L’actualité de la crise : NOUS N’EN AVONS PAS FINI, par François Leclerc

Billet invité.

On ne lit jamais assez les études de l’Institute of International Finance (IIF), toujours cité dans la presse en précisant qu’il s’agit du lobby des mégabanques, basé à Washington. Au moins, ces gens savent ce dont ils parlent, même s’ils ne le disent pas toujours publiquement, et nous savons alors de quel point de vue.

Dans le vaste monde sinistré du crédit hypothécaire, un secteur particulier est réservé à l’immobilier commercial, celui qui finance les galeries commerciales et les immeubles de bureaux. Dans le Financial Times, Gillian Tett apporte un nouvel éclairage à son propos, en s’appuyant notamment sur des données de l’IFF.

Ce secteur avait déjà soulevé de fortes inquiétudes, puis celles-ci avaient disparu des colonnes de la presse économique et financière. Pour rejaillir il y a peu. Selon les estimations de l’IFF, la valeur des prêts hypothécaires commerciaux en situation de défaut est en effet passée de mars 2008 à mars 2010 de 25 milliards à 375 milliards de dollars, toutes banques confondues.

Pour en mesurer l’impact en Europe, il suffit de rappeler que, selon la banque d’Angleterre, un tiers des prêts accordés par les banques britanniques relèverait du secteur de l’immobilier commercial et qu’il est estimé que les banques espagnoles en détiennent dans des proportions similaires. A part l’Irlande, ces deux pays détiennent en Europe le record des plus fortes expositions de leurs banques à cette catégorie de prêt.

Mais ce que révèle Gillian Tett est encore plus instructif. Afin d’éviter de devoir constater des défauts qui pèseraient dans leurs comptes, les banques utilisent pour ces prêts une technique éprouvée qui consiste à les renouveler sans fin (evergreening en Anglais), créant en contrepartie d’importants besoins de refinancement. L’IFF a ainsi calculé que 1.400 milliards de dollars de prêts devront être dans ces conditions refinancés d’ici 2014, sauf si le marché s’améliorait et les prix de l’immobilier commercial consentaient enfin à monter. Plus alarmant, pour plus de la moitié en valeur de ces prêts, la valeur des programmes qu’ils ont financé est devenue inférieure au montant de ceux-ci.

La situation pourrait encore se détériorer, si la tendance à la hausse des taux obligataires actuellement enregistrée devait se poursuivre, comme beaucoup d’analystes l’estiment probable. Aux Etats-Unis, ce ne seraient pas seulement les Etats et les collectivités qui en subiraient les conséquences, ainsi que les ménages qui n’ont pas encore fait défaut sur leur prêt hypothécaire résidentiel. Les petites et moyennes banques américaines, dont les engagements dans le secteur de l’immobilier commercial sont importants, seraient elles aussi sur la sellette et il est prévisible qu’elle continueraient de faire faillite en série et de manière accélérée.

Certes, la secousse qui en résulterait ne serait pas priori de l’ampleur de celle créée par les subprimes, mais elle risquerait également de créer une réaction en chaîne dans le système bancaire, bien au-delà des pays où les banques sont les plus exposées à ce risque. Si les travaux du Comité de Bâle, du FMI et du Financial Stability Fund ont bien mis en évidence une vérité dans la dernière période, c’est que celui-ci continue à ne pas pouvoir être appréhendé, a fortiori quand il est trans-frontières (cross-border), et encore moins maîtrisé.

Il reste, en attendant, à ranger l’evergreening aux côtés des aménagements comptables complaisants sur l’étagère des techniques destinées à planquer les pertes sous le tapis en attendant des jours meilleurs. On savait déjà que les banques l’utilisaient pour les LBO en détresse (le leveraged buy-out est une technique de rachat d’entreprise par emprunt auprès des banques). Mais la contrepartie à payer est l’accroissement des besoins de refinancement qui en résultent et les tensions que cela contribue à créer sur le marché des capitaux. Ce qui ne fait que conforter les inquiétudes de ceux qui voient venir les prémices d’une crise de ce côté-ci.

Nous n’en avons pas fini.

Partager

42 réflexions au sujet de « L’actualité de la crise : NOUS N’EN AVONS PAS FINI, par François Leclerc »

  1. J’évoquais cette question dans « De la chute à l’apaisement », Le débat 161, septembre-octobre 2010, p. 45

    « Parallèlement les autorités gouvernementales fermaient les yeux quand les entreprises prenaient des libertés avec leur comptabilité, voire les encourageaient même à le faire – comme ce fut le cas aux États-Unis à propos des crédits au secteur immobilier commercial (bureaux, centre commerciaux, hôtels, hôpitaux, projets touristiques, etc.) quand elles firent savoir aux banques commerciales de faible et de moyenne importance – qui avaient accumulé de tels crédits dans leur portefeuille – qu’elles étaient autorisées à ignorer le fait qu’en raison de la baisse des prix dans le secteur la somme encore due était devenue dans certains cas supérieure à la valeur marchande du bien, et ne pas passer le différence par profits et pertes ».

  2. il n’y aura pas de jours meilleurs attendu que :
    * depuis 2006 la production de pétrole conventionnel diminue (=pétrole dont le cout de production est pas cher)
    * depuis 2005 nous sommes dans le « plateau ondulant » au niveau mondial, a peine compensé par les pétroles offshore, et énergies renouvelables
    * en 2011 on s’attend a ce que la consommation de pétrole de la Chine dépasse celle des USA. Dans tous les cas, la consommation de pétrole des USA et de l’Europe est en diminution depuis une poignée d’années. Le peu de croissance de production qu’il y aura partira en asie.
    * pour « compenser » on fait de la croissance artificielle a grand coup de dettes … qui ne seront jamais remboursées
    * le cout de « sécurisation » des approvisionnements devient de plus en plus lourd. Les pays « dissidents » (Iran, Irak, Venezuella) deviennent plus nombreux, et les autres (Arabie Saoudite) ont annoncés ne pas vouloir augmenter la production et en garder sous le coude pour leur propre avenir.

    n’importe comment qu’on retourne les choses l’énergie devient plus chère et plus rare en occident. La fête est finie. Sans énergie abondante et peu chère, pas de croissance du PIB, dont pas de remboursement des dettes, et pas de nouveaux entrants dans la ponzi économie globalisée.

    C’est mécanique. Et c’est le fond du problème.

    Inutile d’aller chercher midi à 14h. Tout est dans les chiffres « officiels » en plus. Ce n’est même plus un délire d’illuminés catastrophiste, c’est juste « trop gros » pour avoir percé vraiment jusqu’aux médias officiels et surtout … aucune solution n’existe chez les politiques. Donc, comme on n’a pas de solution, on « cache » jusqu’au élections.

    On a 20 ans de retard minimum. 1 ou 2 génération vont etre sacrifiées le temps de développer une alternative viable.

    1. Et heureusement, nous n’attendrons pas la dernière fournée législative du ministère de l’écolomie ou du développement du rablabla pour nous organiser.

    2. Crapaud.

      Mais peut-être aussi serait-il possible que cette conscience regarde de temps en temps la réalité en face et assume ses choix… Non?

      Et ceci sans tomber dans l’excès inverse, bien sûr.

  3. N’allons nous pas tout droit vers une crise obligataire ? quand aura t’elle lieu?
    Question subsidiaire,mais non négligeable:
    Après avoir ruiné les petits porteurs en bourse, les banques ne vont elles pas spolier l’ensemble de la population qui détient des assurances vies pour leurs vieux jours, leurs retraites, bien « sécurisées » en obligation?
    Cherchez à savoir la composition de leur contenu, c’est édifiant, la plupart du temps, c’est impossible, notamment à la poste.
    Si tel était le cas, alors cette fois, la pilule risque fort de ne pas passer car elle toucherait la populations dans ce qui ne sera plus acceptable, la famille.

    1. Il y a deux façons se procurer de l’argent : le gagner, en faisant du commerce qui rapporte, ou le voler là où il est. On peut aussi en fabriquer du faux comme font les ricains, mais avec un risque d’inflation, ce qui ne veulent pas les possédants, qui y perdraient.
      A ton avis, puisque le commerce avec l’étranger ne suffit pas, où vont-ils prendre l’argent?

    2. Il y a deux façons se procurer de l’argent : le gagner, en faisant du commerce qui rapporte, ou le voler là où il est.

