La publication des déclarations d’impôt de Donald Trump

La publication hier des déclarations d’impôt de Donald Trump depuis 2015 est venue confirmer par des chiffres la thèse que l’on entendait défendre depuis plusieurs années par Ivana, la première épouse de 1977 à 1992, par Mary Trump, la nièce, fille du frère Fred Jr. qui s’estime avoir été lésée dans le partage des biens du patriarche Fred Sr. et par Tony Schwartz, prête-plume du best-seller The Art of the Deal « par Donald Trump » (1987), que la candidature de Donald Trump à la primaire du Parti républicain en 2015 en vue de la course à la présidence de 2016, était une opération publicitaire (visant à renflouer un homme d’affaire au bord du gouffre), ayant mal tourné (quand il avait été élu à la Maison-Blanche).

Pertes en effet de 32 millions de dollars en 2015 et 2016, dans l’immobilier, mais surtout dans les casinos, quand des hommes de paille mandatés par son père tentaient d’endiguer l’hémorragie en venant y acheter des jetons pour des millions de dollars.

L’opération ne sera pas entièrement négative puisque Trump sortira du rouge en 2018 (24 millions de dollars de revenus) et en 2019 (4 millions), avant de replonger en 2020 (-5 millions). On se souvient de la recette : organisation de rencontres internationales sur ses terrains de golf, et facturation de sa protection personnelle par les services secrets à 1.000 $ la nuit par tête de pipe.

On s’étonnera moins du coup que l’essentiel du montant des appels à aider l’ex-Président à prouver qu’il avait été privé d’un second mandat en 2020 seulement par la fraude (« The Big Steal »), se soit retrouvé dans sa propre escarcelle.

Connaissant le profil de sa base, il est probable que la nouvelle qu’il n’a jamais été qu’un homme d’affaire calamiteux sauvé de justesse en de multiples occasions par un paternel volant au secours de son fiston, ternira davantage sa réputation que les preuves récemment accumulées qu’il fraude le fisc et les banques, cherche à truquer et à saborder les élections (« The Big Lie »), fait probablement commerce de documents « secret défense », propose de révoquer le Constitution, ou est le généralissime d’un coup d’état foireux toujours en cours.

Partager :

35 réponses à “La publication des déclarations d’impôt de Donald Trump

  1. Avatar de Dimitri
    Dimitri

    C’est quand même 400 millions de dollars Trump, comme vous le dites, il en avait besoin.

    1. Avatar de Dimitri
      Dimitri

      400 millions de dollars de dettes (précision)

  2. Avatar de Guy Leboutte

    Bonjour,
    Est-ce que la Deutsche Bank n’a pas été citée comme disposant de ces déclarations, et par quel chemin cette divulgation s’est-elle réalisée?

    1. Avatar de gaston
      gaston

      « Ces chiffres [ont été] rendus publics tard mardi dans le rapport d’une commission parlementaire… »

      https://www.challenges.fr/monde/avec-des-revenus-dans-le-rouge-donald-trump-n-a-pas-paye-d-impots-en-2020_839802

  3. Avatar de Pascal
    Pascal

    Trump ne doit pas être jugé avant les élections !
    https://www.lapresse.ca/debats/chroniques/2022-12-21/pourquoi-on-ne-devrait-pas-poursuivre-donald-trump.php
    Point de vue intéressant que je résume :
    – s’il y a procès, il sera télévisé et offrira une tribune formidable à quelqu’un qui maîtrise parfaitement les codes télévisuels.
    – dans un procès, notamment aux USA, il y a toujours le risque de perdre pour par exemple des raisons de procédures. Le résultat serait alors catastrophique et permettrait à Trump d’arguer de son innocence.
    – enfin, ce serait pour Trump l’occasion de faire une nouvelle levé de fond qui viendrait une fois de plus combler ses pertes financières
    Laisser Trump continuer seul à se discréditer, alors qu’il est déjà en perte de vitesse, sans lui donner d’appui pour rebondir médiatiquement. Il sera toujours temps de le mettre en accusation après les élections qu’il aura perdu peut être même dans les primaires républicaines contre DeSantis.

  4. Avatar de timiota
    timiota

    C’est pas qu’un généralissime, Trump, c’est un Râlissime.
    Un agrégateur parfait de l’envie des gens de râler sur tout.

