Nous sommes tous, ou nous serons tous, des réfugiés économiques, par Madeleine Théodore

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

La manière dont un pays envisage l’accueil de l’autre est certes un des critères permettant d’évaluer à juste titre son degré de civilisation, cet accueil étant la priorité des traditions chrétiennes mais aussi des cultures qui ont magnifié l’esprit des Lumières.

Le programme français concernant la politique migratoire met en évidence la notion de sécurité : sécurité des frontières, sécurité des délais d’hébergement et de rapatriement, ainsi que celles de dignité et d’efficacité, l’une et l’autre censées s’équilibrer dans la balance des valeurs politiques françaises.

Alors que l’on comprend bien ce qu’implique la notion d’efficacité, maîtresse de notre régime économique, régnant en maître sur notre vie accélérée, celle de dignité par contre semble plus difficile à cerner. Comme l’a souligné le Premier Ministre dans son discours du 12 juillet, il s’agirait de la dignité des réfugiés tout autant que de celle des Français. « Nous ne sommes pas à la hauteur de la France », s’est-il plu pompeusement à dire, mais de quelle France s’agit-il ? De celle que l’on veut rétablir au premier rang des grandes puissances à grand coût de prestige, celui de son autorité, de ses monuments, de ses défilés, de ses contrats économiques internationaux ou de celle de tous les jours, se demandant de plus en plus de quoi demain sera fait ?

Dans le même ordre d’idées, existe-t-il des réfugiés plus « dignes » que d’autres de vivre en France, la dignité des réfugiés politiques serait-elle l’aune suprême des critères d’accueil ? On accorde un visa de quatre ans aux chercheurs et aux artistes, dans un contrat égocentrique qui ne trompe personne. Est-on plus digne de vivre en France parce qu’on s’est opposé à un régime par une pétition, une manifestation que celui qui, au delà de tous les clivages politiques et des drames conséquents, ne peut tout simplement plus assurer sa survie ni celle de ses enfants ?

Il est facile de se draper dans la toge de la dignité alors que les migrants continuent de mourir à nos portes : ne sommes-nous pas collectivement en situation de non-assistance à personnes en danger ?

La menace est bien là, cependant, sur nous également, sur nos emplois, notre habitat, et peut-être serons-nous bientôt, à notre tour, des réfugiés économiques au sein de notre propre société mais personne ne nous hébergera : les puissants veilleront, avec beaucoup de dignité, à nous parquer dans des enclos réservés au « vulgum pecus », alors que les bienfaits du progrès, dont nous sommes tous les artisans, profiteront à ceux qui auront encore réussi à concentrer davantage la richesse.

Comme le signalait la Présidente de Médecins du monde, nous aurions aimé entendre le mot « humanité » mais celui-ci fut bien rare, et pour cause ——

Personne ne sera épargné par l’évolution technologique de notre civilisation, par la destruction de la planète poursuivie par le capitalisme impitoyable. Dès lors, cessons de répondre aux classifications fallacieuses et manipulatrices, réveillons notre humanité pour notre bien commun. Les moyens sont là d’éradiquer la misère, exigeons qu’ils soient mis en place par la redistribution.

Partager

6 réflexions au sujet de « Nous sommes tous, ou nous serons tous, des réfugiés économiques, par Madeleine Théodore »

  1. … » peut-être serons-nous bientôt, à notre tour, des réfugiés économiques au sein de notre propre société mais personne ne nous hébergera« …
    D’autant plus que :
    … »le récit keynésien évoquait un rôle actif de l’Etat qui investit par temps de crise et qui devient dès lors généreux pourvoyeur de capitaux en direction d’une économie censée être revigorée par cet afflux de liquidités qui comprime les taux d’intérêt. L’austérité budgétaire et le rétrécissement de l’Etat entraînent en réalité l’euthanasie des rentiers de la classe moyenne, autrement dit de cette classe qu’il ne fallait surtout pas euthanasier ! Car, s’il est évident que les 1% n’ont nul souci à se faire aujourd’hui, les rentiers de la classe moyenne sont à l’heure actuelle une classe bien plus vaste qu’elle ne l’était du temps de Keynes, au milieu des années 1930, et qui comptent l’ensemble des individus dépendant pour beaucoup des intérêts et de la rentabilité de leurs investissements et placements.« … in :
    http://www.michelsanti.fr/?p=7226 … »Comment euthanasier les rentiers sans massacrer la classe moyenne ? »