      Non, le mieux c’est de l’emprunter pour jouer et jamais le rendre.

  4. Je ne pense pas que l’evergreening soit l’apanage des seuls anglais, moins lié à leur passion pour les jardins qu’à la sauvegarde de la faune protégée de la City. Mais rappelons que les financements restructurés (catégorie spéciale prévue par les normes) sont suivis par les autorités de tutelles et les CaC. Nous sommes donc sauvés.

    En attendant, du côté de la dette souveraine, l’enchainement des évènements à attendre dès 2011 est simple.

    1 – Plusieurs états européens seront confrontés à des difficultés de placement de leur dette souveraine ;

    2 – Une réponse européenne concrète devra y être apportée, après une cacophonie inévitable et désormais classique ;

    3 – Cette réponse pour être crédible devra obtenir le soutien de l’Allemagne, ce qui passe par la mise en œuvre de critères conditionnels, dépressifs et générateurs de tensions sociales ;

    4 – Après avoir apporté une réponse au problème urgent du maintient du financement de la dette souveraine fraîche de la zone euro, il faudra arrêter les modalités de rééchelonnement du stock. Les modalités de celui-ci résulteront du rapport de force entre la préservation des intérêts des créanciers et de ceux du Peuple. Et vous savez qui en sortira vainqueur… Au hasard le Peuple. Nan, je plaisante, lui y gagnera le droit d’y perdre du pouvoir d’achat (inflation importée, hausse des prélèvements, baisse des prestations sociales). Au moins, les partisans de la décroissance seront comblés, et peut être déçus.

    5 – Les années suivantes, nous verrons si nos gouvernements réussissent à imposer les mesures d’austérité permettant de maintenir le service de la dette, et au business de reprendre as usual. A moins que ces actions soient rejetées par la rue et l’on se retrouverait au point de départ. L’essentiel c’est de gagner du temps.

    On risque de tourner en rond assez longtemps, puisque la seule solution serait d’appliquer une décote très importante au remboursement de la dette, ce qui entrainerait la faillite en chaîne des banques du monde entier, rendant cette solution inenvisageable.

    L’amusant, c’est que dans chaque pays, les candidats des partis de gouvernement, comme l’on dit, doivent communiquer sur la perspective d’une solution clairement identifiée, bien qu’inconnue, dont la mise en œuvre sera facilitée par la croissance à venir, que l’on distingue clairement dans les rêves.

    C’est un métier, Môssieur.

  5. François Leclerc écrit : « Mais la contrepartie à payer est l’accroissement des besoins de refinancement qui en résultent et les tensions que cela contribue à créer sur le marché des capitaux. Ce qui ne fait que conforter les inquiétudes de ceux qui voient venir les prémices d’une crise de ce côté-ci. »

    Les capitaux qui peuvent être prêtés ne sont pas infinis.

    Les capitaux qui peuvent être prêtés sont en quantité limitée.

    Or, les besoins de financement et les besoins de refinancement atteignent des sommets himalayesques : immobilier commercial, mais aussi Etats européens, Etat fédéral aux Etats-Unis, etc.

    D’un côté, nous avons des capitaux en quantité limitée. De l’autre côté, nous avons des demandes de prêt qui explosent.

    Conclusion : en 2011-2012, nous allons avoir la guerre. La guerre des financements.

    Cette guerre des financements sera une guerre de tous contre tous.

    Tout le monde va se disputer les capitaux, un peu comme si plusieurs personnes étaient dans un bateau qui a coulé.

    Vous imaginez ? Le bateau a coulé. Le bateau est sous l’eau. Mais il n’y a pas assez de bouteilles d’oxygène pour tous les passagers du bateau.

    Sous l’eau, nous pouvons imaginer ce spectacle : les passagers du bateau se battent pour s’arracher quelques bouteilles d’oxygène.

    Mais quand ils parviennent à inspirer un peu d’oxygène, les passagers du bateau ne font qu’obtenir un court répit.

    C’est ça, les années 2011-2012.

    1. Tous les « dirigeants » savent que le défaut de remboursement est inévitable, mais personne ne veut rester dans l’histoire comme ayant été le premier.
      Le refus de rembourser la Dette suppose un projet de reconstruction de l’organsation sociale qui ne soit pas fondé sur le^prêt à intérêt, ce qui induit que l’accumulation ne soit plus possible.
      Les conséquences en sont un bouleversement que même ceux qui le souhaitent ont le plus grand mal à comprendre en pratique.

