Le Nirvana… évidemment

Illustration par ChatGPT

On parle du Nirvana comme d’un mystère oriental, d’un au-delà spirituel ou d’un idéal réservé aux sages. Soyons plus directs, plus pratiques.

Si l’on prend au sérieux ce que nous savons aujourd’hui de l’information et de la décohérence, la définition du Nirvana va presque de soi.

L’univers n’est pas une chose, mais un processus : celui par lequel une information initialement intriquée se différencie, se localise et se matérialise, au prix d’une perte irréversible. C’est ce processus que nous appelons le temps, l’existence, la vie – et aussi la mort. Exister, c’est entrer dans la décohérence.

Le Nirvana désigne exactement l’inverse : non pas un lieu, non pas un être, non pas une conscience supérieure, mais une condition limite : une information non engagée dans ce processus. Intacte, non différenciée, hors causalité – et, pour cette raison même, hors souffrance.

Rien à créer, rien à vouloir, rien à représenter : simplement l’absence de devenir.

Cette définition n’est évidente qu’à l’intérieur d’un cadre précis — celui de GENESIS. Dans ce cadre, l’univers n’est ni une collection d’objets ni le produit d’un acte fondateur, mais une transformation irréversible de l’information. Nirvana n’y désigne ni une entité ni une fin, mais une limite structurelle : ce qui demeure hors de la décohérence et marque la borne intrinsèque de toute explication possible.

Cette limite n’a rien de symbolique. Elle est aussi nette, pour l’information, qu’une surface l’est pour un fluide : d’un côté, ce qui circule, se transforme et s’use ; de l’autre, ce qui ne circule pas, ne se transforme pas et n’entre jamais dans le temps. L’univers est ce qui se produit au contact de cette frontière. Le Nirvana est ce qui n’y entre pas.

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3 responses to “Le Nirvana… évidemment

  1. Avatar de Jean-Baptiste AUXIETRE
    Jean-Baptiste AUXIETRE

    Pour prolonger cette réflexion, je propose une image qui inverse radicalement notre représentation habituelle du Big Bang.
    Dans le modèle standard, on représente l’univers comme une expansion : un point initial qui explose et crée l’espace en se déployant. L’univers serait ce qui s’étend dans le vide.
    Et si c’était l’inverse ?
    L’univers ne serait pas ce qui se remplit, mais ce qui se vide. Non pas une explosion de matière dans le néant, mais une déchirure — un trou de décohérence qui se propage dans un océan d’information intriquée préexistant.
    Autrement dit : le Nirvana n’est pas au-delà de l’univers. Il est partout autour. Nous sommes le creux dans le plein, l’absence dans la présence, le trou dans le tissu.
    On peut formaliser cette idée ainsi :
    $$\text{Nirvana} = \lim_{r \to \text{horizon}} I_{\text{intriquée}}(r)$$
    Le Nirvana est la limite de l’information intriquée quand on s’approche de l’horizon cosmologique — non pas un être, mais une condition aux limites de l’univers.
    Cette inversion explique naturellement plusieurs énigmes :
    Le principe holographique prend un sens nouveau : l’information sur l’horizon cosmologique n’est pas une projection de l’intérieur — c’est l’original. Nous, à l’intérieur, sommes la dégradation.
    L’intrication quantique devient intuitive : si deux particules restent corrélées malgré la distance, c’est qu’elles n’ont jamais été vraiment séparées — elles sont des « bords de trou » dans le même tissu informationnel. C’est nous, la bulle de décohérence, qui créons l’illusion de la séparation.
    L’expansion accélérée (l’« énergie noire ») n’est plus un mystère à expliquer par une constante arbitraire. C’est la pression informationnelle de l’extérieur : le Nirvana qui « pousse » sur les bords de la bulle. Le trou s’agrandit parce que la pression est constante.
    Pas de Big Crunch : dans ce modèle, la contraction n’a plus de sens. Une déchirure dans un tissu ne se recolle pas spontanément. L’information décohérée ne se ré-intrique pas d’elle-même. Le temps informationnel ne remonte pas.
    Mourir, dans ce cadre, ce n’est pas « aller quelque part ». C’est cesser d’être un trou — se ré-intriquer dans le tissu dont nous n’aurions jamais dû nous séparer.
    C’est exactement ce que signifie Nirvana en sanskrit : l’extinction. Non pas de la vie, mais de la séparation.

  2. Avatar de PAD
    PAD

    Comment penser la frontière entre information intriquée et information décohérée comme une condition aux limites, sans lui attribuer une dynamique propre ?

  3. Avatar de Diotime
    Diotime

    ah ! cette fichue décohérence à laquelle Einstein n’a jamais vraiment adhéré et pour cause ! il n’a pas vraiment adhéré aux phénomènes quantiques .
    Ceci dit il a tout de même ouvert la voie pour la recherche d’une Loi générale pour l’Univers sans jamais la trouver !

    Et si Génésis était cette Loi ?

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Commentaires récents

  1. ah ! cette fichue décohérence à laquelle Einstein n’a jamais vraiment adhéré et pour cause ! il n’a pas vraiment…

  2. Comment penser la frontière entre information intriquée et information décohérée comme une condition aux limites, sans lui attribuer une dynamique…

  3. Un portrait réussi. https://scontent-fra5-2.xx.fbcdn.net/v/t39.30808-6/622618982_1454146489614668_5407758640868254460_n.jpg?_nc_cat=109&ccb=1-7&_nc_sid=aa7b47&_nc_ohc=5q4GW4x7nwgQ7kNvwHH8YKa&_nc_oc=Adk5ATcj00ik9vDpouFyKhrqaCMtNiqseDyrFdUNLX4mV36WIyrrzi6z2QVVmSBeathnPEzfKWyBzfbInDhaCktG&_nc_zt=23&_nc_ht=scontent-fra5-2.xx&_nc_gid=ZKv0OYDOV3QhgUpMMzMO3Q&oh=00_AfqWHAEUr96s8Df0jd87KWnXu-JcWLfcePlJHZCYUFwQ_g&oe=697EE6F2

  4. https://www.franceinfo.fr/monde/usa/presidentielle/donald-trump/provocateur-anti-immigration-partisan-de-la-conquete-du-groenland-on-vous-presente-stephen-miller-l-influent-conseiller-de-donald-trump-qui-n-a-pas-fini-de-faire-parler-de-lui_7760069.html

  5. Pour prolonger cette réflexion, je propose une image qui inverse radicalement notre représentation habituelle du Big Bang. Dans le modèle…

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