    Et ça râle parce que dans un monde en concentration, l’Etat n’est plus requis
    que pour assurer le « gardiennage » des riches dans leurs villas et dans leurs urbs,
    pas très différemment des mauvais moments de l’Empire Romain;
    Car évidemment, un état réduit à cela est mal gréé pour la lutte contre les inégalités,
    les discriminations, les abus de pouvoirs, les détournements de fonds, les ingérences de puissances
    aux fraudeurs puissants, ou aux intérêts immenses (lire Russie & Chine), et, last but not least,
    les dégradations de la biodiversité et du climat.

    Bref, l’état atrophié du consommo-propriétaro-concentrationno-anthropocène (le sous-titre du capitalocène actuel, dont l’esprit plane sur les maux) est propice à la promotion des «  Râlissimeq« . Dans la presse britannique, dans un pays pourtant échaudé par une succession de gifles peu communes (brexit, Truss, inflation, NHS), on lit que la politique de Richi Sunak est essentiellement dictée par la peur de Farage, leur petit Râlissime pas gêné aux entournures.
    Une catégorie à soupeser comme celle des ci-devant « fachés pas fachos ».

    1. Avatar de Hervey

      Oui !

      Sans oublier l’argent offshore, « au large des côtes » d’après la traduction, qui plombe les Etats et ne permet pas de répondre aux demandes de soins des citoyens, aux hôpitaux publics d’accueillir les malades, aux populations d’être correctement rémunérées de leur travail … et aux différents corps d’armées de ne plus avoir de munitions … marrant non ?
      Bravo la finance et ses affidés !

      https://hervey-noel.com/wp-content/uploads/2022/12/hervey_2022_declinaison_paradis-fiscaux.jpg

  5. Avatar de ebolavir
    ebolavir

    En effet, la fille du grand frère Freddy, Mary L. Trump, dans « Too much and never enough. How my family created the world’s most dangerous man » (Simon and Schuster, 2020, excellente lecture) avait mis au clair le fait que Donald n’était pas milliardaire, mais fils de milliardaire. Le père avait fait fortune dans une industrie peu prestigieuse : l’équivalent aux USA des SA-HLM qui construisent du logement social en banlieue avec des subventions, gros capital immobilier et revenus étroits qui dépendent d’une bonne gestion. La Trump Tower est la matérialisation de l’effort de Donald pour en sortir et devenir visible. Le livre de la nièce m’a presque rendu Donald sympathique, dans sa lutte pour échapper au sort de son frère ainé, laminé par le père de famille qui ne voulait pas qu’il ait une autre vie que le service de la fortune familiale (il voulait être pilote, et pour le reste mener une bonne vie, sport et loisir). Je ne suis pas du tout sûr que la candidature ait été seulement un « truc » pour surnager financièrement ; c’était surtout le couronnement d’une carrière consacrée à sa propre gloire par tous les moyens, entreprises à haute visibilité plus ou moins rentables (plutôt moins) et finalement le vedettariat à la télévision.

    Comme je l’avais déjà écrit (et ça n’avait pas plu), la question la plus intéressante n’est pas la turpitude de Donald (c’est établi, on peut en rajouter mais à quoi bon ; c’est le père qui était vraiment un tueur), mais pourquoi il a réussi à se faire élire (je sais, il n’avait pas la majorité, etc. mais c’était quand même beaucoup de millions d’électeurs) contre les gens sérieux de son propre parti, puis contre tous les gens sérieux unanimes (tout ce qui pense, tout ce qui écrit, tout ce qui parle). L’argument du pronostic de The Atlantic en octobre 2016 (couverture « Who will win ») « La voix de Hillary rappelle quelque chose à tous les adultes qui ont une mère ou une belle-mère, donc Trump va gagner » est futile. L’argument massue « Il n’y a que les pas-diplômés qui sont assez [expletive deleted] pour voter Trump » manque de poids ; les diplômés ont voté davantage Démocrate, mais ça ne suffisait pas. Tant que personne parmi les gens qui pensent ne se souciera de savoir pourquoi tant de gens qui ont une famille, un métier, mènent une vie normale et satisfaisante (en démocratie c’est la majorité) votent quand même Trump, ça recommencera.