    2. Bonjour,

      Les capitaux qui peuvent être prêtés ne seraient pas infini ?
      Voyons BA, adressez-vous tout simplement à la bonne porte.
      La FED, la BCE ne sont pas à quelques centaines de milliards près, voyons, !
      Comment ça, ça ne pourra pas durer toujours ?
      En vérité, je m’en doute un peu, mais le temps que ça dure … est du temps gagné pour se préparer.
      C’est que je le prévois grand, mon potager.

    3. à mon avis, JC TRICHET va devoir officiellment manger son chapeau et monétiser les dettes.
      il n’aura pas le choix car les banques ne le lui laisseront pas et les états ne peuvent assumer seuls le risque bancaire du fait de leurs endettements.
      la guerre des monnaies va s’emplifier car il me semble évident que BERNAKE et sa clique vont nous sortir un QE3,4,5….

    4. La BCE pourrait sortir des capitaux à volonté, il n’y a pratiquement aucune limite. De nombreux acteurs économiques n’attendend que ca, espérant que grâce à cet acte, la crise de l’euro serait terminée. Mais les conséquences d’une telle mesure aventureuse seraient imprévisibles.

  6. Le principe évident, quoique non avoué, de la Banque est celui de la dette éternelle; principe dans lequel le principal ne sera jamais remboursé mais dans lequel les intérêts sont à perpète.
    C’est le principe du prêt à la consommation dont les particuliers n’arrivent pas à se sortir.
    La dynamique de cette dette éternelle provoque sa fin : comme les intérêts ne font qu’augmenter puisque l’emprunteur est de moins en moins rassurant, le défaut devient inévitable.
    Par la Banque, j’entends l’ensemble des banques, donc leur entente évidente mais aussi le concept du prêt à intérêt.

  7. quelle misère de voir ce portage , il suffit de déspéculer , diviser , donner le portage à la population pierre par pierre en direct et sans financiers cachottiers , cessez ces dettes qui retardent la mort violente.

  8. donc: tous les problèmes annoncés resurgissent assez rapidement, car, pour  » se refaire », il faudrait, pour se financer, qu’il y ait des entrants nouveaux assez nombreux , comme tout système  » à pyramide ».
    Car, au fond, ceux qui seraient en mesure de « couvrir » ces besoins de financement se retirent des actifs trop risqués, et on le comprend.
    Or, le moindre risque devient, de plus en plus, le repli liquide en attendant de faire des « coups » spéculatifs.
    C’est pourquoi il faut « compliquer » le repli liquide en le rendant risqué à son tour.
    Et cela, on ne l’obtient que si le signe monétaire lui-même est porteur de la part du risque qu’il cause.
    Il n’est plus tenable, à mon sens, que le repli liquide (la thésaurisation) puisse être la valeur refuge ultime, le véritable trou noir de la finance qui aspire tout et qui engloutit tout (comme son homologue cosmique).
    Pour empêcher les liquidités de « geler », il lui faut adjoindre l’antigel, à savoir un marquage du temps. Et il est également sensible que le rajout très conséquent de monnaie centrale n’est en rien suffisant pour dissuader la constitution des trésors.
    Car, ne nous voilons pas la face, le repli liquide n’est autre chose que la maîtrise du temps (time is money).

  9. Depuis le Conseil européen du 10 mai 2010, la BCE a racheté 73,5 milliards d’euros d’obligations pourries (obligations de l’Etat grec, de l’Etat portugais, de l’Etat irlandais, de l’Etat espagnol).

    En rachetant toutes ces obligations pourries, l’objectif de la BCE était de faire baisser les taux d’intérêt de ces quatre Etats.

    Mais cela a été en pure perte.

    Cela a été inefficace.

    Depuis le mois de mai, les taux d’intérêt des obligations de ces quatre Etats n’ont pas baissé.

    Pire : les taux d’intérêt des obligations de ces quatre Etats ont augmenté.

    Espagne : taux d’intérêt des obligations à 10 ans : 5,443 %.
    (Rappel : le 12 mai 2010, le taux d’intérêt des obligations à 10 ans était de seulement 3,914 %)

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPG10YR:IND

    Portugal : taux d’intérêt des obligations à 10 ans : 6,626 %.
    (Rappel : le 12 mai 2010, le taux d’intérêt des obligations à 10 ans était de seulement 4,582 %)

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPT10YR:IND

    Irlande : taux d’intérêt des obligations à 10 ans : 9,032 %.
    (Rappel : le 12 mai 2010, le taux d’intérêt des obligations à 10 ans était de seulement 4,573 %)

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GIGB10YR:IND

    Grèce : taux d’intérêt des obligations à 10 ans : 12,486 %.
    (Rappel : le 12 mai 2010, le taux d’intérêt des obligations à 10 ans était de seulement 7,243 %)

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB10YR:IND

  10. Espoir partie 1, perdue dans les limbes du Net.

    L’Islande est un pays dont remarquable , car la dette des banques commerciales ne sera pas honorée via la mise à contribution des » contribuables ».
    A 93 pour cent un référendum citoyen l’a décidé.

    Depuis , l’économie réelle se porte mieux.

    La loi Giscard de 1973, obligeant la banque de France à emprunter à des banques privées peut être considérée comme un délit économique.
    Des juristes peuvent à la lumière des conséquences de cette loi, le mettre en évidence et engager des poursuites judiciaires à l’encontre des initiateurs de cette loi » économicide ».

    Par ailleurs, le concept de Banque universelle dont un des initiateurs est Jacques Delors, a eu pour effet de permettre la vampirisation des banques de dépôt au profit des banques commerciales à des fins spéculatives.

    L’activité du Penser juste est une forme de glaive qui permettra de neutraliser l’action destructrice de tels ou telle personnalité.

    Dans ce sens , il y a beaucoup d’espoir à nourrir mais cela suppose: courage ,lucidité, volonté de curer la pourriture dans laquelle l’Occident déchoie.

    1. Amha mais c’est à vérifier, il n’est pas exact de dire que les Islandais ont fait défaut sur leur dette , il me semble que c’est le FMI qui a prêté l’argent pour payer les créanciers. La dette des Islandais a simplement été étalée sur plusieurs generations rendant celle ci supportable pour ce petit pays. Cette solution n’est pas envisageable pour des pays plus importants.

    2. La solution islandaise n’est pas reproductible sur les économies « piliers » occidentales sur lesquelles reposent le sort d’autres nations périphériques. Le processus et risque systémique financier est réel en France ou en Allemagne si l’un deux faisait défaut .

      L’Islande a l’avantage de son ‘îlot » économique sans conséquence sur la finance internationale. Elle peut agir à sa convenance sans réelle impact sur ses voisins.

    3. Ya des trucs que les 96% de « braves pêcheurs d’Islande » plébiscitaires islandais ont un peu tendance à oublier quand même…

      L’Islande a bénéficié de la plus forte croissance des pays développés entre 2003 et 2007. Elle disposait d’un niveau de vie parmi les plus élevés de l’OCDE et son taux d’emploi était de 85% en 2007. En outre, L’Islande partageait avec la Norvège la première place au classement des nations établi sur le fondement de l’indice de développement humain. Une partie de ses performances tenait à l’expansion remarquable du secteur financier islandais qui s’est opérée dans le sillage de la privatisation des établissements bancaires de l’île en 2003. Les trois principales banques islandaises se sont lancées dans un processus d’internationalisation les conduisant à acquérir 22 compagnies financières étrangères entre 2004 et 2006. Le secteur financier islandais représentait ainsi 960% du PIB national en 2008. Cette croissance a toutefois été obtenue au prix d’une hausse spectaculaire de l’endettement extérieur islandais qui représentait 180% du PIB en 2003, 310% en 2004, 440% en 2005, 570% en 2006, 670% en 2007 et 880% du PIB en 2008.

      http://www.francemondexpress.fr/IMG/pdf/la_crise_en_islande.pdf :

      (…) Voici donc un tout petit pays s’élançant vers l’Europe continentale et choisissant comme bases opérationnelles l’Angleterre (premier partenaire depuis le ravitaillement des troupes alliées en poissons pendant la Seconde Guerre mondiale), la France et les pays d’Europe du Nord. Près de 8 000 Français travaillaient ainsi pour des entreprises, filiales de sociétés islandaises (Labeyrie, Delpierre et Blini sont des filiales d’Alfesca ; Promens France, Actavis France, Gibaud sont des filiales d’Ossur ; Cinquième Saison est une filiale de Bakkavor, etc.).
      Mais l’Islande devait faire face à son deuxième handicap pour le financement de son économie : la taille de sa population.
      Comme les banques islandaises ne pouvaient assurer leurs financements aux entreprises
      par ellesmêmes, c’est‐à‐dire grâce aux dépôts des foyers islandais, elles se sont très rapidement internationalisées pour accroître leur solvabilité. Elles ont ainsi ouvert des filiales en Angleterre, en Allemagne, au Luxembourg, aux Pays‐Bas et dans les pays nordiques. Ainsi, Landsbanki détenait 4,5 milliards de livres sterling collectés auprès de ses 300 000 clients britanniques au travers de sa filiale de gestion d’épargne par Internet ICESAVE.
      Cela ne pouvait suffire car la croissance internationale des banques islandaises était insuffisante pour satisfaire les besoins des conglomérats des jeunes oligarques islandais partis à la conquête de l’Europe et au‐delà.
      Profitant de l’extrême liquidité du marché interbancaire qui régnait alors, les banques islandaises obtenaient facilement le refinancement de leurs engagements en faveur des entreprises islandaises. Mais les refinancements accordés par leurs partenaires bancaires étaient à court terme, compte tenu de la jeunesse et de la solvabilité des banques islandaises, ce qui entraînait pour celles‐ci un décalage entre les prêts accordés aux entreprises et aux particuliers à moyen et long terme et leurs refinancements. Un prêt à long terme peut être refinancé par une succession de prêts à court terme tant que dure la liquidité du marché interbancaire. Ce mécanisme est traditionnel et fait partie de la vie quotidienne des banques sur la scène internationale. D’autre part, les financements accordés par les banques islandaises aux particuliers et aux entreprises étaient en devises étrangères parce que liés aux contrats de refinancement sous‐jacents accordés par les banques européennes (euro et franc suisse principalement). Ainsi, tous étaient exposés à un risque de change élevé.
      En résumé, les banques islandaises ont fait leur métier de banque mais elles l’ont fait sans considérer les limites de l’exercice. (…)

      (Emmanuel JACQUES, président de la chambre de commerce franco-islandaise…)

    4. Propagande, à nouveau. On finit par avoir l’habitude.

      L’Islande a refusé de rembourser ses créanciers et va crouler sous les procès.
      Nonobstant les 5 milliards de dépannage provisoires du FMI.

      Vous imaginez, les gars et les dames : leur endettement « officiel » est de 32 785 Euros pour chaque 320 000 personnes. Soit, 10,5 milliards au total.

      Vu les comptes des trois banques avant effondrement, il faut multiplier ce montant par … 10.
      Une paille…

      Même en vidant tous les océans de la planète de leurs poissons, ils ont intérêt que les cours de la dorade augmentent…

  11. Dominique Strauss-Kahn a dit récemment que le problème des marchés financières n’était qu’en moitie résolue. Beaucoup des gens disent aussi que la crise des subpimes n’était qu’une petite tranche dans l’ensemble du papier toxique des produits dérives ou la finance se trouve encore exposée. La BIS, disons la banque centrale de Banques centrales, utilise une data base pour l’ensemble des produits dérivés dans la finance mondiale avec une distinction intéressante entre « notional value» et «Gross market value».
    Une petite analyse nous explique la différence …
    “One method simply adds up the value of the assets the derivatives are based on. In other words, if my contract allows me to buy 50 barrels of oil and the current price is $100, its « notional value » is said to be $5,000—since that’s the value of the assets from which my contract derives. If you make that same calculation for every derivative and add those numbers together, you get something around $596 trillion—the « notional value » of the world’s over-the-counter derivatives at the end of 2007, according to the Bank of International Settlements. (« Over the counter » derivatives refer to contracts that are negotiated between two parties rather than through an exchange.)
    An alternative way to measure the size of the derivatives market is to calculate the instruments’ market value—

  12. @François Leclerc

    En parlant de l’evergreening, vous expliquez que « les banques utilisent pour ces prêts une technique éprouvée qui consiste à les renouveler sans fin ».
    Pourriez-vous développer un peu ce point technique pour un non spécialiste ? Comment renouvelle-t-on un prêt sans fin ? Et d’où vient de le besoin de refinancement qui en découle ?
    Merci.

