre 2022 – Retranscription

Bonjour, nous sommes le dimanche 18 septembre 2022 et là, je vais parler du transfert en psychanalyse. […]

Je vais vous dire quelques mots là-dessus parce que, en fait, la question du transfert en psychanalyse est tout à fait essentielle, non pas parce que ce qui se passe dans la tête de l’analysant ou de l’analysante qui déborderait du cadre à proprement parler du cadre d’un traitement thérapeutique de type analytique soit à ce point important mais parce que la relation amoureuse éventuelle qui peut apparaître du côté de l’analysant ou de l’analysante et qu’on appelle alors transfert ou alors carrément du côté de l’analyste, on parle alors de contre-transfert. Pour savoir exactement ce que ce rapport amoureux perturbe, il faut avoir une idée très précise justement de ce qui est perturbé et c’est une des deux raisons à mon avis pourquoi la question est devenue à ce point importante en psychanalyse. 

Dans un petit texte de Freud qui s’appelle : « Remarques sur l’amour de transfert » [1915], on lit en particulier ceci : « Le psychanalyste sait qu’il travaille avec les forces les plus explosives et qu’il a besoin de faire preuve de la même prudence et de la même conscience que le chimiste. Mais a-t-on jamais interdit au chimiste l’usage des substances explosives en raison de leur dangerosité, alors qu’on ne peut se passer de l’effet qu’elles produisent ? » (p. 165). 

Tout ça est assez dramatique ! « Les forces les plus explosives… » ! Freud commence par faire un parallèle avec la situation médicale quand il fait remarquer que, dans la relation médicale, on a affaire à ça, le fait que l’analysant ou l’analysante tombe amoureux de l’analyste et qu’il puisse y avoir réciprocité dans le sentiment. Il fait un parallèle avec la médecine disant que c’est un problème général en médecine qui est peut-être – bien qu’il parle de « forces explosives », de « chimie » – et où il fait remarquer que dans le cas du médecin, le fait qu’un malade soit physiquement dénudé devant le médecin peut encore rajouter, on pourrait dire, la qualité explosive de l’attraction des corps qui ferait que le fait que l’un soit dénudé devant l’autre pourrait produire dans sa tête – et ailleurs dans son corps – des choses tout à fait inattendues. Et de la même manière que l’autre voit le corps, le corps dénudé du patient, en psychanalyse, il n’y a pas de corps nu – enfin en principe – et pourquoi serait-ce encore plus explosif que dans le cas du médecin ? 

Alors, pourquoi est-ce que Freud nous dit que quelque chose [l’amour] qui vient perturber quelque chose de très délicat [le déroulement d’une psychanalyse], il faut s’en abstraire ou essayer de s’en débarrasser ? Il le justifie en disant : « La relation amoureuse vient perturber quelque chose qu’on essaye de faire et qui est tout à fait essentiel ». Il dit en particulier : « … c’est un rôle gênant pour l’homme que de jouer à celui qui repousse et manque à sa tâche quand la femme cherche à obtenir l’amour, et d’une noble femme qui reconnaît sa passion émane un charme incomparable. Ce n’est pas l’exigence grossière de la patiente qui fait naître la tentation. […]

Et pourtant, pour l’analyste, il est exclu de céder. Quelle que soit l’estime qu’il porte à l’amour, il doit placer à un niveau supérieur le fait qu’il a l’occasion de faire franchir à sa patiente un palier décisif de sa vie. Elle doit apprendre de lui le dépassement du principe de plaisir, le renoncement à une satisfaction tentante au profit d’une satisfaction plus éloignée, peut-être généralement incertaine mais impeccable du point de vue psychologique et social » (pp. 163-164).

Tout ça est dans ce petit texte qui s’appelle donc : « Remarques sur l’amour de transfert » et on trouve ça dans un petit bouquin qui s’appelle L’amour de transfert chez Freud (Payot 2017). 