    L’article qui rassure sur les diplômés (mais pas complètement) « College graduates are now a firmly Democratic bloc », Nate Cohn New York Times. 8/09/2021 https://www.dropbox.com/s/t8zobpu3briw8d2/NYT%20diplomes%20democrats%2020220708.pdf

  6. Avatar de Tout me hérisse
    Tout me hérisse

    Il y a quelque chose d’incompréhensible à voir qu’une grosse quantité d’américains puisse soutenir et s’identifier à un personnage aussi retord et puant, c’est un défi à la logique.
    Quelle analyse Paul avec sa casquette de psychanalyste pourrait-il proposer ?

    1. Avatar de Pascal
      Pascal

      “Il dit des choses qu’un politicien ne dirait jamais, donc les gens pensent que Trump n’est pas un homme politique. Son impolitesse semble un signe d’authenticité – celle d’un leader qui peut focaliser la rage de ceux qui se sentent trahis par l’élite ou laissés pour compte des avancées sociales. Il y a des dizaines de milliers de personnes qui ont ce sentiment aux Etats-Unis.”
      https://www.lesinrocks.com/actu/comment-expliquer-la-popularite-de-donald-trump-88521-19-12-2015/
      Ne pas oublier qu’il y a aux USA une longue tradition anti gouvernement fédéral.

    2. Avatar de Paul Jorion

      Trends – Tendances, La dynamique perverse du narcissisme des tyrans, le 21 juin 2018

      Erich Fromm, né en 1900 en Allemagne, mort en Suisse en 1980 après avoir passé de très nombreuses années aux Etats-Unis, était psychanalyste et sociologue. Il devint une figure respectée de la fameuse École de Francfort.

      Fromm a publié en particulier en 1964 « Le coeur de l’homme. Son génie pour le Bien et pour le Mal », où il s’efforçait d’expliquer la personnalité d’Adolf Hitler et les raisons pour lesquelles le peuple allemand l’avait suivi. À cette fin, Fromm introduisit dans le vocabulaire psychanalytique, une nouvelle catégorie, celle de « perversion narcissique » (malignant narcissism).

      Si j’évoque cet ouvrage, c’est qu’il est la principale référence à laquelle renvoient les contributeurs d’un livre publié en octobre 2017, intitulé The Dangerous Case of Donald Trump : le cas dangereux de Donald Trump, vingt-sept psychiatres et spécialistes de la santé mentale évaluent un président. Plusieurs articles de ce livre sont des allocutions présentées à l’Université de Yale en avril 2017, lors d’un colloque intitulé « A Duty to Warn », le devoir d’avertir : une règle adoptée en 1974 par 38 des 50 états américains, stipulant que si un médecin est conscient que l’un de ses patients constitue une menace pour autrui, il doit enfreindre la règle de confidentialité et doit avertir soit la police, soit directement la personne menacée.

      Alors que la personnalité normale fait preuve d’un narcissisme modéré qui lui permet d’avoir un souci de soi lui permettant d’assurer sa propre survie, le pervers narcissique en a une représentation exagérée qui le conduit sur le rebord de la folie. Il peut aller jusqu’à confondre sa propre personne avec l’univers tout entier, et entrer en dépression au moindre démenti par les faits. Il n’y aurait là qu’une simple curiosité, s’il n’y avait des individus prêts à embrayer dans la mégalomanie d’un autre, permettant à celui-ci de gagner davantage de pouvoir, lequel pouvoir lui permet de modeler toujours plus le monde selon son souhait, confirmant ainsi son sentiment de toute-puissance. Fromm écrit : « grâce à son pouvoir César a su plier la réalité à ses folies narcissiques » et « ces personnalités publiques ont pu prévenir une flambée flagrante de leur psychose latente en récoltant les applaudissements et l’approbation de millions de gens », et il ajoutait : « Paradoxalement, c’est cet élément de folie dans de tels dirigeants qui contribue aussi à leur succès. Il leur procure une certitude et une imperméabilité au doute, susceptibles de subjuguer l’individu moyen. »

      Hitler s’explique ainsi : il « est l’exemple même [d’] une personne extrêmement narcissique qui, sans doute, aurait pu souffrir d’une psychose manifeste s’il n’avait réussi à convaincre des millions de personnes de croire à son image de soi-même […] et à transformer même la réalité de telle manière qu’elle semblait prouver à ses partisans qu’elle était correcte. »

      Qui constituera les troupes d’un pervers narcissique accédant au pouvoir ? Les candidats à un narcissisme collectif prêts à se rallier derrière l’idée d’un peuple élu, de son drapeau, de ses slogans (« Make America Great Again ! »), de son idéal de rejet des autres, autrement dit tous ceux dont la propre personne est insuffisante à constituer le support d’un sain narcissisme individuel. Fromm écrit : « Pour ceux qui sont pauvres économiquement et culturellement, la fierté narcissique de groupe est la seule source de satisfaction » et, en particulier, « la classe moyenne basse […] privée de tout espoir réaliste de voir évoluer sa situation (car ses membres sont les survivants d’un monde d’autrefois à l’agonie). »

      Il existerait donc un cycle pervers conduisant à la catastrophe lorsqu’un narcissisme individuel et un narcissisme collectif s’alimentent l’un l’autre.

      Est-il possible d’éviter l’apparition périodique de telles dynamiques toxiques ?

      Fromm en 1964 était pessimiste : « À partir  de la Renaissance, ces deux grandes forces contradictoires : le narcissisme collectif et l’humanisme, se sont chacune développées de leur côté. Malheureusement le développement du narcissisme collectif a pratiquement éradiqué l’humanisme. »

      Ne nous contentons donc pas de sourire devant l’apparition d’un nouveau tyran : une mobilisation pour un retour en force de l’humanisme est une question de vie ou de mort.

      Trump perd la boule. Bonne ou mauvaise nouvelle ?, le 17 août 2019

      La capture d’écran ci-dessus vient d’une émission sur la chaîne MSNBC. Il s’agit de citations d’un article paru hier, le 16 août, dans le New York Times. Ce dont il est question, c’est d’un meeting de Trump la veille dans le New Hampshire.

      L’extrait de l’article dit ceci :

      Comme à son habitude, il s’est mis à digresser pendant plus d’une heure et demie, à s’écarter de manière apparemment aléatoire de ce qu’il avait prévu de dire, il a répété des points qu’il avait déjà soulevés plus tôt dans la soirée, comme s’il ne se souvenait plus les avoir déjà mentionnés. 

      Sur le fait que Trump fasse des digressions, je n’ai pas grand-chose à dire : vous connaissez mes propre vidéos et si je me mettais à pontifier sur le fait que les gens passent du coq à l’âne, vous jugeriez que je suis vraiment gonflé.

      Quand on parle sur le mode de l’improvisation, il y a un petit mécanisme qu’on pourrait appeler censure, qui se situe et intervient au point d’articulation entre l’inconscient et la conscience, qui permet de donner ou non le feu vert à ce qui vous vient « comme ça » à l’esprit. J’ai déterminé quant à moi que pour rendre mes petites causeries « vivantes », je n’allais exercer cette censure qu’un minimum. C’est un choix. Parfois je joue d’ailleurs sur l’effet comique de la digression, comme dans ma vidéo de ce matin et, pour montrer alors que je ne ne suis pas dupe, que je pourrais me contrôler davantage si je le voulais, je dis quelque chose du genre – comme ce matin – « Mais je m’égare, je m’égare ! « 

      Tout ça pour dire que je serais très mal placé si je m’aventurais à dire que les exposés de Trump sont incohérents parce qu’il passe du coq à l’âne : de son point de vue ce n’est peut-être pas « du coq à l’âne », cela correspond peut-être à ce qu’il essaie véritablement d’exprimer, en reliant des éléments qui paraissent éloignés à d’autres que lui, mais qui à ses yeux sont reliés comme pertinents. Si Trump disait : « Il y a quatre députées Démocrates ‘The Squad’ qui feraient mieux de rentrer dans leur pays de merde. Le zoo de New York vient d’agrandir la section ‘grands singes’ », certains pourraient y lire un coq à l’âne, mais ce ne serait pas le cas chez Trump.

      Ce qui m’intéresse dans les remarques du New York Times, ce n’est donc pas ça, c’est la suite : « Il a répété des points qu’il avait déjà soulevés plus tôt dans la soirée, comme s’il ne se souvenait plus les avoir déjà mentionnés ».

      En avril 2017, alors que Trump n’était président des États-Unis que depuis trois mois, a eu lieu à l’université de Yale un colloque consacré à sa santé mentale. Un livre reprenant les communications du colloque a ensuite été publié, sa couverture précise : « 27 psychiatres et autres spécialistes de la santé mentale évaluent le Président ». J’ai évoqué cet ouvrage en juin 2018 dans une de mes chroniques pour le magazine belge Trends – Tendances, intitulée « La dynamique perverse du narcissisme des tyrans ».

      Manque de pot pour les auteurs du livre, l’article le plus pertinent du volume n’est de la plume ni d’un psychiatre ni d’un expert en santé mentale à aucun autre titre : il s’agit de Tony Schwartz, le nègre de Trump dans la rédaction de son livre The Art of the Deal (1987). Or Schwartz ne dit de Trump, ni qu’il est un pervers narcissique, ni un borderline (un cas perché sur la frontière ténue et imprécise séparant la névrose de la psychose), ni qu’il est un sociopathe, il se contente de dire que Trump est une ordure.

      Les auteurs frustrés de ce livre se frottent sans doute les mains aujourd’hui à cette nouvelle que Trump dans le New Hampshire s’est mis à « radoter » au sens propre en répétant des choses qu’il avait déjà dites : « Là, il est coincé : nous tenons vraiment quelque chose ! », doivent-ils penser.

      Pourquoi ? Parce que dans notre état normal, ce n’est pas là une chose que nous faisons : nous ne redisons pas « à l’identique » dans une conversation ou dans une explication des propos que nous avons déjà tenus.

      C’est là l’une des questions que j’ai examinées minutieusement dans Principes des systèmes intelligents (1989), le livre où je témoigne de ma tentative de faire bénéficier mes premiers efforts de chercheur en Intelligence Artificielle de ma familiarité avec la psychanalyse.

      Il y a en effet à l’oeuvre chez nous, en permanence, une dynamique d’affect : il y a chez nous, « dans notre tête », à tout moment, des choses dont nous voulons « purger notre système », et quand nous les énonçons, nous les évacuons effectivement de notre « système ». Il y a « relaxation » de la dynamique comme s’expriment les physiciens, et nous comprenons parfaitement ce qu’ils veulent dire par là : « Dire ce qu’on a sur le coeur, ça soulage ! » On se sent mieux ! Et comme on se sent mieux, on n’éprouve aucun besoin immédiat de répéter ce qu’on vient de dire.

      C’était là une propriété dont j’avais équipé ANELLA, le logiciel que j’avais conçu dans le cadre du projet Connex du labo d’IA de British Telecom, à la fin des années 1980, et c’était là l’un des éléments qui contribuaient à faire apparaître cette Intelligence Artificielle, « intelligente » : elle proposait par priorité « ce qu’elle avait sur le coeur », et elle ne radotait pas en revenant ensuite à la charge avec la même histoire : elle en avait « purgé son système ».

      Et c’est là une chose que Trump apparemment ne parvient plus à faire. D’avoir exprimé une opinion une première fois a cessé de le soulager : il persiste à tenter de l’évacuer une seconde, une troisième fois, etc. Si on veut éviter de parler simplement de « radotage », on évoque alors une « obsession ». Et il s’agit là d’une pathologie qui existe aussi : la névrose obsessionnelle, un de ces « syndromes » dont la ou le psychanalyste se méfie comme de la peste parce que là, comme dans la psychose, il n’est pas sûr du tout que le « patient » en ait rien à ficher du fait que vous l’écoutiez ou non : il ou elle blablate et est très narcissiquement ravi de s’entendre blablater, que vous soyez là ou non à l’écouter n’ayant pas beaucoup d’importance, ou pas d’importance du tout : il ou elle est éperdu dans la mise en scène de sa propre personne, et le délice que cela constitue en soi.

      Le stress peut être une raison pour laquelle la dynamique d’affect, qui est le moteur de notre psychisme, cesse de fonctionner correctement, et dans le cas de Trump ces jours derniers, ce pourrait être que la Bourse et l’économie US ont cessé de se comporter comme il a décrété qu’elles devraient. Une autre raison, ce pourrait être celle pour laquelle, dans la démence sénile, les vieux schnocks se mettent à radoter : le lien avec autrui s’est distendu avant de véritablement se couper. Le fait que les autres autour d’eux approuvent ou désapprouvent ce qu’ils racontent a cessé de leur revenir : l’interaction a cessé d’alimenter et de reconfigurer leur propre dynamique d’affect. Ils vivent dans un « monde à eux » où ils sont désormais seuls, le plus souvent hélas sans espoir de retour. Quand il s’agit du président d’une nation disposant d’un arsenal thermonucléaire (considérable ou non importe peu), ce n’est pas là une éventualité que nous pourrions ignorer d’un coeur léger.