    1. Le prêt est tout simplement renouvelé à la date de son échéance de remboursement autant de fois qu’il est nécessaire. La banque qui l’a consenti doit alors trouver un financement en substitution de la rentrée escomptée.

    2. Et à ce moment là même le plus imbécile des crétins peut comprendre que la dette devient éternelle et que le prêt ne sera jamais remboursé alors que la masse d’intérêt augmente.

    3. C’est ce dont profite tout entrepreneur qui fait rouler année après année son crédit de trésorerie par sa banque (si tout va bien…), comme ses lignes de crédit fournisseurs.
      Ne pas confondre surtout avec le crédit permanent (aussi appelé crédit renouvelable ou mieux – plus expressif et sensible au niveau de l’os temporall… – crédit revolving), divine arnaque usuraire à21%, enguirlandée de frais en cascade…

    4. @ François Leclerc

      Mais alors c’est le même mécanisme que pour les crédits revolving, dans les crédits à la consommation?

    5. Les mécanismes ne sont pas les mêmes. Le crédit à la consommation est destiné aux particuliers, pas aux entreprises. On ne parle dans ce dernier cas ni des mêmes montants, ni des mêmes taux.

      Le crédit revolving n’est par ailleurs pas assorti d’une date d’échéance pour son remboursement, comme c’est le cas pour les crédits auxquels je faisais référence.

      Leur renouvellement résulte de l’impossibilité de le rembourser du côté de l’emprunteur et de celle de ne pas constater une perte du côté du prêteur !

  13. En un quatre mots… »La poule aux d’or »…C’est mieux trouver que l’éternelle énigme de « l’oeuf et la poule »…Quelle finesse d’esprit…Et quel raisonnement imparable…Tout n’est que méthode…Le tout est de s’approprier la bonne…

  14. Mais où sont ces cédéesses (CDS) qui sifflent sur ces têtes !
    Je swappe, tu swappes …
    Meilleurs voeux à tous !
    Félicitations pour ce blog !

  15. Bonjour François,

    Merci pour ce rappel des crédits commerciaux hypothécaires US, dont Paul disait en juin 2009 qu’ils constituaient la prochaine déflagration, contractuellement prévisible pour 2012.

    L’année 2011 ne sera qu’une année de transition ?

  16. En France, la crise des subprimes avait commencé au début de l’été par l’impossibilité de cotation et la fermeture de fonds par la BNP .Aujourd’hui, deux fonds BNP sont fermés à nouveau dans la plus grande discrétion (Opportunity et Serenity).Libre à vous de conclure……Bonne année à tous!

  17. Rajoutons en un peu.

    La bulle est beaucoup plus grosse que l’on pense. Lors qu’il y a défaut de paiement l’institution bancaire doit normalement provisionner pour perte diminuant d’autant ainsi son actif.
    Avec le renouvellement du prêt  »evergreening » non seulement l’actif est maintenu mais augmente dû la majoration du taux d’intérêt anticipé, à l’égard du risque.
    En passant pour ceux qui l’ignore toute somme dû à une institution bancaire est un actif pour celle-ci, hors elles empruntent sur la valeur de leur actif à d’autre banque qui ont elles mêmes des actifs déjà gonflés.

    La fin est prévisible.

  18. Mais n’est-ce pas Paul Jorion lui-même qui nous avait parlé de ce futur « Junk Bond » américain par l’échéance en 2011 de ce problème .? Les visions économiques de Paul Jorion sont rarement contredites par les évènements.

  19. Bonne année à tous,
    Au vu des prévisions apocalyptiques, il va falloir profiter de chaque parcelles de liberté qui nous sont encore accessibles. Perdus au milieu de cette mer d’ angoisse , pouvons- nous espérer entrevoir une petite lueur ? Concrètement ,comment les choses peuvent elles évoluer ?
    Une bouffée d’air SVP, ma tendance au péssimisme l’emporte , c’est la déprime.

Les commentaires sont fermés.