Vous avez écouté ce que je viens de lire, le passage, et vous avez sans doute eu la même réaction que moi au moment de l’entendre, c’est : « Qu’est-ce que c’est que cette affaire ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? [rires] Qu’est-ce que c’est que cette « noble femme » dont la « passion émane un charme incomparable » ? « Ce n’est pas l’exigence grossière de la patiente qui fait naître la tentation » ? Écoutez, vous ne m’en voudrez pas si j’ai l’impression que Freud pense à une personne particulière quand il raconte cette histoire [rires] et que, sachant qu’elle va le lire probablement, qu’il dit que de cette femme émane un charme incomparable, et ce n’est pas quelque chose de, comment dire ? d’absolument répugnant qui se passe chez cette dame mais, « Madame, comprenez bien que je ne suis pas amoureux de vous et qu’il est très important que je poursuive la tâche qui est la mienne d’être votre psychanalyste et de vous faire sortir ‘grâce au miracle de la psychanalyse’, de la douleur, de la souffrance qui était la vôtre. » 

Donc, il y a chez Freud, quand il écrit ce petit texte, à mon sens, il y a deux dimensions : l’une effectivement qui est qu’être amoureux, et comme la relation d’un médecin avec sa patiente, ça peut rendre le problème thérapeutique plus compliqué s’il tombe amoureux, si c’est le coup de foudre ou si la relation de l’homme devant le corps dénudé de la femme par exemple ou de l’homme dénudé devant la femme médecin, etc., si ça produit des choses qui peuvent troubler éventuellement leur jugement et le diagnostic, le pronostic et la rédaction de l’ordonnance. Mais ici, dans le cas de la psychanalyse, j’ai l’impression que cette question du transfert est devenue à ce point considérée comme essentielle [en psychanalyse] parce qu’il y avait du côté de Sigmund Freud lui-même quelque chose qu’il n’est pas arrivé à gérer entièrement à sa satisfaction. Vous me direz que dans l’histoire de la psychanalyse, il y a encore bien pire que ça et, surtout, il y a le fait que quand son collègue Breuer lui parle en particulier d’une patiente qui invente la psychanalyse sous ses yeux à l’époque où lui utilise aussi l’hypnose et Freud utilise également l’hypnose, que cette femme vient lui dire qu’elle a inventé sa propre technique pour se guérir de sa névrose qui est la parole, que le fait de parler lui permet de ramoner la cheminée selon l’expression qu’elle utilise, chimney sweeping (elle le dit pas en allemand parce que, précisément, un de ses symptômes est qu’elle considère qu’elle ne peut plus parler l’allemand, sa langue maternelle et celle de son psychanalyste et qu’elle ne peut plus parler que l’anglais).

Pourquoi est-ce que le transfert est devenu une question à ce point importante en psychanalyse ? À mon avis, parce que, justement, du côté de Freud lui-même, il y a eu quelque chose qu’il n’a pas su gérer ou qu’il n’a pas su mettre entre parenthèses comme les médecins peuvent le faire. Bien entendu, l’un des deux est nu et l’autre peut être du sexe qui est attiré justement par cette nudité qu’il voit mais on ne considère pas que c’est le problème essentiel de la médecine ou qu’on peut tout faire tourner autour de ça : c’est considéré comme accessoire. Pourquoi est-ce qu’en psychanalyse, c’est devenu à ce point important ? Deux raisons : parce que, comme le dit Freud, l’amour lui-même, on ne sait pas exactement ce que c’est et même le psychanalyste ne peut pas dire véritablement de quoi il s’agit. Il fait une petite remarque là quand une des choses qu’il dit, c’est que l’amour, c’est une des choses qui ressemble le plus à des choses de l’ordre du pathologique et de l’inexpliqué quand il s’agit de psychanalyse [« … l’état amoureux ordinaire, en-dehors de la cure analytique, rappelle plus lui aussi les phénomènes psychiques anormaux que les normaux » (p. 161). 

Beaucoup des symptômes que présente une personne et dont elle dit que c’est sa souffrance, sont du même ordre ou quelque chose d’apparenté à ce sentiment de l’amour et en particulier quand l’amour n’est pas partagé, quand le sentiment n’est pas réciproque, il y a là une des occasions bien entendu d’une très grande souffrance et qui peut conduire des gens à aller voir leur analyste. Mais dans la plupart des cas quand même, le patient et la patiente ne deviennent pas amoureux du médecin, le médecin ne devient pas amoureux de la patiente. Il y a peut-être eu quelque chose, je dirais, de l’ordre du plus présent dans le cas de la relation analytique et précisément dans le cas de Breuer et de cette personne qui, devant lui, invente un peu la technique psychanalytique, on sait que ça a mal tourné : on sait qu’il y a eu une grossesse nerveuse, que Breuer lui s’est retrouvé dans une situation extrêmement difficile, que ça a fait un peu un scandale à Vienne, etc., etc. 