  2. @l’usage exclusif des « 0,01% » qui nous lisent…
    « La réforme » est à nos portes… , loué soit Emmanuel.. :
    « Cédant aux pressions conjuguées de ses amis économistes réunis à Aix, des plus libéraux parmi les députés LREM, et de représentants des hauts patrimoines, Emmanuel Macron aurait décidé, le 9 juillet d’enclencher dès 2018 deux réformes de la fiscalité inscrites à son programme : le cantonnement de l’ISF aux seuls biens immobiliers et le prélèvement forfaitaire unique (PFU), une taxe à 30% sur les revenus des valeurs mobilières. La philosophie économique sous-jacente de cette politique est de favoriser les actifs au détriment des inactifs, ce qui explique le basculement des cotisations chômage et maladie des salariés vers la CSG (payée par tous, donc les inactifs), et l’argent qui prend des risques par rapport à celui qui se protège. D’où le traitement privilégié dont bénéficierait l’épargne investie en actions et obligations. Les deux mesures cumulées, si elles étaient complètement implémentées, devraient coûter respectivement 4 milliards d’euros (PFU) et 3 milliards d’euros (ISF).

    Nous avons tenté de savoir à qui iraient en priorité ces 7 milliards d’euros. La réponse est sans appel : pour les 0,01% les plus riches du pays, les deux mesures phares d’Emmanuel Macron signifieraient l’exonération de l’ordre de 1 million d’euros d’impôt en moins par ménage« .
    in : https://www.marianne.net/economie/avec-macron-3-milliards-d-impots-en-moins-pour-les-3000-foyers-les-plus-riches
    Restons modestes..

  3. Dans le monde compétitif, il y ceux qui ont perdu (assis sur le trottoir, debout sur les routes de l’exode, sous medoc à la maison, brisés) et la foule de ceux qui croient encore pouvoir faire partie des gagnants !
    Las, la petite poignée qui ressent la nécessité du sursaut que vous appelez n’est pas audible dans ce chaos.

  4. Hhhhhhh..
    Trois commentaires, pas un mot sur les réfugiés.
    Sûr, c’est qu’on doit tous être des réfugiés, y-compris les réfugiés fiscaux.
    Hhhhhh

  5. L’accueil serait la priorité des « traditions chretiennes » ?
    Laissez moi pleurer…
    Quant au siècle des lumières, si il a pu participer a l’élaboration structurée de pensées humanistes, il n’en est pas non plus l’origine.

  6. « On accorde un visa de quatre ans aux chercheurs et aux artistes, dans un contrat égocentrique qui ne trompe personne. Est-on plus digne de vivre en France parce qu’on s’est opposé à un régime par une pétition, une manifestation que celui qui, au delà de tous les clivages politiques et des drames conséquents, ne peut tout simplement plus assurer sa survie ni celle de ses enfants ? »

    La moitié des réfugiés sont des enfants

    « Le HCR rappelle à cet égard ce chiffre édifiant : dans le monde, la moitié des réfugiés sont des enfants. Sans protection, séparés de leur famille dans des zones instables pour beaucoup, les risques d’exploitation et d’abus sont immenses. »

    « La situation semble en fait stagner dans de nombreuses zones, les crises restant non résolues et des réfugiés demeurant en situation précaire à l’étranger pendant des années. En Syrie tout particulièrement, six Syriens sur dix ne peuvent ainsi toujours pas rentrer chez eux à cause de la guerre. Le nombre de réfugiés retournant dans leur pays, s’il décolle enfin, reste très faible. Un demi-million de réfugiés, essentiellement afghans ont ainsi pu rentrer chez eux en 2016, soit seulement 5 % des réfugiés dans le monde. Pour remédier à cela, le HCR plaide avant tout pour des accords bilatéraux entre Etats concernés permettant le retour dans de bonnes conditions des réfugiés à moyen terme. Un accord germano-syrien paraît pourtant bien loin. »
    https://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/030392517698-refugies-toujours-plus-de-personnes-fuient-la-guerre-et-les-persecutions-2095765.php

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *