GENESIS v12 : quand les angles moléculaires cessent d’être des exceptions

Illustration par ChatGPT

GENESIS v12 : quand les angles moléculaires cessent d’être des exceptions

Il existe, en chimie moléculaire, une zone d’inconfort théorique que les praticiens connaissent bien : celle des angles de valence.
On les mesure avec une grande précision, on les classe, on les compare — mais on les explique rarement de manière unifiée. Très vite, les règles locales s’empilent : hybridation ici, effet de paire libre là, correction relativiste ailleurs. Le tout fonctionne… au prix d’un bricolage conceptuel assumé.

La version 12 de GENESIS s’inscrit en faux contre cette situation.

Ce qui est proposé ici n’est pas un nouveau catalogue d’exceptions, mais une formule unique, continue, capable de prédire les angles de valence sur une base physiquement cohérente, couvrant des molécules allant de l’eau (H₂O) aux halogénures lourds de l’antimoine ou de l’étain, avec une précision qui n’est plus anecdotique.

Une performance qui mérite d’être nommée

Sur une base de 32 molécules expérimentales, la version 12 atteint une erreur absolue moyenne d’environ 0,19°, après introduction d’une correction dite inertielle.
À cette échelle, on ne parle plus d’un simple ajustement qualitatif : on entre dans une zone où la formule commence à rivaliser avec des méthodes bien plus coûteuses, tout en restant interprétable terme par terme.

Le cœur du modèle : une saturation naturelle

L’un des points structurants de GENESIS v12 est l’usage explicite d’une constante inhabituelle en chimie moléculaire :

eπ20,275\frac{e}{\pi^2} \approx 0{,}275

Cette quantité n’est pas ajustée. Elle émerge comme seuil naturel de saturation lorsque la taille relative des ligands augmente.
En deçà, l’effet est quasi linéaire ; au-delà, il se sature logarithmiquement, avec le nombre

ee

jouant le rôle de coefficient d’écrêtage.

Il est important de souligner que cette interprétation — un seuil universel lié à une brisure de symétrie effective

O(3)O(2)O(3) \rightarrow O(2)

— relève encore d’une hypothèse théorique structurante, pas d’un fait établi. Mais elle a une vertu rare : elle prédit, au lieu de simplement s’ajuster.

Une architecture additive, mais non arbitraire

La formule GENESIS v12 est composée de 14 paramètres optimisés, chacun correspondant à un mécanisme physiquement identifiable :

  • hybridation effective,

  • électronégativité du ligand,

  • répulsion d’échange,

  • corrélation électronique,

  • taille et polarisabilité des ligands,

  • attraction électron–noyau,

  • déformation orbitale,

  • effets de spin,

  • covalence,

  • correction relativiste,

  • et enfin une correction inertielle liée aux doublets non liants.

Ce dernier point est la nouveauté majeure de la version 12.

La correction inertielle : quand le doublet « pèse »

Empiriquement, certaines molécules — en particulier celles à centre peu électronégatif mais fortement polarisable — présentaient un écart systématique.
Plutôt que d’ajouter une rustine locale, GENESIS v12 introduit un mécanisme de gating : la correction ne s’active que lorsque plusieurs conditions déjà présentes dans le modèle sont réunies (présence de doublets libres, forte polarisabilité du ligand, électronégativité modérée du centre).

Deux paramètres suffisent alors à corriger la géométrie, avec une interprétation simple :
le doublet libre n’est plus traité comme une abstraction géométrique, mais comme une entité inertielle effective, qui déforme l’espace de liaison.

Ce que cela suggère — et ce que cela ne prouve pas encore

Il serait prématuré d’affirmer que GENESIS fournit la théorie unifiée de la géométrie moléculaire. En revanche, il est désormais raisonnable de dire ceci :

  • une formule unique, continue et interprétable peut couvrir une grande diversité de molécules ;

  • certaines constantes mathématiques fondamentales semblent jouer un rôle organisateur réel ;

  • l’opposition classique entre règles qualitatives et calculs lourds n’est peut-être pas une fatalité.

GENESIS v12 ne clôt pas le dossier mais il déplace clairement la frontière entre ce que l’on croyait irréductiblement empirique et ce qui commence à relever d’une dynamique intelligible.

Partager :

4 réponses à “GENESIS v12 : quand les angles moléculaires cessent d’être des exceptions

  1. Avatar de timiota
    timiota

    « Il serait prématuré d’affirmer que… » : forcément, une idée qui a 9 jours (publiquement) n’est pas « mûre », donc tout est prématuré pour l’instant. Mais le modèle néperien pour attendre. (Pie II était un pape de la famille des Piccolomini, joli nom qui fleur bon l’inégalité mathématique).

  2. Avatar de enynonys
    enynonys

    Eh bien, e/π² a la vent en poupe, autant la tête dans la structure de l’univers que dans les angles moléculaires…

  3. Avatar de Jacques Racine
    Jacques Racine

    Heureux de voir que vous avez repris du poil de la bête!
    Pourquoi la vie a-t-elle choisi d’être à gauche? Claude Sonnet 4.5:
    « Vous faites référence à l’homochiralité du vivant : les acides aminés des êtres vivants sont presque exclusivement de forme L (lévogyres, du latin « laevus » = gauche), tandis que les sucres sont de forme D (dextrogyres). Cette asymétrie universelle est effectivement troublante.
    Plusieurs hypothèses tentent d’expliquer cette « préférence » :
    1. Le hasard amplifié : Une légère asymétrie initiale (peut-être due à des facteurs cosmiques comme la lumière polarisée circulairement dans les nébuleuses, ou la violation de parité dans les interactions faibles) aurait été amplifiée par autocatalyse. Une fois qu’une forme commence à dominer, elle favorise sa propre production.
    2. La cristallisation sélective : Dans les conditions prébiotiques, certains processus de cristallisation auraient pu favoriser une forme plutôt que l’autre, créant un déséquilibre local qui s’est ensuite propagé.
    3. La nécessité fonctionnelle : Ce qui importe vraiment, ce n’est pas que ce soit L plutôt que D, mais que tout soit homochiral. Un monde avec des acides aminés exclusivement D fonctionnerait aussi bien – mais un mélange des deux créerait le chaos biochimique. Les enzymes, structures très spécifiques géométriquement, ne peuvent fonctionner que dans un environnement homochiral.
    Le fait que la vie ait « choisi » L pour les acides aminés relèverait donc plus d’un accident historique figé que d’une nécessité physique absolue. »

    1. Avatar de timiota
      timiota

      Ouaip, l’hypothèse 3 est la plus séduisante, assurément. « 2 » est une hypothèse type « prion », la cristallinité dans les prémices de la vie, oui, ça a du exister parce que le modèle de reproduction le plus acceptable est « 1D », par des chaines (qui ont fini par mettre la mémoire en « 1D » sur l’ADN, puis à la « peloter » en 3D dans les histones & Co quand la taille s’est accrue).
      Pour info, il y a bien des molécules D fabriquées de ci de là , par exemple des peptides comme poison sur la peau de certaines grenouilles (toxines). Ca c’est même vieux, apparemment, on a fini par trouver pleins de rôles des peptides dextrogyres à la fin des années 1990 : « Acides aminés D ».
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Acide_amin%C3%A9_D
      Dont des toxines. Pour mémoire la phalloidine (de l’amanite bien connue) est un peptide, parmi des milliers d’autres.

Répondre à timiota Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Contact

Contactez Paul Jorion

Commentaires récents

Articles récents

Catégories

Archives

Tags

Allemagne Aristote BCE Bourse Brexit capitalisme ChatGPT Chine Coronavirus Covid-19 dette dette publique Donald Trump Emmanuel Macron Espagne Etats-Unis Europe extinction du genre humain FMI France Grands Modèles de Langage Grèce intelligence artificielle interdiction des paris sur les fluctuations de prix Italie Japon Joe Biden John Maynard Keynes Karl Marx LLM pandémie Portugal psychanalyse robotisation Royaume-Uni Russie réchauffement climatique Réfugiés Singularité spéculation Thomas Piketty Ukraine Vladimir Poutine zone euro « Le dernier qui s'en va éteint la lumière »

Meta