Donc dès le départ peut-être en psychanalyse et avant même que Freud n’utilise cette technique, quand un de ses collègues l’invente, je dirais, en combinaison avec une de ses patientes, c’est déjà là au centre des préoccupations. Alors, est-ce que ce serait véritablement une maladie professionnelle de la psychanalyse ? Ça, c’est une question intéressante parce que, une chose qu’on peut dire, c’est que la situation même conduit à une intimité qui est une intimité qui n’est pas du corps mais qui est une intimité, je dirais, des âmes, qui est tout à fait considérable. D’abord, du côté de l’analysant ou de l’analysante, il y a la souffrance qui mène au psychanalyste. Le psychanalyste est, pour reprendre une expression inventée par Lacan, le « sujet supposé savoir », le sujet supposé savoir ce qui va permettre de faire sortir de la douleur, de la souffrance, la personne qui vient. Donc, une confiance va s’installer. Si elle ne s’installe pas, la relation analytique n’a pas lieu, et cette confiance est fondée sur le fait que c’est là la personne qui va me sortir de la douleur… que ça réussisse ou non. Quand ça réussit, bien entendu, il y a du côté de… La reconnaissance, c’est quelque chose de tout à fait général chez les êtres humains mais, au moment où il y a libération et s’il s’agit de deux personnes de deux sexes dont ils considèrent chacun que c’est le sexe susceptible de l’attirer, il y a du côté effectivement de l’analysant quelque chose de l’ordre d’un salut qui est recherché, d’un sauvetage et ce sauvetage, ce salut, peut être apporté par l’analyste. Donc il y a quelque chose qui est de l’ordre de la réalisation d’un vœu et qu’une attirance des corps ait eu lieu ou non auparavant, il peut y avoir ce sentiment de « Je veux donner mon corps à cette personne qui est la personne qui a sauvé mon âme ». Ne me dites pas que ça ne fonctionne pas comme ça les êtres humains : il y a des choses de cet ordre-là qui fonctionnent effectivement. 

Du côté de l’analyste, qu’est-ce qui pourrait encourager l’apparition du sentiment amoureux ? Il y a que s’il fait le travail correctement, l’analyste doit laisser croître en lui ou en elle, une représentation correcte de l’inconscient de l’autre personne, avec cet avantage sur l’autre personne que n’étant pas passée par des traumatismes, n’ayant pas soumis au refoulement un certain nombre de choses, c’est une vision plus claire de ce qu’il se passe dans la tête de l’autre et dans le corps de l’autre, dans le cœur de l’autre, qui doit émerger chez l’analyste. Et quand le processus se passe bien, c’est une représentation, je dirais totale, de l’autre à l’intérieur de la propre âme de l’analyste (ce sont pas des termes techniques bien entendu), c’est une reconstitution de l’inconscient de l’autre qui peut avoir lieu. Et si cela produit l’effet espéré, c’est-à-dire la libération de l’analysant par l’analyste, pour que le processus ait bien marché, c’est un travail considérable qui doit être produit par l’analyste, travail considérable sur le plan de la reconstruction mentale mais aussi de l’engagement émotionnel : ça coûte quelque chose de tirer l’autre du puits. Tout analyste vous dira qu’il y a des séances qui sont absolument épuisantes et moi, je l’avais vu avec mon analyste Philippe Julien, j’avais vu, avec des séances avec moi dont il sortait épuisé, et pas parce qu’il ne savait pas faire son métier mais parce que je lui demandais énormément avec tout ce que je racontais. Je l’entraînais dans des endroits… L’analysant entraîne l’analyste dans des endroits qui ne sont pas nécessairement confortables, en particulier quand l’analysant est quelqu’un dont le problème, je dirais, la source de la souffrance est une lucidité un petit peu particulière, un peu, je dirais, exacerbée par rapport à d’autres. Cette lucidité, l’analyste n’a pas nécessairement envie, lui ou elle, spontanément, d’aller dans ces endroits qui sont un peu inconfortables sur le sens réel de la vie, sur le fait de décider ou non de mettre fin à ses jours et des choses de cet ordre-là. Quand un analysant ou une analysante me signale que dans son analyse précédente, il y a des endroits où elle ou lui viennent avec moi, et qu’on me fait comprendre que quand cet autre analyste a entendu parler de ça, il ou elle a dit [implicitement] : « Je n’ai pas envie de me rendre dans des endroits aussi inconfortables avec vous », il y a là quelque chose qu’on peut comprendre : que c’est évidemment ne pas faire bien son métier, que c’est le plombier qui dit : « Non, ce genre de canalisation bouchée, je laisse ça à d’autres », non ! on aimerait bien que ce soit débouché et qu’il n’ait pas fait la fine bouche. Ça arrive bien entendu dans certains métiers et on voit malheureusement… j’entends dire des choses qui me font penser que certains analystes n’ont pas réussi leur propre analyse et que, donc, il y a des tas de choses où ils ou elles n’ont pas envie d’aller parce que ce sont des problèmes qui n’ont pas été résolus de leur côté. 

Alors, est-ce que ça peut arriver ? Une remarque de Lacan tient, une remarque de Lacan à ce propos-là : « … mieux l’analyste sera analysé, plus il sera possible qu’il soit franchement amoureux, ou franchement en état d’aversion, de répulsion, sur les modes les plus élémentaires du rapport des corps entre eux, par rapport à son partenaire ». Il ajoute, c’était dans un séminaire en 60-61, celui qu’on a appelé par la suite « Le transfert » : « Ce que je dis là va un peu fort, en ce sens que cela nous gêne » (Lacan 1960-1961 : 220), voilà. Mais c’est ce que je viens de dire : l’analyste qui s’implique véritablement dans la disparition de la souffrance de la personne en face, c’est quelqu’un qui fait un voyage : il ou elle fait un voyage, un voyage intérieur avec l’autre, un voyage dans les régions où se trouvent précisément ces choses que même les analystes ne comprennent pas très bien, c’est-à-dire l’amour. 

Voilà, je vais parler de cela dans ce séminaire : j’ai essayé de mettre mes idées un petit peu à plat à propos de ça. On va s’intéresser en particulier au livre qui est maintenant le séminaire de Lacan sur le transfert. J’ai l’impression, je l’ai déjà dit, que Lacan lui aussi, il y a des choses dans l’amour en particulier qui le mettent un peu mal à l’aise mais, bien entendu, comme il s’agit de retranscription de son séminaire, nous avons ses réactions à chaud, comme cette petite remarque que je viens de lire où il dit : « Ce que je dis là va un peu fort en ce sens que cela nous gêne ». En fait, il est plus honnête que Freud qui, lui, parle de relation « éventuelle » avec une dame en particulier, une dame avec « un certain charme » bien entendu, etc. et où on comprend qu’il est en train de se battre avec une décision importante à prendre et dans ce cas-là, c’est le rejet. Il fait une autre remarque à un autre endroit où il dit : « Evidemment, si tout ça se termine par un mariage, évidemment, c’est un autre type de solution au problème psychique » [« … il ne peut y avoir que deux issues, l’une, assez rare, dans laquelle toutes les circonstances autorisent l’union légitime des deux personnes concernées… » (p. 147)], l’air de dire : « Bon, le mariage peut être aussi la résolution d’une douleur : ça peut être la réponse à la douleur d’une personne qui vient vous voir et, ajoute-t-il dans le cas du mariage, alors que souvent il dit : « Les remarques que je fais-là s’adressent essentiellement à mes collègues psychanalystes » [« … parce que je n’écris pas à l’attention de la clientèle, mais de médecins confrontés à de sérieuses difficultés… » (p. 153)], là, il [laisse entendre] : « En plus, le mariage, c’est un truc qui satisfait la société dans son ensemble : tout le monde pourra dire que si l’analyste et l’analysant se marient, qu’on a trouvé une solution qui n’est peut-être pas celle de la psychanalyse [rires] mais quand même une solution communément admise à (comme il le dit), une « chimie » (ou on dirait une « alchimie ») qui se passe entre deux personnes ». 

Voilà, alors, comme je l’ai dit – et ça, j’en parlerai aussi dans ces séminaires – une fois qu’on a compris que l’amour de type classique pouvait constituer une interférence avec le processus analytique, il est important de comprendre avec quoi ça interfère véritablement parce que, à ce moment-là, on a une vision je dirais beaucoup plus claire de ce qui se passe véritablement dans une analyse, question à laquelle Freud a consacré bien entendu de très nombreux écrits et beaucoup de psychanalystes après lui et, en particulier, dans ce texte qui me paraît une sorte de synthèse, en 1937, donc c’est deux ans avant sa mort, ce texte dont le titre est un peu restrictif : « Analyse terminable ou interminable », «  … infinie ou finie », c’est-à-dire comme si la question était simplement de savoir si on allait pouvoir terminer une analyse mais, au passage, bien entendu, il est obligé de nous expliquer qu’est-ce qui peut réussir et qu’est-ce qui peut rater dans une psychanalyse [traduction française la plus récente : « L’analyse avec fin et l’analyse sans fin », dans S. Freud, Résultats, idées, problèmes II 1921-1938, PUF 1985 : 231-268].

