Faut que ça change et c’est le moment où jamais !, par Dalla Vecchia Luigi

Illustration par DALL-E (+PJ)

L’IA, comme on le voit avec son utilisation pour fabriquer des images, peut permettre de fabriquer du « beau ». Mais le « beau » n’est-il pas qu’une question de goût et de morale publique ?

Il y a quelque chose de conceptuel et de globalisant, de consensuel parfois aussi avec les effets de mode, dans le « beau » qui permet à l’IA de s’en sortir par des généralités. Mais son propos ici reste du « y-a-qu’à » , « faut qu’on » décorrélé de toutes les réalités. Du « wishful thinking » comme disent les Amerloques ou les adeptes ultra-libéraux du franglais pour faire bien.

Paradoxalement dans les approches plus philosophiques lorsqu’elles sont conçues selon des approches poétiques, l’IA s’en sort mieux comme l’a prouvé Cédric Chevalier dans son texte « L’Étranger ». Ce qui n’est pas étonnant puisque les approches esthétisantes faisant référence à des perceptions donc à des représentations, font reflet à une certaine partie de l’âme humaine qui se bâtit aussi sur des généralités.

En effet, d’une certaine façon les sentiments nous relient de façon globaliste, en tant qu’espèce et ne sont pas, comme on le pense trop souvent, la marque de notre individualité. C’est notre façon de remettre en question les sentiments pour les analyser et s’en extraire qui fait notre individualité.

C’est en fait notre éthique personnelle qui est le marqueur de notre liberté individuelle et notre véritable image « d’être unique » (en plus d’une certaine partie du biologique). De la même façon qu’un gène particulier offre à certains individus une résistance à un pathogène permettant à l’espèce de survivre à une pandémie, notre éthique personnelle, dans sa manifestation en résistance à l’incongruité d’un système sociétal, peut permettre des prises de conscience aptes à changer de paradigme, aptes à jeter à bas des dirigeants aux actions inadaptées malgré tous les moyens qu’ils mettent en œuvre pour garder leur rang.

Peut-on pour autant considérer que seule l’éthique est source de sauvegarde ? Sûrement pas puisqu’elle n’est qu’une suite de limites et de choix qui auront du mal à être réflexifs. C’est là que les sentiments sont essentiels pour générer de l’empathie au-delà des modes de pensée et constituer une médiation d’avec une éthique qui peut, elle-même, mener au désastre (je suppose que même Hitler avait sa propre éthique).

Pourtant aujourd’hui, on voit bien comment le conceptuel dont se sont emparés les dirigeants et les affairistes, manipule aisément les sentiments, car il permet des approches globalistes et du panurgisme.

L’éthique personnelle est par contre combattue, politiquement, « consuméristement », « monopolistiquement », médiatiquement. Elle gêne, car les impasses existentielles, dans lesquelles les élites économiques et politiques nous plongent, réveillent en nous un besoin de changement de cap que ceux-ci ne sont pas prêts à concéder; étant les plus concupiscents acteurs du système.

On voit poindre une guerre de classe, du mépris social institutionnalisé, de la rétorsion économique, du contrôle social en lieu et place de l’ordre public, par anticipation de ce que les populations voudraient changer sous l’impulsion de leur conscience. La démocratie sous Macron devient une « démocrature » (fichage des manifestants retoqué par la justice, poursuite judiciaire contre des caricaturistes, à croire qu’il se prend pour un certain prophète, mais où est Charlie ?).

Les changements de paradigme proviendront d’une réflexion historique (au sens de l’historicité en mosaïque, des visions par le petit bout de la lorgnette, depuis le terrain) partant des éthiques personnelles, et repensant ce qui a tété fait, devisant de ce qui n’a pas marché.

Exemple à propos des retraites :

La plupart des territoires ont pu, malgré la désindustrialisation et les délocalisations, se rebâtir sur l’économie présentielle. Cette économie a essentiellement reposé sur la solvabilité garantie des retraités issus des époques encore industrieuses. Ce qui a permis de développer des services.

Or la garantie de solvabilité des retraités qui alimente les services est en fait alimentée par les cotisations prélevées sur les salariés de ces mêmes services.

En effet chaque génération paye la retraite de la génération précédente. Les retraités d’aujourd’hui sont entièrement payés par les salariés d’aujourd’hui, qui espèrent que la génération suivante fera de même pour eux.