      1. Avatar de gaston
        gaston

        Merci pour ce long commentaire qui nous éclaire très bien sur la personnalité de Trump vue par un psy. Votre explication sur le passage du stade de « radotage » à celui d’ « obsession » nous est bien utile pour comprendre le personnage.

        Coïncidence, je venais de lire, un quart d’heure plus tôt, un article sur « Slate » intitulé « Pourquoi les vieux radotent-ils ? » Je ne prive donc pas de vous le poster :

        https://www.slate.fr/story/237884/pourquoi-vieux-radoter-isolement-nostalgie-memoire-personnes-agees-souvenir

        1. Avatar de Chabian
          Chabian

          Ne négligeons pas ce que Paul nous dit avec Fromm de la rencontre du public avec le narcissique pervers.
          « Qui constituera les troupes d’un pervers narcissique accédant au pouvoir ? Les candidats à un narcissisme collectif prêts à se rallier derrière l’idée d’un peuple élu, de son drapeau, de ses slogans (« Make America Great Again ! »), de son idéal de rejet des autres, autrement dit tous ceux dont la propre personne est insuffisante à constituer le support d’un sain narcissisme individuel. Fromm écrit : « Pour ceux qui sont pauvres économiquement et culturellement, la fierté narcissique de groupe est la seule source de satisfaction » et, en particulier, « la classe moyenne basse […] privée de tout espoir réaliste de voir évoluer sa situation (car ses membres sont les survivants d’un monde d’autrefois à l’agonie). »
          Je trouve cela éclairant. Il y a une sorte de « charisme sélectif » qui se joue, pour une partie des gens. Et une forme de solidarité répulsive de l’autre partie de la société. Bref la source d’un clivage social qui s’auto-alimente.

          1. Avatar de Ruiz
            Ruiz

            @Chabian Tout celà explique fort bien les engouements footballistiques populaires auquels un président cherche à se joindre et le succès de Mélenchon pour rassembler le peuple de gauche derrière la République..

            1. Avatar de Pascal
              Pascal

              Mais Macron a encore des efforts à faire en syntonisation !😉😂

      2. Avatar de Pascal
        Pascal

        Un petit comparatif avec une autre « ordure » que serait monsieur Poutine ?

      3. Avatar de Hervey

        J’en ai des sueurs froides en pensant au tsar ami de Trump … un délirant d’un autre genre, formaté à la soviet.
        Mais votre démonstration enchante mes synapses et mérite une large diffusion.
        Mille mercis.

      4. Avatar de khanard
        khanard

        Malheureusement tout ce que vous relatez concernant les pervers narcissiques est tout à fait véridique. Je ne connaissais pas les travaux de Fromm et encore une fois malheureusement cela ne concerne pas uniquement des personnalités politiques . Les pervers narcissiques sévissent tout autour de nous et pour ceux qui en sont victimes il est très difficile d’en être conscient car la sphère des exactions commises par ces personnes est fréquemment familiale .

        1. Avatar de Bruno GRALL
          Bruno GRALL

          OUI!
          Et aussi professionnel

          1. Avatar de Khanard
            Khanard

            si par les longues soirées qui s’annoncent , après que tonton Firmin ait refait le monde, la marmaille qui attend fébrilement le PN , tante Odette qui se lamente parce que son rouge à lèvre « water proof » est plus « water » que « proof » alors si vous voulez finir de mettre de l’ambiance je vous conseille la lecture de roman d’Aurélie Tramier , La flamme et le papillon , Ed La belle Etoile . Vous aurez du succès !

      5. Avatar de Garorock
        Garorock

         » il ou elle blablate et est très narcissiquement ravi de s’entendre blablater, que vous soyez là ou non à l’écouter n’ayant pas beaucoup d’importance, ou pas d’importance du tout : il ou elle est éperdu dans la mise en scène de sa propre personne, et le délice que cela constitue en soi. »
        Par chez moi, les adorateurs de Raoult qui caressent leurs chacras dans le sens du poil et qui sont connectés directement aux énergies cosmiques jouissent à n’en plus finir d’étaler sans vergogne ce que leur dicte leur inconscient. Ils n’ont pas lu Fromm mais ils adoré W Reich…

      6. Avatar de Tout me hérisse
        Tout me hérisse

        Merci pour cette explication, mais comment dessiller les yeux de ces foules prêtes à suivre ce personnage ?
        A l’époque d’Hitler, il aura fallu l’écrasement de l’Allemagne pour qu’enfin, une majorité d’allemands reprennent leur esprit et s’inscrivent dans une normalité, ou considéré comme telle ; mais quel désastre que de n’avoir pu prendre conscience plus tôt!

        1. Avatar de Ruiz
          Ruiz

          @Tout me hérisse Sont-ce bien les foules qui suivent de tels personnages ou plutôt de tels personnages qui entrent en syntonisation avec les ressentis des foules qui y voient une possibilité d’expression ?

          1. Avatar de Tout me hérisse
            Tout me hérisse

            Bonne question également 🤔

  7. Avatar de timiota
    timiota

    Un peu comme pour les allemands à qui on a dit après 1945 « faites des affaires et pas de politique », pour s’étonner ensuite qu’ils y réussissent bien et n’aient qu’une propension modeste à mettre l’Europe politique au 1er plan, on a dit aux américains, malgré la 2nde guerre mondiale et le Vietnam, « consommez et devenez propriétaire », ce qui était quelque chose de positif tant qu’on faisait monter les classes pauvres (temps du New Deal) vers les classes moyennes, et que les programmes égalitaires accompagnaient facilement cela (p ex la GI Bill, qui n’a pas eu d’équivalent en France, demandez à l’auteur de la « Statue Intérieure », François Jacob, comment s’est passé son retour à la faculté après la 2ème DB, ou encore les taux d’imposition élevés non seulement de l’ère Roosevelt, mais encore assez haut sous Nixon et Carter, dernier héritier de la social démocratie, dont les envies d’écologie font apparaitre Trump à des années-lumières du bon sens, certes). Mais une fois que les classes moyennes en on (moyennement) profité et que les classes riches ont pris l’ascenseur vers l’étage au-dessus (en témoigne la déliquescence des centre-villes, un pont-aux-ânes de la géographie humaine, noté déjà par Braudel en 1978, par Sennett R. dans les mêmes eaux, pour le quartier « Cabrina » (?) de Chicago notamment, où il avait grandi), quel sens trouver à l’esprit social-démocrate (Rooseverltien disons) pour les américains , du moment que le sens est défini par les médias et que ceux-ci ne se font prêter que par les riches ? Le mythe de la Drag Queen, parangon de l’assistanat que seraient les femmes célibataires noires, est le témoin de ce manque de sens.
    Et quand ça ne fait pas sens, les fissures s’ouvrent à toute vitesse, la société n’est pas un « verre anti-fragile », c’est un verre cassant pour ce qui est du partage des richesses. La charité (à l’anglaise) tient quelque morceaux, les états comme la côte Ouest à croissance récente, qui n’ont pas à se poser la question des classes moyennes de la même façon, ont pu sortir leur épingle du jeu, et le centre (Rust Belt, Corn Belt, Texas, Floride) ne trouve de sens qu’auprès des ci-devant « râlissimes » de mon post ci-dessus, du niveau « tout fout le camp » (en plus ils passent dans les centre-ville de la côte Est et sont immédiatement certains d’avoir raison, si vous y êtes passé. La récolte des cannettes d’alu à NY est explicitement un job de sans-abri par exemple).
    Bref, les américains assis sur la prospérité relative que permet l’échafaudage géographique particulier des USA (centre industriel et agricole, riche en gaz et pétrole, côtes innovantes et donnant un exutoire aux classes du haut), et bien sûr sur l’inénarrable rôle du roi dollar, sont en perte de sens et se retournent simplement contre tout ce qui menace leur statut de propriétaire sur tout le spectre de petit-bourgeois à grand-bourgeois.

    1. Avatar de CloClo
      CloClo

      « Bref, les américains assis sur la prospérité relative que permet l’échafaudage géographique particulier des USA (centre industriel et agricole, riche en gaz et pétrole, côtes innovantes et donnant un exutoire aux classes du haut), et bien sûr sur l’inénarrable rôle du roi dollar, sont en perte de sens et se retournent simplement contre tout ce qui menace leur statut de propriétaire sur tout le spectre de petit-bourgeois à grand-bourgeois.« 

      Partout les propriétaires défendent leur statut. Sur quoi est assis la prospérité de l’UE ?

      1. Avatar de écodouble
        écodouble

        Le statut du dollar !!?
        Est-ce la bonne réponse, cher CloClo ? 😉

        1. Avatar de CloClo
          CloClo

          Vaudrait mieux qu’ils ne nous laissent pas tomber nos amis les ricins car en face c’est une belle bande d’enflures ingérables et complètement tarés.

          1. Avatar de Timiota
            Timiota

            Mais l’huile de ricain a quelques propriétés indésirables qui rendent les choses glissantes pour des décennies après son application. La Serbie n’est pas prête d’oublier 1999, par exemple.

            1. Avatar de CloClo
              CloClo

              C’est pas faux !

      2. Avatar de Timiota
        Timiota

        La prospérité de l’UE est venue de l’état providence (mal nommé) qui a fourni jusque vers 2005 une henaurme économie par rapport aux gabegies américaines p ex dans les dépenses de santé. Venu plus tardivement que le New Deal et plus profond, le mouvement de « monetisation para étatique du soin », alias les charges sociales (mal nommées) et des nationalisations ciblées ont accompli la création de la plus grande classe moyenne du monde. Certes en phase avec un extractivisme débridé et qui n’a tenu que quelques décennies à Lacq avant d’aller utiliser les gaz de l’est ou plutôt des est.. il y en a plusieurs.

  8. Avatar de Benjamin
    Benjamin

    Bonjour Paul,

    Au-delà de la personnalité de Trump (et de celle de ses « suiveurs »), sa « réussite » ne tient-elle pas (aussi) dans le fait qu’il concentre en lui tous les excès et travers des mythes « american way of life » ou « american dream » ?…

    Je pense que Trump symbolise, dans la tête d’un certains nombre de « passéistes » (et donc de personnes très fortement conservatrices de valeurs ayant 50 à 100 ans), le « succès » à l’américaine dans sa vision « post 2nde guerre mondiale ».

    En fait, la montée politique de Trump est la conséquence d’un refus (transgénérationnel) de devoir tourner la page d’une période « dorée » de 40 à 50 ans.

    Après, sa personnalité et sa psychologie (pervers narcissique) ont fait le reste en cimentant autour de lui un noyau de partisans qui pensent (dur comme fer) que les temps ne peuvent pas avoir changé à ce point et que les mythes qui ont fait la gloire passée des USA (american way of life, american dream, …) restent d’actualité.

  9. Avatar de chopper51west
    chopper51west

    Tout ça est bien beau mais les gens n’en ont rien à faire , il leur faut des clowny pour combler le vide beant du gouffre de leur existence , trump a de grandes chances d’être à nouveau président des états unis

    1. Avatar de Paul Jorion

      40% des électeurs du Parti républicain le soutiennent encore. Mais les électeurs disposés à voter Républicain ne représentent plus que 30% de l’électorat. 40% de 30%, cela fait 12%, soit la part, incompressible selon moi, de psycho-rigides dans toute population humaine. La masse critique n’est probablement plus atteinte : Ouf !

      1. Avatar de écodouble
        écodouble

        Ce serait enfin une bonne nouvelle. Mais il y en a tellement de mauvaises qui vont nous arriver, et d’une ampleur telle, que cela ne réchauffe pas mon cœur.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Contact

Contactez Paul Jorion

Commentaires récents

  1. J’ai quand même l’impression, hormis certain(e)s, d’une réticence conservatrice face à l’évolution technologique, qu’on ne peut que constater à moins…

  2. La « peur », comme toute émotion, est bienfaisante et nécessaire, c’est de l’excessivité dont on doit (on devrait) toujours se méfier…

Articles récents

Catégories

Archives

Tags

Allemagne Aristote bancor BCE Boris Johnson Bourse Brexit capitalisme centrale nucléaire de Fukushima Chine Confinement Coronavirus Covid-19 dette dette publique Donald Trump Emmanuel Macron Espagne Etats-Unis Europe extinction du genre humain FMI France Grèce intelligence artificielle interdiction des paris sur les fluctuations de prix Italie Japon John Maynard Keynes Karl Marx pandémie Portugal psychanalyse robotisation Royaume-Uni Russie réchauffement climatique Réfugiés spéculation Thomas Piketty Ukraine ultralibéralisme Vladimir Poutine zone euro « Le dernier qui s'en va éteint la lumière »

Meta