[…]

Voilà, allez, à bientôt !

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4 réponses à “Le transfert en psychanalyse, le 18 septembre 2022 – Retranscription”

  1. Avatar de JMarc
    JMarc

    J’aime assez cette formule de Lacan :
    « L’amour c’est donner ce que l’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas. »
    Elle me rappelle ce que j’avais lu il y a bien longtemps :
    Les malentendus créent beaucoup de désunions, mais ils créent encore plus d’unions.

    « (…) une représentation, je dirais totale, de l’autre (…) »
    Je m’étonne un peu de ce « totale », l’inconscient me semblant sans délimitations précises, changeant (même s’il répète), et d’autant plus difficilement accessible en totalité que ses éléments ne font pas tous souffrir l’analysant’e, motivé’e principalement par le désir de vaincre sa souffrance.
    nb : Je doute que le désir de savoir, de comprendre, puisse être un moteur suffisant sauf dans la mesure où ce désir cache des souffrances.
    De là découlerait qu’une analyse n’est jamais totale, jamais terminée.
    nb : Cela ne contredit nullement que l’on peut effectivement appeler « psychanalyse réussie » une cure qui aboutit à la disparition ou à la réduction majeure et définitive d’un ensemble de souffrances.

    « L’analysant entraîne l’analyste dans des endroits qui ne sont pas nécessairement confortables, en particulier quand l’analysant est quelqu’un dont le problème, je dirais, la source de la souffrance est une lucidité un petit peu particulière, un peu, je dirais, exacerbée par rapport à d’autres. »
    La lucidité peut-elle être la source de la souffrance ?
    Je ne sais pas trop. J’ai l’impression de redécouvrir là une pensée que j’avais abandonnée depuis très longtemps.
    La lucidité peut certes ajouter à la souffrance, mais je croirais plutôt que c’est la souffrance, notamment la dépression, qui peut nous empêcher de nous faire les illusions nécessaires à nos vies (illusions qui peuvent être compatibles aux nécessités de celles-ci). Je crois que personne ne peut être lucide sur tout et à plein temps car personne ne pourrait le supporter. Sitôt déçu’e’s d’une illusion, nous nous en récréons d’autres, à moins d’être dans une dépression profonde.
    Dépression – lucidité : Le serpent se mord la queue.

    Regarder Méduse en face sans se laisser pétrifier. En ces temps d’effondrement, on en aurait bien besoin, mais dans quelle mesure est-ce possible ?

    Merci Paul, notre chtarbologue (*) maison, d’avoir énoncé de façon claire ce principe du travail de l’analyste :
    « Il y a que s’il fait le travail correctement, l’analyste doit laisser croître en lui ou en elle, une représentation correcte de l’inconscient de l’autre personne, avec cet avantage sur l’autre personne que n’étant pas passée par des traumatismes, n’ayant pas soumis au refoulement un certain nombre de choses, c’est une vision plus claire de ce qu’il se passe dans la tête de l’autre et dans le corps de l’autre, dans le cœur de l’autre, qui doit émerger chez l’analyste. »
    Merci également d’avoir, dans d’autres billets, parler de « tranches » d’analyse.
    C’est très éclairant.

    (*) Quand on se croit, à raison ou le plus souvent à tort, chtarbé’e, on consulte un chtarbologue.

    3
    1. Avatar de Bruno GRALL
      Bruno GRALL

      👍👍👍
      Très bien dit.!
      Il me semble que S. Freud disait que l’homme lucide est l’homme déprimé.

      1. Avatar de JMarc
        JMarc

        En effet. Je ne sais plus en quels termes ni où. Merci de l’avoir rappelé.

  2. Avatar de Batjoens Charles Henri

    Ca fait 48annees que je suis en therapie. Je peux pas dire que j ai jamais aime un seul de mes therapeutes. C est pas que j emets des resistances mais de la, pouvoir aimer une personne tierce que tu ne connais pas et que tu ne connaitras sans doute jamais, l aimer pour les qques paroles tres relatives d ailleurs, de reconfort mental qu elle peut t apporter..! J ai connu petit ado des conditions de vie d une telle durete que je ne fais pas de confusion sur la valeur du mot aimer. Non je n ai jamais aime mes therapeutes. .

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