Or ce n’est plus le cas avec Macron ; la conjonction de l’allongement de la retraite avec les disruptions managériales, provoquées par les nouveaux modes de gestion des entreprises, et les évolutions technologiques, vont amener toute une génération vieillissante au RSA avant la retraite.

Le cercle parfait de la circulation de l’argent qui alimente la solvabilité des retraités et la consommation dans les territoires est brisé.

Les territoires vont tomber comme caillou au fond de l’eau. Les dépenses sociales vont exploser… etc.

Les retraites c’est 14 points de PIB, qui ne passent pas par la dépense d’État, ce sont des dépenses de transfert, qui ne passent donc pas par les banques et l’emprunt (et c’est sans doute cela qui chiffonne, puisqu’on ne peut s’y payer ni dividendes, ni taux d’intérêt usuraires).

Pour faire face aux « boomers » plus nombreux, il eut suffit d’augmenter d’un chouia les cotisations. Mais c’est idéologiquement impossible dans la tête des dirigeants qui ont fait de l’exonération de cotisation non compensée, un instrument de concurrence fiscale avec des pays à retraite par capitalisation.

Car on cherche la déflation salariale pour se faire attractif aux capitaux étrangers (faisant en sorte que chaque fonds de pension travaille en fait contre le travail rémunéré des actifs de son propre pays). Sans compter que l’inflation non compensée, accélère cette déflation et que le différentiel s’évapore dans le haut des bilans.

Ainsi on donne des milliards aux milliardaires reçus en grande pompe à Versailles, (il ne manque plus que les perruques poudrées) pour qu’ils puissent faire plus de milliards encore, en payant moins d’impôt et en esquivant de surcroît les charges d’investissement.

Il faut donc d’abord s’attaquer pour changer de paradigme, au management des entreprises (là-dessus les syndicats sont fainéants) ; puis fiscaliser la production (seul moyen de faire payer l’impôt à des monopoles qui font de l’évasion fiscale , l’optimisation n’en étant qu’un euphémisme) ; changer la règle de l’égalité des Français devant l’impôt qui permet aux grands groupes d’empêcher la différenciation fiscale entre eux (qui font semblant d’être pauvre) et les petits indépendants (qui tirent la langue) ; introduire dans la fiscalité la notion « d’utilité sociale » au sens large incluant l’écologie ; briser les possibilités données à des élus ayant leur retraite publique à des niveaux acceptables de pouvoir toucher des revenus d’argent privé supplémentaire (serment du Jeu de paume = abandon des privilèges et du cumul des retraites si niveau acceptable) ; prélever une taxe aux frontières sur les marchandises provenant de pays « moins-disant social » pour les reverser directement par transfert (sans passer par les banques comme pour les cotisations) aux organismes chargés localement du développement du pays (santé, infrastructures, énergie, eau) ; taxer les marchandises provenant de pays non démocratiques pour les affecter par transfert aux médias culturels de ces pays (favorisant l’épanouissement en évitant l’écueil de fomenter des oppositions).

Aujourd’hui qu’il y a la guerre, une prise de conscience des déséquilibres économiques autant qu’écologiques, l’hostilité et la vindicte affichée des dictatures à l’égard des démocraties, et une nécessité du local pour sauver autant la planète que l’économie et le « vivre bien dans une certaine frugalité », c’est le moment où jamais.

Illustration par DALL-E (+PJ)

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12 réponses à “Faut que ça change et c’est le moment où jamais !, par Dalla Vecchia Luigi”

  1. Avatar de Emmanuel
    Emmanuel

    Bien vu au sujet du « différé économique » rendu encore possible par le système de retraite par répartition, au profit notamment des territoires « périphériques ». Mais qui est dorénavant gravement menacé par la réforme mise en place…une nouvelle spirale de pauvreté se profile à l’horizon. Mais le « il faut »… c’est bien là le problème. Quelles seraient les marges de manœuvre dans le cadre et le contexte actuel ? Celui d’un système économique et social ouvert à la mondialisation telle qu’il a été conçu, y compris par le biais de l’actuel UE. Comment infléchir une telle situation au niveau d’un pays et au-delà ? On a comme l’impression de se rapprocher de plus en plus d’une situation à la grecque…. Hum….

    1. Avatar de Ar c'hazh du
      Ar c’hazh du

      Le texte propose (et j’y souscris) :

      (…) prélever une taxe aux frontières sur les marchandises provenant de pays « moins-disant social » pour les reverser directement par transfert (sans passer par les banques comme pour les cotisations) aux organismes chargés localement du développement du pays (santé, infrastructures, énergie, eau) ; taxer les marchandises provenant de pays non démocratiques pour les affecter par transfert aux médias culturels de ces pays (favorisant l’épanouissement en évitant l’écueil de fomenter des oppositions).

      Conséquemment, si les textes de l’UE s’y opposent, soit on obtient un changement de ces textes, soit on Frexit… Nous ne sommes pas la Grèce, que serait l’UE sans la France ?

      1. Avatar de Ruiz
        Ruiz

        @Ar c’hazh du Pour faire bon poids il faudrait aussi taxer les séjours de vacances à l’étranger (hors U.E.) dans de tels pays pour les reverser aux campings municipaux, auberges de jeunesse, centres de vacances des CE, gîtes ruraux à tarif plafonnés, aux fast-food éthiques ou solidaires …
        Mais je doute qu’une partie des bobos éclairés qui soutiennent par principe de telles mesures, acceptent une telle extension économiquement aussi économiquement justifiée et renoncent à leur désir de vacances au soleil ou exotiques(/culturel), à moins de se retrouver tous en Grèce ou en Croatie à des tarifs relevés.

        1. Avatar de Ar c'hazh du
          Ar c’hazh du

          Ok aussi pour de telles mesures…
          Même si je préfèrerais un forfait « km max » par habitant… avec prime pour ceux qui ne l’ont pas entièrement dépensé.

          A titre perso, je n’ai jamais pensé que l’herbe était plus verte ailleurs et je préfère mon « petit Liré au mont Palatin ». Ou, comme il se dit en breton : « n’eus bro all a garan kement e’barzh ar bed ». ^^

          N’est-il point possible de limiter nos rejets de CO² (entre autre) ?

  2. Avatar de Hervey

    Oui, car nous serions français, dans de beaux draps.
    C’est un peu ce que dit un français vivant en Suisse, illustré gentiment par un suisse qui vivait en France.

    https://www.letemps.ch/opinions/va-france

    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/01/La-charge-1893.jpg/800px-La-charge-1893.jpg

  3. Avatar de Garorock
    Garorock

    (je suppose que même Hitler avait sa propre éthique).
    Il avait surtout des sales TOCS!
    😎
     » Il faut donc d’abord s’attaquer… etc…. »
    Tout ce que vous proposez à partir de là Luigi est interressant. Mais ce n’est pas dans le programme de la dame qui va poser son poutinien valseur dans le fauteuil de Matignon!
    Pour vos mesures, il faudra attendre 2032. Quand il fera 45° à la butte aux cailles et qu’il n’y aura plus d’eau à Chandernagor…

  4. Avatar de Henri
    Henri

    Homophobie

    « Le centre LGBTI de Tours attaqué à la bouteille explosive » :

    Libération :
    https://www.liberation.fr/societe/le-centre-lgbti-de-tours-attaque-a-la-bouteille-explosive-20230522_73BNMKU5LVBJ7OPDGGDZOJS7AQ/

  5. Avatar de Hadrien
    Hadrien

    La religion féroce (lire l’économie orthodoxe) nous enseigne le miracle que le travail et le capital s’unissent pour produire la richesse. Deux sectes l’adorent: la droite qui sacrifie au saint capital et la gauche qui sacrifie au saint travail.

    La réalité est tout autre. Les machines, oeuvres des ingénieurs, créent les richesses à partir des matières premières et des énergies (principalement fossiles). Il se trouve que l’Europe manque des unes et des autres, ce qui explique nos ennuis – qui ne font que commencer. Pour les détails, lire JM Jancovici.

  6. Avatar de Chabian
    Chabian

    Notre éthique individuelle… « peut permettre des prises de conscience aptes à changer de paradigme, aptes à jeter à bas des dirigeants aux actions inadaptées malgré tous les moyens qu’ils mettent en œuvre pour garder leur rang. »
    C’est octroyer le beau rôle à notre posture morale. Individuelle. (En plus en partant d’une explication du beau comme produit de sentiments non-individualistes ! ?).
    Nous changeons de paradigme parce que nos besoins primaires ne sont plus satisfaits : changer de terrain de chasse, guillotiner les Super-riches et les adeptes du Tsar, sont des mouvements collectifs où la « conscience éthique » a peu de rôle. Mais bien l’action émotionnelle : sentiment partagé d’injustice et de faim.
    Derrière la posture morale, il y a aussi la « bonne conscience » (whisfull thinking ?). La satisfaction de soi narcissique sans mise en action. Ce qui est aussi un partage collectif dans une culture de classe, de groupe, de religion. De domination le plus souvent, des privilégiés.
    PAs convainquant.

  7. Avatar de PHILGILL
    PHILGILL

    Comme souvent après lecture d’un billet du Blog de Paul Jorion, un mot, parfois absent, comme c’est le cas ici, se met soudainement à clignoter entre les lignes, ou plutôt, dans ma petite cervelle.

    Dalla Vecchia Luigi a écrit : « En effet, d’une certaine façon les sentiments nous relient de façon globaliste, en tant qu’espèce, et ne sont pas comme on le pense trop souvent la marque de notre individualité. C’est notre façon de remettre en question les sentiments pour les analyser et s’en extraire qui fait notre individualité. »

    Aussi, merci à lui. Car je crois que son billet et cette phrase en particulier, m’aide à un peu mieux comprendre ce qui, au fond, concrètement, intéresse tant Paul Jorion dans l’intelligence artificielle, via ChatGPT.

    La professeure de neurosciences cognitives Claire Sergent, de son côté, a dit lors de l’émission (La Science, CQFD du 22 mai 2023 sur France Culture) : « Les psychologues scientifiques se sont longtemps interdits de réfléchir au problème de la conscience en estimant que c’était un problème non scientifique puisque que c’est subjectif. Le problème de la conscience c’est aborder le problème de l’expérience privée et ce qui se passe en moi. Donc, la science c’est une méthode objective, c’est-à-dire, que je peux mettre en face d’une autre personne que moi, mes résultats, et elle devra aboutir à la même conclusion. Et si la matière est subjective, on ne pourra pas faire de science. […] Et je pense qu’on a eu une évolution à la fois technique, bien sûr, notamment grâce à des techniques supraconductrices (on a maintenant des appareils d’imageries qui nous permettent d’enregistrer l’activité du cerveau), et aussi des évolutions méthodologiques dans lesquelles, CERTES, LA MATIÈRE QUI NOUS INTÉRESSE EST SUBJECTIVE (elle va correspondre à ce que nous dit la personne de ce qui se passe en elle), MAIS ON PEUT L’ANALYSER DE MANIÈRE OBJECTIVE : on peut la prendre comme une de nos données et l’analyser comme n’importe quelle autre donnée objective…
    Donc, il y a différents types d’expériences qui me permettent, pour la même stimulation externe, de faire en sorte que, de temps en temps vous la voyez, de temps en temps vous ne la voyez pas, de temps en temps vous vous l’entendez, de temps en temps vous ne l’entendez pas. Et aucun moyen pour moi de savoir ce qui se passe en vous, mais je vous demande : « là, est-ce que tu l’as vue ? », « là, est-ce que tu ne l’as pas vue ? » Et, je trie les essais en fonction de ce que dit la personne subjectivement, et je regarde si dans son cerveau, il se passe quelque chose de différent lorsqu’elle me répond qu’elle a vu ou pas vu. Et, la réponse c’est oui. Il y a une différence énorme dans le traitement cérébral lorsqu’on perçoit consciemment ou pas la même information extérieure. »

    Soit, en raison de « la faiblesse de notre intelligence dépassée par le tsunami des savoirs et des informations », les outils d’intelligence artificielle tels que ChatGPT sont-il ceux qui « tombent à pic » face à la guerre, aux déséquilibres économiques autant qu’écologiques, à l’hostilité et la vindicte affichée des dictatures à l’égard des démocraties ?

    Bref, face à la complexité du monde et de l’activité sociale en général, l’être humain arrivera-t-il avec l’aide de l’intelligence artificielle, à cerner et à associer tous les éléments trop souvent séparés dans les analyses : physique et philosophie, pensée et action, réalité et imagination, hasard et destin, infini mathématique et engagement existentiel, intelligence analytique et courage physique, exécution et création, conscience individuelle et collective, subjectif et objectif, etc., pour que ça change ?

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